‹ Napoléon en exil (volume 2)Chapitre 14 sur 19 · J'ai dit à Baxter que Napoléon a enfin consenti · texte numérisé non relu

J'ai dit à Baxter que Napoléon a enfin consenti

(1) Peu de temps après, la jeune personne quitta Sainte-Hélène. On fit courir le bruit qu'elle e'tait enceinte. Elle fut accompagnée , à bord du ^aliment , par sir Thomas Reade, et le gou-

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à prendre une médecine , que je Jui ai administrée moi-même, et qui lui a procuré quelque soulagement. M. Baxter pensa , connue moi, qu'il serait convenable de lui procurer une demeure autre que celle de Longwood, dont la triste et rigoureuse exposition ne peut lui être favorable , et où ie vent froid du sud-est, qui règne constamment , lui occasionne des affections catharrales, toutes les fois qu'il sort.

9. — On a fiiil un signal de Plantation-House, pour que j'eusse à m'y rendre j bientôt après mon arrivée , sir Hu^son Lowe m'a dit, d'un tou sérieux, qu'il an'avai* en\o\e chercher pour une affaire étrangère à ma profession , joutant qu'il avait un grand sujet de blâmer ma conduite. Ensuite il me demanda si je n'avais point entretenu de correspondance, ou si je n'avais pas servi d'intermédiaire à une communication des Français avec quelques personnes de l'île. Je fus surpris de cette interpellation, et je répondis que je ne savais ce dont il voulait parler. Il renouvela plusieurs fois ses interrogations, et ajouta qu'il n'entendait pas dire que j'eusse favorisé des intelligences pour aider à la fuite du général Bonaparte, mais qu'il voulait parler de communication d'une autre nature. Je lui ai répondu que si l'on me regardait comme ayant favorisé des communications ou des conespondances en faveur de» Français , pour avoir été dans les boutiques acheter divers articles pour les comtesses Bertrand et Montholon et pour d'autres personnes

verneur lui témoigna tous les égards imaginables. On fit diverses conjectures à Longwood relativement à ;la cause de la -visite de cette jeune femme dans de telles circonstances. Le lecteur intelligent ne manquera pas d'eu deviner quelques-unes.

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(le Longwood , je me reconnaissais coupable. Il a ensuite demande si je n'avais pas écrit en ville à une personne de lui envoyer quelques articles pour madame Bertrand. J'ai répondu que oui , que j'avais écrit à M. Durling d'envoyer quelques balais, quelques petits meubles et autres articles de ménagé. Le gouverneur a prétendu que c'était une infraction à ses ordres, puisqu'il m'avait défendu de me mêler d'autre ebose que de ce qui avait rapport à l'exercice de mes fonctions demédecin. Quel besoin aviez-vous de faire cela ? Si madame Bertrand manque de quelque chose de ce genre, qu'elle s'adresse à l'officier d'ordonnance. Pourquoi donc ne l'a-t-elle pas fait ?

J'ai répondu d'abord que la propreté était nécessaire pour empocher la maladie , et qu'ainsi tout ce qui y était relatif entrait dans les attributions de la médecine 'y que d'ailleurs l'officier d'ordonnance se trouvait absent de Longwood quand on m'a fait la demande de ces bagatelles 3 que , même s'il eût été présent, la décence eût empêché une dame de s'adresser à lui pour se pourvoir de certains articles nécessaires aux femmes , et dont elle pouvait sans inconvénient parler à son chirurgien ; et qu'il m'était impossible de considérer comme un crime l'action toute simple de charger un marchand d'acheter des ustensiles de ménage ( que je nommai ) , ou de semblables articles , pour madame Bertrand ou pour moi-même. Son Excellence , comme de coutume , se fâcha extrêmement , et dit qu'il ne permettrait pas de l'insulter en sa qualité de gouverneur. 11 me demanda ensuite avec emportement comment j'avais osé commander , sans le consulter , des articles qui ne devaient pas être fournis par les magasins du

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roi , et les porter au compte de ces magasins. Je lui ai répondu que je n'avais pas parlé de les porter au compte des magasins du roi. On examina là-dessus ma lettre à M. Darling , que le gouverneur avait en son pouvoir, et qui confirma mon rapport. Malgré cela , le gouverneur continua ses injures , et il fit quelques remarques aesez grossières sur la délicatesse des dames françaises.

J'ai demandé des ordres par écrit , afin d'éviter à l'avenir ces erreurs et ces inconvéniens ; mais il a refusé de m'en donner. J'ai alors demandé , dans le cas où les dames me chargeraient d'acheter quelques articles pour elles , quelle réponse j'avais à leur faire. Après quelques momens d'hésitation , il a dit que , « si elles uie priaient d'acheter moi-même quelque chose pour elles , je pourrais le faire, mais que, si elles me demandaient de charger une autre personne de leur rendre le même service, je devais m'y refuser nettement. »

Il conserva sa très grande colère pendant quelque lemps , et j'eus toutes les peines du monde à ni'empêcher de sourire de la même manière sérieuse avec laquelle il traitait un sujet d'une si mince importance.

Aucun changement remarquable n'a eu lieu dans l'état de Napoléon , ni dans les symptômes de sa maladie. J'ai eu avec lui quelques momens dentretien , au sujet des libelles publiés contre sa personne.

« De tous ces libelles ou pamphlets qui ont été vomis contre moi , a-t-il dit, et dont vos ministres ont inondé l'Europe , pas un n'arrivera à la postérité. Pendant le règne de Louis XIV , et même celui de Henri IV , la presse a enfanté un grand nombre de ces écrits , dont il serait impossible aujourd'hui de trouver un

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seul. Les productions des misérables payés par vos minisires (1) pour danser sur les ruines de leur propre pays, seront anéanties de la même manière. Quand on m'a demandé d'écrire ou de faire écrire , en réponse à ces libelles , j'ai répondu : une victoire, un monument fie plus , est la véritable réponse. D'ailleurs , on n'aurait pas manque de dire que je payais pour faire faire ces réfutations, ce qui en eût ôlé tout le mérite La postérité jugera sur les faits. La calomnie a épuisé tout son poison sur ma personne ; je vais désormais gagner lous les jours dans l'opinion du siècle. La première fureur une fois passée , je ne conserverai

(1) La haine qui déversait ses poisons contre la personne de Napoléon , existe encore dans presque toute sa force, même après son décès. On e : trouve un exemple dans la réponse qui est échappée, à ce qu'on assure, de la bouche d'un secrétaiie-d'étar, et que voici: Quand on lui apprit que, peu de temps avant sa mort , Napolton avait ordonné qu'on ouvrît son corps , qu'on en retirât son cœur, pour le mettre dans de l'esprit de vin et l'envoyer à l'impératrice Marie Louise, ce ministre dit aussitôt : « On aurait dû le j< ter dans de la chaux vive. y> Lorsqu'on envoya Napoléon à Sainte- Hélène , on avait expressément arrêté, dans les réglemens relatifs à sa sauve-garde , que s'il venait à mourir dans cette îe, il serait enterré partout où il jugerai* convenable de l'ordonner par son testament. On n'a pas tenu cette promesse. On a trouvé les paroles suivantes dans le codicile de son testament , dont les ministres eurent connaissance.

Longwood , 16 avril 1821.

« Ceci est un codicile de mon testament. i°. Je désire que » mes cendres reposent sur les bords de la Seine , au milieu de >». ce peuple français que j'ai tant aimé....

Signé , Napoléon. »

On a refusé, vers la fin de l'année dernière, de rendre ses restes aux. prières de sa mère , avancée en âge.

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plus pour ennemis que les sots ou les médians. Quand on ne pourra plus trouver de traces de tous ces libelles , les grands ouvrages composés sous mon règne, les monumens que jai fait construire , et le code des lois que j'ai créées, passeront aux siècles futurs , et les historiens à venir nie vengeront des iujuslices auxquelles j'ai été en Lutte de mon temps. »

Napoléon nie dit que Talleyrand avait été le premier à lui suggérer l'idée d'une invasion en Espagne , ou de l'invasion de l'Espagne.

Dans l'entretien qu'il a eu avec moi relativement à la politique des ministres anglais , Napoléon m'a dit qu'il eût mieux valu pour l'Angleterre qu'on l'eût laissé sur le trône, attendu que la Russie, l'Autriche et la Prusse, par un motif de jalousie, auraient fait alors à ia Gr,inde-Brela»ne des avantages commerciaux.

Kien actuellement ne s'oppose à ce que ces puissances ne prennent des mesures vigoureuses pour faire leur propre commerce au détriment de celui de l'Angleterre; que, d'un autre côté, ayant une grande influence sur la nation française , et en étant aimé , il aurait pu signer avec les Anglais un traité de commerce avantageux, qui ne peut avoir lieu aujourd'hui sur les bases qu'il aurait établies ; qu'on n'avait rien a redouter de la France sur mer. » La France n'est redoutable, at-il ajouté, que lorsqu'elle a sur pied une armée de cinq cents mille hommes. Les alliés , d'ailleurs , ont toujours été en position de faire la paix avec moi quand ils l'auraient voulu. La France était fatiguée de la guerre et effrayée de la seule idée d'entreprendre de nouvelles conquêtes. J'ai réussi abattre les alliés, parce qnc je les ai attaqués en détail et que j'ai détruit une puissance avant que l'armée de l'autre ne pût arriver à

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son secours. Il se passera probablement des siècles avant qu'il ne se présente de semblables circonstances, qui concentrent une masse de forces égales à celle que j'avais réunie. Je le répète, il n'y avait rien à redouter de ma part j car, si j'avais tenté de nouvelles conquêtes, l'opinion qui m'a envoyé à l'île d'Elbe m'aurait renversé de nouveau.

» Masséna, a observé Napoléon dans une autre occasion, a perdu sa réputation dans la campagne de Portugal, ce qu'il attribuait cependant au mauvaisétat de sa santé , qui ne lui permettait pas de monter à cheval et de voir par lui-même ce qui se passait. Un général, qui voit par les yeux des autres, dit-il, ne commandera jamais une armée comme elle devrait l'être. Masséna était alors si indisposé, qu'il était obligé de s'en rapporter à ceux qui l'entouraient, et il dut nécessairement échouer dans quelques-unes de ses entreprises. Par exemple, à Busaco, il essaya d'emporter une position presque inexpugnable; il était à-peu près impossible qu'il réussît de la manière dont il l'attaqua, au lieu que, s'il eût commencé par la tourner, il l'aurait prise. Cela venait de ce qu'il ne pouvait pas reconnaître personnellement l'état des choses. Si Masséna eût encore été ce qu'il était autrefois, il aurait suivi Wellington pied-à-pied, et se fût mis en mesure de l'attaquer ( 1 ) lorsqu'il entrait dans les lignes devant Lisbonne, et avant qu'il eût pris une position avantageuse et convenable.

(1) En parlant du duc de Wellington , dans une autre occasion , Napoléon a dit que tous les généraux étaient susceptibles de se tromper, et que celui qui commettait le moins de fautes, devait être estimé le plus grand et le plus habile, et que Wellington en avait commis tout aulamt que beaucoup d'autres.

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t4» — Sir Hudson Lowe étant venu à Long-wood , m'a fait plusieur questions concernant la santé de Napoléon. 11 a dit qu'il était très-extraordinaire qu'il ne prit point d'exercice; que s'il espérait en se renfermant ainsi de lui-même , obtenir du relâchement dans le système adopté , il se trompait. Il a ensuite démandé si son insomnie était causée par une maladie morale ou physique. Je lui ai dit que je la croyais la suite du défaut d'exercice; qu'aucun homme, menant une vie comme Je faisait Napoléon ne pouvait long-temps conserver sa santé. Le gouverneur ajouta, avec un sourire moqueur, que la parese était sans doute la raison pour laquelle il ne sortait pas. #e lui ai fait observer que, dans les premiers temps de son séjour dans l'île, il avait pris beaucoup plus d'exercice. Il m'a dit alors qu'il désirait avoir plus souvent des nouvelles de sa santé , et priait de faire connaître au capitaine Blakeney ce qu'il pourrait y avoir de nouveau à cet égard. le lui ai dit qu'il serait facile d'arranger les choses en lui envoyant des bulletins dans lesquels on nommerait Napoléon , en se servant du ternie : le malade, et en donnant en même temps au comte Bertrand des copies de ces bulletins. Il refusa de le permettre, en disant qu'aussi long-temps qu'on pourrait avoir des rapports verbaux, il ne jugeait pas nécessaire d'en avoir d'écrits. Il a fuit aussi quelques observations sur ce qu'il n'avait pas vu M. Baxter.

Dans le cours de la conversation d'aujourd'hui Napoléon a témoigné qu'il désapprouvait notre usage de faire fermer les boutiques et d'empêcher les ouvriers de travailler les jours de fête. En réponse à mes objections, il a ajouté : « Pour ceux qui sont à leur aise, il se peut qu'il soit très-juste et très-convenable qu'ils

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discontinuent leur ouvrage le septième jour : mais c'est le comble de la barbarie que de forcer un homme à interrompre son travail journalier, lorsqu'il n'a pas d'autre moyen de pourvoir à l'existence d'une famille quelquefois nombreuse. Si une telle loi est exécutée à la rigueur, votre gouvernement devrait faire distribuer des provisions pour nourrir ceux qui n'ont pas de quoi manger, et qui pourraient s'en procurer si on leur permettait de travailler; ou bien il faut que vos prêtres à gros ventres, Panciutti-(yentrus) consentent à céder une portion de leur dîner de ce jour-là aux pauvres affamés auxquels ils ne permettent pas de gagner le leur } ils en auraient , de moins , quelques indigestions ou quelques attaques d'apoplexie. Personne n'ignore que le vice naît presque toujours de l'oisiveté, et je ferais volontiers le pari qu'on voit plus de gens ivres et qu'il se commet plus d'actions contraires à la morale, en Angleterre, le dimanche, que tout autre jour de la semaine. »

Dans une discussion qui s'est élevée sur les moyens de réunir sincèrement les nègres avec les blancs, Napoléon a fait observer « qu'il lui avait paru que le seul moyen efficace pour y parvenir, serait de tolérer la polygamie dans les colonies; qu'on devrait permettre à tout homme noir ou blanc de prendre une femme de chaque couleur. Qu'il pensait qu'avec cette tolérance, dans la génération qui suivrait , les enfans seraient presque tous de même couleur, et que par-là la jalousie et la haine auraient cessé. « Il a ajouté qu'il aurait été facile d'obtenir, pour cela, une autorisation du pape. » Il a ensuite dit « qu'il considérait les nègres comme une race inférieure aux blancs. »

J'ai vu de nouveau Napoléon ce soir. Il a fait quel-

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cjues observations relativement au gouverneur, qui, à ce qn'il a remarqué, est passé sous ses fenêtres. « Je ne vois jamais ce gouverneur, a-t-il dit, sans penser à l'homme chauffant la barre de fer, pour voire Edouard II, au château de Berkley. La nature m'a ■prévenu oontre lui le premier jour que je l'ai vu. Comme Caïn, la nature l'a marqué du sceau de la réprobation. Si j'étais à Londres, et que l'on me présentât Hndson Lovve , velu en bourgeois, et que l'on me dît : Qui croyez-vous que soit cet homme-là ? Je répondrais : c'est le bourreau. Vous ne pouvez pas dire que cela provienne d'un préjugé contre votre nation, attendu que je n'ai jamais eu cette façon de penser de Cockburn. Vous savez bien que je n'ai jamais eu un instant de défiance, même la plus légère, à son égard. J'aurais volontiers reçu de ses mains un chirurgien et tout ce qu'il m'aurait présenté. J'avais la plus grande confiance en lui, même après que nos différends eurent éclaté. L'autre voulait garnir tout le tour de la maison de grilles enfer, afin défaire la seconde cage de Bajazet ; il a fait supporter à son gouvernement l'inutile dépense d'un bâtiment chargé de barres de fer , afin de construire sa cage. »

Je lui ai recommandé de voir M. Baxter, en ajoutant que ce serait pour moi une satisfaction d'êire aidé des avis et des talens d'un autre médecin. Il a répondu : « II governatore sen è mischiato , e vero che 7) la suafisionomïa e buona, ma e troppo attacalo )•> a quel boja. Le gouverneur rend odieux tout ce qui passe par ses mains. M. Baxter m'a été recommandé par lui, et cette seule circonstance est suffisante pour in'empêcher de le voir.

3> Si, malheureusement, ajouia-t-il , j'avais une telle

physionomie , tout le monde ajouterait foi aux libellistes. Voyez, diraient-ils, oh ! voyez la figure de cô scélérat ! Regardez les meurtres de Wright , de Pichegru et de mille autres, gravés sur son affreux visage. »

18. — J'ai reçu du major Gorrequer une lettre qui renfermait une injonction de me rendre à Plantation- House. Comme le lecteur doit être déjà dégoûté de la manière dont le gouverneur profitait de l'avantage de sa position pour insulter et opprimer un officier d'un raug inférieur qui refusait d'être son espion, je me contenterai de dire que mes réponses et mes refus de lui faire part des sujets traités dans les conversations entre Napoléon et moi, lui donnèrent le prétexte de me traiter d'une manière encore plus outrageante que le 18 du mois dernier. Il me suivit Lors de la chambre, en vociférant après moi comme aurait pu le faire un véritable frénétique , et il poussa l'indécence jusqu'à me menacer d'une violence personnelle.

Après cela , il me donna ordre de me rendre deux fois par semaine à Plantation- House, pour y subir des

interrogatoires.

27. — ; Le major Gorrequer m'a envoyé une lettre pour m'informer qu'on m'avait attendu hier à Plantation-House, et contenant l'ordre de m'y rendre aujourd'hui.

A mon arrivée, j'ai vu M. Baxter, auquel, après avoir discouru quelque temps sur la maladie de Napoléon , j'ai communiqué la résolution absolue dans laquelle je suis , de ne jamais retourner auprès du gouverneur à Plantation- House , ni même de jamais le voir en aucun autre lieu , si j'essuyais encore une fois un traitement aussi scandaleux que celui que

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j'avais éprouvé le 18. Que telle était ma résoluiiou , quelles que pussent en être les conséquences.

i.'r. janvier 1818. — Napoléon était à -peu -près dans le même état qu'hier.

Il a été question du livre de M. Hobbhouse , qui > comme on l'a déjà dit, avait été envoyé par l'auteur et retenu par sir Hudson Lowe. J'ai dit que la personne qui avait informé Napoléon de cette dernière circonstance l'avait vu dans la bibliothèque de sir Hudsou. « C'est une étourderie de la part du gouverneur , a - t - il dit , après avoir injustement retenu ce livre, de le laisser dans un lieu où on peut le remarquer. Du temps du cardinal Richelieu, un gentilhomme , venu chez lui pour solliciter quelque faveur de la cour, fut introduit dans son cabinet particulier. Tandis qu'ds conversaient ensemble, on annonça un grand personnage, qui entra dans la chambre. Après quelque temps de conversation avec le cardinal de Richelieu, le grand personnage prit congé, et le cardinal l'accompagna jusqu'à sa voiture , pour lui faire les honneurs de chez lui , et oublia qu'il eût laissé l'autre dans son cabinet.

A son retour, il sonna. Un de 'ses secrétaires, à qui il accordait sa confiance , entra 5 il lui dit quelques mots à l'oreille et continua ensuite à parler tranquillement avec le gentilhomme, parut s'intéresser à ses affaires, l'entretint encore pendant quelque temps, le reconduisit jusqu'à la porte, lui secoua la main et prit congé de lui de la manière la plus amicale , en l'assnraut que son intention était de lui être utile. Ce pauvre homme s'en alla très-satisfait et le cœur rempli des senlimeus de la plus vive reconnaissance. Comme il sortait , on l'arrêta , sans lui permettre de

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parler à personne , et on le conduisit en voiture à la Bastille, où il demeura au secret pendant dix ans. Ce temps écoulé , le cardinal l'envoya chercher et lui témoigna le regret qu'il éprouvait d'avoir été forcé d'adopter un telle mesure à son égard, lui assurant qu'il le croyait un fidèle sujet de sa Majesté, mais qu'il avait laissé sur sa table , dix ans auparavant, en quittant la chambre, nu papier qui renfermait des secrets d'éiat d'une grande importance; que la sûreté du royaume exigeait qu'ils ne fussent pas connus, et que par conséquent il avait été obligé de recourir à ce moyen pour empêcher qu'ds ne fussent divulgués; qu'aussitôt que l'intérêt du pays avait permis qu'où lui rendît sa liberté , il l'avait fait, et qu'il serait heureux de pouvoir réparer le tort que cet acte d'une prudence rigoureuse avait pu lui causer. »

Napoléon énonça quelques opinions personnelles relatives à la révolu lion française.

« La république, a-t-il dit, avait des ambassadeurs chez toutes les puissances de l'Europe, et elie en recevait de toutes. Elle a été sanctionnée par la religion et par l'assentiment de toutes les nations européennes. La révolution française fut nue attaque générale de la masse de la nation contre la classe privilégiée .Les nobles occupaient toutes les places de la haute et basse justice, et jouissaient encore, sous diverses formes, de plusieurs droits féodaux; ils étaient exempts des cîiarges de l'état, et en possédaient tous les avantages, par la jouissance exclusive de tous les emplois honor râbles et lucratifs. Le principal but de la révolution a été d'abolir ces privilèges; de faire disparaître ces abus, de détruire ce qui restait encore de l'ancien édifice féodal , de briser les derniers chai- Qualr. partie. 6

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rions de l'esclavage il 11 peuple , et d'assujétir également tons les citoyens à supporter les dépenses de l'Etat. Elle a établi lV'g;ilité des droits : tout citoyen peut, selon ses talens, parvenir à tous les emplois. Avant la révolution , la France était composée de provinces divisées d'une manière irrégulière, et jamais l'étendue ni la population n'étaient égales entre elles. Ces provinces avaient un grand nombre de lois particulières pour l'administration de la justice civile et criminelle. C'était une assemblage de divers états qui n'étaient point encore fondus ensemble. La révolution a détruit toutes ces petites nations, pour en former une nouvelle. Elle a créé une France dont la division territoriale est bomogène; elle a rendu les lois civiles et criminelles les mêmes dans tous les lieux, et assujéti la Franceeniièreauxmèmesréglemensetauxmèmes taxes.

» Par elle ont été effacées les traces des anciens privilèges des provinces et de leurs anciens parlemens. La moitié de ce paya a change de propriétaires» La France a enfin préseiré le spectacle de trente millions d'habitans , circonscrits dans leurs limites naturelles, composés d'une seule classe de citoyens et gouvernes par les mêmes lois, par les mêmes réglemens et par le même ordre de choses. L'Angleterre a reconnu la république et a envovè des ambassadeurs au Premier Consul avant d'avoir violé la paix d'Amiens. Si Fox avait vécu, l'Angleterre eût fait la paix avec moi. Lord Casiiereagh, en signant l'ultimatum à Chauniont, a reconnu l'existence de l'empire. »

2. — Je me rendis à Plantation- House. par ordre du gouverneur, que je vis dans la bibliothèque. Il m'a fait plusieurs questions concernant mes appointemens en qualité de chirurgien de Napoléon, et finit par as-.

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surer que je ne suis pas son médecin, mais qu'on me permettait seulement de lui rendre mes vi»ius. Je lui fis observer que les lettres de change que je lirais pour mon paiement, sur le conseil de marine, et dont lu forme m'avait été prescrite par sir George Cockb.urn, me donnaient le litre de chirurgien de Napoléon et de sa suite. Je pris la liberté de le supplier de me diie pour quel sujet alors j'étais à Sainte- Hélène.

Il m'a demandé si je me croyais indépendant de lui et du gouvernement sous les ordres duquel j'exerçais mes fonctions. Je répondis qu'aucun officier anglais ne peut dire indépendant du gouvernement de son pays. Il demanda de nouveau si je me croyais indépendant de lui, ci si, en sa qualité de gouverneur chargé de Napoléon Bonaparte, dans le cas où il croiruil que ma conduite ne fût pas conforme aux rëglemens , il n'était pas en son pouvoir de me renvoyer quand il lui plairait. Je lui dis alors qu'il lui était facile de se faire à lui-même celle réponse, attendu qu'il savait mieux que moi jusqu'où allait l'étendue de ses pouvoirs.

Ces paroles ne lui plurent pas 9 et après s'être promené quelque temps autour de la chambre,, en se récriant contre ma conduite, il s'arrêta, croisa les bras, et, aptes m'avoir regardé avec des yeux dont je. n'oublierai jamais l'expression, il me dit : « C'est là mon bureau. Monsieur, et voilà la porte pour y entrer. Quand je vous enverrai chereber pour affaire de service.* vous irez à cette pot te, mais ne mettez le pied dans aucune autre partie de mon appartement , et ne vous présentez à aucune autre porte. »

Je lui répondis avec calme que ce n'était pas pour mon plaisir, ni de mon plein gré, que je venais voir sa chambre ou d'autres parties de sa maison ; et , après avoir souffert cet abus d'autorité, je me relirai.

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