‹ Napoléon en exil (volume 2)Chapitre 15 sur 19 · JANV · texte numérisé non relu

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J'ai vu ensuite Napoléon , qui était presque dans je même éial que la veille. J'ai eu quelque enlretieu avec lui sur la prise de Rome par les Fiançais. « Après le traité que j'avais conclu à Tolenlino , dit jNapoléon , les Romains firent tous leurs efforts et employèrent tous les moyens en leur pouvoir pour assister les Autrichiens ; ils placèrent même un général allemand à la tète de leurs troupes. On employait lotîtes les ressources de la bigoterie et de la superstition pour pousser la populace à massacrer les Français. Le général Duphot , qui demeurait à Rome comme particulier , fut asassiné à la porte de mon frère Joseph , qui y était envoyé en ambassade. Cependant , malgré ces evénemens , et considérant qu'une rupture avec Rome eu amènerait nécessairement une avec les Napolitains, je fus d'avis qu'on devait se contenter de châtier cette ville sans la détruire ; que nous devions exiger qu'on fit un exemple des coupables ; que Provéra , général autrichien , quittât la ville , et qu'un ambassadeur fût envoyé à Paris pour demander pardon. Cependant le Directoire décida qu'il fallait marcher contre Je Souverain Pontife. On envoya Benhier avec une armée pour faire une révolution à Rome et y établir une république , ce qui eut lieu. D'abord le peuple fut transporté de joie à l'idée du rétablissement de la république romaine; on célébra des fêtes , et on chanta eu grande pompe un Te Deum , annuel assistèrent un grand nombre, de cardinaux, quoique l'acte du rétablissement de cette ancienne forme de gouvernement portât l'annulation du pouvoir temporel du pape. Mais la joie des Romains ne fut que de courte ; durée car les troupes , faible-

ment retenues par les généraux ,. excitées d'ailleurs par vos agens ei par ceux des Autrichiens, commencèrent à exercer un véritable brigandage. Ces furieux pillèrent le Vatican et les palais des nobles , les dépouillèrent des tableaux et des objets précieux en tous genres dont ils étaient ornés , et Unirent par se mutiner contre les imbéciles ,, qui , voyant * trop lard leur erreur, s'efforcèrent en vain démettre des bornes à leurs excès.

» Lorsque les Vénitiens , continua Napoléon f trompés par les faux bruits qui couraient que l'armée de Joubert avait été défaite et taillée eu pièces, et induits en erreur par la politique perfide et machiavélique d'une cour voisine , curent armé un grand nombre de paysans et de Slavons , les prêtres prêchèrent de nouvelles Vêpres Siciliennes et la destruction des Français. Tous les Français furent massacrés à Yéronne , et leurs corps jetés dans l'Adige. Quatre cents d'entre eux, tant malades que blessés , dans les hôpitaux , furent inhumainement égorgés ; on exerça de semblables cruautés dans d'autres villes du territoire vénitien. Mais lorsqu'ils apprirent que l'armée de Joubert n'avait pas été vaincue, qu'Augercau marchait contre eux, et qu'ils virent les Autrichiens battus sur tous les points , ils me demandèrent humblement la paix ; leur frayeur n'eut plus de bornes. Une déflation me fut envoyée : elle était chargée de me faire les plus humbles propositions, d'acquiescer à tout ce que J'exigerais, et finit par m'olfrir des millions, si je me laissais fléchir à leurs prières. Voyant celte démarche inutile , ils envoyèrent à leur minisire , à Paris, l'ordre de corrompre le Directoire. Ils y

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réussirent , car on enjoignit de prendre des mesnr:'s qoi étaient d'accord avec ce qu'ils demandaient.

Cependant on saisit les dépêches de leur ambassadeur : elles me lurent apportées , et par ce moyen toute l'intrigue fut découverte , et l'on connut la valeur des présens qu'ils avaient faits pour acheter l'impunité et corrompre les gouvernans d'alors. J'ordonnai au ministre français de quitter leur territoire dans les vingt-quatre heures, et je leur déclarai la guerre. Baraguai d'Iïilliers entra chez eux a\cc sa division , renversa l'oligarchie , et tous les étals vénitiens furent bientôt répubïiccinisés*

6. — Interrogé par sir IJudson Love , si Napoléon Bonaparte m'avait engagé ou ordonné de faire une communication que je lui avais faite , savoir : que Napoléon avait dit au lord Amherst : Ni l'une ni t'qutre de vos chambres parlementaires ne peuvent me forcer à voir mon bourreau, etc. , on si je l'avais répété de mon chef et sans en avoir reçu l'autorisation ; j'ai rénOndu que Napoléon avait dit que, « si l'on me faisait des questions sur les conversations que j'avais avec lui , il me permettait d'v répondre. » Cela ne satisfit pas sir Hndson Lovve^ qui me pria de m'expliquer d'une manière plus convenable à ses vues. Comme je persistai dans la même réponse , il entra dans un violent accès de colère, et il ordonna au major Gorrcqticr d'éctire : M. O'Meara refusa de répondre à la question: Bonaparte, vous a-t-il, ou non, chargé de communiquer les expressions sus - mentionnées au gouverneur? Je répondis que quelques personnes considéraient la manière dont Napoléon s'exprimait comme une demande , d'autres seulement comme une permis-

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sion; que par conséquent il valait mieux rapporter ses paroles telles qu'il les avait prononcées $ ruais Son Excellence ne voulut pas le permettre.

— 7. Sir Hndson Lowe m'envoya cherche* à six heures du soir , et , après avoir fait quelques demandes relativement à la santé de Napoléon1 , que je lui dis n être pas aussi bonne que lors de mon dernier rapport, il m'a répondu que, si le général Bonaparte pensait obtenir, en se réléguant chez lui comme il le faisait , quelque relâchement dans les restrictions , il se trompai), attendu que lui ( sir Hudson ) ne changerait rien , sans ordre du gouvernement , à ce qui a été établi, quand même sa santé serait encore plus mauvaise. Je lui ai demandé s'il voulait que cela fut communiqué à Napoléon. Il m'a dit qu'il ne m'en chargeait pas, mais que cela devait être rendu public.

9. — Plusieurs autres questions m'ont été faites à Plantation - House ; um partie concernait lord Amherst : le gouverneur dit que le général Bonaparte n'aurait pas o^é faire usage des expressions insultantes dont il s'était servi , s'il s'était trouvé en présence de toute autre personne que lord Amhcrst et moi 5 qu'il s'était ainsi exprimé, parce qu'il savait que ce lord avait reçu du gouverneur la permission d'écouter toutes les plaintes qu'il pourrait faire; que l'écoulant ne valait pas mieux que celui qui reflétait , et que le comte Bertrand lui avait dit , le dernier jour d'uclobre r que le général Bonaparte se laissait influencer par ceux qui l'entouraient , et que j'étais une de ces personnes-là. J'eus beaucoup de peine à m 'empêcher de rire, en voyant qu'on me supposait capable d'exercer une influence quelconque sur un personnage tel que . Napoléon 5 je répliquai aussitôt, qu'autant que je le

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connaissais, il n était pas homme à se laisser guider par l'opinion des autres. Sir Hudson insista pourtant, et ptciendil qi e le comte Bertrand le lui avait avoué, et ajouta que je serais responsable d'une grande partie de ce qui ai riverait, etc.

i3. — Suite des interrogatoires à Plantation' Jlouse. Sir Hudson a tiré de sa poche le Morning- C'ironicle du 17 septembre 1817 ( à ce que je pense), et me lut une conversation qu'on disait avoir eu l.eu entre Napoléon et quelques Anglais , et il désirait, m'a-t-il dit , savoir de moi si une semblable conversation avait jamais été tenue entre le général Bonaparte et moi , et si je l'avais [rapportée à quelqu'un ; qu'il concluait du commencement de l'article ainsi conçu : Après les salutations ordinaires , que la conversation avait eu lieu entre le général Bonaparte et une personne qui le voyait assez souvent, que L'ami rai Malcolm et moi, nous étions les seules personnes qui eussions des entretiens tête a tête avec lui ; qu'ainsi celle communication devait avoir eu lieu en présence de l'un de nous. Je lui répondis que je n'avais jamais ni écrit , ni fait mention verbalement de rien de semblable , et je lui rappelai qu'il y avait d'autres personues que l'amiral et moi qui communiquaient avec Napoléon. Son Excellence paraissait désirer beaucoup que je Paidasse à mettre cela sur le compte de l'amiral ; mais il ne réussit point dans sa tentative. En effet , au premier aperçu , je vis que cela venait de M. EUis ; cependant on remarquait des erreurs.

i5. — J'ai vu le gouverneur à Plantation - House. Je l'ai prévenu que l'indisposition de Napoléon avait fait des progrès 5 que j'avais été forcé ce matin de

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lui donner une .médecine, et que j'avais parle à M. Baxter do sa situation.

19. — J'ai vu Napoléon , qui s'est senti un peu soulagé par l'effet de la ^médecine administrée hier.1 J'ai eu une conversation avec lui sur les premières aimées de sa vie et sur la manière dont il avait obtenu le commandement des* troupes de la Convention , lors de l'insurrection de Paris. « Quand Meuou , at-il dit, après avoir inutilement essavé de disperser les sections , fut repoussé par suite de la faiblesse des représenlans qui étaient avec lui , et de sa propre incapacité , la Convention était dans les plus grandes alarmes. Le comité de la section s'était déclaré en permanence et souverain dans l'exercice de ses fonctions : il refusait d'obéir aux ordres de la Convention. Les sections armées avaient envoyé des aépu tarions aux autres sections pour les engager à les assister. Le nombre des assaillans s'élevait à environ quarante mille. J'étais dans une loge du théâtre Feydeau quand on m'apprit cela , et je me rendis à l'assemblée. La Convention était dans le plus grand trouble. On accusait Menou de trahison; le danger était imminent, chaque membre de l'assemblée proposait le général dans lequel il avait couiiance. i->es membres du Comité de Salut public , et quelquesuns de ceux qui m'avaient connu à Toulon , me proposèrent comme celui qui, par son énergie, était le plus propre à les sauver dans la crise actuelle. On m'envoya une députation pour m'offrir le commandement. Je balançai avant que de l'accepter : c'était un service que je n'aimais pas ; mais quand je considérai que, si la Convention était renversée , les étrangers allaient triompher , et que la

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destruction de ce "corps mettrait le sceau à l'esclavage rie la pairie , ces réflexions et ma propre destinée furent cause que je cédai. Je me rendis au Comité ', je fis voir aux membres qui le composaient l'inconvénient d'avoir à la tète des troupes trois représenta ns , qui ne servaient qu'à entraver les opéralions du général. Le Comité, .sentant qu'il n'y avait pas de temps à perdre , proposa à la Convention Barras, comme général en chef, et me donna le commandement des troupes qui devaient protéger 1 assemblée. Les mesures que j'adoptai , et dont je vous ai déjà parlé , sauvèrent la Convention. La perle en hommes (1) a été trcs-considérable de part et d'autre. »

(1) Le duc de Rovigo et plusieurs autres officiers qui ont servi avec Napoléon , m'ont rapporté qu'il était , en toute occasion , d une humanité exemplaire envers ses soldais; que son habitude et. lit de parcourir le champ de bataille après une action , accompagné d'une partie de son état-major et de plusieuis personnes qui portaient des fortifians de tous les genres , pour rappeler à la vie ceux des blessés qui donnaient encore quelque espérance de guéris m ; que Napoléon passait souvent des heures entières à remplir ces pieux devoirs. Parmi plusieurs exemples à l'appui, le duc de Rovigo fait mention qu'après la bat-nlle de Vv agram , JNapoiéon , accompagné de diverses personnes , parcourut le champ de b 1 ta 'lie et indioua beaucoup de blessés encore vivans , pour qu'on leur portât des secours. Tandis qu'il était occupé de cette manière . 1 aperçut un colonel, nommé Pépin , qui s'était attiré son mécontentement quelques années auparavant , et qu£ n'avait été mis en activité que peu de temps avant la bataille de Wagram. 11 le reconnut, quoiqu'il ne lVùt pas vu depuis un grand nombre d'années. IL était éten 'u sur le dos , une balle lui avaittravtrsé la tête, et lavien'était pas encore tout-à-fait éteinte : ce Ah ! pauvre Pépin , dit Napoléon avec sensibilité , je suis fâché de te revoir ici et dans une si cruelle position : que n'ai-je pu tel'aire savoir que je t'ai pardonné et ne pense plus à tes premières fautes »

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20. — Je suis allé à Plantation-Ifouse, d'après les ordres que j'en avais reçus. Tandis que je parlais à M. Bazier, dansla bibliothèque, le gouverneur entra. II paraissait fort en colère, et il me demanda brusquement et avec grossièreté quelles communications j'avais à faire , concernant la santé du général Bonaparte. Je répondis qu'il n'y avait pas, chez lui, de mirux constant. — Est-il sorti de la maison? — Non, Monsieur; — Est-il allé dans la salle de billard? — Il y passe tous les jours une grande partie de son temps. -— Coin-* ment l'emploie-t-il dans ce lieu ? Je ne saurais le dire, Monsieur. — Pardonnez-moi, vous le savez et vous devez le dire, repartit le gouverneur, me regardant à sa manière ordinaire 5 vous n'ignorez pas ce qu'il y fait, et vous ne remplissez pas vos devoirs envers le gouvernement.

Son Excellence se promena alors autonr de la chambre, s'arrêtant de temps en temps, me regardant , avec les bras croisés , d'une manière qu'il serait difficile de décrire , en exhalant sa mauvaise humeur en exclamations furibondes. Je tirai froidement ma montre pour voir combien de temps il me contemplerait de cette manière. Je pensai plus d'une fois qu'il méditait quelqu'acte de violence. Le calme et le silence ne paraissaient pas être ce qu'il eût désiré j et il commença, de la manière accoutumée, une autre série d'interrogations concernant le nom delà personue. qui m'avait donné,, un an auparavant, l'avis que lord Liverpool s'était opposé à ce que je fusse éloigné do Sainte-Hélène. J'ai repondu que je le lui avais dit à lui-même sur la fin de juillet , et que j'avais offert de montrer à une tierce personne la partie de la lettre qui faisait mention qu'on s'était adressé à lord Liver-

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pool pour que sa seigneurie empêchât mon éloignemenu Il renouvela sa demande d'un ion emporté, et me dit qu'il fallait que je lui nommasse sur-le-champ la personne qui m'avait donné ce renseignement , eu ajourant que l'offre de montrer la lettre à un tiers était une insulte pour lui ; il s'avança sur moi d'un air menaçant, évidemment dans l'intention de ni'intiinider et de me forcer à souscrire à ce qu'il exigeait. Je répondis comme auparavant. Il renouvela sa demande avec plus de violence encore. Je lui dis alors que, puisque mes réponses ne servaient qu'à m'atlirer des traitemens injurieux, je refusais absolument de répondre davantage sur ce sujet. Ecrivez^ dit-il, major Gorrequer, que M. O'Meara refuse de répondre; et après avoir entendu une longue et outrageante philippique sur l'inconvenance de nia conduite , depuis qu'il m'avait réprimandé relativement à un journal ( c'est-à-dire depuis que* j'avais refusé de servir d'instrument à ses calomnies contre l'amiral Malcolm ), je reçus la permission de me retirer.

28. — J'ai vu Napoléon , qui était un peu mieux que le jour précédent. J'ai eu quelque conversation avec lui sur C****. « C****, m'a-t-il dit, est un ancien émigré , qui fut nommé secrétaire de F***, quand ce dernier était ambassadeur à la cour de ...., où il parvint à se (aire haïr, malgré le galimatias qu'il avait publié sur le christianisme. Pendant son séjour dans

cette ville, il s'efforça de persuaderau vieux roide ,

qui avait abdiqué et qui s'était fait religieux , de revendiquer ses droits au trône de S****. Le roi le soupçonnant d'être un mouton , le mit à la porte et me porta plainte de sa conduite; ce qui fut cause que je le disgraciai. Tant que j'ai eu le pouvoir en maiuj il

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a été un de mes plus vils flatteurs. C'est un fanfaron sans caractère, qui a lafureur défaire des livres. »

J'ai fait à Napoléon quelques questions sur la conduite de Bernadette. « Bernadotte, a-t-il dit, s'est montré ingrat envers moi, l'auteur de son élévation,' mais je ne puis dire qu'il m'ait trahi. Il devint Suédois en quelque manière et ne promit jamais que ce qu'il avait l'intention de tenir. Je puis l'accuser d'ingratitude, mais non pas de trahison. Ni Murât, ni lui ne se fussent déclarés contre moi , s'ils eussent cru que je serais détrôné. Ils désiraient voir mon pouvoir abaissé, mais non pas détruit. La bravoure de Murât était si grande , que les Cosaques avaient coutume d'exprimer leur admiration par des cris. Ils ne pouvaient s'empêcher d'éprouver un sentiment de respect en voyant cet homme , d'une figure si noble et distinguée, s'avancer comme un ancien chevalier, pour exécuter des prodiges de valeur.

» Labédoyère, a-t-il dit, était un jeune homme rempli des plus nobles sentimens. Son attachemeut pour moi allait jusqu'à l'enthousiasme; il se déclara en ma faveur au moment du plus grand danger. »

Il peignit Drouot comme un des hommes les plus vertueux et les plus modestes, quoique possédant de très-grands talens. « Drouot , dit-il, est un homme qui vivrait aussi satisfait, pour ce qui le concerne personnellement, avec quarante sous par jour, qu'avec les revenus d'un souverain. Plein de charité et de religion, sa morale, sa probité et sa simplicité lui eussent fait honneur dans les plus beaux jours de la république romaine. »

5o. — J'ai été à F Imitation- House. Après quelques questions relatives à la santé de Napoléon, sir

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Hudson LoTve a dit avoir appris d'une manière indirecte, que l'état du général Bonaparte était bien plus alarmant que je ne lui avais dit • qu'en conséquence , il me priait de faire connaître , toutes les fois que j'irais en ville, à M. Baxter ou à M. Thomas Reade, l'état <le la santé de Napoléon, ce qui me dispenserait de venir à Planta tu in- Ho use, aux jours fixés pour le rapport; que je pourrais donc présentement faire savoir au major Gorrequer ce que j'avais à dire relativement à la san lé de mon malade. En conséquence , j'ai dit au major que, depuis le 2.6 , Napoléon n'avait pas autant souôert du îujl de lète , attendu que je lui avais arraché une dent màcheliére • que l'enflure était considérablement diminuée J qu'il était très-échauffé et avait quelques symptômes de dyspepsie, telles que des envies de vomir et des flaluosités; que sa douleur de côté était la même j que ses jambes n'avaient point diminué de grosseur; que, généralement parlant, quoique sa douleur à la joue fût moins forte, l'état de sa santé ne s'était point amélioré. J'ai fait aussi la demande d'un petit alambic, afin de distiller un peu d'eau de fleur d'orange, ce qui aurait été très-agréable et même très-nécessaire pour Napoléon (1).

3 février. — Le bâtiment chargé de provisions, Le Cambridge , est arrivé et a apporté la triste nouvelle de la mort de la princesse Charlotte (2).

J'ai communiqué cette nouvelle à Napoléon , qui a paru affligé de cet événement malheureux ; indépendamment des sentitnens que devait exciter le sort d'une

(1) L'alembic n'a jamais été accordé , quoiqu'on ait réitéré souvent cette demande.

(2) J'ai supprimé quelques remarques de Napoléon sur cet événement.

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princesse enlevée à la fleur de l'âge , dans tout l'éclat de sa beauté et dans le moment où l;'avenir lui offrait la plus brillante perspective , Napoléon avait conçu quelques espérances de la voir concourir à faire prendre des mesures plus libérales à son égard. Il s'emporta contre les accoucheurs et exprima sa surprise que la populace ne les eût pas lapidés. 11 dit que toute cette affaire lui paraissait étrange , et qu'il semblait qu'on eût pris des mesures de précaution pour priver la princesse de tout ce qui était nécessaire pour la soutenir et la consoler dans un premier accouchement. Il s'étonna qu'on n'eût pas au moins placé auprès d'elle uue femme mariée , d'un âge raisonnable, qui, ayant eu plusieurs enlans , aurait pu l'encourager. Si elle avait eu une personne de la sorte , elle se serait ape»çue que l'accouchement ne se présentait pas trèsbien , et on aurait réclamé l'assistance d'autres chirurgiens accoucheurs. 11 ajouta que l'on ne pouvait pardonner à la vieille reine de n'avoir pas été sur les lieux. « Où était donc le prince Léopold f un homme ne devait-il pas savoir ce qu'il y avait à faire ? Si je n'eusse pas été présent lors de l'accouchement de Marie-Louise , cette princesse serait morte de la même manière. Pendant qu'elle était en travail d'enfant , je me tenais dans un appartement voisin , d'où je me rendais à chaque instant dans sa chambre. Après quelques heures de souffrance , l'accoucheur Dubois , tandis que j'étais sur uu sopha , vint à moi , la frayeur peinte sur sa figure , et il me dit que l'impératrice était daus un état alarmant, que l'enfant se présentait de travers. Je lui demandai s'il n'avait jamais rien vu de semblable ? Dubois me répondit qu'il avait vu quelques accouchemens de ce genre , mais très-rares ,

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peut-être pas un sur mille , et qu'il était bien affligeant pour lui qu'un tel cas se présentât lorsqu'il était question de l'impératrice ! Oubliez , lui dis -je, qu'elle est impératrice , et traitez-la comme vous traiteriez la femme d'un petit marchand de la rue Saint-Denis. Dubois me demanda ensuite , si cela devenait toutà-fait indispensable , lequel des deux il faudrait sacrifier pour sauver l'autre , la mère ou l'enfant ? Sauvez la mère , répondis-je , il n'y a pas à hésiter , et cela est de droit. J'accompagnai ensuite Dubois an pi es du lit , j'encourageai et tranquillisai de mon mieux l'impératrice, et je la tins pendant qu'on l'opérait avec les pinces {forceps ). L'enfant était mort en apparence quand il sortit du sein de sa mère j mais les frictions et d'autres moyens qu'on employa le firent revenir à la \ie. Au premier coup de canon qui annonça ce grand événement, la population de Paris, toute entière , se mit en mouvement ; elle courait dans les rues, dans les places publiques, garnissait les quais pour compter le nombre des coups. On devait en tirer vingt-un pour la naissance d'une princesse et cent-un pour celle d'un prince. Au bruit du vingt-deuxième , les Parisiens firent retentir les airs de leurs acclamations. Presque toutes les puissances de l'Europe m'envoyèrent complimenter sur cet heureux événement. L'empereur d'Autriche se fit représenter, en qualité de parrain de l'enfant , par son frère le duc de Wurtzbourg; et l'empereur Alexandre envoya son miuistre du département de l'intérieur , pour me témoigner sa satisfaction dans cette circonstance {\).

(1) Bientôt après la naissance du jeune Napoléon , son père eut l'idée de bâtir, presque visa is le pont d'iéna , un superbe palais epui devait être appelé h pilais du roi de Rome; le gou-

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» Si la pauvre princesse Charlolle , ajouta- 1- il , avait eu auprès d'elle quelqu'un qui eût agi avec cou» rage et discernement, comme je l'ai fait, on serait parvenu à la sauver. Maintenant, par la riéelieence et l'imbécillité de ces misérables accoucheurs, il est impos* sible de dire quels malheurs vont fondre sur l'Angleterre ! On n'eut pas plutôt su., continua Napoléon, que les intérêts de la France m'avaient engagé à rompre mon premier mariage, que les plus grands souverains

vernement fit l'achat de toutes les maisons situées sur l'emnlacement qu'on avait choisi. Sur le terrain qui ," d'après le plan , devait former l'extrême droite de la façade, se trouvait une petite maison, qui, avec le sol sur lequel elle était Lu, if, n'était estimée qu'environ mille francs , et appartenait à un pauvre tonnelier. Le propriétaire en demanda dix mille ; on en parla à Napoléon, qui ordonna qu'ils lui fussent comptés. Quand bs personnes chargées de conclure cet arrangement vinrent pour terminer, le propriétaire dit que tou'e réflexion faite, il ne pouvait vendre sa maison moins de trente mille francs. Cela fut rapporté à Napoléon, qui ordonna qu'on lui payât cette somme. Quand on vint de nouveau pour conclure l'affaire, le tonnelier porta sa demande à quarante mille francs. L\ir<:hi;e< te fut trèsembarrassé; il ne savait plus que faLe , il n'osait plus ennuver Napoléon de ce sujet, en même temps qu'il savait qu'on ne pouvait rien lui cacher. Il s'adressa donc de nouveau à lui à ce sujet .* « Ce drôle-là abuse , dit-il ; pourtant il n'y a pas d'autre moyen ; allons, il faut le payer, n L'architecte revint chez le tonnelier , qui porta le prix de sa maison à cinquante mille francs. Quand, Napoléon en fut informé, il en fut indigné et il dit : «Cet hommelà est un misérable ; eh bien , je n'achelerai pas la maison , elle restera comme un monument de mon respect pour les lois. 3»

On a , depuis , rasé les fondations du palais futur. La barraque du tonnelier tomba en ruines, et son propriétaire , B.... demeure maintenant à Passy , où il traîne une misérable existence , du travail de ses mains.

Qiialr. partie» 7

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de l'Europe cherchèrent à former une alliance avec moi. Aussitôt que l'empereur d'Autriche eut appris qu'il était question d'un nouveau mariage, il envoya chercher Narhonno et témoigna son étonnement qu'on n'eut pas songé à sa famille : on pensait alors à une union avec une princesse de Russie ou de Saxe. Le cahinet de "Vienne expédia des instructions au prince de Schwartzenbcrg, alors ambassadeur à Paris : on reçut aussi de l'ambassadeur de Russie des dépêches, qui faisaient mention que l'empereur Alexandre proposait sa soeur, la grande duchesse Anne. Il y eut cependant quelques difficultés relativement à une chapelle du rit grec, qu'il s'agissait d'établir aux Tuileries pour cette princesse. On tint à ce sujet uu conseil privé , et les votes de la majorité se prononcèrent pouf une princesse autrichienne. J'autorisai , en conséquence, le prince Eugène à faire des ouvertures au prince de Schwartzenberg , et l'on signa des articles de mariage semblables à ceux qui avaient été signés entre Louis XVI et Marie- Antoinette. L'empereur Alexandre ne fut pas satisfait, et il crut qu'où l'avait joué, en enlamanten même temps deux négociationsà la-fois. Ce fut une erreur de sa part.

» On a dit que le mariage de Marie - Louise était une des conditions secrètes du traité de Vienne, qui avait élé signé quelques mois auparavant : cela est entièrement faux. On n'avait pas même conçu l'idée d'une alliance avec l'Autriche avant la dépêche de Narbonnc, qui rapportait des insinuations qui lui avaient été faites. Enfin le mariage, qui fui conclu avec l'impératrice Marie- Louise, fut proposé, discute, décidé et signé dans les vingt - quatre heures, ce que bien des membres du conseil, qui existent encore,

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peuvent attester. Plusieurs furent d'avis que j'aurais dû épouser une Française, et les argumens en faveur de cetie proposition furent si forts , que pendant un moment je fus porté à m'y rendre $ mais un ministre de la cour d'Autriche fit la remarque que , si je refusais de m'allier à une des princesses des maisons régnantes de l'Europe, ce serait faire une déclaration tacite, que j'avais l'intention de les renverser quand l'occasion s'en présenterait. »

i o. — La santé de Napoléon ne s'est pas améliorée. J'ai eu quelques entreliens avec lui, relativement au mariage de la princesse Elisabeth avec le prince de Hesse-Hombourg.

« Quand je marchai contre Ulm , en i8o5, je passai, avec mon armée, à Stutigard, où je vis la reinede Wurtemberg(i), avec laquelle jem'entretins plusieurs fois, et qui me plut beaucoup. Elle perdit bientôt tous les préjugés qu'elle avait conçus contre moi. J'eus le plaisir de m'eruremettre en sa faveur auprès de son mari, homme un peu violent, mais rempli de mérite , et qui l'avait maltraitée : elle fut tfès-reconnaissante de ce service. Elle a ensuite contribué très -efficacement au mariage qui eut lieu entre mon frère Jérôme et la princesse Catherine, fille du roi., son époux, mais d'un premier lit. »

16. — Pendant mon séjour à James - Town , M. Barber, du Cambridge, ( vaisseau ) qui a ouvert une

(1) On m'a assuré, et la personne dont je tiens ceci mérite toute confiance, que la reine de "Wur'eaiberg écrivit à la reine Charlotte, sa mère, le détail de son entrevue avec Napoléon. Il contenait des opinions très flatteuses pour lui, et en parlant de sa personne, elle terminait en disant : « Il a un sourire si prévenant, si enchanteur !!,..«

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boutique en ville, me demanda comment Bonaparte avait trouvé les portraits .? Ignorant ce qu'il voulait me dire , je le priai de s'expliquer. Il me dit que je devais certainement savoir de quoi il était question, et en continuant la conversation il m'apprit qu'il avait exposé en vente deux gravures du jeune Napoléon, pensant que cela pourrait plaire aux Français et les engager à lui donner leur pratique: qu'à son arrivée il en avait fait mention, et que les deux portraits avaient été pris par le gouverneur et par sir Thomas Reade , et que sir Hudson Lovve avait dit qu'il était bien aise de les envoyer à Bonaparte. M. Barber parut trèssurpris et très-désappointé en apprenant, par moi, que ces gravures n'avaient pas paru à Longwood (1).

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