‹ Napoléon en exil (volume 2)Chapitre 5 sur 19 · Arrivée de lord Amlierst · texte numérisé non relu

Arrivée de lord Amlierst

28. — Lord Amherst et sa suite, accompagnés par le gouverneur, ont rendu visite au comte et à la comtesse Bertrand. Napoléon a observé que les honnêtetés du gouverneur ressemblaient à celles que fait un geôlier aux personnes qui visitent ses prisonniers. « Quand il alla chez Bertrand avec l'ambassadeur, dit-il, il s'est contenté de l'introduire en qi alité de lord Amherst, et ensuite, sans s'asseoir , ni prendre aucune part à la conversation , ainsi qu'il aurait pu le faire, il se retira comme un geôlier ou uu porte-clefs, qui, après avoir désigné les détenus confiés à sa garde , tourne la clef et les laisse. Etant venu avec lord Amherst, il pouvait

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rester un quart-d'heure de plus, et ensuite prendre civilement congé de la compagnie. »

3 juillet. — L'amiral Plampin, qui est arrivé , il y a deux 6a trois jours , sur le Conquérant, est venu à Lonowood avec le capitaine Davie ., son comtnaudant d'escadre, et son secrétaire M. Elliot: ils ont été introduits auprès de Napoléon par sir Pultney Maltolm.

Napoléon a remarqué la différence singulière qui existe entre sir Pultney Malcolm et celui qui lui succède. « Peu d'hommes , a-t-it dit, ont un extérieur plus agréable et possèdent plus de ces manières qui préviennent en leur faveur, que Malcolm. Mais l'autre 3 au contraire , ressemble a un de ces grossiers matelots hollandais qui sont presque toujours ivres, et que j'ai vus dans leur pays , assis à une table, la pipe à la bouche, ayant devant eux un morceau de fromage et une bouteille de genièvre. »

A mon retour de la ville \ je dînai tête à tête avec l'empereur dans son cabinet. Le dîner a été servi sur une petite table ronde. L'empereur était assis sur un sofa , et moi sur un fauteuil , vis-à-vis de lui. Il avait l'intention de me griser; il ordonna à Marchand de lui apporter une' bouteille de Champagne, dont il prit un verre , et m'obligea gaîment à boire le reste , en répétant souvent : « Doctov , drink, drink. »

4. — Sir Pultney et lady Malcolm ont fait voile pour l'Angleterre sur la frégate Nexvcastle.

Ayant eu le malheur d'égarer quelques feuillets de mon journal 3 j'ai été forcé de me rappeler de mémoire les détails suivans.

La manière dont le capitaine t amb avait raconté

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l'anecdote relative au buste, loin de dissiper les soupçons des habitans de Longwood, les avait au contraire convaincus que des propositions 3 ou au moins des insinuations , avaient été faites. Celte idée parut prendre plus de consistance, par la déclaration de deux capitaines arrivés depuis peu sur les bâtimens de transport , qui sont venus visiter Longwood et qui ont été admis auprès de Napoléon. L'un d'eux, qu'il est inutile de nommer, assura à l'empereur et aux autres personnes qu'il avait entendu dire au capitaine Lamb lui-même qu'on lui avait proposé de jeter le buste à la mer, et de retenir à bord le canonnier qui l'avait apporté, afin qu'il ne fut plus question de cette affaire. Auparavant, il était venu à bout de persuader à Napoléon que l'inculpation dirigée contre sir Thomas Reade n'était pas fondée , et j'obtins même sa permission de communiquer sa façon de penser à cet oflicier : cela fit du bruit dans l'île et y obtint un grand crédit.

On a prétendu que ce buste avait été sculpté à Livourne^ par ordre de l'impératrice Marie-Louise, et qu'elle l'avait envoyé à son époux par le canonnier, comme une preuve tacite, mais convaincante, que son affection pour lui n'avait pas souffert la moindre altération. L'empereur , qui aime tendrement sa femme , était très-disposé à croire qu'il devait ce présent à son amour, et il désirait vivement connaître l'exacte vérité. Pour arriver à ce but, il engageale comte Bertrand à demander qu'on permît au canonnier de venir à Longwood. Après quelques délais , qu'on prolongeait sous le prétexte que cet homme était malade, et pendant lesquels il fut examiné à Plantation- House et forcé ensuite de

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prêter un serment, on fit prévenir Bertrand qu'on lui avait enfin accordé la permission de se vendre à Longwood. Mais quelques minutes après son arrivée chez le comte Bertrand, et tandis qu'il parlait ;'i la, comtesse, le gouverneur envoya le capitaine Poppleton dans la chambre, avec défense de le laisser parler à aucun Français hors de la présence de ce capitaine. Ce procédé , joint aux circonstances qui l'avaient précédé , fut considéré comme une insulte, et le canonnier reçut aussitôt Tordre de se retirer.

Deux ou trois jours aprèsl'arrivéede lord Amherst , j'eus l'honneur de dîneravec lui à Plantation- Home. Comme j'ai perdu les notes que j'avais prises alors , je me contenterai de rapporter 3 autant qu'il me sera possible de me le rappeler, le précis du discours que je lui tins. Je lui dis que je me croyais obligé de le prévenir que s'il se rendait à Lougwood dans l'intention de voir Napoléon , il ne serait certainement point admis en sa présence, s'il était accompagné par le gouverneur ou par quelqu'un de son état-major; que ce refus n'avait au reste rien d'insultant, ni même de désobligeant pour lui personnellement; qu'ainsi il ferait bien d'éviter un désagrément semblable ; mais que si , au contraire , Sa Seigneurie se rendait à Longwood seule avec son état-major, je ne doutais nullement qu'elle ne fût reçue, pourvu que Napoléon fut suiïisamment rétabli de la fluxion dont il était incommodé.

Sa Seigneurie eut la bonté de me remercier de lui avoir donné cet avis.

A la fin de juin, ou au commencement de juillet , le comte Bertrand ayant été rendre, ses devoir*

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à lord Ainherst , lui apprit que Napoléon avait été incommodé pendant quelques jours, et que, dans le moment actuel, il souffrait d'un mal de dent. 11 ajouta toutefois, que si l'empereur était en état de recevoir des visites avant le départ de Sa Seigneurie , il recevrait la sienne. En conséquence , le 2 ou le 3, lord Amherst alla à Longwood . accompagné de sa suite et du capitaine Murray Maxwell, qui avait servi sur YAlcesie, ancien bâtiment de Sa Majesté. Vers les trois heures et demie, l'ambassadeur fut introduit chez Napoléon , avec lequel il resta seul pendant près de deux heures. Avant de le quitter, Sa Seigneurie lui présenta les officiers de sa suite, ainsi que le capitaine Maxwell. Napoléon leur adressa à tous la parole. M. Ellis , secrétaire d'ambassade , conversa avec lui environ un quart - d'heure. Il rappela au capitaine Maxwell qu'il avait pris une de ses frégates à la hauteur de file de Lissa , dans l'Adriatique, en 1 8 1 1 , ce qui serait un ample compensation pour la perte de Wélceste. Il fit aussi diverses questions à M. Grimths, le chapelain , et, d'un air riant il le recommanda k la protection de Sa Seigneurie.

9. — On a envoyé au comte Bertrand , pour Napoléon s quelques ballots renfermant un superbe jeu d'échecs avec son damier, deux magnifiques corbeilles à ouvrage en ivoire ciselé, et une boîle à jetons de même matière , le tout de manufacture chinoise. Cet envoi était accompagné d'une lettre dans laquelle on disait que ces objets avaient été commandés par l'honorable M. Elphinstone, afin d'être offerts au personnage distingué dont ils portaient le chiffre , comme une marque de la recon-

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naissance du donateur pour l'acte d'humanité qu'il avait exercé envers son frère chéri , et auquel ce dernier devait la vie (1).

Il arriva en même temps une lettre de sir Hud- Spn Lovvc, qui portait en substance que, quand il avoit consenti, un ou deux jours auparavant, à ce que les ballots fussent envoyés au comte Bertrand, il ne soupçonnait pas qu'ils renfermassent des objets dont il n'aurait pas dû , d'après la lettre de ses instructions, permettre l'introduction dans l'île.

Il paraît que sur les présens était gravée la lettre N, surmontée d'une couronne 3 ce que Son Excellence regardait comme très-répréhensible et très-dangereux. Le capitaine Heaviside , qui les avait apportés de la Chine, reçut, lorsqu'il obtint la permission de visiter Longwood, l'ordre du gouverneur de garder un silence absolu sur la nature des objets qui lui avaient été remis, et de n'en parler à aucun Français.

Le soir, Napoléon s'amusa à considérer les cadeaux de M. Elphinstone , et parut charmé de la beauté de ces ouvrages. Il dit que son intention était d'envoyer les corbeilles à Marie-Louise , la boîte à

( 1 ) La veille de la bataille de Waterloo , le capitaine Klplunstone avait été grièvement blessé et fait prisonnier. Sl'ui état fixa l'attention de Napoléou , qui envoya aussitôt un de si s chirurgiens pour panser ses blessures; et , s'aperceyant que la porte de son sang l'avait fait évanouir , il lui envoya un gobelet d'argent plein devin de son office. A l'arrivée du Bellerophon en Angleterre, lord Keitb fit faire ses gracieux reraerciemeus à Napoléon ; pour avoir sauvé la vie de son neveu.

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jetons à sa mère, les échecs et le superbe damier à son fils.

11. — J'ai vu Napoléon dans son cabinet; il a été question de Ferdinand 3 roi d'Espagne, et du baron Kolli. « Kolli 3 dit-il , fut découvert par la police , parce qu'il voulait toujours boire une bouteille du meilleur vin où il se trouvait , ce qui cadrait mal avec son habillement et avec sa pauvreté apparente. Aussi sa conduite éveilla les soupçons de quelques-uns des émissaires qui étaient à sa recherche. Il fut arrêté ; on trouva parmi ses papiers une lettre de***, qui invitait Ferdinand à s'échapper et qui lui promettait tout secours. On désigna un agent de police, que l'on instruisit à contrefaire Kolli, et on l'envoya avec les papiers qu'on avait pris à ce dernier, auprès de Ferdinand, qui, cependant , ne voulut pas prendre la fuite, quoiqu'il ii'eût aucun soupçon du tour qu'on lui jouait.

» Lorsqu'il était à Bayonne, je lui offris la liberté de retourner en Espagne 3 en lui disant toutefois qu'immédiatement après son arrivée dans ce pays je lui déclarerais la guerre. Ferdinand refusa de rentrer dans ses états, à moins que ce ne fût sous ma protection. Aucune force et aucune impulsion étrangère n'ont été employées pour l'engager h. signer son abdication. Il n'était ni surveillé, ni détenu, comme on l'a prétendu dans le temps; il avait autour de lui autant d'amis et de nobles qu'il jugeait convenable d'en avoir. S'il eût été traité comme je le suis ici , le cas eût été différent ; bien que si le Prince Régent m'offrait aujourd'hui une retraite en Angleterre, à la condition de renoncer au troue de France,, de me reconnaître

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prisonnier de guerre et de signer un traité comme lelj je refuserais d'écouter cette proposition 3 et je préférerais mourir dans cette île, quoique j'aie déjà abdique , et qu'en conséquence le premier article ne fût d'aucune importance. Signer un traité semblable serait reconnaître que le droit des gens n'a pas été violé à mon égard 9 et légitimer l'injustice tlu parlement anglais, qui me retient prisonnier de guerre en temps de paix. Je consentirais bien volontiers, par exemple, à faire une convention dans laquelle je m'engagerais à ne pas quitter la partie de l'Angleterre qui me serait assignée, a ne point me mêler de politique et à rester assujetti à de certaines restrictions, et je demanderais s en outre, à être naturalisé anglais. Les deux grands objets de ma politique étaient d'abord de rétablir le royaume de Pologne pour élever une barrière contre les Russes et garantir l'Europe des invasions de ces barbares du Nord,, et ensuite d'établir en Espagne une constitution libérale ; j'aurais détruit l'inquisition , anéanti la superstition , les droits féodaux et les privilèges. Getle constitution aurait appelé aux premières charges du royaume et aux emplois publics tous ceux qui auraient eu des talens et du mérite, sans distinction de naissance. Les hommes qui régnaient en Espagne avaient trop peu de capacité pour que ce pays me fût en rien utile. Indépendamment de cela, j'avais découvert qu'ils venaient de conclure un traité secret contre la France. Avec un gouvernement vigoureux, on aurait pu faire usage des grandes ressources que présente cette belle contrée, et on aurait pu s'en servir si avantageusement contre l'Angleterre, qu'elle aurait

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été forcée de faire une paix conforme aux droits maritimes et libéraux. D'ailleurs , je ne me souciais pas d'avoir si près de mon empire une famille qui avait le droit de me considérer comme son ennemi personnel. Je désirais détrôner les Bourbons, à qui je supposais raisonnablement et nécessairement les mêmes intentions à mon égard. SI importait assez peu à mon plan général , que ce fut un de mes frères, ou tout autre, qui (ùt a la tète de ce royaume, pourvu que j'en écartasse les Bourbons. Dans trente ou quarante ans les liens de la parenté auraient disparu devant les intérêts particuliers.

» Fox, continua toujours Napoléon, était sincère, avait de la droiture et voyait juste : s'il ne fût pas mort, la paix se serait effectuée, et l'Angleterre serait actuellement heureuse et satisfaite. Fox connaissait les vrais intérêts de son pays. Il fut reçu comme un triomphateur dans toutes les villes de France où il passa. On lui offrit spontanément des fêtes et on lui rendit les plus grands honneurs dans tous les lieux où il fut reconnu. Il doit avoir été véritablement flatté d'une telle réception, d'autant plus honorable pour lui, qu'elle lui était faite daus un pays qui avait été longtemps l'ennemi du sien, et qu'il ne la devait qu'à la haute estime que le peuple français portait à son noble caractère. 11 est probable que si Pitt fut venu à la place de Fox, on l'eût assassiné. J'aimais Fox et me plaisais à converser avec lui. Il arriva une circonstance qui, quoique fortuite , lui doit avoir causé une sensation agréable. Comme je conservais toute sorte d'égards pour lui, je donnai l'ordre qu'on le laissât librement entier partout. Il se rendit un jour à

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S;iint Cloud avec sa famille. II y avait alors un cabinet particulier fermé depuis quelque temps, et où les étrangers n'étaient pas admis. Par inadvertance , Fox et sa femme en ouvrirent la porte et entrèrent. Là., ils virent les statues de plusieurs grands hommes, tels que Sidney, Hampden , Washington, Cicéron , etc. , lord Chatam , et enfin la sienne propre , que sa femme fut la première à reconnaître. Elle s'écria aussitôt : Mon cher, voilà votre statue ! Ce petit incident , quoique léger et purement accidentel , lui fit beaucoup de plaisir, et le bruit s'en répandit aussitôt dans Paris. Le fait est que , longtemps auparavant , j'avais fait le projet de former une collection de statues des plus grands hommes de l'antiquité et des temps modernes de toutes les nations , les plus distingués par leurs vertus et leurs talens. Je ne les admirais pas moins, pour avoir été ou être encore nos adversaires; et j'avais acquis des bustes des plus grands ennemis de la France , tels que Nelson. J'ai depuis été détourné par des événemens qui ne m'ont pas laissé le loisir de compléter cette collection. »

« Il aurait été très-facile , continua Napoléon , de rendre les Français et les Anglais amis , et de parvenir à leur donner de l'attachement les uns pour les autres. Les Français ont toujours estimé les Anglais et leurs qualités naturelles : où l'estime existe, il n'y a plus qu'un pas jusqu'à l'amitié, si l'on prend pour cela les mesures convenables., on réunit bientôt ces deux sentimens. J'ai moi-même fait beaucoup de tort à l'Angleterre , et si vous eussiez continué la guerre, mon intention était de lui en faire bien davantage ; mais je n'ai jamais

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ce ssé de vous esliraer. J'avais alors une opinion bien plus haute de votre nation qu'à présent : je pensais qu'elle jouissait d'une liberto politique plus étendue , et qu'il y avait en Angleterre plus d'indépendance , de grandeur et de générosité ; sans cette idée , je n'aurais jamais hasardé la démarche que j'ai faite. »

Je lui ai demandé son opinion relativement au lord "Whilworth. « C'est un homme habile, un intrigant, dit-il. autant que j'ai pu l'observer, mais adroit : c'est, de plus , un bel homme. Vos ministres n'avaient aucune raison de se plaindre de lui; car il entrait bien dans leurs projets. Le détail qu'ils ont publié de son entrevue avec moi était plein de mensonges.

» Je n'ai jamais usé, envers lui., de violence dans mes manières, ni de grossièreté dans mon langage. Les ambassadeurs ne pouvaient cacher leur mécontentement , quand ils lurent un tel amas de fails controuvés, et ils les démentirent. Les Anglais qui habitaient Paris étaient très - mécontens de son épouse , la duchesse de Dorset : ils disaient à haute voix que son orgueil allait jusqu'à la sottise. Sa présentation à la cour fut une pomme de discorde entre elle et beaucoup de dames anglaises. Elle refusait d'introduire celles qui n'avaient pas été présentées à la cour de Saint- James. Or, il y avait beaucoup de vos compatriotes qui ne voulaient ni ne pouvaient}' être présentés, mais qui désiraient l'être auprès de moi, et qui étaient refusées par elle et par son mari. Cela excita contre les deux époux un crand mécontentement. Par une raison semblable, les Anglais ne pouvaient souffrir M. Merry, votre

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charge d'affaires, Quelques-uns ménie le menacèrent

de lui donner des coups de cravache en public : il s'adressa à moi cl réclama ma protection contre ses propres compatriotes. »

Napoléon raconta alors la noble manière dont Fox lui avait dénoncé la proposition qui lui avait été faite de l'assassiner. Il compara cet acte de loyauté avec le traitement qu'il éprouve maintenant et avec les complots formés contre sa vie , en i8o3, par des misérables payés , et débarqués en France sur des vaisseaux de guerre anglais. Il dit aussi que l'on avait imprimé, dans les papiers ministériels d'Angleterre, que l'assassiner était une œuvre méritoire. Il raconta ensuite quelques épisodes de la vie du général Wurmser. «Quand je commandais au siège de Mantoue, dit-il, peu de temps avant la reddition de cette place, un Allemand fut arrêté au moment qu'il cherchait à s'introduire dans la ville. Les soldats le prirent pour un espion, le fouillèrent sans rien trouver sur lui ; puis i.'s le menacèrent, dans leur langue, qu'il n'entendait pas. Enfin, un Français qui parlait un peu allemand, fut amené, et lui dit qu'il allait le tuer, s'il ne disait pas à l'instant même ce qu'il venait faire dans la place : il accompagnait cette menace de gestes furieux, tira son sabre, lui porta la pointe au corps, en ajoutant qu'il allait le percer. Le pauvre Allemand effrayé, et ne com* prenant pas bien ce que lui disait le soldat français dans son mauvais jargon, crut, lorsqu'il le vit en posture de le tuer, que son secret était découvert, et s'écria qu'il était plus simple d'attendre quelques heures, et alors qu'on le saurait par le cours naturel des choses. Ce discours donna lieu à Trois, partie. S

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de nouvelles questions, et il avoua qu'il était porteur de dépêches pour Wurmser, et qu'il les avait avalées aussitôt qu'il s'était aperçu qu'il courait risque d'être pris. On l'amena à mon quartier-général, où Ton fit venir plusieurs médecins. On avait proposé de lui administrer quelques purgatifs S mais ifs dirent qu'il valait mieux attendre. En conséquence, il fut enfermé dans une chambre, et deux officiers d'état-major, dont un devait rester constamment auprès de lui, lurent nommés pour le surveiller. Au bout de quelques heures on trouva ce que l'on cherchait. Il c'ait enveloppé dans une petite boule de cire, do la grosseur d'une noisette, et consistait en une dépêche de l'empereur François^ et de sa propre main, adressée à Wurmser, et par laquelle il lui enjoignait de tenir encore quelques jouis, et qu'alors il serait secouru par une forte colonne qui venait dans telle direction, sous les ordres (PAlvinzi. Sur cet avis, e partis sur -le-champ avec là plus grande partie de mon armée; je marchai sur la route indiquée; je rencontrai Alvinzi au passage du Po; je le bai lis complètement et revins à mon siège. V\ urmser envoya alors le général *** en parlementaire, pour me proposer de traiter de la reddition de la forteresse, et me fit dire que, quoique la garnison fût encore approvisionnée pour quatre mois, il se rendrait à des conditions honorables. Je lui répondis que j'avais une telle opinion de sa bravoure et de son mérite personnel, et qu'il avait si bravement défendu la place confiée à ses soins, que, bien que je fusse instruit qu'il n'avait plus que pour trois jours de vivres, j'avais l'intention de lui accorder une capitulation Iiouorable.il fui très-étonné

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<lc me voir si bien instruit de l'état déplorable où il était réduit, et encore plus des conditions favorables que je lui offrais, après la connaissance que j'avais de sa détresse. Je le gagnai par-là, et, depuis, il eut toujours pour moi beaucoup d'estime.

Après avoir arrêté les principaux articles de la capitulation., j'envoyai dans la ville un officier, qui trouva qu'il ne restait à la garnison que pour un seul jour de vivres. Avant cette époque, Wurmser avait coutume de m'appeler jeune homme, Il était très-agé, brave comme un lion, mais tellement sourd, qu'il n'entendait pas autour de lui siffler les balles. Il m'invita à entrer dans Manloue après que nous eûmes conclu la capitulation; mais je préférai garder la position que j'occupais; d'ailleurs, j'étais obligé de marcher sur-le-champ contre les troupes du Souverain Pontife, qui avait d'abord fait un traité et qui l'avait rompu ensuite. Wurmser me sauva la vie un peu plus tard. En arrivante Rimini, je reçus par un courrier une lettre de sa part, qui m'annonçait qu'on cherchait à m'empoisonne^ et il m'indiquait le lieu et le jour où cette criminelle entreprise devait se consommer. C'était à Rimini même, et les auteurs de ce complot n'étaient rien moins que quelques canaglie (canailles) de prêtres. Ils auraient probablement réussi dans leur dessein, si je n'eusse pas été prévenu à temps, Wurmser, comme Fox, agissait noblement, a

Napoléon m'expliqua ensuite les précautions qu'il avait prises, pendant le siège de Mantoue, pour maintenir la santé de ses troupes dans ce pays marécageux et malsain; elles consistaient principalement à faire allumer de grands feux pendant la nuit,

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et d'obliger les soldats à se tenir auprès. Eusuite , 'A me parla des mesures qu'il avait cru devoir prendre à Jaffa. « Après l'assaut , dit-il 3 il fut impossible de rétablir aucune espèce de discipline jusqu'à la nuit. Les soldats furieux se précipitaient dans les rues pour se procurer des femmes. Vous savez quelles gens sont les Turcs ; quelques-uns d'entre eux faisaient encore feu par les croisées. Les soldats , qui nedemandaient que des prétextes pour se livrer au pillage, ripostaient aussitôt , tiraient contre les maisons , y entraient par force et violaient toutes les le mm es qu'ils pouvaient trouver. Ces rapports des Français avec les femmes du pays, et l'imprudence que les soldais avaient commise en semparant de beaucoup de pelisses et d'autres liabillemens turcs, dont une grandi: partie éliiit infectée, furent causes que lu peste se déclara parmi eux. Le jour suivant 3 je donnai des ordres pour que chacun apportât son butiu sur la place , où l'on brûla tout ce qui était vêtement; mais la maladie avait déjà fait des progrès. J'envoyai sur-le-champ les malades à l'hôpital, en ayant soin défaire séparer des autres ceux qui étaient atteints de la peste. Je réussis , pendant quelque temps, à persuader aux troupes que ce n'était qu'une fièvre avec des pustules ; et afin de les en convaincre , je me mis près du lit d'un soldat qui en était affecte; je lui louchai les mains. Cela servit beaucoup à calmer les esprits; et même quelques chirurgiens qui avaient abandonné les hôpitaux, rougirent de leur faiblesse et y retournèrent. D'après l'avis des officiers de santé , j'ordonnai que tous les bubons qu'on panserait et qui ne devaient pas s'ouvrir, fussent ouverts. Avant de donner cet ordre, je lis

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faire une expérience sur un certain nombre Je malades, et je permis qu'on en traitai un cg-d nombre d'autres à la manière ordinaire. L'on remarqua que, parmi les malades traites d'après l'ordre que j'avais donné , il se trouvait un plus grand nombre deconvalescens. »

17. — J'ai vu en ville sir Hudson. Il était de trèsmauvaise humeur, et j'ai eu avec lui une longue conversation, dont une partie n'a pas été très-agréable. Il m'a dit qu'il ne paraissait pas que j'eusse employé des argumens assez forts pour détromper sur son compte le général Bonaparte , et qu'il écrirait au lord Batburst que le général était si prévenu contre son caractère , que pas un Anglais, excepté l'amiral Malcolm et moi, n'avait accès auprès de lui.

Je lis connaître à son Excellence que sir Pultney Malcolm avait fait tout ce qui était en sou pouvoir pour concilier et arranger les choses ; qu'il s'était servi de tous les moyens possibles pour justifier la conduite du gouverneur, et y avait mis une telle chaleur, que Napoléon en avait exprimé son mécontentement ; que , quant à moi 3 j'avais fait tous mes efforts pour parvenir au même but. Je fis, en outre, entendre à Son Excellence que si le capitaine Lamb affirmait d'une manière positive qu'il était faux qu'on lui eût fuit celte proposition de briser le buste, cela suffirait pour faire taire la calomnie. Sir Hudson Lowe répondit : Je juge d'après les effets, monsieur* vous n'avez pas témoigné assez d'indignation «le ce qu'a dit et fait le général Bonaparte. Vous eussiez dû lui dire qu'il s'était rendu coupable dune action indigne.

Son Excellence dit ensuite que Napoléon lui

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avait lait écrire par Bertrand la lettre la plus impertinente qu'il eût jamais reçue, en réponse à une qu'il lui avait adressée au sujet des échecs, et à une seconde qui devait être remise au canonnier du Baril ier ,• enfin, qu'il était maître de renvoyer le général Bertrand de i'île, s'il le jugeait convenable.

11 me pria ensuite de dire au général Bonaparte qu'il était très-mécontent de la dernière lettre qu'il avait reçue, et beaucoup plus que de toutes celles qu'on lui avait adressées depuis qu'il était à Sainte-Hélène ; qu'il désirait savoir qui avait répandu partout le bruit absurde qu'on avait empêché le canonnier du Barîng , qui avait apporté le buste, de retourner à bord et de disposer de ses marchandises, ce qui lui avait fait éprouver des pertes et des mauvais traitemens. Il me recommanda de dire qu'il m'avait fait appeler exprès pour avoir des renseignemens là-dessus.

18. — J'ai vu Napoléon; je lui ai communiqué le message dout j'avais été chargé par sir Hudson Lowe. Il a répondu que le canonnier avait déclaré devant madame Bertrand qu'on l'avait empêché, pendant plusieurs jours, d'aller à bord, et que, par conséquent, il avait été obligé de vendre sa petite pacoîille à Salomon, et à quelque autre marchand, pour la moitié de sa valeur (1 ), et que, par là, il a essuj é une grande perte. •• On m'a dit, et je le crois, continua l'empereur, que cette rigueur déplacée n'a eu lieu que parce que ce pauvre diable s'est chargé d'apporter le buste de mon fils. Le gouver-

t un fait ciui ne souffre jias de doute, et qui est notoire clans i'ile.

îdin ( iig ) JurL.

unir a-été surpris des lettres qui lai ont été envoyées. Je ne veux rien lui devoir. Il prétend que, selon les régjemens établis, il n'était pas autorisé à remettre ces présens. Ou sont ces réglemens? Je ne les ai jamais vus. Si ce sont de nouvelles restrictions, qu'on nie les fasse connaître. Mais je n'ai jamais ouï dire que, parce qu'il y a une couronne sur dis bagatelles, on dut les défendre. Je proleste contre toutes entraves qui ne m'ont pas été communiquées avant d'être mises à exécution. D'après le discours de lord liathurst, il lui est détendu de faire aucune nouvelle restriction. N'aurait-il pas pu protester contre la couronne? nous en aurions bien ri. ÏVlais non. il faut qu'il donne un coup d épingle, qui! se réfère à des restrictions inconnues, et qu'il insinue que c'est à sa bonté que je suis redevable de ce qu'on m'accorde. Enfermé dans un donjon avec des ébahies aux bras et aux jambes (l'uomo s'accoutuma, ma al capricio daltvni, è impossibilè), l'homme s'y accoutume; niais au caprice d'aulrui, jamais. Je ne veux de lui aucune faveur. Peut-être exige-t-il que jeiui écrive chaque jour une lettrede remerciaient pour i'air que je respire. Un uomo che mammazza ogni giorno $ et qui demande que je lui en témoigne ma gratitude. Je me rappelle un bourreau allemand qui, tandis qu'il bâ tonnait de toute sa force un malheureux patient, criait à clique coup qu'il appliquait: Pardon, monsieur, pour la liberté grande que je prends.

Je demandai quelle était ia réponse que je devais faire. «Dites-lui, répondit Napoléon, che ionon sono obblig.iLo cil valider ..cs^uu couio ai' mio boja

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(que je ne suis pas obligé de rendre compte à mon bourreau). »

Après s'être promené pendant un instant, il dit avec énergie : « Vous me faites des insinuations : c'était la manière d'agir de tous les petits tyrans d'Italie. Cet homme parait n'avoir d'autre but que de me faire mourir à coups d'épingles, soit au moral, soit au physique. Un bourreau me tuerait d'un seul coup. Sa conduite est tortueuse et environnée de mystères. Le crime seul marche dans les ténèbres. Vu jour, son prince et sa nation seront instruits, son indigne conduite sera connue; et s'il échappe à la justice de la loi qu'il viole, il n'échappera pas a la justice de tous les hommes éclairés et sensibles. Il est un mandataire infidèle, il trompe son gouvernement, comme le démontrent les vingt mensonges et calomnies qui sont dans le discours du lord ***. Sa conduite pour le buste de mon fils, qui est prouvée, est odieuse et digne de tout ce qu'il a fiait depuis un an. »

Il me pria de lui porter celte réponse, pour le convaincre de l'opinion qu'il avait de son caractère.

Après quoi, il me dit qu'il avait informé lord Amherst de la conduite qu'on tenait envers lui. «. L'ambassadeur, dit-il, a déclaré que l'intention du bill n'était pas telle 5 que son but était non d'empirer, mais d'améliorer ma position comme prisonnier, et qu'il ne manquerait pas de publier les représentations que j'avais faites au prince régentj à lord Liverpool et à lord Bathurst], » 11 me demanda la permission de redire au gouverneur ce

que je lui avais dit. Je répondis que j'y consentais. J'ajoutai que j'avais observé que le gouverneur l'avait pris autour de la ncurveîle roule qu'il avait ouverte , mais que j'étais certain qu'il ne lui avait pas dit que je ne pouvais ni la quitter, ni entrer dans aucune maison, et que les choses ont été au point de me faire défendre de parler aux personnes que je rencontrerais. 11 en fut frappé. Il me proposa de voir le gouverneur; je répliquai que ni le Prince Régent ni les deux chambres du parlement ne me forceraient à voir mon geôlier et mon bourreau. Ce n'est pas l'habit qui fait le geôlier, ce sont les manières et les mœurs. Je lui ai dit qu'il avait poussé les choses à une telle extrémité, que, pour ne lui laisser aucune prise, je m'étais relégué à ma chambre, m 'attendant qu'il allait faire entourer ma maison de sentinelles. Je ne lui ai rien laissé à faire; sinon de violer le lieu qui me sert d'asile, ce qu'il ne ferait sans passer auparavant sur mon corps (i). Que je ne voulais pas me déshonorer par un suicide, mais que je me réjouirais de mourir assassiné par un Anglais; que ce serait une consolation pour moi dans mes derniers momens. »

Napoléon conclut en me disant « qu'il ne s'opposait pas à ce que le gouverneur eût connaissance des sentimens qu'il venait de manifester à son égard. »

fi) Napoléon était si fortement frappé de l'idée qu'on essaierait de violer son asile , que, peu de temps après le départ de sir George Cockburn , il avait toujours dans sa bhanv bre quatre à cinq paires de pistolets chargés, et quelques épéc, dont il avait l'intention de faire usage pour se défaire du premier qui eutrerait coutre.sa volonté.

Jl"l*" ( 132 ) 1817*

*& — (0 Je suis allé en ville , conformément aux ordres de sir Hudson Lowe, auquel je fis part du message dont j'étais chargé pour lui. Il commença sa réplique par nier qu'il m'eût ordonné de dire qu'il avait été surpris du style des deux dernières lettres qu'il avait reçues, et qu'il m'avait crié, lorsque je sortais de la chambre,, de ne rapporter que la première partie de sa conversation. Il me dit ensuite, en jetant sur moi un regard furieux : « Les expressions du général Bonaparte me prouvent, Monsieur , de plus en plus, que vous n'avez pas pris les vrais moyens de justifier mon caractère : dileslui, continua-t-il d'un ton de noix qui n'était rien moins que calme, que, pour prouver que je ne crains pas d'envoyer quelque message que ce soit en Angleterre, je suis résolu à l'aire passer au minibtie le rapport qu'il vient de m'envoyer.

Il me demanda ensuite de lui communiquer tout ce dont j'avais été chargé. Quand je vins à l'endroit ou Napoléon, dans sa conversation avec lord Amlierst , avait dit : « Je suppose qu'il ne vous a pas appris que je ne puis quitter cette route , » le gouverneur , avec une physionomie dont il me serait impossible de décrire l'expres-ion , se leva brusquement, et, dans une fureur qui J empêchait d'articuler ses paroles, s'écria : « C'est taux L c'est faux! je le lui ai dit. « Quand il se fut un peu calmé, il me lit de violens reproches de ce que je n'avais pas contredit cette assertion, et de ce que je n'avais pasmis plus de chaleur dans sa défense. Après qu'il eut

(1) Sur quelques pa^es de mon journal cette conversation porte la date du j y.

1817. ( ,2^ ) JviL.

exhalé une partie de sa rage, je l'interrompis pour lui faire l'observation que j'avais fait tous mes efforts pour le défendre; mais que je ne croyais pas qu'il dût être étonné si Napoléon n'était pas très-satisfait de sa conduite à son égard, en taisant attention aux changemens matériels qui , depuis l'arrivée de Son Excellence , avaient eu lieu dans sa position et avaient tous pour but de la rendre plus pénible. Il s'en suivit alors une longue discussion, pendant laquelle je détaillai quelques-unes des restrictions imposées; entre autres, une dans laquelle il était défendu à Napoléon de parler ; sur quoi le gouverneur se fâcha et assura que ce qu'il avait dit n'était point une défense, mais une prière; que ce n'était pas sa faute si le général Bonaparte ne voulait pas sortir à cheval. Je pris sur moi alors de lui faire la question suivante : « Mettez-vous, monsieur, à la place de Napoléon; profiteriez-vous de la permission de sortir à cheval, si elle était assujétie aux restrictions que vous lui avez imposées? « Son Excellence refusa de répondre à cette question, qu'il déclara regarder comme une insulte à sa qualité de gouverneur et de représentant de Sa Majesté. Il nie pria alors de lui dire quelle était mon opinion sur le discours de lord Bathurst. Je lui dis que plusieurs des assertions de sa seigneurie n'étaient pas conformes à la vérité. Après m'a voir entendu , son Excellence témoigna un grand mécontentement , et me reprocha avec amertume d'oser parler aussi librement d'un discours prononcé par un des secrétairesd'état du prince , ajoutant que j'avais l'air d'être l'avocat des Français; que personne dans l'île n'avait des opinions semblables, ou n'oserait les manifes-

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