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un pou plus loin , sur-tout par ceux qui étaient couchés par terre.
Cet événement produisit très peu de dommage dans Tîle. Il paraît que la direction des secousses fut verticale. Si elle eut été latérale , James Town eut été engloutie sous des masses de rochers.
22. — J'ai vu Napoléon dans sa chambre h coucher. Qunnd j'entrai , il était occupé à faire des calculs. Il leva les yeux, me regarda, et dit en souriant : « Hé bien, M. le docteur, tremblement de terre , hier soir. » Je lui dis que j'avais ressentit trois secousses distinctes. Il continua pendant un peu de temps ses calculs . se leva , et dit qu'il était couché dans le moment où le tremblement de terre avait eu lieu. « A la première secousse, continua-t-il , je m'imaginai qu il était arrivé quelque accident au Conquérant; je me dis : il aura pris feu et sauté en l'air (1 , ou bien c'est quelque magasin à poudre de l'île qui a fait exploison. A la seconde secousse, je reconnus sans peine que c'était un tremblement de terre. « Je lui demandai s'il avait entendu le bruit sourd qui l'avait accompagné, et lui dis que je pensais que le tremblement de terre aurait duré de seize à dix-huit secondes. Napoléon m'a répondu qu'il pensait qu'il n'avait duré en tout que douze secondes. 11 m'a dit avoir ressenti un tremblement de terre à Ferrare auparavant. Nous continuâmes à parler sur le même sujet, et je dis qu'on avait ressenti un tremblement de terre, en 1756, à Sainte-Hé-
(1) Quand on fît mention , quelque temps après , decelle observation de Napoléon à l'amiral , il fit celte répooae : a Ah! » le damné faquin a supposé cela parce qu'il le désire ! » »
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lène , et un autre en 1783; que, probablement, les Fanatiques et les superstitieux de l'île attribueraient celui-ci à sa présence 3 comme les Portugais prétendaient qu'il avait amené le fort et destructif vent d'est qui se fit sentir à Madère, en i8id3 quand le Nortliumberland arriva à la hauteur de Funchal. Il en rit beaucoup , et observa que , pour faire un conte semblable, il faudrait que ce tremblement de terre eût eu lieu immédiatement après son arrivée, ou du moins quelques jours après.
Napoléon m'a dit ensuite qu'il avait appris que le lord Moïra demandait que les troupes européennes fussent augmentées dans l'Inde de vingt mille nommes. « Je ne le crois pas, a-t-il ajouté; mais s'il est nécessaire d'envoyer des renforts dans l'Inde , on le doit attribuera l'imbécillité de vos ministres, qui ont donné à la France une possession au-delà du Cap. Sicela est vrai, c'est que vraisemblablement quelques aventuriers français, intrigans et sans emploi , comme il y en a par millions actuellement , poussés par la nécessité et par la haine qu'ils vous portent j auront soulevé les Marattes contre vous. Au lieu de donner Pondichéri et l'île Bourbon aux Français, vous auriez dû agir comme l'ont fait les Romains envers les Carthaginois , et dire : vous n'irez pas au-delà de telle latitude; non pour toujours, mais pour dix ans ou plus long-temps; enfin, jusqu'à ce que vos craintes pour l'Inde fussent calmées. Je pense qu'après avoir donné Pondichéri et l'île Bourbon à la France, vous serez obligés d'entretenir dix mille hommes de troupe européenne de plus dans l'Inde. Lorsque j'avais le pouvoir , je n'aurais pis donné un quatrinc (un liard) pour ces possessions que vous avez, rendues à la France , si ce 2 'rois, partie* i4
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n'est par l'espoir que je conservais toujours de vous chasser de l'Inde; ce qui rendait l'Ile de France ou celle de Bourbon un point important pour arriver à ce résultat. Je recevais tous les ans, des Nababs et des autres princes de l'Inde, surtout des Maratles, des ambassadeurs qui me suppliaient de venir à leur secours, et qui s'offraient à vous chasser de llnde , pourvu que je leur envoyasse quatorze h seize mille hommes d'infanterie , de l'artillerie et des ofliciers. Ils s'engageaient à lever toute la cavalerie qui serait nécessaire, pourvu que je fournisse desofficiers pour l'instruire. La haine qu'ils vous portent est extrême. Chaque année , de semblables propositions m'arrivaient par diverses voies. J'en recevais parl'Ile de France ; c'étaientde petits marchands (mcrcaiituzzi ) , t\\n m'apportaient souvent des lettres qu'ils avaient cachées sur eux, et qui venaient par terre ou sur des bâlimens danois.
» Peut-être avez-vous eu quelques vues intéressées en rendant Pondichéri : vous avez pu croire que vous pourriez importer quelques-unes de vos marchandises de l'Inde, au moyen des contrebandiers français. Mais cette idée n'est pas assez prépondérante pour contrebalancer le tort que le voisinage d'une nation nvale , telle que la France , peut causer à vos possessions dans l'Inde. Par les restitutions que vous avez faites aux Français, vous excitez leur envie et enflammez leur désir de recouvrer tout ce qu'ils possédaient autrefois. S'ils n'eussjnt rien obtenu , à peine se souviendraient-ils d'avoir eu autrefois des établissemens dans l'Inde. Vous n'auriez du permettre ni aux Français, ni à aucune autre nation, de mettre leur nez (mettere il naso) au-delà du Cap. Vous auriez dû faire exclusivement tout le commeice de la, Chine, Au lieu de
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déclarer la guerre aux Chinois, "vous auriez dû la faire aux nations qui veulent trafiquer avec eux. Vous auriez dû empêcher les Américains d'envoyer un seul bâtiment dans ces parages. Vousavez rendu Batavia aux Hollandais , qu'il était nécessaire , autant que les Français, d'exclure de l'Inde.
» Les Hollandais consomment une grande quantité de thé que vous leur auriez vendu. Les intérêts personnels d'une nation sont les premiers et seuls mobiles qui doivent la diriger dans ses traités. Après ma chute, vous auriez pu obtenir tout ce qu'il vous eût plu de demander; mais tandis que d'autres nations agrandissaient leur territoire , vous vous êtes endormis sur vos vrais intérêts , et vous avez même négligé de faire un traité favorable à votre commerce. Vous souffrez maintenant, vous souffrirez davantage par la suite, et les expédiens dont vous vous êtes servi , ne feront que reculer le jour de la catastrophe. »
20. — Napoléon m'a fait appeler le soir, vers les huit heures. Je l'ai trouvé dans sa chambre à coucher. Il se plaignait de légères douleurs de tête, et d'une autre au côté droit de la figure; il a déclaré avoir ressenti cette douleur aussitôt qu'il s'est rendu dans le jardin , par un vent violent, qui ne lui a pas permis d'y rester plus d'un quart-d'heure. Il a eu aussi quelque envie de vomir et a peu mangé à dîner. Après lui avoir recommandé ce que je jugeais devoir lui être nécessaire , il m'a demandé, comme il l'avait fait quelquefois auparavant, quelle est la nature de son tempérament, et quel régime i! doit suivre pour se maintenir dans un état de santé désirable. Je lui ai répondu que son tempérament demande beaucoup d'activité; qu'il est nécessaire qu'il
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fasse un usage presque continuel de ses facultés physiques et morales, et que, sans ce double exercice de l'esprit et du corps, il ne se porterait jamais trèsbien. « Vous avez raison, dit Napoléon, c'est ce qui m'a été recommandé depuis que j'existe 5 c'est ce qui est nécessaire actuellement , et ce qui le sera tant que durera la machine. Je prends, tant en écrivant qu'autrement, un exercice de tête presque tous les jours , et je prendrais de l'exercice corporel, même dans celte île , si je n'étais pas entre les mains d'un lojaj mais d'après le système actuel , je me mettrais dans le cas d'être insulté par des sentinelles, ou de recevoir un coup de fusil, si par hasard je m'écartais un peu de la route qui m'est tracée.
26. — J ai vu Napoléon à neuf heures ; il s'est plaint d'une sensation douloureuse dans les extrémités. Ses jambes, sur tout la gauche, étaient enflées, et les chevilles formaient des cavités quand on les pressait du doigt. Son appétit nY:lait pas bon. Quelques envies de vomir se manifestaient de t( ups en temps; les gencives étaient spongieuses. Outre l'exercice que je continuai à lui prescrire, je lui ordonnai de faire plus fréquemment usage des plantes anti-scorbutiques. 11 refusa une médecine que je lui conseillais , non pas parce qu'elle lui répugnait , mais parce qu'il prétend que plus l'on prend de médecines et plus on a besoin d'en prendre. « Prenez une médecine, dit-il s et probablement vous serez obligé d'en prendre cent autres après cela. »
Il déjeûna ensuite devant moi : son déjeuner consistait en deux ou trois radis, une petite tartine de pain et de beurre, et une petite lasse de café au lait.
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28. — J'ai vu Napoléon i\ onze heures cîn matin. II m'a paru presque dans le même état qu'hier , \c9 chevilles œdémateuses , l'appétit mauvais. Il n'a rien mangé depuis hier à déjeûner. Il est devenu si sensihle aux impressions extérieures, que le vent le plus léger ou le froid sont dans le cas de produire un: catharre ou une affection rhumatismale Je lui ai proposé d'appeler M. Baxter, en lui disant que quand un personnage de son importance, et dans des circonstances semblables, était même légèrement indisposé, il était à propos de faire une consultation. Napoléon m'a répondu : Cela n'est pas nécessaire; tous les médecins de la France s assembleraient,, qu'ils seraient tous de votre avis et merecommanderaient l'exercice du cheval. Je sais moimême , aussi bien que quelque médecin que ce soit , ce qui m'est nécessaire. C'est le mouvement, la l'aligne, Fexercice. Si l'on appelait Baxter, ce serait envoyer un médecin à un homme qui meurt de faim, au lieu de lui donner un morceau de pain. Je ne m'oppose pas à ce que vous lui lassiez, si vous le voulez , connaître mon état. Je sais bien qu'il dira : de l'exercice. Tant que le système actuel sera en vigueur, je ne sortirai pas.
Quoi qu'en ait dit Napoléon r j'insis-lai pour qu'il sortît. Quoi! voudriez-vous que je m'exposasse à être arrêté et insulté par une sentinelle , comme Ta été , il y a quelque jours, mat'ame Bertrand , h six heures dix minutes du soir, et lorsqu'il faisait encore jour? à sa place la même chose me fût arrivée, attendu que la sentinelle avait les ordres d'arrêter tout le monde. Cela aurait fourni une belle occasion au gouverneur décrire à Londres , d'afficher une caricature dans les boutiques de nouveautés, représentant JVapole'on Bonaparte arrêté
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à la porte par une sentinelle qui croiserait la baïonnette sur lui : cela aurait été fort amusant pour ce***, et les habitans de Londres en auraient bien ri. Jusqu'à ce que les choses aient été remises sur le pied où elles étaient du temps de Cockburn , et approuvées par les ministres , ou qu'on ait étab'i quelque chose d'approchant 3 je ne bougerai pas. Le bill est positif; et il n'aurait pas dû y avoir le moindre changement sans un ordre du régent et de son conseil privé, signé par le prince ou par lord Liverpool . et non par lord Balhurst. Je considère comme nulles toutes les restrictions qui n'ont pas été faites par eux. On peut certainement tout exécuter en employant la force; et afin d'éviter d'être insulté } je me suis volontairement renfermé chez moi; et jusqu'à ce que j'aie acquis une entière connaissance des mesures prises pour m'enlever le reste de la liberté qui m'avait été laissée, je ne me hasarderai pas à sortir, ni ne m'exposerai pas au caprice de mon geôlier.
» En m'empêchant de parler aux personnes que je puis rencontrer , cel homme m'a fait le plus grand affront que l'on puisse faire. Il est vrai qu'il a retiré cet ordre; mais s'il a le pouvoir d'imposer des restrictions à sa fantaisie, il peut les renouveler demain sous un prétexte quelconque. Les prétextes ne manquent jamais à celui qui a le pouvoir de faire ce qu'il lui plaît. Vous pouvez lui rapporter ce que je viens de dire , et ajouter que je crois que les intentions de *** et de *** ont été et sont d'abréger mon existence , en me renfermant dans une prison, où une maladie peut facilement se déclarer; et que ce ne sent pas là celles du prince régent, de lord Liverpool , ni de lord Sidmoulb; ear les restrictions imposées sur le moral lÏv.ix
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homme tel que moi, produisent le même effet que la prison , les chaînes et les fers que Ton met aux jambes des condamnés sur les galères. On impose aux voleurs et aux galériens des priva! ions physiques , on en impose de morales aux gens éclairés. Il n'y a pas de petit lieutenant, dans un régiment , qui voulût sortir , s'il était assujéti aux mêmes mesures.
y» J'ai demandé à l'ambassadeur, voudriez-vous sortir, sous la condition de ne parler à aucune des personnes que vous rencontreriez, de ne dire que bonjour, comment vous portez-vous ? à moins que cela ne soit en présence d'un officier? (il est vrai qu'il a retiré cet ordre , mais il peut le donner de nouveau à son caprice.) Voudriez-vous sortir avec la défense de vous écarter à droite ou à gauche de la route? Voudriez-vous sortir sous l'obligation de rentrer à six heures du soir , ou de courir le danger d'être arrêté par les sentinelles qui sont aux portes? Il répondit aussitôt ; Non , je ferais comme vous, je resterais chez moi. Il y a différentes manières de tuer un homme : par Je pistolet , par l'épée^ par le poison ou par l'assassinat moral , comme le font, envers moi ***et***. C'est la même chose quant au résultat, excepté que ce dernier moyen est le pi us cruel. Quand l'amiral, qui est un homme' dur, était ici, vous vous rappelez combien était différent le genre de vie que je menais. Je sortais à cheval quatre à cinq fois par semaine, je voyais de la société, et j'invitais ù dîner même des officiers , des dames anglaises et d'autres personnes. J'avais confiance en cet amiral , et jamais le moindre soupçon d'un dessein criminel ne s'est présenté à mon esprit , parce qu'il avait la marche droite et sincère ; rien de tortueux ni de tracassier ; quoiqu'il me Jépiiit et que je le
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trouvasse sévère , j'avais néanmoins confiance à son caractère et à son intégrité. Si j'avais eu l'intention de commettre un suicide , comme l'insinue ce geôlier, je l'eusse exécuté au commencement ; n'étant pas encore accoutumé à cette contrainte, je devais la trouver plus oppressive. Si j'en avais eu l'idée , tin pistolet aurait bientôt fait l'affaire. Je naime pas la longue guerre. Quel inconvénient est-il résulté de mes promenades à cheval pendant le temps que Cockburn a commandé ici ? Les intentions de*** sont de m'imposer des restrictions d'une telle nature , que je sois obligé de m'emprisonner moimême ou de dégrader mon caractère, et me rendre un objet méprisable au yeux du monde; par-là de m'occasionner une maladie, qui, dans un corps affaibli par la détention et par l'altération des organes , doit être mortel, afin que j'expire ainsi dans une agonie prolongée qui puisse paraître \ine mort naturelle. Tel est le plan qui a été formé, et dont l'exécution, ainei ménagée , est une espèce d'assassinat aussi sur, mais plus cruel et plus criminel que celui que l'on exécuterait avec le poison ou le pistolet.
» Le seul d'entre nous, ajouta-t-il, qui jouisse dune apparence de liberté, est Gourgaud ; encore a-t-il été arrêté plus de cinquante lois. Si j'eusse été à sa place, la même chose me serait arrivée. Une fois pourtant, dans le temps que l'amiral commandait, je fus arrêté; mais il en témoigna son mécontentement, et peu s'en fallut metteva ïisolasotto sopra (qu'il ne mîtlile sens dessus dessous) pour celte circonstance. Je vis clairement qu'il en était réellement fàcbé, et il prit toutes les précautions nécessaires pour qu'à l'avenir pareille chose n'arrivât plus ; mais cette brute, au contraire, en serait aussi char-
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mée que de tout autre chose qui aurait pour but d'abaisser ou de dégrader uion caraelère.
» Je suis bien convaincu, ajouta Napoléon, que la manière barbare dont on me traite sera vengée par la mort de plusieurs Anglais innocens. On peut justifier les actes les plus atroces en faisant usage des argumens et des doctrines que vos ministres emploient pour prouver qu'il est utile de me retenir ici. N'aurâit-il pas été utile d'assassiner Nelson ou Wellington? Ne serait-il pas utile à la nation française de se débarrasser des troupes alliées en empoisonnant le pain et l'eau? Ce n'est pas Yutildte qu'on doit considérer dans un acte , c'est sa justice et sa convenance; car, selon le premier principe, toute espèce de crime pourrait se justifier par son utilité'. C'est là la doctrine de T***. »
Bientôt après, sir Hudson Lowe vintàLongwood, et après m'a voir fait diverses questions sur la santé de Napoléon, il me demanda si j'avais eu avec lui quelque conversation particulière au sujet de sa maladie. Je lui fis part de l'entretien qui avait eu lieu précédemment entre l'empereur et moi, évitant toutefois de répéter l'expression de bourreau, dont il s'était servi pour le désigner. Son Excellence fit venir l<e major Gorrequer pour être présent à une partie de ma réponse, surtout pour entendrecelle de lord Amherst, qu'il dit ne pouvoir croire. Relativement aux intentions que Napoléon attribuait à certaines personnes, il m'a demandé si j'avais fait quelque réponse. Je lui dis que non. Il a observé que j'aurais pu facilement en faire une, si j'y eusse été disposé ; mais qu'il paraissait que j'avais la même manière de penser que celle que le général Bonaparte attribuait à lord Amberst, et il me demanda si cela était vrai? J'ai répondu qu'en ma qualité de
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médecin, j'ai fortement recommandé à Napoléon l'exercice du cheval. Cela ne fit pas plaisir à sir Hudson Lowe, qui, avec un air d'humeur qui se faisait remarquer par son ton et parses manières, me réitéra sa question. Je crus devoir lui demander alors permission de ne point répondre d'une manière positive à ses questions, pour m'éviler le désagrément de le voir s'indisposer contre moi, comme cela avait eu lieu dernièrement, à moins qu'elles ne fussent relatives à ma profession ; que, d'ailleurs, mon opinion était de peu d'importance ; que, comme médecin , j'avais fortement recommandé l'exercice.
Sir Hudson Lowe observa qu'il était inutile d'attendre rien de bon d'une personne qui professait des sentimens semblables aux miens ; qu'il n'avait, point de confiance en ceux qui entouraient le général Bonaparte. Après une harangue assez longue , dans laquelle il accusa Napoléon de l'avoir calomnié auprès de l'ambassadeur, et d'avoir à dersein attendu la veille de son départ pour le voir, afin que lui , sir Hudson , ne put réfuter ce qu'il avait avancé , il finit par dire : « Ne pensez vous pas, Monsieur, que le général Bonaparte m'a traité d'une manière bien inconvenante dans cette affaire ? » Je répondis que l'indisposition de Napoléon l'avait réellement mis hors d'état de recevoir des étrangers, et que même , jusqu'au dernier moment , il avait balancé à recevoir sa seigneurie ; que lord Amherst était resté plusieurs jours à son logement ( celui désir Hudson), et que, pendant ce temps, il devait avoir eu de fréquentes occasions de lui faire connaître toutes les circonstances de cette affaire ; que si j'étais bien informé , lord Aruherst l'avait vu , et s'était entretenu longtemps avec lui , après sou entievue avec Napoléon a qui n'avait duré
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qu'environ deux heures. Celle réponse excita la colère de Son Excellence , qui , me regardant avec une expression que je n'oublierai jamais, me dit : « Si ce n'était pour éviter qu'on en fit un nouveau sujet de plainte 3 je vous renverrais sur-le-champ de l'île , sans même attendre les ordres du gouvernement. Je n'ai rien reçu d'olliciel relativement a vos appointemens ; vous n'êtes pas de mon choix ; vous avez seulement la permission de rendre visite au général Bonaparte , en qualité de médecin. » J'ai répondu que j'agissais selon ses propres instructions , en me renfermant dans les sujets relatifs à la médecine. Il me réitéra sa menace de me renvoyer de Sainte-Hélène; j'y répondis, en disant que si l'on prenait ce parti à mon égard , je n'éprouverais pas le plus léger mécontentement. Après ces explications, sir Hudson se rendit chez le comte Bertrand , où il resta environ une demi-heure. À son retour, il m'envoya chercher, et après m'avoir dit que le comte Bertrand avait représenté l'état de la santé du général Bonaparte comme plus inquiétant que je ne l'avais dit moi-même , il m'ordonna de lui en faire un rapport par écrit.
Vers les quatre heures environ , le comte B dmaine, le baron et la baronne Sturmer, sont venus jusqu'à la porte intérieure de Longwood ; i's ont rencontré monsieur et madame Bertrand , qui, avec le petit Arthur et une bonne , allaient à la promenade. Ils lestèrent près d'une heure ensemble à se promener entre le poste de Vigie et la porte intérieure. C'était quelque chose de curieux de voir, pendant tout ce temps, la contenance de sir Thomas Reade. Il se tenait debout devant la porte du capitaine Blackeney : tout son corps était en mouvement ; il avait à la main uu télescope dont il faisait
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usage. Lorsqu'un brouillard épais venait les dérober à sa vue , ce qui arrivait fréquemment, on le voyait s'épuiser en efforts inutiles pour percer L'intensité de la vapeur.
La visite de sir Hudson Lawe avait pour but , à ce que j'ai appris, d'offrir qu'il fut élevé une barraque sous laquelle Napoléon pût se promener et trouver de l'ombre.
J'ai vu Napoléon le soir. Je l'ai trouvé à-peu-près dans le même état que le matin. Il m'a dit qu'il avait \u madame Sturmer au moyen de sa lunette d'approche, et il a fait l'éloge de la beauté de son teint et de ses couleurs.
?.g. — On a fait un signal pour que le capitaine
Jjlaekeney/ se rendît à Plantation-House. J'ai profité de cette occasion pour expédier au gouverneur mon i«q>portsur la santé de Napoléon , et j'ai demandé de l'eau de mer pour un bain que je veux lui faire prendre.
J'ai vu Napoléon; il était beaucoup plus gai et plus dispos. Il avait mangé des anti-scorbutiques ; ses gencives sont eu meilleur état. Les extrémités basses sont les mêmes pour l'enflure , mais elles nt sont pas si douloureuses.
Nous causâmes quelques instans. Il m'a demandé quel saint était mon patron ? quel était mou non de baptême ? J'ai répondu que mon premier nom était un nom de famille ; qu'on m'avait nommé Jîiny , du nom de lord Avonmore , pair d'Irlande. « Mais, dit-il en riant, il faut que vous ayez quelque patron pour plaider votre cause dans l'autre monde?» Je citai mon second nom de baptême. «< Ali ! dit-il^ dans ce cas il plaidera pour vous. St. -Napoléon devrait bien avoir de la reconnoissance pour moi , et
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employer, dans l'antre monde , son pouvoir en ma faVei.iV'. Personne ne connaissait ce pauvre saint ; il n'avait pas même clans le calendrier de jour désigné pour chômer sa fête. Je le tirai de l'obscurité , et j'engageai le pape a lui assigner le i5 du mois d'août, qui est l'anniversaire de ma naissance.
» Je nie rappelle, continua-t-il, avoir entendu, en Italie., un prêtre qui prêchait au sujet d'un pauvre pécheur qui avait, quitté cette vie. Il racontait que son âme parut devant Dieu, et qu'elle fut obligée de rendre compte de ses actions. Le bien et le mal furent jetés dans les bassins de la divine balance. Le bassin qui renfermait le bien se trouva être beaucoup plus léger et monta tout-à-coup. L'âme du pécheur fut donc condamnée à descendre dans les régions infernales ; elle fut conduite par les anges dans l'abîme sans fond^ et remise entre les mains des esprits infernaux, qui la précipitèrent dans les flammes. Déjà l'élément dévorateur avait saisi ses pieds et ses jambes, il s'élevait jusqu'à ses entrailles. Enfin , mes chers frères, dit le prédicateur , il était plongé jusqu'au fond ; sa tête seule s élevait. encore au-dessus des vagues enflammées, lorsqu'il s'avisa de s'adresser d'abord à Dieu , comme de raison , puis à son saint protecteur ensuite : O patron , dit-il , jette un regard de bienveillance sur ma pauvre âme , et prends pitié de moi du haut du céleste séjour. Mets dans la balance , du côté où sont mes bonnes actions , toute la chaux et la pierre que j'ai donnés pour réparer le couvent de S ***. Son saint exauça sa prière. Il ramassa toute la chaux et les pierres , les jeta dans la balance ; le bien obtint la prépondérance, et l'âme du pécheurpritson vol à l'instant même vers le paradis. Vous voyez, pair ce que je viens de vous dire ; mes chers frères
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combien il est utile de faire réparer les couvens , car sans la chaux et les pierres dont ce pauvre pécheur avait fait présent pour rétablir le monastère , son âme, mes enfans ., brûlerait encore dans l'enfer. Et cependant vous êtes assez aveugles pour laisser tomber en ruine le couvent et l'église que vos ancêtres ont 1 âlis. Dans ce temps-là , continua Napoléon en riant, les moines avaient besoin de faire rebâtir leur couvent, et ils eurent recours à cet expédient pour se procurer de l'argent , qui après cela leur arriva de tous les côtés. »
Napoléon a ensuite commencé à me railler sur ma profession. «Vous autres médecins , vous avez à répondre de la vie de tous ceux que vous avez expédiés pour l'autre monde , comme les généraux d'armée.
Quedirez-vous, quandon vousdemandera compte de la vie despauvi-es matelots dont vous avez envoyé lésâmes au séjour éternel ? Que pourra alléguer en votre faveur le bienheureux chargé de vous protéger, quand l'ange accusateur proclamera que vous a\ ez tué telle ou telle personne , en lui administrant des échauOans quand il eût fallu la rafraîchir, et vlceversal et tant d'autres morts entre vos mains, parce que vous vous êtes trompé sur la cause de leurs maladies , parce que vous leur avez fait des saignées trop ou trop peu abondantes ; un grand nombre peut-être , que vous considériez comme faisant partie de ce qu'on nomme le bas peuple,, et à la guérisou desquels vous n'attachiez pas la jnême importance que s'il eût clé question de la ganté d'un capitaine ou d'un amiral, ou parce que Tous étiez occupe d'une bouteille de *in ou des beaux yeux d'une jolie lille ; ou enfin, parce que tous n'aimiez pas à être dérange après le drinck
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(ce qu'il dit en anglais); aussi distribuiez- vous des drogues, a dritto ea torto (à tort ou à droit); un grand nombre, parce que vous n'étiez pas. présent dans le moment ou le changement de maladie s'opérait , et où une médecine donnée à temps les eût sauvés. Combien d'autres, parce que les vivres ne valaient rien et que vous ne vouliez pas vous plaindre , dans la crainte d'offenser les fournisseurs !»
Je répliquai que consciencieusement j'étais parfaitement en paix avec ma conscience ; que l'bomme. estsujetà l'erreur, que vraisemblablement je pou-, vais avoir fait des fautes , mais non pas avec intention; que je n'avais point à me reprocher d'avoir donné moins d'attention aux matelots ou à d'autres qu'aux officiers; et je m'efforçai autant que possible, voyant que ses discours étaient un peu sérieux, de défendre l'honneur de ma profession. Je lui expliquai ensuite que ,dans notre service, les chirurgiens n'avaient rien à craindre des fournisseurs ■ et Napoléon a répondu « que certainement on devait toujours juger un homme par ses intentions; mais qu'il y avait des abus dans toutes les parties, et qu'ils provenaient principalement de ce que les personnes étaient intéressées à les maintenir ou craignaient de porter plainte. Qu'il s'était efforcé de lesderaciner, qu'il en avaitfait disparaître beaucoup , mais qu'il n'avait pu réussira les extirper entièrement.
« Je suis d'avis, continua l-il , que les médecins tuent autant que nous autres généraux. Lorsqu'ils envoient dans l'autre monde , soit par ignorance, soit par méprise, ou pour n'avoir pas bien examiné la nature de leurs maladies, un grand nombre de personnes , ils le font avec un aussi grand sao .
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froid et un calme aussi profond qu'un général que je connais s qui perdit trois mille hommes pour s'emparer d'une certaine hauteur qu'il croyait devoir lui être très-utile. Ayant réussi dans cette entreprise après plusieurs attaques réitérées , il s'aperçut qu'il s'était trompé et dit froidement : Oh ! ce ri était pas cette hauteur que je devais prendre y cest une autre; celle-ci ne peut métré d aucune utilité ; et il revint occuper sa première position. » Je lui dis qu'il semblait penser que les médecins étaient aussi dépourvus de bon sens et de connaissances que Molière et Lesage les avaient représentés. Il rit, et dit : «Je crois qu'il y a beaucoup de médecins comme ceux de Molière. J'ai une toute autre opinion de la chirurgie, parce que là vous ne travaillez pas dans les ténèbres; vous avez au moins la clarté du jour et vos sens pour vous guider et vous prêter assistance. Vous vous rappelez de Sieyes, et vous en avez entendu parler? Je répondis affirmativement, a Sieyes, continua- t-il, était, avant la révolution, aumônier d'une des princesses. Un jour qu'il disait la messe, un accident obligea la princesse à se retirer. Son exemple fut suivi par ses dames de cour, par toute la noblesse, les officiers et les autres personnes, qui y assistaient plus par complaisance que par un véritable sentiment de religion. Sieyes était très occupé à lire son missel, et pendant quelque temps il ne s'aperçut pas qu'il était resté seul. Cependant, en levant les yeux de dessus son livre, il remarqua alors que la princesse, les grands et tous les gens dits comme il Jaut, avaient disparu : avec un air de mécontentement et de mépris il ferma son livre , quitta l'autel, en s'écrianl : Je ne dis pas la messe pour la canaille, et sortit de la chapelle, laissant le
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service à l'endroit où il se trouvait. Ehbien! maintenant, dit-il, vous autres médecins, vous laisseriez presque tous un malade à moitié guéri seulement , par la raison que c'est un liomme du peuple. »
Il parla ensuite de Larrey. « Larrey, dit-il, est le plus honnête homme et le meilleur ami du soldat que j'aie jamais connu. Vigilant et infatigable dans l'exercice de sa profession, on a vu Larrey, sur le champ de bataille^ après une action, accompagné d'une troupe de jeunes chirurgiens, s'efforçant de découvrir quelques signes dévie dans les corps étendus sur la terre. On trouvait Larrey, dans la saison la plus dure et h toutes les heures du jour et de la nuit, au milieu des blessés : il permettait à peine un moment de repos à ses aides, et il les tenait continuellement a leurs postes. Il tourmentait les généraux, et allait les éveiller pendant la nuit, toutes les fois qu'il avait besoin de fournitures ou de secours pour les blessés ou les malades. Tout le monde le craignait, parce qu'ils savaient qu'il viendrait surle-champ se plaindre à moi : il ne faisait la cour à personne,, et il était l'ennemi implacable desjournisseurs. »
En parlant du service à bord des bâtîmens de guerre^ en mer et pendant l'hiver, je remarquai que les matelots étaient plus à portée de se chauffer que les officiers. « Pourquoi cela? dit Napoléon, » = Parce qu'ils jouissent de l'avantage de profiter du feu de la cuisine (galley), où ils peuvent se chauffer et se sécher. « Et pourquoi les officiers n'ont-ils pas le même privilège? — Parce qu'il serait inconvenant que les officiers se mêlassent familièrement avec les simples matelots. « Ah ! voyez la morgue Trois, partie. 1 5
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aristocratique, s'écria [Napoléon! Eh bien, dans mes campagnes, j'avais coutume d'aller sur les lignes, dans les bivouacs; je m'asseyais auprès du simple soldat, je causais, je riais et je plaisantais avec lui. Je me suis toujours fait gloire d'être l'homme du peuple. » — Permettez-moi de vous faire observer qu'un homme dans la position éle\ée uu vous étiez, pouvait faire, sans inconvénient, ce qu'un officier subalterne ne ferait pas, surtout à bord d'un bâtiment. Celte familiarité produirait un mauvais effet, et pourrait contribuer au relâchement de la discipline.» La morgue aristocratique', toujours la morgue aristocratique! \ otre nation est bien la plus aristocratique du monde. Si j'eusse été un de ces principiotti d'Allemagne, votre oligarchie ne m'aurait jamais envoyé ici. Mais parce que j'étais l'homme du peuple; paru.- que je me suis élevé du dernier rang au plus grand pouvoir, sans l'aide de l'aristocratie ou des droits héréditaires; parce que je n'ai pas été précédé par une suite d'aïeux ou de petits princes ; parce qu'enfin je n'étais pas un des leurs, ils ont pris le parti de nf opprimer et de m'humilier autant qu'il a été eu leur pouvoir. Les lords Bathurst et v astlereagh, placés au bas de l'échelle aristocratique, sont ceux qui ont fait prendre toutes lés mesures relatives à ma détention ici. John Bull comprendra un jour que je suis opprimé, parce que je sors du peuple, et afin d'empêcher qu'aucun ne tente de s'élever au niveau de l'aristocratie.
Il finit par observer que le gouverneur se fait toujours accompagner d'une personne quand il se rend chez Bertrand, dans le dessein, à ce qu'il suppose, de faire attester par un témoin tout ce qu'il jugera à propos d'affirmer ; que probablement il dresse, de chacune de ses visites, une sorte de
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procès-verbal qu'il fait signer ensuite par celui qui l'accompagne; que pour éviter toute communication avec lui, il avait ordonné à Bertrand de lui écrire officiellement, et de faire mention dans ses lettre® des motifs de plaintes qu'on pourrait avoir^ comme des choses qui seraient nécessaires.
3o. — Napoléon était a-peu-prés dans le même état. Je suis allé à Plantation-House faire mon rapport : sir Hudson Lowe était sorti; à mon retour, je l'ai rencontré à Longwootl. Je lui ai donné des nouvelles de la santé de Napoléon, et^ en réponse à plusieurs de ses observations , je lui ai dit qu'il n'y avait rien de vraiment dangereux; mais que les enflures œdémateuses aux extrémités, quand elles avaient lieu chez un homme de l'âge et du tempérament de Napoléon, donnaient matière à des craintes, et qu'elles étaient souvent des avant-coureurs de l'hydropisie.
Son Excellence m'a dit que le principal objet de sa course à Longwood avait été d'obtenir une réponse du comte Bertrand à une offre qu'il avait faite ^ le 28 du mois, de construire une barraque, longue de soixante-dix pieds , qui formerait une galerie provisoire pour s'y promener, jusqu'à ce qu'il arrivât une réponse d'Angleterre relativement à la construction d'une nouvelle maison; que, pour toute réponse, le comte Bertrand s'était contenté de hausser les épaules; que, d'ailleurs, il avait montré ] eu de modération dans ses discours, et n'avait pas demandé une ou deux choses seulement; mais qu'il avait insisté pour que toute chose fût remise sur le même pied que du temps de sir Georges CocLtaurn ;
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que, si on n'accordait pas à Napoléon la liberté' de recevoir les personnes qui viendraient à Longwood, il était décidé a ne point sortir de l'intérieur de son appartement ; qu'il voulait jouir de la faculté d'aller et de venir librement dans l'île, d'entrer dans toutes les maisons qu'il lui jugerait convenable; enfin, d'écrire et de recevoir des lettres sans que personne pût y mettre obstacle. Il me demanda ensuite si j'avais entendu tout ou partie de la conversation que Napoléon et Bertrand avaient eue avec les commissaires. Je répondis que non. Son Excellence a dit que cela était très-extraordinaire, attendu que le général Bonaparte avait fait quelques remarques très-importantes à B. Calcombe au sujet de ces commissaires.
J'ai revu Napoléon le soir. Il s'est plaint d'avoir mal aux dents et aux joues; il attribuait cette donleur à une promenade d'environ dix minutes qu'il avait faite dans le jardin. Je lui ai proposé de consentir a ce qu'on construisit la barraque. Il m'a répondu qu'il avait besoin d'exercice en plein air et non sous une galerie; qu'il en avait l'ait faire une, longue d'environ une lieue, en France, mais que cela n'avait pas répondu a son attente. D'ailleurs, qu'en été la salle de billard était tellement échauffée par les rayons du soleil, qu'à cinq heures il était impossible d'y rester; qu'une barraque en bois serait encore pis; qu'en conséquence il était absolument inutile de la construire, attendu qu'il ne désirait point d'autre ombrage que celui des arbres.