‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 10 sur 27 · Napoléon a eu très-peu de repos pendant · texte numérisé non relu

Napoléon a eu très-peu de repos pendant

la nuit, il s'est levé à cinq heures et s'est promené

pendant quelque temps en long et en large dans la

salle du billard. Je l'ai trouvé couché sur son sofa.

11 avait l'air abattu; il m'a salué d'une voix faible;

je lui ai donné une gazette de Portsmouth du mois

Février. ( 9^ ) 1817.

de novembre dernier. Après avoir lu quelques remarques faites sur le tort que ferait probablement à la France le mariage de l'empereur d'Autricbe avec la princesse de Bavière, ainsi qu'une observation portant que Napoléon, dans la plénitude de sa puissance, s'y était lui-même toujours opposé, Napoléon m'a dit : a C'est vrai. Je craignais les suites d'une alliance entre ces deux maisons; mais maintenant que peut faire cela? Sous les Bourbon, jamais la France ne sera une puissance du premier ordre. Elle ne peut faire peur à personne , et elle sera toujours un état inférieur sous cette famille d'imbécilles. » Faisant allusion à la détresse dans laquelle se trouvait le commerce d'Angleterre, il a fait l'observation que lord Castlereagb méritait la réprobation de la nation anglaise, pour le peu de soin qu'il avait mis à veiller aux intérêts de son pays, lors de la paix générale, (c Les mallieurs dont je fus assailli ont donné un tel ascendant à l'Angleterre, qu'on lui eut accordé presque tout ce qu'elle aurait pu demander, indépendamment du droit qu'elle avait de réclamer une récompense pour l'indemniser des dépenses énormes qu'elle avait faites. Il s'est offert un moment favorable, qui ne se représentera peutêtre plus, où l'Angleterre aurait pu se débarrasser de tout ce qui la gênait dans l'espace de quelques années, et se délivrer de l'immense fardeau de la dette qui pèse sur elle. Si lord Castlereagb eût été réellement attentif aux intérêts de sa patrie, il aurait

Février. i 9^ ) 1817.

saisi, dans les commencemeDS, la seule occasion qui se soit présentée à lui d'assurer à l'Angleterre des avantages commerciaux, qui l'auraient délivrée de ses embarras. Mais, au lieu de cela, il s'est contenté de faire la cour aux rois et aux empereurs qui ont flatté sa vanité en l'honorant de quelqu'attention , dans la persuasion où ils étaient que , par cette conduite, ils lui feraient négliger les intérêts de la Grande-Bretagne et travailleraient à ceux de leurs pays respectifs, ce qui était leur affaire principale. Il en a été complètement la dupe, et votre nation le maudira un jour.

)) Je ne vois pas maintenant d'autre moyen de vous tirer du mauvais pas où vous êtes engagés, qu'en réduisant l'intérêt de la dette nationale, et confisquant, au profit de l'état, la plus grande partie des revenus de l'église, toutes les sinécures, en diminuant considérablement l'armée, et en établissant un système de réduction générale. Que ceux qui ont besoin de prêtres, les paient. Votre caisse d'amortissement est illusoire. Imposez une taxe pesante sur les absens. Il est actuellement trop tard pour revenir sur les traités de commerce. Ce que Ton eût regardé alors comme juste et comme raisonnable, serait considéré maintenant sous un tout autre point de vue. L'occasion est perdue , et la nation est redevable à vos imbéciiles ministres de tous les malheurs qui vont l'accabler , et que l'on ne doit attribuer qu'à leur criminelle négligence.

Février. ( cj^ ) ïS^'y-

» J'ai appris, a-t-il dit, que le botanisle (i) est .siii" lé point de partir sans que je l'aie vu. Dans les contrées les plus barbares, on ne refuserait pas, même à un prisonnier condamné à mort , la consolation de converser avec une personne qui aurait vu depuis peu sa femme et son enfant. Mê'ïie dans celle des cours de justice, que l'on peut regarder comme la pire de toutes , le tribunal révolutionnaire de France, on ne connaissait pas un tel exemple de barbarie et d'oubli de tous les sentimens d'bumanité ; et votre nation, si renommée pour son libéralisme, permet de tels traitemens! J'ai appris que ce botaniste a demandé à me voir et qu'on lui en a refusé la permission. Dans ma lettre à Las-Cases, que le oouverneur a lue , je me plaignais de cette conduite, comme d'une aggravation de ma peijie , et par -là je formais la demande de le voir. Si je m'y fusse pris d'une autre manière , je me serais exposé à recevoir un refus de la part de ce bourreau. C est le comble de la cruauté. Il faut être bien barbare pour refuser à un époux, à un père, la consolation d'entretenir une personne qui a vu sa femme depuis peu, lui a parlé , et a touclié son enfant ( ici la voix de Napoléon s'affaiblit ), et lorsque par la cruelle politique de quelques individus, il est pour

(i)Napoleon avait ëte informé, et je crois avec fonclenient , que cette personne avait vu l'impe'ratrice et son fils , et qu'elle avait converse avec eux, peu de temps avant son départ d'Alloiuayne poiu' se rendre à Sainte-Hélène.

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