‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 14 sur 27 · TOME II. lv · texte numérisé non relu

TOME II. lv

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suis 5 inéme sans que je pusse m'en douter, il aurait eu peu à peu occasion de tirer de moi des détails qui seraient très-importans pour ses ministres , qu'ils lui ont , je suis sur , ordonné de recueillir , et qu'il Lrule de savoir. Si j'avais réellement l'intention de m'écliapper d'ici , au lieu d'être en mésintelligence avec lui , je le caresserais et je le flatterais ; je m'elForcerais d'être avec lui sur le meilleur pied, j'irais à Plantation-House, je rendrais visite à sa femme , et j'essaierais de lui faire croire que je suis satisfait , afin d'endormir sa vigilance. Enfin , le gouverneur est un imbécille qui sait écrire ( è un imbecile che sa scrivere ). Chaque homme , même un imbécille, a toujours quelque genre de talent; l'un pour la musique, l'autre pour le dessin, celui-ci pour un art mécanique ; et cet imbécille en a pour écrire ( per lo scrivere. )

J'ai répondu que je ne pouvais nier que sir Hudson Lowe ne fût violent et qu'il se laissait dominer par la crainte que Napoléon ne s'échappât , et que cette crainte, chez lui, l'emportait sur la raison ; mais qu'il ne manquait pas de talent, qu'il avait dit que sa position était très-délicate , que sa responsabilité était grande , et que les ordres qu'il avait reçus étaient rigoureux ; qu'il m'avait prié de dire que Las-Cases avait avoué que les Français qui l'entouraient, lui avaient fait tout voir au travers d'un voile de sang, a Les bêles même ont leur talent , a répondu Napoléon. Quant à sa manière de dire

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qu'on m'a fait tout voir à travers un voile de sang , ma foi^ par-tout où Von voit le bourreau , on voit du sang. Las -Cases était certainement très -irrité contre lui , et a puissamment contribué à me faire prendre à son égard l'impression qui est acUiellement gravée dans mon esprit, parce que Las-Cases est un homme très-délicat dans sa manière de voir , et extrêmement sensible aux mauvais traitemensque l'on m'a fait essuyer ainsi qu'à lui-même. Mais je n'avais pas besoin que Las -Cases m'inspirât cette fiiçon de penser , le traitement que j'avais éprouvé suffisait pour me la faire prendre 5 Montholon n'a écrit que d'après mes ordres. »

20. — J'ai vu Napoléon dans sa chambre à coucher , il était en robe de chambre. 11 m'a parlé de quelques passages du livre de Warden, (c Dans un temps, dit-il, j'avais désigné Talleyrand pour aller eu mission à Varsovie , alin d'aviser à la meilleure manière d'accomplir la séparation de la Pologne d'avec la Russie. 11 eut plusieurs conférences avec moi, relativement à cette affaire , ce qui surprit beaucoup les ministres, parce que Talleyrand n'était alors revêtu d'aucun caractère olliciel. Comme il venait de marier un de ses parens à la duchesse de Courlande, il désirait beaucoup être chargé de cette mission , afin de faire revivre les droits delà famille delà duchesse. Cependant on découvrit à Vienne quelques mauvaises affaires d'argent à sa façon , ce qui me convainquit qu'il suivait sa vieille méthode de cor-

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ruption , et me détermina à ne pas lui confier la mission en question. J'avais d'abord eu l'intention d'en faire un cardinal , mais il s'y refusa. Madame Grant \int se jeter deux fois à mes pieds pour obtenir la permission de l'épouser , que je lui avais refusée j mais , par les prières de Josépliine , elle obtint ce qu'elle demandait. Ensuite, je lui ai défendu ma cour lorsque j'ai su l'affaire de Gènes , dont je vous ai parlé. Talleyrand est depuis quelque temps tombé dans le mépris.

» Ney , a-t-il continué , ne s'est jamais permis un langage hautain en ma présence ; au contraire , il était toujours très -soumis, quoiqu'il se livrât en mon absence à des excès de violence , parce qu'il était un homme sans éducation. S'il se fût permis un langage inconvenant à Fontainebleau , les troupes l'eussent déchiré en pièces.

5) Lavalette ne savait rien de mon retour projeté de l'ile d'Elbe , ni de ce qui se passait. Madame Lavalette était de la famille Beauharnais. Elle était très-belle femme ; mon frère Louis en devint amoureux et voulait l'épouser ; pour y mettre empêchement , je la mariai à Lavalette , pour qui elle avait beaucoup d'attachement.

» Lorsque Lavalette était directeur des postes, ajouta Napoléon , je désirais connaître les sentimens delà nation, concernant mon administration. J'assemblai douze personnes , toutes d'opinion différente; quelques-uns étaient jacobins, d^autres roya-

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listes, républicains, impériaux, etc.; je leur donnai mille francs par mois ; leurs fonctions consistaient à faire tous les mois des rapports à Lavalette , sur les opinions qu'ils avaient entendu émettre , et sur la leur propre, relativement aux actes publics. Ces rapports m'étaient apportés par Lavalette, sans être décachetés; après les avoir lus, et en avoir fait au besoin des extraits, je les brûlais. On mena cette affaire si secrètement (jue les ministries eux-mêmes l'ignoraient. »

Napoléon m^a assuré qu'il n'avait jamais dit à Ney , qu'il fût entré en France d'après l'aveu et avec le secours de l'Angleterre ; qu'au contraire il avait toujours dédaigné et réprouvé l'idée de retourner par le secours des baïonnettes étrangères , et n'était venu que pour renverser une dynastie soutenue par elles. Que tout ce qu'il avait toujours am-* bitionné, c'était le soutien de la nation française; que ses proclamations en rendaient témoignage. Il est entré ensuite dans les détails suivans, relativement à la conspiration de Pichegru.

« Le docteur a rendu un compte très-imparfait de la part qu'a prise le capitaine Wright dans la conspiration formée contre moi. Pendant plusieurs nuits d'août, de septembre et de décembre i8o3, et de janvier 1804, Wright| a débarqué, à Béville, Georges, Pichegru, Rivière, Goster, St.-Victor, La Haye, St.-Hilaire et d'autres. Les quatre premiers avaient trempé dans le premier complot, ayant pour but

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de iii'assassiner, au moyen de la machine infernale, et la plus grande partie des autres étaient bien connus coiimie cliefs de chouans. Ils se tenaient, pendant le jour, près du lieu du débarquement , dans une petite ferme , dont on avait gagné le propriétaire , au moyen de quelqu'argent. Ils ne voyageaient que de nuit, et se faisaient passer pour contrebandiers , se cachant le jour dans des logemens qu'ils s'étaient préalablement procurés. Ils avaient beaucoup d'argent , et restèrent à Paris pendant quelque temps, sans être découverts, quoique la police c'û' quelque connaissance qu'il se tramait un complot, par les révélations de Mehée de la Touche, qui était également payé comme espion par vos minislres (i), et qui faisait tout connaître à la police de France. Il eut plusieurs conférences avec Drake, votre chargé d'affaires à Munich, dont il reçut de fortes sommes d'argent. Quelques-uns des brigands qu'on avait débarqués, furent arrêtés et interrogés. )) Jl parut , d'après leurs réponses, qu'un nommé Mussey, qui habitait Offenbourg, auprès du duc d'Enghien , entrelenait une correspondance très-active avec les personnes qu'on avait débarquées sur les côtes , et leur faisait passer de l'argent. La plupart de ces gens ne pouvaient dire pourquoi ils s'étaient hasardés à venir à Paris , malgré le risque

(0 Napoleon m'a appris queMëhee avait veca de M. Drake et autres personnes en pl^ce , près de 200,000 fr.

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qu'ils couraient d'y perdre la vie , n'ayant pas été compris dans l'amnistie.

» La liste des prisonniers et leurs réponses aux interrogatoires me furent soumises. J^étais très-inquiet , et en repassant cette liste un soir, j'y remarquai le nom d'un certain Querel qu'on y qualifiait de chirurgien. Il me vint aussitôt à l'esprit que cet homme n'était pas poussé à conspirer, par l'esprit de parti ou par l'enthousiasme, mais par l'espoir du gain. Il est donc vraisemblable, me dis -je, qu'il avouera plutôt qu'aucun des autres ; et la crainte de la mort lui fera nommer ses complices. J'ordonnai donc qu'on lui fit son jugement comme chouan , et que, d'après les lois, on le condamnât à mort. Ce ne fut pas un jugement illusoire, comme l'a pensé Warden : au contraire, lorsqu'on le menait au lieu de l'exécution , il demanda à être entendu , et promit de faire des révélations importantes. Je fus informé de cette circonstance par Lauriston , et Querel fut reconduit en prison, où il fut interrogé par le grandjuge Real. Il avoua qu'il était venu d'Angleterre, qu'il avait été débarqué dans le mois d'août i8o3, sortant du bâtiment de Wright , avec Georges et plusieurs autres; que Georges était alors à Paris, préparant l'assassinat du premier consul. Il désigna aussi les maisons où les conspirateurs et lui-même s'étaient arrêtés sur leur route , en venant à Paris. On envoya aussitôt des officiers de police aux endroits qu'il avait désignés, et il résulta de leurs

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recherches, que ses renseigneiuens étaient parfaitement conformes à la vérité, et que depuis le temps qu'il avait indiqué, Wright avait effectué deux autres débarquemens de pareilles gens , dans le dernier desquels se trouvaient quelques personnes de marque dont on n'avait pu découvrir les noms; qu'en outre, on attendait bientôt une autre cargaison. Le duc de Rovigo, comme je l'ai déjà dit, fut envoyé aussitôt à Bé ville, avec un détachement de gens de la police, dans l'espoir qu'on parviendrait à les arrêter. Un émigré nommé Bouvet de Lozier, qui a, depuis, été envoyé à l'île de France , fut pris dans. le même temps. Après être resté en prison pendant quelques semaines, il s'abandonna au désespoir et se pendit un matin. Le geôlier , qui avait entendu un bruit extraordinaire dans sa chambre , entra et coupa la corde avant qu'il ne fût mort. Lorsqu'il recouvra ses sens , il dit , au milieu d'exclamations incohérentes, que Moreau avait fait venir Pichegru de Londres ; qu'il était un traître , qu'il leur avait persuadé que toute l'armée était pour lui , et qu'il serait la cause de leur perte. Ces exclamations éveillèrent les soupçons. La police savait qu'un frère de Pichegru, ci-devant moine, habitait Paris j il fut arrêté et interrogé.

Il avoua, en demandant si c'était un crime, qu'il avait vu son frère il y avait un jour ou deux. On arrêta Moreau sur-le-champ , et la police promit une forte récompense à quiconque procurerait l'arresta-

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tioii de Georges et de Picliegrii. Pichegru fut tralii par un de ses anciens amis qui vint a la police , et offrit de le livrer pour la somme de 100,000 francs qui fut comptée sur-le-champ. Georges réussit encore, pendant quelque temps, à tromper la vigilance de la police. Je déclarai , par une proclamation, la ville de Paris en état de siège, et il ne fut permis à personne d'en sortir que de jour , et par certaines barrières , où l'on plaça des agens qui connaissaient les conspirateurs. Environ trois semaines après , Georges fut trahi et pris après avoir tué un des hommes qui voulaient l'arrêter; on prit, l'un après l'autre, tous ses complices. Pichegru ne nia pas qu'il eut été employé par les Bourbon , et se conduisit avec beaucoup d'audace. Voyant qu'il ne lui restait plus d'espoir, il s'étrangla lui-même dans sa prison. Le reste des conspirateurs fut jugé publiquement dans le courant de mai , devant le tribunal du département de la Seine , et en présence de tous les ambassadeurs étrangers à Paris. Georges , Poiignac , Rivière , Coster , et seize ou dix-huit autres furent convaincus d'avoir conspiré contre le premier magistrat de la nation française, et condamnés à mort. Georges, Coster , et sept ou huit autres furent exécutés. Rivière obtint sa grace , en partie par la prière de Murât. Je pardonnai encore à quelques autres. Moreau fut condamné à deux ans d'emprisonnement; cette peine fut commuée en celle du bannissement en Amérique. Jules de Polignac, confident

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du comte d'Artois , et plusieurs autres furent aussi condamnés à l'emprisonnement.

)) On découvrit, continua Napoléon , par les révélations de plusieurs conspirateurs, que le duc d'Engliien était leur complice , et attendait sur les frontières de France la nouvelle de ma mort , et qu'aussitôt il devait entrer en France comme lieutenant du roi. Devais-je souffrir tranquillement que le comte d'Artois envoyât une troupe de brigands pour m'assassiner , et qu'un prince de sa maison voltigeât sur les frontières du pays que je gouvernais , dans le dessein de profiter de mon assassinat? Les lois de la nature m'autorisaient à le faire assassiner en retour des nombreux attentats qu'il avait fait commettre. Je donnai ordre qu'on arrêtât le duc d'Engliien. 11 fut jugé et condamné d'après une loi portée long-temps avant que j'eusse aucune autorité en France. Il comparut devant une commission militaire, composée de tous les colonels des regimens alors en garnison à Paris. On l'acpusa d'avoir porté les armes contre la république , ce qu'il ne nia pas. Il se comporta devant le tribunal avec une grande bravoure. A son arrivée à Strasbourg, il m'écrivit une lettre dans laquelle il m'offrait de découvrir toutes les trames , si on lui accordait son pardon , disant que sa famille avait perdu pour long-temps ses droits, et conclut par m'offrir ses services.

)) Cette lettre fut remise à Talleyrand qui la garda jusqu'après l'exécution. Si le comte d'Artois eût été

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pris, il eût subi le inèiiie sort; et si j'étais eDCore dans des circonstances semblables , j'en agirais de la mènie manière. Comme la police ne voulait pas s'en, rapporter au témoignage de Méhée de la Touche seulement , on envoya le capitaine Rosey , liomme dans l'intégrité duquel on avait toute confiance, auprès de Drake, qui était à Munich, avec une lettre de Méhée ; ce qui procura à Rosey une entrevue dont le résultat conlirma le rapport de Méhée, qu'il existait un complot pour renverser le premier consul par tous les moyens possibles (i).

23. — Napoléon s'est habillé, et s'est rendu dans la chambre de billard. Il était de très-bonne humeur. Je lui ai donné quelques libelles faits contre lui. Ils étaient tous en français, et parmi eux se trouvaient les Mémoires secrets , Bonaparte peint par lui mémcj et ce dernier ouvrage, sur-tout, le lit beaucoup rire.

(c Napoléon m'a ensuite fait plusieurs questions sur le gouverneur. J'ai dit que sir Hudson m'avait prié de lui dire, il y a quelques jours, qu'il désirait

(i) Pendant qu'on jugeait le duc d'Engliien , madame la mare'chale Bessières dit au colonel Ordenner, qui favait arrêté : « N'y a-t-il aucun moyen de sauver ce malheureux? Y a-t-il contre lui des faits propres à ne pas laisser le moindre doute sur l'application de la loi? — Madame, re'pondit le colonel Ordenner , j'ai trouve' dans son logement des papiers suffisans pour compromettre la moitié' de la France. » f e duc fut exécuté le matin , et non à la lueur des flambeaux , comme on fa dit.

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beaucoup entrer en arrangement, et qu'il pensait que Las-Cases, Warden, madame Skclton (1) et quelques autres avaient été cause de beaucoup de tracasseries, et de bien des mal-entendus. Napoléon a répondu, a. s' inganna (il se trompe). En premier lieu, c'était sa méchante physionomie (^era sua cattiva faccia)\ ensuite, sa prétention de vouloir me forcer à recevoir la visite d'un oflicier deux fois par jour; puis sa lettre à Bertrand; sa demande, pour que je vous renvoyasse , afin de me donner un clii-' rurgieu de son choix*, la manière dont il m'a parlé relativement à la maison de bois; ses lettres pleines de douceur suivies d'une série si longue de désagrémens et de vexations, et sa manie de toujours se servir de mots équivoques, qu'il puisse ensuite interpréter de la manière la plus conforme à ses vues. Enfin , il a cherché à nous prouver qu'il pouvait nous causer mille désagrémens, pour nous forcer à ployer, à lui demander humblement pardon, nous

(i) Madame Skeltonfutaccusee, par le gouverneur, d'avoir dit un jour, à dîner, à Napole'on que, d'après rexpe'rience qu'elle en avait , il ne trouverait pas Longwood agréable ; qu'à certaines e'poques de l'anne'e, ce se'jour était humide, désagréable, froid et malsain; elle en allégua pour preuve qu'elle ne pouvait réussir à y élever de la volaille, tandis qu'en bas, dans le jardin de la compagnie, situé dans une vallée ombragée , à quatre cents toises de là environ , elle en élevait facilement. Madame Skelton et sa famille demeu^ raient à Longwood pendant quelques mois chaque année , pendant quatre ou cinq ans avant l'arrivéç de Napoléon.

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rendre àPlanlation-House, et y être ses très-hura- Lles serviteurs.

» 11 paraît que Warden a appris, a ajouté Napoléon, que j'avais appliqué quelques vers de Shakespeare, à madame Montholon. Vous savez bien que je ne pouvais pas alors, et que je ne puis même encore aujourd'hui citer des vers anglais, et je n'ai jamais prétendu faire naître par-là , des allusions relatives à madame Montholon. Au contraire , je suis d'avis qu'elle possède plus de fermeté et de caractère , que la plupart des personnes de son sexe. ))

24. — Napoléon s'est plaint d'enflures aux jambes; je lui ai recommandé quelques remèdes simples , dont il a fait usage.

Il m*a dit qu'il avait passé toute la journée de la veille, à lire les Mémoires secrets, écrits par luimême , l'ouvrage de Pichon , etc. « Ces libelles , a dit Napoléon , m'ont fait en France plus de bien que de mal, parce qu'ils ont servi à irriter la nation, et contre les écrivains et contre les Bourbon qui les ont payés; car, en me représentant comme un monstre, et en publiant les faussetés scandaleuses et manifestes que ces libelles contiennent contre moi et mon gouvernement, ils ont avili la nation elle-même. Chateaubriand, lui-même, m'a servi par son ouvrage. Pichon, l'auteur de VÉtat de la France sou» Bonaparte, a été consul en Amérique; il encourut ma disgrace pour avoir diverti trois millions, dont U fut obligé de retrouver une partie, car j'étais très*

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sévère avec les consuls et les autres agens, et j'examinai toujours leurs comptes moi-même. A mon retour de Tîle d'Elbe, j'envoyai ce Piclion, après la publication de son libelle, comme espion à Londres; au moins il est censé avoir été envoyé par moi, puisque je permis qu'il y allât. Quoique ce lût un coquin, il avait de l'esprit, et on ne pouvait le soupçonner d'après la nature de ses écrits. Vous voyez quelle confiance on doit accorder aux libellistes. Cet homme qui, en i8i4j a écrit un pareil pamphlet contre moi, part, en i8i5,comme espion pour la police de la même personne qu'il a si violemment attaquée.

aS. — J'ai vu Napoléon dans son bain: ses jambes sont en meilleur état ; il a été de très-bonne humeur. <( Il paraît, M. le docteur, m'a-t-il dit, que, selon les livres que vous m'avez prêtés, j'ai, dans un âge très-tendre empoisonné une fille, que j'en empoisonnai d'autres pour le seul plaisir d'empoisonner, que j*ai assassiné Desaix, Kléber, le duc d'Abrantès , et je ne sais combien d'autres; que je me suis rendu à l'armée d'Italie, composée de quelques milliers de galériens qui se trouvèrent bien contens de me voir, en qualité de confrère. Il est étonnant combien d'absurdités on croit de l'un et de Tautre côté, faute de s'être abouchés. En France , si l'on brûlait une maison , le peuple en attribuait la cause aux Anglais; Pitt! Pittt c'était là la clameur générale. Eien ue pouvait dissuader la canaille française que

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l'embrasement de Lyon ne fût causé par les Anglais. D'un autre côté, vous autres, Anglais, vous croyiez tout le mal qu'on vous disait de nous, et cette croyance était toujours encouragée par vos ministres. Votre**** aussi, à l'exception de Fox , qui était sincère dans son amour pour ia paix, excitait*** contre moi. » Dans cet endroit , j'ai fait quelques observation, par lesquelles je révoquais en doute cette assertion 5 Napoléon répondit : « Quand ils ont fourni des bâtimens pour opérer le débarquement d'iiommes qui se vantaient de vouloir m'assassiner, et qu'ils leur ont donné de l'argent , n'était-ce pas là être complices de l'attentat? » Je répliquai qu'ils avaient fourni des bâtimens et de l'argent pour faire une révolution, mais sans savoir que l'assassinat fût le moyen adopté par une partie des hommes qui se chargeaient de l'entreprise. « Docteur, répliqua Napoléon , vous êtes un enfant : ils ne l'ignoraient pas. Cinquante à soixante brigands , la plupart connus pour leur projet d'assassinat, ne pouvaient entreprendre de faire une révolution que de cette manière. On avait réimprimé à Londres, dans le même temps, un livre intitulé; Tuern'estpas assassiner ; livre qui, dans l'origine, avait été imprimé sous Cromwel , dans le dessein d'accréditer cette doctrine, que non-seulement il n'y avait pas de crime à m'assassiner, mais que c'était faire un acte louable et méritoire. Fox était, pour sa part, d'une opinion contraire. Ce grand homme écrivit à Talleyrand

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pour lui faire part, qu'il était venu le malin un coquin qui iui av;rit proposé de ra'assassiner.

)) Quand j'étais à File d'Elbe, ajouta Napoléon, je reçus la visite d'un gentilhomme anglais catholique , âgé de trente ans, et , à ce que je crois, du jVorlhumberland. Il avait dîné quelques semaines ayant avec le duc de Flcury , avec lequel il avait parlé de la somme d'argent qu'on devait m'accorder tous les ans , d'après la convention signée par les ministres des puissances alliées.

)) Le duc rit de ce qu'il supposait, bonnement, qu'on se conformerait à cette condition, et dit qu'ils n'étaient pas assez sots pour cela. Ce fut là une des raisons qui m'engagèrent à quitter l'île d'Elbe. Je ne crois pas que Castlereagh ait pensé que j'aurais jamais eu un pareil dessein , autrement il eût fait stationner quelques frégates autour de l'île. S'ils eussent tenu une frégate dans le port et une en dehors, il m'eût été impossible de partir pour la France, excepté tout seul , ce que je ne me serais pas exposé à faire. Si le roi de France lui-même eût pris la mesure de faire croiser une frégate , avec un équipage choisi , à la hauteur de l'île , cela seul eût suffi pour m'en empêcher. y> J'ai demandé à Napoléon s'il pensait que les alliés eussent eu en \ ue de l'envoyer à Sainte-Hélène. «Eh mais, a-t-il répondu, on en a beaucoup parlé. Cependant le colonel Campbell a positivement nié le fait. 11 aurait fallu qu'ils envoyassent une armée contre moi , j'aurais pu tenir

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quelques mois. Mais les alliés avaient violé dans plusieurs articles le traité de Fontainebleau , ce qui m'autorisait et m'obligeait même à quitter l'île d'Elbe. Indépendamment de ce que j'ai dit plus liant , il était stipulé et convenu que tous les membres de ma famille auraient la permission de me suivre à l'île d'Elbe ; mais , par une violation de cet article , on s'empara de ma femme et de mon fds , on les retint et on ne voulut pas leur permettre de rejoindre un époux et un père. Ils devaient avoir aussi les ducbés de Parme, Plaisance et Guastalla, qui ne leur furent pas donnés.

» En vertu du traité de Fontainebleau , le prince Eugène devait avoir en Italie une principauté qu'il n'eut pas. Ma mère et mes frères devaient avoir des pensions qu'on leur refusa. Ma fortune particulière et les épargnes que j'avais faites sur ma liste civile, devaient m'ètre remises. Au lieu de cela , en contravention avec le traité , on s^en empara dans les mains du trésorier Labouillerie , et toutes les réclamations que je fis ne furent point écoutées. On confisqua la fortune particulière de ma famille , qui devait être regardée comme sacrée. On devait étralement maintenir les dotations assignées à l'armée sur le mont Napoléon , on les supprima , et l'on ne paya pas plus les cent mille francs qu'on devait donner, comme pension, à des personnes que j'avais désignées; de plus on envoya à l'île d'Elbe des brigands pour m* assassiner. Jamais , continua

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