‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 21 sur 27 · TOME If. if · texte numérisé non relu

TOME If. if

Mai. ( 274 ) 1817.

a 3 (i). — J'ai leçu une Jettre pour me rendre à Plantation- House près du gouverneur. Je l'ai trouvé dans la bibliothèque avec sir Thomas Reade. Son excellence m'a dit, qu'avant-hier quelques journaux, de plus fraîche date que les siens, avaient été reçus par M. Gole , le maître de poste , dont quelques-uns m'avaient été prêtés en violation directe de l'acte du parlement, qui défendait positivement d'avoir aucune communication verbale ou écrite avec le général Bonaparte, ou aucun membre de sa famille, ou de ceux qui l'entouraient, sans la permission du gouverneur. Qu'il désirait , en conséquence, apprendre de ma bouche, si j'avais prêté ces journaux ou d'autres au général Bonaparte ? Je répondis que j'avais prêté ces journaux et beaucoup d'autres, à diverses époques, à Napoléon, ayant constamment eu l'habitude de lui prêter les papiers publics , depuis que j'étais dans l'île ; que sir Georges Cockburn m'avait plus d'une fois chargé déporter des journaux à Longwood, avant de les avoir regardés lui-même. Sir Hudson Lowe répliqua que c'était une violation de l'acte du parlement. Je répondis que l'acte du parlement ne me regardait pas; car j'avais expressément stipulé que je ne serais ni considéré ni traité comme faisant partie des Frau-

(i) Je ne suis pas sûr que cette conversation n'aitpas eu lieu le 11, attendu qu'elle porte cette date sur quelques feuilles de mon joui'nal.

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çais, et que je résignerais sur-le-cliamp ma place, si je devais la remplir sur ce pied. Son excellence me dit qu'elle désirait que je susse qu'à l'avenir je devais m'abstenir de prêter des journaux au général Bonaparte, ou de lui donner le moindre renseignement, sans son autorisation.

J'observai que je trouvais difficile d'en agir ainsi j car lorsqu'à l'arrivée d'un bâtiment , Napoléon me demandait s'il y avait des nouvelles, il ne m'était pas permis alors de prétendre cause d'ignorance. Son excellence me dit, qu'aussitôt qu'il arrivait un bâtiment, le capitaine Poppleton et moi devions nous renfermer à Longwood , jusqu'à ce que le rapport ou toutes les nouvelles apportés lui fussent connus, et ([iValors je pourrais obtenir de lui tout ce qu'il jugerait à propos de faire communiquer au général Bonaparte. Je répliquai que je ne conserverais pas ma place seulement une heure, si je devais être assujetti à de pareilles conditions.

Son excellence observa , qu'il y a quelques mois, j'avais communiqué des détails de la plus grande importance au général Bonaparte , avant même qu'il en eût été instruit en sa qualité de gouverneur; que ces nouvelles étaient relatives à la dissolution de la chambre des députés en France ; que je lui avais dit moi-même en avoir instruit Bonaparte, et il finit par me demander si je lui avais donné cette noupelle par le moyen d'un journal ou verbalement^ et si, en cas que ce fut par un journal; cg n'était

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pas sir Pulteney Malcolm qui me l'avait prêté. Je répondis qu'attendu qu'il s'agissait d'un aussi long espace de temps, je ne pouvais me rappeler si la communication que j'avais faite était verbale , ou si elle avait eu lieu au moyen d'un journal; que vraisemblablement elle avait été faite des deux manières , mais que je ne me rappelais pas de qui j'avais reçu le journal.

Son excellence dit , qu'une personne qui jouissait d'une aussi bonne mémoire que moi, ne pouvait prétexter un oubli, et répéta la question. Je répondis que de pareilles bagatelles ne restaient pas longtemps imprimées dans ma mémoire. Le gouverneur objecta qu'il était singulier que je ne pusse pas me rappeler que cette feuille avait été prêtée par l'amiral, et d'un air railleur il me demanda si elle n'était pas écossaise. Je lui répondis que je n'avais jamais vu de journal écossais à Longwood ; que sir Pulteney Malcolm avait souvent cboisipour moideux ou trois journaux des dates les plus anciennes, et lui avait envoyé les nouveaux. Son excellence me demanda alors si les journaux qu'avait prêtés l'amiral m'étaient destinés, ou si sir Pulteney savait que je les communiquerais au général Bonaparte. Je répondis qu'ils m'étaient destinés, et que j'ignorais s'il savait l'usage que j'en faisais. Sir Hudson me dit alors qu'il était très- étonnant que je ne susse pas si Famiral en était informé. Que d'après un ordre signé des ministres de sa majesté, personne que

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lui n'avait Je droit de communiquer en aucune manière avec le générai Bonaparte. J'observai que sir Georges Gockburn n'avait jamais cru nécessaire d'empêcher Napoléon de voir les journaux. Que la seule instruction qu'il m'eût donnée à cet égard , était qu'il lui paraissait inutile de lui montrer ce qui pourrait l'offenser personnellement. La conversation dura encore quelque temps, pendant lequel son excellence revint souvent sur le journal écossais.

24. — Napoléon a gardé Je lit et s'est plaint d'un mal de tête. Je lui ai recommandé de mettre des compresses à froid sur le front et sur les tempes ; ce qu'il a fait aussitôt, et il en a éprouvé un mieux sensible.

Dans le cours delà conversation, il observa qu'il existait des contradictions singulières dans les libelles qu'on avait publiés contre lui. Dans les uns, on assurait qu'il avait poussé la Jasciveté au point d'entretenir un commerce incestueux avec ses sœurs, etc., tandis que d'autres soutenaient avec autant d'opiniâtreté qu'il était impuissant, ce Ce dernier bruit, continua-t-il , n'a été si répandu , dans un temps , que lorsqu'il fut question d'un mariage entre moi et une sœur de l'empereur Alexandre. L'impératrice mère dit à Alexandre qu'elle ne consentirait pas à sacrifier sa fille et à la jeter dans les bras d'un homme qui ne peut rien faire ; que si j'épousais sa fille , ils seraient forcés d'agir comme l'avait fait Gustave avec son épouse , ce qu'elle ne pourrait jamais faire accorder avec les préceptes de sa religion. Savez-

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vous , ajouta-l-il, l'histoire de Gustave? » Je répondis que non. «. Eli Lien, Gustave était impuissant; n'ayant pas par conséquent d'héritier pour le trône , il lit coucher un de ses chamhellans avec la reine; et c'est à cet événement que doit le jour ce fou qui a résigné la couronne il y a quelques années. Dans un de ses accès de folie, cet imbécille a avoué que les Suédois avaient fait un acte de justice en le déposant , parce qu'il n'avait aucun droit à la couronne.

)) Ma chère mère , dit Alexandre , est- il possible que vous puissiez croire à de pareilles histoires. Je vous assure que je ne vous souhaiterais pas autre chose que d'être assez jeune pour l'épouser , et vous auriez bientôt un héritier! Kourakin, ajouta-t-il , m'a raconté plus tard cette anecdote qui a excité beaucoup de gaieté dans Paris. »

Napoléon parla ensuite de madame de Staël : «Madame de Staël, dit-il , était une femme de beaucoup de talent et d'une grande ambition; mais si intrigante et si remuante , qu'elle donna lieu à ce qu'on dit d'elle , qu'elle jetterait ses amis à la mer, afin de pouvoir les sauver au moment où ils seraient près de se noyer. J'ai été obligé de l'éloigner de la cour. A Genève elle forma une liaison très-intime avec mou frère Joseph, qu'elle gagna par sa conversation et par ses écrits. Quand je revins de l'île d'EJbe , elle me fît présenter son fils afin qu'il me demandât le paiement de deux millions que M. Necker ,son père , avait prêtés à Louis XVI , sur ses propres fonds , et en

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même temps pour m'ofFrir ses services , si je consentais à lui accorder l'objet de sa première demande. Comme je savais très-bien ce qu'il voulait , et que je pensais ne pouvoir le lui accorder sans être injuste envers d'autres qui étaient dans le même cas , je ne voulus pas le voir, et je donnai des ordres pour qu'il ne me fût pas présenté. Mais Joseph ne voulait pas être refusé , et l'amena en dépit de cet ordre , parce que les huissiers de la chambre n'osèrent pas refuser l'entrée à mon frère , sur-tout lorsqu'il eut dit qu'il répondait des suites. Je le reçus très-poliment; j'écoutai l'exposé de son affaire, et je répondis que j'étais fâché qu'il ne fût pas en mon pouvoir d'acquiescer à sa demande , attendu qu'elle était contraire aux. lois, et que ce serait faire une injustice à d'autres. Cependant madame de Staël ne se contenta pas de cette solution. Elle écrivit à Fouché une longue lettre dans laquelle elle parlait de ses droits, et disait qu'elle avait besoin d'argent pour doter sa fille qu'elle donnait en mariage au duc de Broglie , promettant que si je lui accordais l'objet de sa demande , elle serait noire et blanche pour moi. Fouché me communiqua cette proposition , et me conseilla fortement de faire droit à sa réclamation , ajoutant qu'elle pourrait rendre de très-grands services dans un moment si critique. Je répondis que je ne voulais point faire de marché.

)) Peu après mon retour de la conquête d'Italie , continua Napoléon , je fus accosté par madame de

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Staël dans uoe grande société , quoique dans ce temps-là j'évitasse de me montrer beaucoup en public. Elle me siiivit par-tout, et de si près que je ne pus m'en débarrasser. A la fin elle me demanda : Qui est dans ce moment la première femme du monde ? supposant que je répondrais par un com* pliment aux louanges dont elle m'ayait accablé. Mais je me contentai de lui répondre très-froidement , et ei^i la fixant : a Madame, c'est celle qui a mis au monde le plus grand nombre d'enfans. Je tournai sur le talon et la laissai très -surprise et sur -tout très-confuse. » Napoléon finit par dire qu'on ne pouvait pas l'appeler une mécbante femme, mais qu'elle était turbulente , et qu'elle avait beaucoup de talent et d'influence.

Il discourut ensuite sur le mauvais état de l'Angleterre , et dit qu'il avait fait un calcul , et qu'il avait trouvé qu'il faudrait une paix non interrompue de cinquante ans , pour que ce royaume fût en état de payer ses dettes, ce qui ne s'était jamais vu çt ne se verrait jamais.

J'ai vu sir Hudson Lowe à Plantation-House ; j'ai eu avec lui une conversation qui roula principalement sur des sujets qui n'avaient rapport qu'à l'amiral. Je lui ai fait savoir que le macaroni formait un, article important de la dépense de Longwood, attendu que deux livres de cette pâte , qui se consommaient journellement , étaient payées vingt-quatre scbellings à M. Salomon. Son excellence me fit ob-.

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server qu'il y en avait une assez grande quantité dans le magasin du gouvernement (i).

Cipriani a été en ville acheter les provisions ordinaires.

26. — Napoléon a été indisposé par suite d'un catharre avec inflammation et d'une fluxion à la joue droite et aux gencives, avec un violent mal de tète, ce qui vient sans doute de ce qu'il s'est promené dans le jardin par un vent froid.

27.— Napoléon se porte mieux. Cependant sa joue droite est encore enflée.J'ai eu une conversation avec lui au sujet de l'ambassade en Chine. ((Si, m'a-t-il dit, on eût donné un million de francs au premier mandarin, tout se serait arrangé et l'on n'aurait pas trouvé l'occasion de blâmer la nation , attendu que cette ambassade n'était pas d'un genre à intéresser l'honneur du pays. On devait la considérer, et elle était véritablement plutôt une affaire de commerce, qu'une affaire d'un intérêt politique. En effet, c'était une ambassade des marchands de thé anglais envoyée à la Chine, et on pouvait, en conséquence, en retirer de grands avantages d'une manière très-honorable. Quand on envoie des ambassadeurs à ces barbares , on doit les gagner et se soumettre à leurs usages, car ils ne vous recherchent pas. Ils n'ont jçimais envoyé d'ambassadeur chez vous , et ne vous

(i) Quand on y en envoya, quelques jours après, oiv trouva qu'il e'tait trop vieux et qu'il ne valait plus rien.

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ont pas prié de leur en envoyer. Eh bien, ceci peut être cause de la perte de grands avantages pour FAnglcterre, et peut amener par la suite une guerre avec la Chine. Si j'étais Anglais , je regarderais l'homme qui proposerait de faire la guerre à la Chine comme le plus grand ennemi de mon pays; vous finiriez par être battus, et peut-être qu'il s'ensuivrait une révolution dans les Indes.

» D'ici à quelques années, continua-t-il,la Russie s'emparera de Constantinople , de la plus grande partie de la Turquie et de toute la Grèce. Je regarde cela comme aussi certain que si la chose était déjà arrivée. Presque toutes les cajoleries dont Alexandre faisait usage envers moi, avaient pour but d'obtenir mon consentement à cette entreprise. Je ne voulais pas l'accorder, prévoyant que l'équilibre de l'Europe serait par-là détruit. D'après le cours naturel des choses, la Turquie doit tomber en peu d'années au pouvoir de la Russie. La plus grande partie de sa population est composée de Grecs, que l'on peut appeler des Russes. Les puissances à qui cet agrandissement de la Russie peut nuire, et qui sont dans le cas de s'y opposer, sont l'Angleterre, la France, la Prusse et l'Autriche. Quant à l'Autriche , il sera très-facile à la Russie d'obtenir son alliance , en lui donnant la Servie et d'autres provinces limitrophes des états autrichiens, et qui s'étendent jusque près de Constantinople. La seule hypothèse dans laquelle la France et l'Angleterre puissent jamais contracter une

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alliance sincère, serait le molifd'empêcher la réussite de ce projet. Mais une telle alliance ne serait suivie d'aucun effet heureux : la France, l'Angleterre et la Prusse réunies, ne pourraient s'y opposer. La Russie et l'Autriche peuvent entreprendre de l'effectuer dans tous les temps. Une fois maîtresse de Constantinople, la Russie aura tout le commerce de la Méditerranée : elle deviendra une grande puissance maritime, et Dieu sait ce qui s'ensuivra. Elle vous cherchera querelle, elle marchera sur les Indes avec une armée de soixante-dix mille bons soldats, ce qui n'est rien pour la Russie, et avec cent nulle canailles , Cosaques et autres,etrAngleterre perdra leslndes. La Russie est de toutes les puissances la plus redoutable, sur-tout pour vous. Ses soldats sont plus braves que les Autrichiens, et elle peut en lever tant qu'elle veut. Les soldats Français et anglais sont les seuls qu'on puisse leur comparer. J'ai prévu tout cela. Je vois dans l'avenir plus loin que les autres, et j'ai voulu opposer une barrière à ces barbares , en rétablissant le trône de Pologne, et en mettant Poniatowski , comme roi, à la tête de cet état. Mais vos imbécilles ministres n'ont pas voulu y consentir. Dans cent ans on m'encensera, et l'Europe, sur-tout l'Angleterre, regrettera que mon projet n'ait pas réussi. Quand on verra l'Europe envahie devenir la proie des barbares du nord, on dira : Napoléon avait raison ! Les Russes commencent déjà par vous; je vois qu'ils ont prohibé l'introduction de vos marchandises : l'Angleterre est

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en décadence. Jusqu'à la Prusse, elle repousse tout ce qui sort de chez vous. Quel changement éprouve l'Angleterre! Sous le grand Chatham, vous aviez défendu au plus puissant souverain de l'Europe , l'empereur d'Allemagne, la navigation de l'Escaut, et un commerce étendu vers Ostende; ce procédé était barbare et injuste, mais vous aviez cependant le pouvoir de l'empêcher, parce que cela était contraire aux intérêts de l'Angleterre. Maintenant la Prusse vous ferme ses ports! Quelle chute! A mon avis , le seul moyen de sauver l'Angleterre serait qu'elle s'abstînt de se mêler des affaires continentales, et qu'elle retirât son armée du continent. Alors vous pourriez insister sur tout ce qui est utile à vos intérêts , sans crainte que l'on use de représailles contre votre armée. Vous êtes supérieurs en forces maritimes au monde entier réuni ; et si vous vous en tenez à cette arme , vous serez toujours puissans et redoutés. Vous avez le grand avantage de déclarer la guerre quand vous voulez, et de la porter très-loin de chez vous. Au moyen de vos flottes, vous pouvez menacer d'une attaque les côtes des puissances qui ne s'accorderaient pas avec vous; vous pouvez troubler leur commerce sans qu'elles soient en état d'user de représailles d'une manière importante. Par votre manière actuelle d'agir, vous perdez tous ces avantages. Vous avez abandonné votre arme la plus puissante, et vous envoyez une armée sur le continent, où vous êtes inférieurs en forces à la Bavière

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même. Vous me rappelez François P*", qui avait, à la bataille de Pavie, une artillerie belle et formidable. Mais il mit sa cavalerie devant, et masqua ainsi ses batteries qui, si elles eussent fait feu, lui auraient assuré la victoire. Il fut battu , perdit tout , et fut fait prisonnier. Il en est de même de vous : vous désertez vos bâtimens que l'on peut comparer aux batteries de François P^', et vous jetez sur le continent quarante mille bommes que la Prusse ou telle puissance qui voudra probiber vos marcbandises, attaquera et taillera en pièces, si vous menacez ou si vous usez de représailles.

» On n'a jamais entendu parler d'un traité aussi ridicule que celui que vos ministres ont fait au nom de leur pays , continua Napoléon : vous donnez tout et vous ne gagnez rien. Toutes les autres puissances ont acquis du terrain et des millions d'ames; mais vous , vous avez renoncé aux colonies. Par exemple , vous rendez l'île Bourbon à la France; vous ne pouviez faire un acte de plus haute impolitique; vous deviez tâcber de faire oublier aux Français la route de l'Inde et toutes communications avec les Indiens , au lieu de les placer à mi-cbemin. Pourquoi avezvous rendu Java? Pourquoi en avez-vous fait autant de Surinam, de la Martinique et des autres colonies françaises? Pour vous dispenser de le faire, vous n'aviez qu'à dire que vous les retiendriez pendant les cinq ans que les puissances alliées devaient rester en Frauce.Pourquoi n'avez-vous pas demandé Hambourg

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en échange du Hanovre? Vous auriez alors eu un entrepôt pour vos manufactures. Lorsqu'il s'agit de traités, un ambassadeur devrait tirer avantage de tout, pour travailler au bien-être de son pays.»

Napoléon m'a chargé, en cas que l'ambassadeur me fit quelques questions pour savoir s'il pouvait aller à Longwood , de répondre qu'il n'élait pas bien avec le gouverneur, et qu'il ne pouvait consentir à recevoir sir Hudson à sa société. Que s'il désirait qu'on l'introduisît , Napoléon le recevrait s'il était présenté par le comte Bertrand ou par l'amiral. «Je ne doute pas, ajouta-t-il, que ce gouverneur ne lui dise que je suis très-mécontent de lui pai'ce qu'il a rempli son devoir, et que je suis d'un caractère acariâtre; qu'habitué pendant si longtemps à commander, je n'ai pas assez de philosophie pour supporter la contrainte ; que l'on m'a bien traité, et que j'ai très-mal répondu à ce traitement. Si l'ambassadeur vous questionne , vous . pouvez dire que j'ai ma manière de recevoir les personnes qui désirent de m'ètre présentées ; que je ne prétends pas l'insulter , que j'en suis trèséloigné, mais que je ne puis me résoudre à voir le oouverneur. »

28. — Un domestique, nommé William Hall, a été renvoyé de Longwood. Après son départ, il a subi un Ions interrogatoire à Plantation- House de la part du gouverneur, relativement à ce qu'il avait vu et entendu pendant son séjour à Longwood.

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L' Océan , Y Expérùnent et un autre Lâtiment sont arrivés hier d'Angleterre.

J'ai vu sir Hudson Lowe, qui m'a dit, avec quelqu'embarras, que sa conduite avait été soumise à l'examen du parlement, et que je verrais dans les journaux le détail d'une motion relative au général Bonaparte , qui avait été faite par lord Holland , dans la chambre des pairs : mais que j)our lui, il n'en avait pas encore reçu de relation officielle de lord Bathurst. Que les bruits qui couraient sur la réponse de sa seigneurie, tels qu'on les donnait dans les journaux, pouvaient être inexacts ou infidèles, et que je ferais bien de répondre dans ce sens, si le général Bonaparte me faisait quelques queslious.

3o. — Napoléon m'a fait appeler dans sa chambre à coucher , pour lui expliquer quelques passages des feuilles du Times ^ particulièrement le discours attribué à lord Bathurst , en réponse à la motion du lord Holland , pour que l'on produisit les papiers qui le concernaient. Ayant lu les parties de ce discours dans lesquelles il était dit que tout le changement qui avait eu lieu dans la situation du plaignant était à son avantage -, que la raison qui le portait à demander que les limites qu'on lui avait tracées fussent reculées, était le projet de gagner les habitansetles sokifils; qu'il n'avait reçu qu'une lettre; que la communication avec les officiers et les habilans était libre et sans restriction ; que des personnes étaient venues déguisées à Longwood , etc. etc. ce Je

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suis bien aise, dit Napoléon, de voir que le ministre anglais a justifié sa conduite atroce envers moi , à la face du parlement , de sa nation et de l'Europe entière , par des mensonges , triste ressource qui ne dure pas long-temps ' // regjio di bugie non durera per sempre (i) , continua-t-il. » Je me sentis confus et prêt à rentrer en terre , et bégayai l'excuse qui m'avait été suggérée par sir Hudson Lowe. « C'est encore pis, dit Napoléon, dans le Alornin g- Chronicle ; dans le Times ^ cela semblait préparé pour la publication dans un bureau ministériel; mais dans le Chronicle cela a l'air de sortir de sa bouche. J'ai ordonné à Bertrand , ajouta-t-il , d'en faire une traduction fidèle et de vous consulter sur chaque phrase ou sur les tournures de la langue , dont il ne connaîtrait pas parfaitement le sens. Lord Bathurst , <;ontinua-t-il , a prouvé un grand défaut de délicatesse en montrant à IMontchenu , à Londres , le contenu d'une lettre écrite par Gourgaud à sa mère, contenu que ce pauvre homme a répété à tout le monde ici. Il affirme que je n'ai reçu qu'une lettre , celle de mon frère Joseph , ce qui est faux. Il devrait agir comme un confesseur, entendre tout et ne rien dire ; mais cela est parfaitement d'accord avec le reste de sa conduite offensante. Il cherche à m'abaisser et à m^humilier. 11 y a quelques - unes de ses plaisanteries que je ne comprends pas bien. Mais je

(i) Le l'ègne «lu mensonge ne durera pas toujours.

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serai pourtant bientôt en état de lui faire une réponse convenable. Si le gouverneur vous questionne , dites-lui ce que je vous ai dit. »

Napoléon observa ensuite qu'il était étrange qu'un souverain qui , par la grace de Dieu , était né seigneur et maître de tant de millions d'hommes , ne pût recevoir une lettre cachetée. « Gomment, dit-il, peut-on se plaindre à votre souverain d'un ministre corrompu et vil , si telle est la règle? En temps de guerre , si un ministre trahit et vend son pays , comment le roi peut-il en être instruit , si la plainte doit passer par les mains de celui dont on se plaint, et que ce dernier puisse , à son choix , donner à cette plainte telle couleur qu'il lui plaît , et qui convient le mieux à ses vues , ou même la mettre tout-à-fait de côté?

» Santini , continua-t-il , a publié une brochure pleine de fadaises. On y trouve quelques vérités , mais tout y est exagéré. H y a tout juste assez de quoi manger , mais pas assez pour faire bonne chère. »

J'ai donné à Napoléon la traduction qu'il m'avait demandée , d'une lettre qui a paru dans le Courrier. Après l'avoir lue , il dit qu'elle avait été écrite par le gouverneur lui-même , et que l'apparente incorrection d'une partie de cette lettre n'était qu'un moyen d'en cacher le véritable auteur. Il parla alors long-temps de la situation de l'Angleterre, ojjservant qu'il ne fallait pas trop céder à la volonté du peuple,

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