J*ai vu en ville sir Hudson, qui était de
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très-mauvaise humeur, et avec qui j'ai eu une longue conversation, dont une partie n'était pas d'une nature très-agréable. Il m'a dit qu'il ne paraissait pas que j'eusse employé des argumens assez forts pour détromper le général Bonaparte, et qu'il écrirait au lord Bathurst, que le général Bonaparte était si prévenu contre son caractère , que pas un Anglais , excepté l'amiral Malcolm et moi, n'avait accès auprès de lui.
Je fis connaître à son excellence, que sir Pulteney Malcolm avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour concilier et arranger les choses; et qu'il s'était servi de tous les moyens possibles pour justifier la conduite du gouverneur, et tellement que Napoléon en avait exprimé son mécontentement; que, quant à moi, j'avais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour parvenir à ce but. Je fis, en outre, entendre à son excellence, que si le capitaine Lamb afiirmait d'une manière positive la fausseté de Taccusation relative à la proposition supposée de briser le buste, cela sufiirait pour faire taire tous les calomniateurs. Sir Hudson Lowe répondit : Je juge d'après les effets, monsieur-, vous ne semblez pas avoir témoigne assez d'indignation de ce qu'a dit et fait le général Bonaparte. Vous eussiez du lui dire qu'il s'était rendu coupable d'une action indigne.
Son excellence dit ensuite que Napoléon lui avait fait écrire par Bertrand la lettre la plus imp rtincnte qu'il eut jamais reçue, en réponse à une qu'il lui avait
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iidresséc au sujet des écliecs, et à une seconde qui devait élre remise au carioiinier du Baring. Eniin qu'il avait le droit de renvoyer le général Bertrand de l'île, à cause de son impertinence.
Il me pria ensuite de dire au général Bonaparte , qu'il m'avait envoyé clierclier, afin de nie demander quel élail l'auteur du bruit absurde qui s'était répandu , qu'on s'était opposé à ce que le canonnier, qui avait apporté le buste, pût aller à bord et disposer de ses marcliandises, ce qui lui avait fait éprouver des pertes et souffrir de mauvais traitemens-, de manière qu'il était très-surpris de la teneur de la dernière lettre qu'il avait reçue, et beaucoup plus que de toutes celles quiluiavaient été envoyées depuis qu'il était dans l'île.
18. — J'ai vu Napoléon, auquel j'ai communiqué le message dont j'avais été chargé pour lui de la part de sir Hudson Lowe. Il a répondu que le canonnier avait déclaré devant madame Bertrand, qu'on l'avait empêché , pendant plusieurs jours , d'aller à bord, et que, par conséquent, il avait été obligé de vendre sa petite pacotille à Salomon et à quelqu'autre marchand pour la moitié de sa valeur (1), et que par-là il a essuyé une grande perle. « J'ai appris, et je le crois, continua l'empereur, que ces mauvais traitemens n'ont eu lieu que parce que ce
(1) C'est un fait qui ne souffre pas de doute , et qui est notoire dans nie.
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pauvre diable s'était chargé d'apporter le buste de mon fils. Le gouveriieui- a exprimé sa surprise relativement au contenu des lettres qui lui ont ete envoyées. Je ne veux rien de son caprice. 11 soutient que, selon les régleniens en vigueur, il n'était pas autorisé à remettre ces présens. Où sont ces réglemens? Je ne les ai jamais vus. Si ce sont de nouvelles restrictions, qu'on me les fasse connaître. Mais je n'ai jamais ouï dire quo, parce qu'il y a une couronne sur des jouets, on dut les défendre. Je proteste contre toutes restrictions qui ne m'ont pas été coramuiii(|uées avant d'être mises en exécution. D'après le discours de lord Batluust, il n'a pas le droit de faire aucune nouvelle restriction. Naurait-il pas pu dire qu'il protestait contre la couronne? nous en aurions ri. iMais non, il faut qu'il donne un coup d'epingle, qu'il se réfère à des restrictions inconnues, et qu'il insinue que c'est à sa bonté que j'en suis redevable. Enfermé dans un donjon avec des cliaînes aux bras et aux jambes ( Vuomo s* accostuma , ma al caprice io d'altruij è impossibile)^ l'homme s'y accoutume, mais au caprice d'autrui, c'est impossible. Je ne demande de lui aucune faveur. Peutêtre exige-t-il que je lui écrive chaque jour une lettre de remercîment pour l'air que je respire. Un' uomo che m ammazza ogni giorno , et qui demande que je lui en témoigne ma gratitude. Je me rappelle un bourreau allemand qui , tandis qu'il bâtonnait do toute sa force un malheureux patient, criait après
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chaque coup qu'il appliquait : Pardon, monsieur, pour la liberté grande que je prends. »
Je demandai quelle était la répoase que je devais faire? « Dites-lui, répondit Napoléon, c/^^ io non sono obbligato di render nessun conto al mio boja. »
Après s'être promené pendant un instant , il dit avec énergie : « y eus me faites des insinuations : c^ était la manière d'agir de tous les petits tyrans d'Italie. Cet homme parait n avoir d' autre but que de me tuer à coups d'épingles, soit au moral , soit au physique. Un bourreau me tuerait d'un seul coup. Sa conduite est tortueuse et environnée de mystère. Le crime seul marche dans les ténèbres. Un jours son prince et sa nation seront instruits , son indigne conduite sera connue , et s'il échappe à la justice de la loi qu'il viole , il n échappera pas à la justice de tous les hommes éclairés et sensibles. Il est un mandataire infidèle , il trompe son gouvernement, comme le démontrent les vingt mensonges et calomnies qui sont dans le discours du lord***. Sa conduite pour le buste de mon fils , qui est prouvée , est odieuse et digne de tout ce qu'il a fait depuis un an. »
Il me pria de lui donner cette réponse, qui devait le convaincre de l'opinion réelle qu'il avait de son caractère.
Après quoi, il dit qu'il avait informé lord Amherst de la conduite qu'on tenait envers lui. ce L'ambassadeur, dit-il, a déclaré que l'intention du bill n'était
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pas telle ; que son Lut était noa d'empirer , mais d'améliorer ma position comme prisonnier, et qu'il ne manquerait pas de faire connaître les représentations que j'avais faites au prince-régent, à lord Liverpool et à lord Batliurst. 11 me demanda la permission de redire au gouverneur ce que je lui avais dit. Je répondis que j'y consentais. J'ajoutai que j'avais observé que le gouverneur l'avait pris autour de la nouvelle route qu'il avait faite j mais que je supposais qu'il ne lui avait pas dit que je ne pouvais ni la quitter, ni entrer dans aucune maison, et que les choses ont été au point de me faire défendre de parler aux personnes que je rencontrerais. Il en fut beaucoup frappé. Il me proposa de voir le gouverneur ; je répliquai que ni le prince-régent ni les deux chambres du parlement ne pouvaient m'obliger à voir mon geôlier et mon bourreau. Ce n'est pas l'habit qui fait le geôlier, ce sont les manières et les mœurs. Je lui ai dit qu'il avait poussé les choses à une telle extrémité, que, pour ne rien laisser en son pouvoir , je m'étais relégué à ma chambre, m'attendant qu'il allait faire entourer ma maison de sentinelles. Je ne lui ai rien laissé de plus à faire, sinon de violer le lieu qui me sert d'asyle, ce qu'il n'aurait pu faire sans passer auparavant sur mon corps (1).
(i) L'empereur e'tait si fortement frappe' de l'ide'e qu'on essaierait de violer son asyle , que , peu de temps après le depart de sir Georges Cockburu , il avait toujours quatvç à.
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Que je ne voulais pas me rendre coupable d'un suicide, mais que je me réjouirais de mourir assassiné par la main d'un Anglais; que bien loin de reculer, je regarderais cela connne une consolation pour moi dans mes derniers momens. »
Napoléon conclut en me disant « qu'il ne s'opposait pas à ce que le gouverneur eût connaissance du sentiment qu'il venait de manifester à son égard. »
18(1). — Je suis allé dans la ville, conformément aux insinuations de sir Hudson Lowe, auquel je fis part du message dont j'étais chargé pour lui. Son excellence commença sa réplique par nier qu'il m'eût ordonné de dire qu'il avait été surpris de la teneur des deux dernières lettres qu'il avait reçues, et qu'il m'avait crié, lorsque je sortais de la chambre, de ne parler que de la première partie de sa conversation. Il me dit ensuite, en jetant sur moi un regard furieux : (( Les expressions du général Bonaparte me prouvent, monsieur, de plus en plus, que vous n'avez pas pris les vrais moyens de justifier mon caractère. Dites-lui, continua-t-il , d un ton de voix qui n'était rien moins que calme, que, pour prouver que je ne crains pas d'envoyer quelque message que ce soit en Angleterre, je suis résolu à faire passer
cinq paires de pistolets charge's, et quelques e'pe'es dans sa chambre , dont il avait l'intention de faire usage pour se défaire du premier qui entrerait contre sa volonté'.
(i) Sur quelques pages de mon journal, cette conversation porte la date du 19.
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au minisire le rapport qu'il vient de me faire parvenir. ))
Il me demanda ensuite de lui communiquer tout ce dont j'avais été chargé. Quand je vins à l'endroit où Napoléon , dans sa conversation avec lord Amherst , avait dit : ce Mais je suppose qu'il ne vous a pas dit que je ne pouvais quitter cette route. » Le gouverneur, dont il me serait impossible de décrire l'expression de la physionomie, se leva brusquement, et, avec un degré de fureur qui l'empêchait de pouvoir articuler ses paroles, s'écria : (c C'est faux! c'est faux! je le lui ai dit. » Quand il fut un peu calmé, il me fit de violens reproches de ce que je n'avais pas contredit cette assertion, et de ce que j'avais mis peu de chaleur dans sa défense. Après qu'il eut exhalé une partie de sa rage , je l'interrompis pour lui faire l'observation que j'avais fait tous mes efforts pour le défendre; mais que je ne croyais pas qu'il dût être étonné de ce que Napoléon n'était pas très-satisfait de sa conduite à son égard, s'il faisait attention aux cliangemens matériels qui avaient eu lieu dans sa position, depuis l'arrivée de son excellence, tous tendant à la rendre plus pénible. Il s'ensuivit alors une longue discussion, pendant laquelle je détaillai à son excellence quelques-unes des restrictions qu'il avait imposées : entre autres une dans laquelle il défendait à Napoléon de parler j sur quoi il se fâcha extrêmement et assura que ce qu'il avait dit n'était nullement une défense, mais une prière i que ce
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n'était pas sa faute si le général Bonaparte ne voulait pas sortir à cheval. Je pris sur moi alors de lui faire la question que l'on va entendre : (c Mettezvous , monsieur, à la place de Napoléon, profitcriezvous de la permission de sortir à cheval, si eJle était assujettie aux restrictions que vous lui avez imposées? )) Son excellence refusa de répondre à cette question, qu'il déclara regarder comme une insulte à sa qualité de gouverneur et de représentant de sa majesté. 11 me pria alors de lui faire part de mon opinion sur le discours de lord Batliurst. Je fis la remarque que plusieurs des assertions de sa seigneurie n'étaient pas conformes à la vérité. Après avoir entendu mon opinion, son excellence témoigna un grand mécontentement, et me reprocha avec amertume d'oser parler aussi librement d'un discours tenu par un des secrétaires -d'état du souverain; ajoutant que j'avais l'air d'être l'avocat des Français , et que personne dans l'ile n'avait de semblables opinions, ou n'oserait les faire connaître, etc. 11 finit par me dire que je n'aurais pas à l'avenir la permission d'entretenir aucune conversation avec le général Bonaparte , à moins que ce ne fut sur des sujets qui regardassent ma profession , et par m'ordonner de venir tous les lundis et les jeudis chez lui, afin de lui faire connaître l'état de la santé et les habitudes du général Bonaparte.
21. — J'ai eu , avec sir Hudson Lowe , une autre conversation d'une nature presque semblable à
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celle d'hier. Je soutins une longue et fatigante discussion, dont je ferai grace au lecteur, et qui se termina par l'ofire que je fis de me démettre de mon emploi.
24- — Je suis allé à la ville pour me conformer aux ordres de sir Hudson Lowe. Son excellence me fit subir un interrogatoire en présence de sir Thomas Reade et du major Gorrequer, pendant lequel il montra de nouveau beaucoup d'aigreur, de ce que mes sentimens n'étaient pas d'accord avec les siens.
Trouvant que sir Hudson Lowe me rendait , en quelques manière, responsable de toutes les actions et de toutes les paroles de Napoléon , qu'il saisissait toutes les occasions de soulager sur moi sa mauvaise humeur, dans l'impossibilité où il était delà faire éprouver à son prisonnier , et voyant que toute espérance d'accommodement entre les parties était évanouie depuis le départ de l'amiral Malcolm, et que tous mes efforts pour améliorer le sort du prisonnier étaient inutiles , je résolus de me borner autant que possible à mes devoirs de médecin , et d'éviter toute communication superflue avec un homme qui jDOUvait profiter de ce que sa place le dégageait de toute responsabilité , et se servir de son pouvoir pour maltraiter un oflicier subalterne.
2 août. — Je me suis rendu comme à l'ordinaire pour faire mon rapport relativement à la santé de Napoléon.
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J'ai vu Napoléon à mon retour. Il m'a dit avoir lu dans les journaux quelques extraits d'un ouvrage écrit par le duc de liovigo, renfermant des détails relatifs à Piclieom , Wright , etc. ; il déj)lora la mort de Real (i), et remarqua que Savary et Real , sur - tout le dernier , car alors le duc de Rovigo n'était pas dans une position à pouvoir connaître personnellement ce qui avait rapport à Pichegru et à Wriglit , étaient les deux hommes qui, par leurs fonctions, devaient sivoir les noms des geôliers, porte -clefs, gendarmes et autres gens de cette classe , et pouvaient par conséquent dire: « Cet homme l'examine.
Peut-être est -il maintenant au service du roi.» Dans le poste élevé que j'occupais , je ne pouvais rien savoir de ces détails minutieux. Sa vary , ajouta-t-il, rapporte une circonstance qui est trèsvraie, et il paraît avoir conservé quelqu'ordre que j'écrivis dans cette occasion, et se ressouvenir de plusieurs de mes expressions. Je ne me souciais pas d'en faire puhliquement mention, parce qu'une très -proche parente de mon fils se trouvait impliquée par -là d'une manière très -grave. Je ne voulais pas qu'on sût que Caroline, qui le touchait de si près, fût capable de proposer un acte aussi
(i) Real était alors grand- jnge , et le bruit de sa mort , qui avait e'te' iuse're' dans les journaux qui arrivèi'ent à Sainte- He'lèftc , fut ensuite de'menti.
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atroce : C'était de faire de secondes Vêpres siciliennes, de massacrer toute l'armée anglaise et tous les Anglais en Sicile. Ce beau projet devait recevoir son exécution , pourvu que je prêtasse mon assistance, lorsque le coup serait fait. Je fis jeter l'agent porteur de la proposition dans une prison, où il resta jusqu'à la révolution qui me relégua à l'île d'Elbe.
)) On l'aura trouvé dans les prisons destinées aux prisonniers d'état (i). Mon intention était, en cas d'une paix avec l'Angleterre, de l'envoyer à vos ministres pour le faire examiner. »
10. — J'ai eu quelque conversation avec Napoléon sur un bruit qui avait couru , et dont il était fait mention dans un des journaux , relativement à sa translation de l'île Sainte-Hélène à Malte, et auquel il n'ajouta point de foi , et fit l'observation qu'il occasionnerait moins d'alarme étant en Angleterre qu'à Malte. Il remarqua également que la conduite du gouverneur était très-impolitique, puisque, par la manière dont il l'avait traité , on avait appelé sur lui l'intérêt de toute l'Europe. « Cette conduite,
( i) C'est une circonstance particulière que le malheureux , qui fut de'tenu pour avoir été le porteur d'une lettre confidentielle et d'un message de la reine Caroline, relativement à une proposition de faire massacrer toute l'arme'e anglaise qui était en Sicile , ait e'te' rendu à la liberté' par les succès de l'armce môme dont il avait propose' et trame' la destruction.