‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 25 sur 27 · TOME u · texte numérisé non relu

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continua-t-il, excitera la plus grande indignation en Europe. Rien n'était plus propre à faire perdre aux Anglais auprès des autres nations l'estiiiie dont ils jouissaient , et ne servira mieux à accréditer l'opinion que ces nations avaient déjà conçue de votre gouvernement, par suite des bruits qu'avaient répandus les émigrés à leur retour d'Angleterre. Ces derniers sont rentrés avec la haine dans le cœur contre vos ministres qu'ils accusaient d'avoir usé de la plus grande parcimonie et de descendre dans les détails les plus minutieux et les plus vils, en disant, qu'à la vérité ils leur fournissaient de l'argent, mais seulement autant qu'il en fallait pour les empèclier de mourir de faim. Ils ajoutaient enfin, qu'ils eussent été plongés dans la dernière misère, s'ils n'eussent été secourus par quelques particuliers anglais, dont ils reconnaissaient le désintéressement et la générosité.

)) Les empereurs d'Autriche , de Russie et le roi de Prusse , ajouta Napoléon , m'ont dit tous trois que j'étais bien dans l'erreur de croire qu'ils eussent obtenu d'aussi grands subsides de l'Angleterre. Ils m'ont assuré qu'ils n'avaient jamais reçu en effectif plus de la moitié des sommes qu'on prétendait leur avoir été payées , et cela par suite des déductions pour nolis , assurance et autres frais sans nombre ; ajoutant que souvent même ils avaient été payés en marchandises. Ces souverains se plaignaient beaucoup de la conduite de vos ministres , et je suis porté

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à croire qu'ils en avaient d'assez fortes raisons. Dans Ja circonstance actuelle , par une parcimonie fausse et mal entendue , ils ont agi en sens inverse du hut qu'ils se proposaient d'atteindre ; car leur intention était que je fusse oublié , ou du moins qu'on parlât de moi le moins possible. Mais leur mauvais traitement, et celui de cet homme ici ont retenti dans toute l'Europe. Ce gouverneur a d'abord cru que rien de ce qui se passait ici , ne serait su hors de File. Il aurait pu aussi facilement essayer d'empêcher , avec son chapeau , que le soleil éclairât l'univers. Il existe encore dans le monde des millions d'individus qui prennent un vif intérêt à mon sort. Si vos ministres, plus sages et mieux avisés, eussent donné carte blanche pour cette mission , c'aurait été tirer le meilleur parti possible d'une mauvaise affaire , faire cesser toutes les plaintes, et arrêter tous les essais que l'on a faits pour soulager ma position. Et enfin, en se servant d'hommes tels que Cockburn et Malcolm, cela n'aurait pas coûté plus de i5 à 16,000 livres sterling par an. Mais ce ***, c'est un homme qui a les manières ignobles y l'esprit astucieux et le cœur méchant. Cockburn au moins avait la marche droite et sincère j c'était un homme ^ un anglais ; mais , pour celui-ci , grand Dieu ! la nature l'a créé pour être un bourreau. Le sous- secrétaire a sans doute dit à lord B*** : J'ai trouvé votre homme. Je ne doute pas que les intentions de *** ne fussent d'abord de forcer, par une suite de mauvais

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traitemens, tous les Français à m'abandonner et de me laisser seul dans l'île , de manière à ce que je lusse engagé à commettre un suicide , ou qu'il m'eût entièrement à sa disposition. La force de l'opinion publique les a fait changer un peu après.

)) Si les empereurs d'Autriclie et de Russie, continua Napoléon , m'offraient tout l'argent que je désirerais , je ne voudrais pas l'accepter. J'ai eu la sottise de me mettre entre les mains de Jolm Bull , et il faut que j'avale les pilules qu'il me prépare. »

En réponse à une observation que je fis , que j'avais peine à croire que la supposition qu'il faisait des intentions de ceux qui l'avaient envoyé à Sainte-Hélène, fût fondée, il ajouta : a Docteur, il faudrait qu'un homme fût plus que stupide, de ne pas s'apercevoir qu'on m'a envoyé ici pour y ***, ou par l'insalubrité du climat ou par la probabilité que je serais induit à commettre un attentat sur moi-même, ou par ***.

» Si j'étais en Angleterre , ajouta Napoléon , je ne recevrais que peu de visites, et, je ne parlerais jamais sur des sujets politiques. Si je le fais à Sainte-Hélène , c'est que j'y suis, et de plus , fort maltraité. Vivre tranquille , jouir quelquefois de la société de quel ques savans , me promener de temps en temps à cheval , lire et achever mon histoire , enfin élever mon fils, tout cela ferait mes occupations habituelles et journalières. Le défaut de livres retarde ici beaucoup mon travail , et m'empêche d'achever aussi promptement ce que j'ai entrepris. »

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Il m'a informé que le gouverneur avait envoyé uno réponse à la lettre qu'il avait écrite au sujet des articles chinois et du canonnier ; mais qu'il avait donné ordre à Bertrand de ne pas apporter ses lettres^ avant qu'il ne les lui demandât.

J'ai lu sa réponse au discours de lord Bathurst; elle commence par ces mots : ce Le Lill du parlement anglais n'est ni une loi ni un jugement ; » et dans laquelle il continue à comparer ce bill aux proscriptions de Sylla et de Marins, « aussi justes y aussi nécessaires y mais plus barbares que Sylla et Marins qui traçaient leurs décrets avec la pointe , encore sanglante , de leur épée ; avec cette différence, que le bill du parlement anglais avait été rendu en temps de paix , et qu'il avait été sanctionné par le sceptre d'une grande nation. »

II. — J'ai répété de nouveau à sir Hudson Lowe ce que je lui avais déjà dit environ quinze jours auparavant , que Napoléon souhaitait que son jardin iVit nettoyé d'une plante fétide et alcaline ( la titliymale)^ dont il était rempli, et ensuite converti en pelouse , ou qu'on y semât de l'avoine ou de l'orge, parce qu'on n'en tirait actuellement aucune utilité ; qu'il désirait pouvoir jouir , de sa fenêtre , de la vue de quelque verdure et de quelque chose en végétation. Que si l'on ne s'y prenait pas dans la quinzaine, la saison allait se passer. Son excellence répliqua qu'elle irait dans un jour ou deux à Longvsood.

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