‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 26 sur 27 · Je suis allé hier à Plantatiou-Housc , en · texte numérisé non relu

Je suis allé hier à Plantatiou-Housc , en

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conséquence d'un ordre du gouverneur , qui m'enjoignait de m'y rendre le mardi et le samedi , au lieu du lundi et du jeudi. Le gouverneur, après m'avoir fait quelques questions , dit que j'avais précédemment fait mention que le général Bonaj)arte m'avait appris qu'il avait fait , en présence de lord Amherst, des observations qui concernaient le gouverneur. Il me pria donc de les lui répéter. Quoique je prévisse les conséquences qui allaient suivre cette ouverture , je ne me crus j^as sufTisamrr.ent autorisé à refuser , d'autant plus que j'avais la permission de lui faire cette communication ; et, ayant préalablement averti le gouverneur que ce qu'il exigeait allait produire chez lui un sujet de mécontentement, je répétai, en conséquence, les propres phrases de Napoléon , ainsi conçues : « Ni votre prince ni vos deux chambres du parlement ne peuvent m'obliger à voir mon geôlier et mon bourreau. Ce n'est pas Vhahit qui fait le geôlier , ce sont les manières et les mœurs. »

Sir Hudson Lowe se promena pendant quelques instans, ayant l'air très-irrité, et me demanda de lui expliquer quelles raisons pouvait avoir le général Bonaparte pour se servir de telles expressions? Je répondis que cela n'était pas en mon pouvoir. Il commença alors, comme je l'avais prévu, à exhaler contre moi la mauvaise humeur que lui occasionnaient les épithètes de Napoléon à son égard ; il remit sur le tapis l'ancienne affaire du journal écossais, et

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finit par dire : (c Vous n'êtes pas autorisé par moi .^ monsieur, à communiquer avec le général Bonaparte, sur aucun autre sujet que sur des objets de médecine; et, si vous tenez d'autres discours avec lui, c'est à vos propres risques, à moins que vous ne fassiez quelques communications qui me soient connues, ce qui vous exempterait de toute responsabilité. Une vous appartient pas d'agir d'après votre propre jugement ou votre discrétion, mais il faut que vous demandiez quelles sont les choses que l'on peut vous permettre de faire.

Napoléon a été debout à quatre heures , et a écrit pendant quelques heures, sans appeler aucun de ses généraux pour l'aider. 11 a fait une promenade de deux heures, et paraissait être de bonne humeur. Je l'ai vu dans la salle de billard à son retour. J'ai eu un entretien avec lui sur l'Egypte et sur quelques-uns des personnages qui l'accompagnaient dans cette expédition. Il parla d'un certain Poussilgue, qui avait servi sous ses ordres pendant la campagne d'Italie. (( Poussilgue , dit-il , a été employé par moi pour des services diplomatiques et autres, de Milan à Gènes, pendant lequel temps il mérita ma confiance. Il fut ensuite envoyé à Malte, pour sonder le terrain avant qu'on en fit l'attaque. Les rapports qu'il fut à même de faire, furent très-utiles et rendirent un service essentiel. Il m'accompagna en Egypte , où je lui donnai un poste élevé dans le commissariat, et le comblai de faveurs. Quand je quittai l'Egypte, Poussilgue,

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qui était resté en arrière pour quelques raisons difficiles à expliquer, conçut une grande haiue contre moi, et écrivit au directoire des lettres pleines d'horreurs. J'étais alors nommé premier consul, ce qu'ignorait Poussilgue, et ce fut moi qui décachetai ses lettres. Quoique surpris et indigné de cette conduite, je n'y arrêtai pas mon attention. Lorsque je fus fait empereur, le frère de Poussilgue, chirurgien trèsdistingué , et que je connaissais beaucoup, vint me trouver, pour me prier de donner de l'emploi à son frère , en avouant toutefois que ce frère s'était mal conduit et avec une grande ingratitude. Quel est votre frère, répliquai-je, qui est-il? je ne le connais pas. Poussilgue a trahi le général Bonaparte, mais Fempereur ne se le rappelle pas. Je ne lui accorderai pas de faveur personnellement, mais si le ministre des finances consent à le nommer , je signerai sa nomination. Son frère alla trouver le ministre, lui rapporta ce que j'avais dit : on fit la demande d'un emploi très-lucratif que je signai , et dont il eut la jouissance pendant plusieurs années. »

Napoléon parla ensuite des Mameluks, et il dit que, dans les combats entre eux et la cavalerie française, toutes les fois que les détachemens excédaient cent hommes, la supériorité de la discipline procurait la victoire aux Français, mais qu'au-dessous de ce nombre, et individuellement, les Mameluks l'emportaient.

ï5. — Anniversaire de la naissance de Napoléon;

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il avait ce jour -là un habit brun. Tous les généraux et toutes les dames dînèrent avec lui à deux heures, ainsi que tous les enfans, excepté ceux des comtes Bertrand et Montholon que Ton apporta , et que l'on présenta à la société pendant quelques instans. 11 fit un présent à chacun des enfans, et s'amusa pendant quelque temps à jouer avec eux.

in. — J'ai vu JNapoléon à deux heures. 11 était de très-bonne humeur et très-gai , faisant des plaisanteries sur toutes sortes de sujets, et me raillant à propos d'une jeune dame de l'île.

11 m'a dit que quand il était à Boulogne, deux matelots anglais y arrivèrent, s'étant échappés de Verdun et ayant traversé la France sans être découverts. Ils y restèrent pendant quelque temps; mais n'ayant pas d'argent, ils ne savaient comment faire pour s'échapper ; car il se faisait une si bonne garde sur les bateaux , qu'ils désespéraient de pouvoir s'en procurer un. Ils vécurent comme ils purent avec des racines et des fruits. Ils firent une espèce de bateau avec des petits morceaux de bois qu'ils coupèrent avec leurs couteaux. Ils couvrirent cette barque de leur façon avec du calicot qu'ils étendirent sur le bois. Quand elle fut finie, elle n'avait guère plus de trois pieds et demi de longueur, et une largeur proportionnée , et était si légère, qu'un seul homme pouvait la porter sur ses épaules. Ils résolurent d'essayer de passer le détroit à l'aide de celte frêle machine. Voyant une frégate anglaise s'approcher de la

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rive, ils lancèreut leur barque, et essayèrent de la joindre; mais avant qu'ils eussent pu faire beaucoup decbemin, ils furent découverts par les douaniers; on les saisit et on les ramena d'où, ils venaient. Cette histoire transpira par suite de l'étonnement que l'on eut de voir deux hommes se hasarder sur mer dans une barque si fragile; j'en entendis parler, et je les fis venir avec leur petit bâtiment. Je fus moi-même frappé d'étonnement à l'idée que ces hommes n'avaient pas hésité à confier leur vie à une nacelle aussi légère, et je leur demandai s'il était bien possible qu'ils eussent voulu traverser la mer avec cela? Ils me répondirent que, pour m'en convaincre, ils étaient prêts dans le moment à renouveler leur essai. Admirant la hardiesse de leur entreprise et de leur réponse , je les fis mettre en liberté ; je leur fis donner quelques napoléons, et reconduire à l'escadre anglaise. Avant cet ordre, on allait les juger comme espions, parce qu'on les avait vus, il y avait quelques jours, rôder autour du camp.

)) Lorsque je fis mon entrée triomphante à Berlin , dit Napoléon , la mère du prince d'Orange , sœur du roi , avait été laissée en arrière , malade , et dans les appartemens supérieurs du palais. Sa position était fâcheuse : elle n'avait pas d'argent, et presque personne n'allait la voir. Un jour ou deux après mon arrivée, quelques-uns de ses domestiques vinrent demander qu'on les assistât, attendu qu'ils n'avaient pas même de quoi se procurer du chaulTage. En effet,

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le roi l'avait tout-à-fait oubliée do la manière la plus honteuse. Aussitôt que j'en fus informé , je lui fis envoyer à l'instant même cent mille francs", je lui fis fournir tout ce qui était convenable à son rang , et nous eûmes ensemble de fréquentes entrevues : elle me marquait beaucoup de reconnaissance, et il s'établit entre nous une espèce d'amitié. J'aimais sa conversation. Lorsque son lils,le prince d'Orange, était aide-de-camp de Wellington, il alla ou d'Es- 2^agnc , ou du Portugal 11 Londres , dans le temps où l'on s'attendait à un mariage entre la princesse Charlotte et lui. Il écrivit de Londres plusieurs lettres à sa mère , donnant une description de toute la famille royale, à commencer par la reine, et les passait tous en revue ; cette lettre était remplie d'horreurs et de sottises particulièrement sur ****, contre qui il paraissait être particulièrement indigné ; il n'épargnait pas mcine *** , qu'il dépeignait ambitieux et avide de commandement, et qu'il ne serait qu'un vrai zéro et un misérable , si ***. Mais il déclarait qu'il ne s'y soumettrait jamais. Ces lettres exprimaient beaucoup de sentimens mâles et héroïques qui , quoique dans le style romantique , faisaient honneur à l'écrivain ; mais il déchirait tout **** en pièces. Il envoya ces lettres par un agent à Hambourg , avec l'intention de les faire tenir à sa mère. On arrêta cet agent , on saisit ses papiers et on les envoya à Paris, où ils furent examinés , après quoi on me les remit. Je les lus à la hâte , et je ris

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Lcaucoup de ce que ces lettres contenaient ; et pour jne venger un peu de toutes les injures que l'on avait accumulées sur moi, je les envoyai au Moniteur l^our les faire publier; mais dans l'intervalle , l'agent instruisit la mère du prince, qu'il avait été arrêté avec ses papiers dont il connaissait en partie le contenu. Avant que l'on en eût achevé la publication , la mère du prince me conjura, dans une lettre qu'elle m'écrivit, dene pas les rendre publics, m'exposant le tort que cela ferait à son fils et à sa famille , et elle rappela à mon souvenir le temps où j'étais à Berlin. Je fus touclié de sa prière , et je contremandai la publication de ces lettres , qui auraient fait un grand bruit en Europe , et eussent été la cause d'un grand désagrément pour les personnes dont il était question.))

Napoléon parla ensuite de la feue reine de Prusse avec estime ; il dit qu'il avait eu une haute considération pour elle , et que si le roi l'eût amenée d'abord à Tilsit , il aurait probablement obtenu do meilleures conditions, ce Elle était élégante , spirituelle et extraordinairement instruite, continua Napoléon. Elle déplorait amèrement la guerre. Ah! me disait-elle , la mémoire du grand Frédéric nous a fait égarer y nous nous crûmes pareils à lui , ei nous ne le sommes pas. ))

J'ai fait observer à l'empereur que ses ennemis l'avaient accusé de l'avoir traitée très-barbaremenl. « Quoi ! dit-il , est-ce qu'ils disent que je l'ai em-

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poisonnée aussi ? » J'ai répondu que non ; mais qu'ils assuraient qu'il avait été la cause de sa mort, par suite des malheurs qu'il avait causés en envahissant son pays. (( Hé! reprit Napoléon, il est très-probable que le chagrin qu'elle a conçu de la déplorable situation de son époux et de sa patrie , et des pertes qu'ils ont essuyées, ainsi que l'état humiliant auquel ils furent réduits , ont accéléré sa mort : mais ce n'était pas ma faute. Pourquoi le roi de Prusse m'a-t-il déclaré la guerre? Néanmoins, au lieu de l'avoir traitée avec barbarie , personne ne lui a témoigné plus d'attention ou de respect, personne ne l'a plus estimée que moi, et j'en ai même reçu ses remerciniens. La princesse de Salm était extrêmement belle, et spirituelle; mais sur le point de la vertu et d'autres bonnes qualités , elle était bien au-dessous de sa sœur. Elle ferait une charmante maîtresse , mais pas une ^'^'^. Elle avait *^^. »

Napoléon fit alors des observations sur Malte , résidence dont il déclara qu'il serait satisfait pendant quelques années ; mais il fit en même temps connaître qu'il n'ajoutait point de foi à ce bruit, et qu'il ne pouvait pas croire que telles fussent les intentions du gouvernement. Il ajouta que la meilleure chose que pût faire notre gouvernement , serait de faire avec lui une espèce de traité , par lequel il s'engagerait à ne pas quitter Malte , pendant un certain nombre d'années , sans la permission du prince-régent , à condition qu'à l'expiration de ce

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temps, on le recevrait en Angleterre. lien serait résulté iineécononiiedesixà huit millions de francs par an au profit de la nation anglaise. (( 11 aurait, ajouta-t-il , été Lien plus honorable pour l'Angleterre , et , par conséquent , pour les puissances coalisées , et même plus humain de m'avoir fait fusiller surle-champ , dans le premier moment de rage , lorsque je me rendis sur le Bellérophon^ que de m'a- Yoir condamné à l'exil sur un rocher stérile tel que celui-ci. Cet acte de violence aurait pu s'excuser en disant : Il était nécessaire , pour la tranquillité de l'Europe, de se défaire de cet homme. Par-là on se serait délivré de toute crainte; le trésor de l'état y aurait gagné des millions , et cette conduite eût été plus conforme à l'humanité.

» Quand la discussion relative au jugement de Louis XVI eut lieu , Condorcet déclara que sa conscience ne lui permettait pas de voter pour la mort, mais il donna sa voix pour que cet infortuné monarque fut condamné aux galères perpétuelles. Cette proposition fut généralement blâmée , même par les plus violens jacobins, et elle attira sur son auteur une grande animadversion : on lui reprochait d'avoir voté une punition encore plus terrible que la mort. Eh bien! l'exil, dans un lieu comme celui-ci , et avec un homme tel qu'ils l'ont choisi, est infiniment pire que la condamnation aux galères; car là, du moins, vous jouissez du soleil qui éclaire l'Europe , et , si vous en avez les moyens , vous pouvez

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encore tous procurer les douceurs d'une existence tolerable, comparativement à celle que Ton mène ici. Je me souviens qu'il y avait dans le bagne de Toulon, ou ailleurs, je ne me rappelle pas précisément le lieu, un colonel qui était condamné aux galères. A la vérité, il ne jouissait pas de sa liberté, mais on ne l'obligeait jamais à travailler, et on lui procurait , à ses dépens, tout ce qui pouvait rendre sa situatiou supportable. Le gardien, car ce n'était pas un homme de la trempe du gouverneur de cette île, ne voulait pas dégrader davantage un liomme qui avait occupé un rano aussi élevé dans la société, en le forçant de se livrer à des travaux manuels et avilissans, sans compter que, pour de l'argent, on peut toujours trouver quelqu'un qui fasse votre ouvrage. Je soutiens donc qu'il eût été plus honorable, plus conforme à la politique, et sur-tout à l'humanité, de m'avoir tranquillement fusillé à bord du Bellërophon. Je l'aurais préféré moi-même. Je pense réellement que lord *** a imaginé que , par une série de mauvais traitemens et d'humiliations, on m'engagérait à commettre un suicide , et qu'il a cherché et trouvé Thomme qu'il lui fallait pour me pousser à cet acte de désespoir. Cette supposition seule m'aurait arrêté, si jamais l'idée de me détruire était entrée dans mon esprit. »

22. — J'ai vu Napoléon à midi. Il continue à se lever à quatre heures du matin et à employer sou temps à lire et à écrire. Il m'a fait \o\y qu'il avait été

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obligé (le faire retourner son habit, parce qu'il n'y avait ])lus dans toute l'île d'autre drap vert, que celui dont la couleur est connue en français, sous la dénomination de merde d'oie. Puis il a parlé de nouveau de sa détention dans un lieu si horrible , et qui avait quelque chose de sauvage. «Le *** ne savait pas, dit-il, comment séparer l'homme de la place qu'il avait occupée dans le monde. Comme premier consul , comme empereur , étant en guerre avec l'Angleterre , je lui ai fait le plus de mal que j'ai pu ; mais en ma qualité de Napoléon Bonaparte , quel droit ont-ils de me retenir prisonnier? et c'est une grande nation qui fait la guerre à un seul homme !

)) J'ai, continua-t-il, réfléchi sur ma conduite envers les Anglais, et je n'ai rien à me reprocher à cet égard , sinon de ne leur avoir pas assez fait de mal comme ennemi. J'aurais dû mettre leurs prisonniers sur des pontons, non pour punir ces pauvres gens des crimes dont ils n'étaient pas coupables, mais pour forcer votre oligarchie de faire sortir tous les Français de ceux où elle les tenait renfermés. »

Il fit ensuite l'observation que les Anglais ouvriraient bientôt les yeux sur leur conduite à son égard. « Ils verront, dit-il, l'injustice et la folie de me garder dans cette île, d'un aspect si farouche et si triste, que je ne puis la comparer qu'à la figure du malheureux qu'ils ont envoyé pour la gouverner. Ces considérations , jointes aux énormes sacrifices qu'ils sont

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forcés de faire pour m'y retenir j les oLligerout à m'en faire sortir un jour. »

Je fis observer à mon tour à Napoléon que l'état de troubles dans lequel se trouvait l'Angleterre serait un motif puissant pour empècber qu'on ne lui accordât la permission de clioisir ce pays pour sa résidence. (cBali! répliqua-t-il, vos ministres ne sont pas assez sots pour s'imaginer que je voulusse compromettre la dignité de mon caractère en me niellant à la tète d'une canaille , quij peut-être, refuserait de confier ses intérêts à un étranger; ce que je regarde comme très-probable. J'ai refusé de le faire en France même. Je dois compte de ma réputation à mes contemporains et à la postérité, et je neveux pas jouer le rôle d'un aventurier. Non, non! c'est la baine et la crainte des renseignemens que je pourrais donner sur leur conduite qui les font agir. Ils redoutent que je ne leur dise : Cela n'est pas vrai {it was not true (i)j et que je ne démente plusieurs particularités qui se rattaclient aux événemens politiques et qu'ils expliquent à leur manière.

)) Que pensez-vous qui pût me causer le plus grand plaisir au monde, ajouta-t-il?» J'étais sur le point de répondre, de quitter Sainte-Hélène , quand il reprit : (( Ce serait de pouvoir me promener incognito dans Londres et dans d'autres parties de l'Angleterre, d'aller avec un ami cliez les restaurateurs, de dîner

(0 11 (lit ces mots en anclais TOML 11. 34

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en public à une demi-guince ou une guinée par tête, et d'entendre la conversation des diverses sociétés; de me trouver par-tout, tantôt sous un costume , tantôt sous un autre, et de juger ainsi par moi-même les sentimens et les opinions du peuple, dans ces momens où il est sans contrainte et sans défiance, d'apprendre à connaître la véritable idée que les Anglais ont de ma personne et des événemens qui ont eu lieu pendant les vingt dernières années.»

Je lui fis observer qu'il entendrait dire, sans doute, beaucoup de bien et beaucoup de mal de lui. « Ab! quant au mal, reprit-ii, je n'en tiens pas compte, j'y suis accoutumé, Dieu merci; d'ailleurs, je suis persuadé que l'opinion publique cbangera. La nation éprouvera autant de dégoût à la vue des libelles publiés contre moi, qu'elle aura été avide de les lire et d'y ajouter foi. Ces distractions, jointes aux soins que je prendrais de l'éducation de mon fils , feraient le charme de mon existence. J'étais dans l'intention de mener ce genre de vie, si j'eusse pu parvenir à me rendre en Amérique. Les plus beaux jours de ma vie ont été ceux qui se sont écoulés depuis seize ans jusqu'à vingt. Pendant la durée de mes semestres j'avais aussi l'habitude de parcourir successivement tous les restaurateurs , allant de l'un à l'autre , vivant avec une sorte de frugalité : mon logement me coûtait environ trois louis par mois. Ce furent-les plus heureu?i jours de ma vie. Peut-être u'ai-je point été heureux quand je suis par-

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venu au faîte de la supreme puissance: la multiplicité de mes occupations était telle qu'elle ne me laissait réellement pas le loisir de jouir de cet état paisible qui constitue le bonheur. Je ne me reproche pas d'avoir fail le mal pendant le temps que j'ai occupé le trône : j'ai fait, au contraire, rentrer cinquante mille familles dans leur patrie j et les améliorations successives qui se sont opérées en France font d'elles-mêmes l'éloge de mon règne. J'ai fait la guerre , sans doute , mais d'impérieuses circonstances m'y ont forcé, ou bien je me proposais un grand but politique. Si la mort eût mis lin à ma carrière à Moscou, continua-t-il , une réputation éclatante et colossale m'aurait survécu, comme conquérant; une balle aurait du alors mettre un terme glorieux à mon existence. Au lieu que le nom d'un homme tel que moi, qui meurt dans l'abandon et sur une terre d'exil , n'arrive plus sans quelqu'altération aux générations futures. Je n'avais pas encore essuyé d'échec jusque-là. Il est vrai que , plus tard , à Lutzen et à Bautzen , avec des troupes de nouvelles levées et presque sans cavalerie , je rétablis ma réputation militaire : la campagne de 1814 > avec des forces si inférieures, ne l'a pas diminuée.»

Je lui fis observer qu'on avait été généralement étonné qu'il n'eût pas fait la j)aix à Châtillon, lorsque les circonstances paraissaient être désespérées pour lui. Napoléon jne répondit : « Je ne pouvais consentir à donner à l'empire moins d'étendue qu'il

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n'en avait lorsque je suis monté sur le trône : j'avais juré de le conserver dans son intégrité. D'ailleurs , les puissances alliées me faisaient chaque jour des propositions plus inadmissibles les unes que les autres. Peut-être allez- vous trouver étrange ce que je vais vous dire , mais je vous assure qu'actuellement encore je ne consentirais pas à signer un tel traité. Si après mon retour de l'île d'Elbe , j'eusse pu conserver le trône , j'aurais maintenant le royaume tel qu'il était à cette époque , parce que je l'aurais trouvé resserré dans des limites beaucoup plus rapprochées , mais jamais je n'eusse consenti à l'y renfermer moi-même. Ma grande et principale faute a été de n'avoir pas fait la paix à Dresde. J'eus tort de consentir à l'armistice qui eut lieu ; car si j'eusse continué à marcher en avant, comme je le pouvais alors , l'empereur , mon beau-père, n'aurait pas pris part contre moi. »

Napoléon ajouta ensuite , que malgré l'occupation de Paris par les alliés , il aurait pu léussir encore à les chasser hors du territoire français ; mais que la trahison de Marmont dérangea toutes ses combinaisons. Son plan était d'entrer de nuit dans Paris , à la faveur de l'obscurité ; la basse classe du peuple devait attaquer les alliés dans les maisons; et ceux-ci, ayant à combattre contre des troupes qui connaissaient les localités , auraient été taillés en pièces et obligés d'abandonner la ville avec une perte immense. La canaille était toute prête. » Je pense qu'il

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ajouta , qu'il aurait enlevé aux alliés leur grand parc d'artillerie , et une fois hors de la capitale , la masse de la nation se serait soulevée contre eux. « J'ai fait part de ce plan , a-t-il ajouté , au baron Koller , qui reconnut que son exécution aurait pu mettre les troupes des puissances coalisées dans une position fâcheuse. Marmont sera un objet d'horreur pour la postérité , aussi long-temps que la France existera , et il ne pourra être nommé sans une sorte de frémissement ; il le sait et peut-être est-il à présent l'homme le plus misérable du monde. Il ne saurait se pardonner à lui-même , et il mourra comme Judas. )) J'ai pris la liberté de lui demander ce qu'il considérait comme le temps le plus heureux de sa vie depuis son élévation au trône? ((La marche de Cannes à Paris , me répondit-il. »

(( Lorsque Castlereagh se trouvait à Châtillon avec les ambassadeurs des puissances alliées , continua Napoléon, cette ville était en quelque sorte investie, par suite de quelques succès que j'avais obtenus. Ce ministre était fort alarmé. Il craignait d'autant plus de tomber entre mes mains , qu'il n^était pas accrédité comme ambassadeur , ni revêtu d'un caractère diplomatique en France ; de sorte que j'aurais pu le traiter en ennemi. Il alla trouver Caulaincourt, auquel il fit part de ses appréhensions, et lui dit que si j'usais de quelque violence envers lui , il reconnaissait que j'en avais le droit. Il était impossible qu'il tentât de s'échapper sans tomber entre

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les mains fie mes soldats. Caulaincourt lai répondit qu'il ne croyait pas que je m'occupasse de lui; mais que cependant il ne pouvait pas savoir quel était le parti que je prendrais à son é<»ard. Aussitôt après Cai.laincourt écrivit ce que Castlereagh lui avait dit et ce qu'il avait répondu. Je lui fis savoir qu'il devait dire à ce lord de ne pas s'inquiéter et de rester où il était , que je le considérais comme ambassadeur. A Cliâtillon , Castlereagh , parlant de la liberté dont jouissait l'Angletevre, fit observer, avec un air de mépris, que cette liberté n'était pas ce qu'il fallait estimer le plus dans votre pays, que c'était un usage qu'on était obligé de tolérer ; mais <ju'elle dégénérait en abus, et que telle qu'elle était, elle ne conviendrait pas à d'autres pays. »

Je me hasardai d'exprimer à Napoléon mon étonîiement de ce que Marie-Louise paraissait n'avoir fait aucune démarche en sa faveur. (( Je crois, me répondit Napoléon, que Marie -Louise est prisonnière d'état comme moi , excepté qu'on montre plus d'égards pour sa dignité, dans les restrictions qu'on lui impose. J*ai toujours eu lieu de me louer de la conduite de ma bonne Louise , et je pense qu'il est entièrement hors de son pouvoir de rien faire pour me secourir. D'ailleurs , elle est jeune et craintive. C'est peut-être un malheur que je n'aie pas épousé une sœur de l'empereur Alexandre , comme cela me fut proposé par Alexandre lui-même à Erfurt. Mais il y avait des difficultés à surmonter pour conclure

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cette alliance; elles provenaient de la différence des religions. J'éprouvais de l'éloignement à permettre qu'un prêtre russe devînt le confesseur de ma femme, comme cela aurait eu lieu immanquablement, et il me semblait que ce serait établir moi - même un espion dévoué à Alexandre , dans le château des Tuileries. Ou a dit que mon union avec Marie-Louise avait été un article secret du traité de paix avec l'Autriche, cela n'est pas vrai. J'aurais rejeté cette idée. Ce mariage fut proposé par l'empereur François lui-même et par Metternicli à Narbonne.

)) De tous les ambassadeurs que j'aie jamais employés, Narbonne (i) était celui qui avait le plus de mérite à mes yeux. Il joignait à beaucoup d'esprit naturel, de la droiture et de l'équité dans le caractère. Pendant le temps qu'il était à Vienne, la France ne fut jamais la dupe de Metternich, comme elle l'avait été par le passé. Il pénétrait les projets de iMetternich dans l'espace de quelques jours. Si un tel homme eût été envoyé en 1812 à l'empereur de Russie, il est probable que l'on eût obtenu la paix. Alexandre demandait Dantzick et une indemnité

(i) J'appris de Cipriani que Narbonne e'iait le fils naturel de Louis XV, et le fruit d'un amour incestueux de ce roi légitime avec sa fille Adélaïde. Qu'il en existait des preuves e'crites; que même il y avait encore des personnes en vie qui pourraient le prouver à le'vidence. Je dois de'clarer toutefois que Napole'on , à qui je communiquai cette anecdote , me dit qu'il ne croyaitpas à l'inceste , mais aux autres de'tails.

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pour le duc il'Olflembourg. RomanzolT persuada à ce monarque, qu'aucun sacrifice ne me coûterait pour acheter la paix, et que le moment favorable de faire des demandes était arrivé. Après le premier succès obtenu par mes armées, Alexandre m'expédia un parlementaire, pour me dire que si je voulais évacuer son territoire et me retirer sur le Niémen, il traiterait avec moi. Je ne crus pas qu'il était de bonne foi, et je jiensai au contraire que c'était pour me jouer qu'il me faisait cette proposition. Si elle eût été renouvelée, et que nous eussions pu traiter personnellement à Wilna , tout se fût probablement arrangé. »

23. — Hier M. Smithers, garde-marine du Coîiquérant, est venu à Longwood avec un laissezpasser de sir Hudson Lowe, pour se rendre chez le comte Bertrand. Après avoir passé la chambre de garde qui était à l'entrée, il fut rappelé par l'oflicier, et on lui dit qu'on avait trouvé que son laissez passer était pour le 2 1 , et que par conséquent on ne pouvait lui permettre d'entrer, attendu que le passe-port était expiré la veille (i).

Pas plus tard que mardi dernier, sir Hudson Lowe témoigna qu'il avait beaucoup d'humeur contre moi, parce que j'avais eu la hardiesse de soutenir qu'il

(i) L'officier d'ordonnance, auquel on en fit le rapport, prit sur lui d'ordonner à l'officier de garde de permettx'e li'enlyer « ^\. Smithers.

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avait quelquefois donné des laissez passer dans lesquels le jour était spécifié, et de lui en avoir cité un exemple dans celui délivré à M. Urniston. Son excellence a formellement nié ce fait en présence du comte Bertrand.

Avajit qu'ofi accordât à ÎM. Smitliers la permission de monter, on l'assujettit à un long interrogatoire sur la nature de son ailaire; comment il connaissait le comte Bertrand? s'il avait des lettres pour lui du capitaine Hamilton, de la marine? et plusieurs aTîtres questions fjui tendaient à faire connaître qu'on se méliait de cet ofïicier, quoique le liant rang qu'il occupait semblât devoir le mettre à l'abri de tout soupçon.

Le général Gourgaud m'a rapporté aujourd'hui, qu'à la fin de la bataille de Waterloo, et après la charge faite inutilement par les Français, la cavalerie anglaise, qui chargea à son tour, s'approcha avec quelques tirailleurs à cent ou cent cinquante toises dvi lieu où se trouvait Napoléon, n'ayant auprès de lui que les généraux Sonlt, Drouot, Bertrand et Gourgaud lui-même. A peu de distance d'eux était un petit bataillon français , qui avait formé le carré. Napoléon ordonna au sjénéral Gourgaud qu'on fît jouer deux ou trois pièces de campagne qui appartenaient à ce bataillon, afin d'arrêter la cavalerie qui approchait de plus près. Cet ordre fut exécuté, et un des boulets emporta la jambe du marquis d'Anglesea. Napoléon se mit alors à la této

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(le la colonne, en s'écriant : « Il faut mourir ici ! il faut mourir sur le champ de bataille ! ))

Dans le moment où Napoléon voulait efiectiierune charge avec le peu de monde qu'il avait avec lui , les tirailleurs anglais gagnaient du terrain. Labédovère galopait autour d'eux comme un désespéré, le sabre au poing, et paraissait chercher une mort glorieuse sur le champ d'honneur. On empêcha Napoléon de se jeter au milieu de l'ennemi. Ce fut Soult qui saisit son cheval par la bride, en lui disant qu'on ne le tuerait pas, mais qu'il allait être fait prisonnier, et avec l'aide de quelques autres personnes dont il était entouré, ce général parvint à lui faire abandonner le champ de bataille. Il n'y avait plus alors dans ce lieu que la petite colonne dont on vient de parler, qui put s'opposer au progrès des Prussiens. Napoléon était si fatigué, que sur la route de Jemmapes et de Pliilippeville, il serait souvent tombé de cheval, s'il n'eut été soutenu par Gourgaud et par deux autres personnes qui l'accompagnèrent pendant une partie du chemin. Il gardait un profond silence. Arrivé sur la route de Paris, il fut décidé que Napoléon se rendrait directement au sénat , où il entrerait avec ses bottes et ses éperons , ce qui aurait pu produire un grand eflfet ; mais malheureusement on n'exécuta pas cette résolution.

24. — J'allai à Plantation-House^ où, comme de coutume, on me fit subir un long interrogatoire, et

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où j'eus beaucoup de mauvaise humeur à supporter. Entre autres choses, son exceilence, après m'avoir demandé comment j'élais parvenu à savoir que Cipriani avait eu une conversation avec lui , relativement aux objets dont on manquait à liongwood, dit que je ne devais point ni'entretenir avec le njaître d'hôtel, relativement aux provisions allouées; que dans tout ce qui n'était point purement relatil aux fonctions de ma place de médecin , je devais lui demander ce qu'il m'était permis de faire ; que je ne devais pas ;tgir d'après moi-même, loisqu'il était question des coumi salions que je pouvais avoir avec le général Bonaparte, d'une autre nature que celle qui aurait pour objet l'état de sa santé, ni répondre à ses questions, à moins que dételles communications ne lui fussent soumises, attendu qu'en sa qualité de gouverneur, il était le seul juge compétent de ce qu'on pouvait dire ou taire.

Je répliquai que s'il s'attendait à ce que je lui répétasse tous les entretiens que j'aurais avec Napoléon, il était dans l'erreur; que par le passé je lui avais rapporté une partie de ces entretiens, mais que désormais je garderais le silence.

Je lui demandai depuis quand mon devoir dût être de lui communiquer tout ce qui se passait ; que selon lui et sa propre expression, je ne devais faire usage ni de mon jugement, ni de ma volonté, et que , par une conséquence naturelle de son discours, je me trouvais donc dans la nécessité de lui

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tout dire, puisque retenir une partie de la conversation , ce serait faire usage de mon jugement ?

II refusa de répondre directement à cos questions, et remit sur le tapis le vieux sujet du journal écossais, qui était son cheval de IjataiJle,

J'ai eu avec Napoléon un entretien qui a roulé sur lord Castlereagh. «Jamais, dit-il , aucun diplomate n'a déployé et mis en œuvre une plus grande vStupidité politique , que ne Fa fait lord Casllercagli. Un roi est mis sur le trône, par la force, contre les vœux du peuple , et au lieu de lui laisser les moyens de se concilier l'alfection de ce peuple , on le contraint à lever des contributions ruineuses. On a fait des Bourbon les bourreaux de leur peuple, de ces mêmes Vendéens et des autres qui ont versé leur sang pour eux , et à l'aide desquels ils ont gagné la bataille de Waterloo, car si je n'avais pas eu cette affaire de la Vendée, j'aurais eu 3o,ooo hommes de plus à Waterloo. De plus , ces Bourbon ont fait un concordat avec le pape, qui ne se serait pas fait au dixième ou quinzième siècle. Ils ont consenti à rétablir par degrés toutes les lois de l'église. Que signifie cela, si ce n'est la destruction des protestans et de ceux qui professent d'autres cultes que le culte catholique. Savez-vous ce point de la doctrine des catholiques : On ne peut être sauvé hors du giron de l^ église ! C'est le rétablissement de la vieille bigotterie, delà superstition et de l'inquisition même, comme étant également une des lois de l'église. Les

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protestans doivent voir que le but de ce concordat est de leur ôter la liberté des cultes, et de ne tolérer aucune religion que la romaine. Les acquéreurs des domaines, qui jadis appartenaient à Féglise , doivent trembler, parce qu'il conduit à leur restitution. Les protestans seront pis qu'avant la révolution, en ce temps, où si l'un d'eux voulait se marier, il était obligé de dire qu'il était catbolique. Quoique leurs églises fussent alors tolérées jusqu'à un certain point, cependant, quand ils les ouvraient, ils étaient visités et tourmentés par la police. Ce Papaccio , ce Pretaccio a été assez imbécille pour donner son assentiment à une mesure qui, à la fin, causera l'assassinat des prêtres. J'ai eu moi-même un moment la plus grande peine à retenir le peuple de se porter aux plus grandes extrémités envers eux. x\b! ces Bourbon! les Français peuvent bien dire : Ils n'ont rien appris , ils n ont rien oublié. Ils se reposent sur un lion endormi. Je vois la France en flamme , je vois couler des rivières de sang. Vous verrez un massacre général des Bourbon , de la vieille noblesse et des prêtres. Des Anglais innocens et amis de la liberté paieront de leur vie ces fautes, et expieiont la mauvaise politique de lord Gastlereaob. Que mon imagination me trompe; mais la grande latitude donnée par le concordat au roi et aux prêtres pour faire revivre les vieilles superstitions et l'intolérance, mettra la France eu flammes , et pourrait produire une nouvelle

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révolution de bonnets rouges , et à bas les calottes. »

25. — Napoléon était très-gai. Je l'ai vu dans le salon. Il portait un habit gris, croisé. Les remarques qu'il a faites sur les gouverneurs de Benguilla et des îles du Cap-Vert étaient fort plaisantes.

J'ai eu un autre entretien avec lui, relativement à l'Espagne. Je lui ai demandé s'il était vrai que la reine eût dit à Ferdinand , en sa présence , qu'il était son fils, mais non pas le fils du roi, proclamant ainsi son infamie? Napoléon m'a assuré qu'elle ne s'était jamais servie de semblables expressions en sa présence. Qu'elle lui avait dit seulement, dans un moment de colère, qu'il n'était pas digne d'être le fds du roi. Je lui demandai aussi s'il était vrai qu'il eût voulu donner à Ferdinand une de ses parentes en mariage et le faire roi de Naj)les, marier une autre de ses parentes à Don Carlos et lui accorder vnie souveraineté. Napoléon m'a répondu que toutes ces assertions étaient autant de faussetés. « Ferdinand luimême, m'a-t-il dit, m a prié à plusieurs reprises de lui donner en mariage une de mes pai^erites, mais je ne lui en ai jamais parlé. » Je lui ai dit que dans un écrit qu'on trouvait par-tout, on avait assuré qu'il avait laissé à Ferdinand le clioix entre l'abdication ou la mort; que ce fut en conséquence des menaces qu'il fit à ce prince , et de celles du roi Charles, qu'il prit enfin le parti d'abdiquer, (c Ceci est encore faux , répliqua Napoléon , ni menaces ni

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