‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 3 sur 27 · Cipriarù est allé à la ville acheter des provisions · texte numérisé non relu

Cipriarù est allé à la ville acheter des provisions

3. — Napoléon avait été malade pendant la nuit, mais il se trouvait mieux , et était de bonne humeur. Après quelques minutes de conversation, je lui demandai son opinion sur Georges. «Georges, dit-il, était una beslia ignorante. Il avait du courage , et c'était tout. Après la paix avec les chouans , je cherchai à le gagner, parce qu'alors il m^aurait été utile , et que je désirais ardemment calmer tous les partis. Je l'envoyai chercher, et lui parlai pendant longtemps. Son père était meunier, et lui-même n'était qu'un ignorant. Je lui demandai : Pourquoi cherchez-vous à rétablir ces Bourbon? Si même vous

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réussissiez à les replacer sur le trône, vous ne serez jamais à leurs yeux que le fils d'un meunier. Ils vous mépriseraient parce que vous n'êtes pas noble. Je trouvai qu'il n'avait pas de cœur; qu'en effet ce n'était pas un vrai Français. Quelques jours après il partit pour Londres. ))

4. — Le vaisseau de guerre the Spey est arrivé. Il était porteur de la nouvelle de la destruction des bâtimens algériens , et du traité qu'ils avaient été forcés de faire.

5. — Sir Hudson Lovs^e est venu à Longwood. J'ai eu une longue conversation avec lui, concernant les restrictions. Son excellence a dit qu'il n'avait aucune objection à faire à ce que le général Bonaparte j)ût parcourir à cliev.d tout le côté gauche de Hut's-Gate , dans la direction de miss Mason; mais qu'il ne voulait pas accorder la même permission à sa suite. J'ai observé qu'il serait difficile d'établir une ligne de démarcation, attendu que Napoléon n'était jamais sorti à cheval , sans être accompagné par deux ou trois personnes de sa suite.

Sir Hudson Lowe a répondu qu'il n'avait aucune objection à faire à ce qu'il leur fût permis d'aller dans la même direction, quand ils seraient dans la compagnie du général Bonaparte , mais qu'il ne pourrait le leur permettre quand ils seraient seuls. Il me pria ensuite de dire au général Bonaparte qu'il pourrait se promener à cheval dans cette direction sans qu'il trouvât aucun empêchement; j'observai

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qu'il vaudrait mieux en donner connaissance au comte Bertrand , et qu'aussi on devait en prévenir le poste de Hut's-Gate, parce qu'autrement il l'arrêterait s'il essayait de profiter de cette permission. Sir Hudson Lowe répondit que les sentinelles n'avaient point d'ordre de l'arrêter; je dis que les généraux Montliolon et Gourgaud avaient été arrêtés plusieurs fois quand ils se rendaient à la maison d'alarme, quoiqu'ils fussent dans les limites. Le gouverneur a répondu qu'il fallait que ce fut par erreur, attendu que les sentinelles n'avaient point d'ordres pour en agir ainsi. J'ai fait l'oLservation que j'avais été arrêté deux fois moi-même , à la même place , par les sentinelles. « Comment cela peut-il être, a dit sir Hudson , les sentinelles n'ont l'ordre d'arrêter que les Français? » J'ai répondu que la sentinelle avait dit qu'elle avait l'ordre d'arrêter toutes les personnes suspectes , et que pensant que j'en faisais partie, elle m'avait arrêté; ce dont je ne pouvais la blâmer. Son excellence en a ri, puis elle a observé qu'elle n'élargirait pas les limites qui étaient fixées , mais qu'elle permettrait au général Bonaparte d'étendre ses promenades à cheval, à droite et à gauche, dans diverses directions. Il me donna en conséquence l'ordre de l'en informer, et de lui dire : « qu'il pouvait parcourir à cheval les anciennes limites sans être accompagné et sans qu'on y mît obstacle. »

J'ai vu Napoléon peu de temps après , je lui ai communiqué le message de son excellence. Il m'a

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demandé si les piquets avaient été placés sur les hauteurs comme auparavant, quand il avait coutume dialler à cheval dans cette direction. J'ai répondu que je ne les avais pas remarqués. Il a pris sa lunette et a regardé de ce côté-là pendant un instant.

J'ai donné à Napoléon des détails sur l'affaire d'Alger, et lui ai remis un journal qui contenait un rapport officiel; après l'avoir lu, il témoigna beaucoup de plaisir de ce que ces barbares avaient été châtiés. Il fit l'observation que la victoire que nous avions remportée ne changeait pas sa façon de penser, quant à la meilleure méthode de traiter avec eux. (c Vous eussiez pu aussi bien en venir à bout, au moyen d'un blocus. Sans doute que cette action va donner beaucoup de renom à l'adresse et à la bravoure des matelots anglais; mais cependant, je suis d'avis que c'était trop se hasarder. Certainement, vous avez fait de grandes choses et vous vous êtes tirés d'afî'aire à cause de la bravoure et de fintelligence de vos matelots : mais c'est une raison de plus, pour que vous n'eussiez pas dû les exposer contre une telle canaille. Il n'existe point de marins, les Américains exceptés, qui eussent fait ce que vous venez de faire , ou même qui l'eussent entrepris. Malgré tout et malgré vos succès, c'était une folie, et c'était abuser de votre marine, que d'attaquer des batteries élevées au-dessus de vos bâtimens , et auxquelles vous ne pouviez faire de tort; de s'en-

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gager contre des boulets rouges et des rochers , et de courir le risque de perdre une flotte et faire tuer de braves gens par une telle canaille ,- indépendamment de la honte qu'il y aurait eue pour l'Angleterre d'être battue par les barbares, ce qui aurait dû arriver, si les Algériens eussent fait feu quand vous fîtes votre descente, au lieu de vous permettre, comme des imbécilles, de prendre tranquillement votre position et de jeter l'ancre, comme si vous passiez une revue, vous n'eussiez certainement pas réussi. Supposons que le dey d'Alger eût refusé de consentir à une seule des conditions de lord Exmouth, le lendemain de la bataille, qu'aurait fait ce dernier? Rien , comptez-y, il ne se serait pas avisé de les attaquer une seconde fois avec des bâtimens démantelés et manquant de poudre. Il eût été obligé de faire retirer sa flotte, c'eût été un affront pour l'Angleterre, D'ailleurs, vous-mêmes, avez appris à ces misérables à se défendre.

)) Si vous les avez frappés de terreur, et que les conditions que vous avez faites soient strictement observées, continua - 1 - il , vous aurez rendu un grand service à l'humanité , outre que vous avez déployé une grande adresse maritime et une grande bravoure. Mais je ne crois pas que les Algériens veuillent adhérer à la condition des prisonniers , qui ne doivent pas être mis dans l'esclavage ; je crains que ces derniers ne soient plus mal traités qu'ils l'étaient auparavant, parce que ces barbares n'ont plus au-

cune espérance de rançon, ce qui était le seul motii qui les engageait à ménager la vie de leurs captifs. Mais maintenant , qu'ils ont perdu l'espérance d'en tirer de l'argent, ils les massacreront et les jetèrent à la mer, ou les mutileront horriblement; car vous savez qu'ils pensent que c'est une action méritoire, que de détruire les hérétiques. »

Il a parlé avec beaucoup de considération de lord JNelson, et il a essayé de pallier la seule tache à sa mémoire , l'exécution de Caraccioli, qu'il a entièrement attribuée à cette méchante femme, la reine Caroline , malgré l'influence que lady Hamilton avait sur elle.

Tandis que je conversais avec Napoléon, le général Gourgaud se fît annoncer et entra. 11 annonça quelques nouvelles qui n'étaient point en harmonie avec le message que le gouverneur m'avait chargé de remettre. Il paraît que, tandis qu'il parcourait à cheval l'intérieur des limites, il fut arrêté vers les cinq heures après-midi, par la sentinelle de Hut's- Gate, et retenu jusqu'à ce qu'il fût relâché par le sergent commandant le poste. Il a ajouté que , toutes les fois qu'il sortait, la même chose lui arrivait , parce que les sentinelles désiraient se soustraire à toute responsabilité.

6. — J'ai communiqué à sir Hudson Lowe ce qui était arrivé à Gourgaud , et je lui ai apporté une lettre du capitaine Poppleton à ce sujet. Son excellence a assuré que les sentinelles n'avaient pas reçu

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de nouveaux ordres et que c'était par méprise qu'elles

en avaient agi ainsi.

Cipriani m'a dit que Pozzo di Borgo était le fils d'un berger de Corse, qui avait coutume d'apporter du beurre, des oeufs et du lait à la famille de Bonaparte. Comme c'était un garçon très-gai, il fut remarqué par madame 31ère, qui paya ses mois d'école. Par suite de l'intérêt que lui portait cette famille, il fut nommé député à l'assemblée législative, attendu qu'aucun des fils Bonaparte n'avait l'âge convenable pour être élu. Il revint ensuite en Corse en qualité de procureur-général; il s'y joignit àPéraldi, ennemi implacable des Bonaparte, et par conséquent il le devint également. Cipnani m'apprit aussi que Masséria s'adressa à lui à son arrivée à Paris, pour savoir comment il pourrait parvenir jusqu'à Napoléon, en lui faisant l'observation que son intention avait été d'abord d'employer l'intermédiaire de l'arcliicliancelier. Cipriani lui donna le conseil de ne pas suivre cette inarciie, attendu qu'étant émigré, il pourrait être arrêté et jugé, et dans ce cas condamné à mort; mais de s'adresser à madame Mère dont il était connu. Masséria suivit son avis et parvint à obtenir une entrevue. Il éclioua dans la tentative qu'il fit pour ouvrir une négociation; ayant fait de nouvelles démarcbes pour obtenir une nouvelle entrevue, on lui signifia de quitter la France.

Sur les recbercbes nue l'on fit à IIut's-Gate, le

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sergent commandant le poste montra un morceau de papier contenant l'ordre donné aux sentinelles, qui portait qu'aucun Français, pas même Bonaparte, ne devait avoir la permission de passer ce poste, s'il n'était accompagné par un officier anglais. Le sergent dit aussi, ce qui était très-remarquable, que sir Hudson Lo-vve donnait souvent des ordres de vive voix, non-seulement aux officiers de garde non commissionnés, mais même aux sentinelles, soit que ces ordres fussent écrits ou non. J'ai diné en ville avec sir Pulteney Malcolm.

•7. — INapoléon est resté levé jusqu'à trois heures du matin, ayant employé le temps à dicter et à écrire. Il s'est ensuite relevé à cinq lieures et a pris un bain chaud. Il n'a rien mangé qu'à sept heures du soir et s'est couché à huit.

8. — J'ai eu un entretien avec Napoléon sur les Algériens. Je lui ai demandé s'il était vraique Desaix, un peu avant sa mort, lui avait envoyé une dépêche de la teneur suivante : (c Dites au premier consul que je regrette de mourir avant d'avoir assez fait connaître mon nom à la postérité. » Napoléon a répondu que c'était vrai. Il donna de grands éloges à la mémoire de Desaix. Il a déjeuné aujourd'hui à la manière anglaise et a pris des rôties au beurre avec du thé. Le temps était si nébuleux et si chargé de brouillards , qu'on ne pouvait faire les signaux.

10. — Sir Pulteney Malcolm, accomjiagne du capitaine Meynel etWauchope, de la marine royale^

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sont venus à Longwood, et ont eu une entrevue avec Napoléon. 11 a donné à l'amiral un détail abrégé de sa vie.

J'ai été en ville, et j'ai demandé à sir Thomas Reade que l'on accordât la permission aux Français d'acheter deux vaches afin de pouvoir avoir un peu de bon lait pour leur maison.

Le brouillard a été si épais, et le temps si mauvais, que le signal de tout est bien ( allwell ) ne pouvait être vu; on a envoyé des ordonnances pour en instruire le gouverneur et l'amiral.

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