‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 7 sur 27 · TOME It · texte numérisé non relu

TOME It

Janvier. ( 5o ) 1817.

J'aurais puni de mort la maraude, le mauvais traitement vis-à-vis des habilans, et la moindre infraction à mes ordres. Je j^ense , continua-t-il , que moyennant mes promesses et les réformes que j'aurais réellement exécutées, je me serais fait beaucoup de partisans. Dans une grande ville comme Londres, où il y a tant de canaille et tant de mécontens, un parti formidable se serait déclaré pour moi. J'aurais en même temps excité une insurrection en Irlande. » Je lui ai fait l'observation que son armée aurait péri petit à petit, qu'il aurait eu, en peu de temps, un million d'hommes contre lui, et qu'en outre les Anglais auraient brûlé Londres, plutôt que de la laisser tomber entre ses mains. c( Non , non , répliqua Napoléon , je ne le crois pas , vous êtes trop riches et trop amateurs de l'argent ; une nation ne brûle pas si aisément sa capitale. Combien de fois les Parisiens n'ont-ils pas juré de s'ensevelir sous les ruines de leur capitale plutôt que de souffrir qu'elle tombât dans les mains des ennemis de la France, et cependant cette ville a été prise deux fois. On ne peut savoir ce qui serait arrivé , M. le docteur; ni Pitt , ni vous , ni moi , n'eussent pu deviner quel aurait été le résultat de celte affaire. L'espérance d'une amélioration et d'une division de fortunes eût merveilleusement opéré parmi la canaille , sur-tout celle de Londres.

» La canaille est , chez toutes les nations riches , presque la même , j'aurais fait des promesses qui

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eussent eu grand effet. Quelle résistance eût pu faire une armée indisciplinée contre la mienne , dans un pays qui, comme l'Angleterre, abonde en plaines? J'avais réfléchi à tout ce que vous venez de m'objecter ; mais j'avais aussi calculé l'effet qu'aurait produit la prise d'une ville grande et opulente, de la banque et de toutes vos richesses, de vos bâtimens sur la rivière et à Chatham. Je comptais pouvoir me rendre maître du canal pendant l'espace de deux mois, et pendant ce temps, j'aurais attiré à moi de grands renforts de troupes, en sorte que quand votre flotte serait revenue , elle aurait trouvé la capitale dans les mains de l'ennemi et l'Angleterre occupée par mes armées. J'aurais aboli les coups de garcette , et j'aurais fait les plus grandes promesses à vos matelots, ce qui auiait fait une grande impression sur leur esprit. Les proclamations portant que nous venions en amis pour délivrer la nation anglaise d'une aristocratie nuisible et despotique , dont l'objet était de la maintenir dans une guerre interminable , afin de s'enrichir du sang du peuple, la proclamation d'une république, l'abolition de la monarchie et de la noblesse, la confiscation des biens de ceux qui se seraient opposés à mes projets, et le partage de ces biens entre les partisans de la révolution, m'auraient gagné l'affection de la canaille, des paresseux , de tous les gens sans aveu , et de tous les mécontens du royaume. »

J'ai pris la liberté de dire , qu'en conséquence des

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révolutions qui avaient eu lieu depuis quelques années en France , il existait dans ce pays une plus grande division d'opinions parmi les Français, et par conséquent moins d'esprit national qu'en Angleterre. Que d'après les cliangemens fréquens survenus récemment dans ce pays, le peuple s'inquictait moins de voir arriver un cliangement dans le gouvernement, que les Anglais; que si les Anglais ne se fussent pas résolus à brûler leur capitale comme l'avaient fait les Russes, au moins était-il probable qu'ils l'eussent défendue rue par rue, et que son armée aurait éprouvé le sort de la nôtre à Rosette et à Buenos- Ayres. (c Je crois, a répondu Napoléon , qu'il existe en Angleterre plus d'esprit national qu'en France; mais, néanmoins, je ne pense pas que vous eussiez brûlé la capitale. Si, à la vérité, vous eussiez eu quelques semaines à vous , pour vous mettre en état de faire éloigner vos ricliesses, je pourrais croire qu'on en fût venu à cette mesure ; mais vous devez réllécliir que vous n'eussiez pas eu le temps suffisant pour organiser un plan; en outre , Moscou était bâtie en bois , et d'ailleurs ce ne sont pas les habitans qui y mirent le feu ; ceux qui le firent avaient eu le temps de prendre leurs mesures. Quant à défendre la ville , d'abord je n'aurais pas été assez bète pour agir comme vous le fîtes à Rosette, car je me serais présenté à vos portes avant que vous n'eussiez eu le temps de vous mettre eu défense, et la terreur d'une telle armée aurait pa-

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ralysé vos efforts. Je vous le dis jsignore doitore, contiinia l'empereur, on peut beaiîcoup parler pour cl contre à ce sujet ; mais la capitale , la capitale , répéta-t-il, étant dans mes mains, cela aurait produit un merveilleux effet.

)) Après le traité d'Amiens , j'aurais pu faire une bonne paix avec l'Angleterre. Quoi qu'en puissent dire vos ministres , j'ai toujours été disposé à conclure la paix à des conditions également avantageuses pour les deux nations. J'ai proposé de passer uu traité de commerce , par lequel on se serait engagé à ce que la France prît pour un million de produits de vos manufactures et de vos colonies, et que l'Angleterre prit en échange la valeur d'un million de marchandises françaises. Vos ministres regardèrent cela comme un crime odieux , et repoussèrent, de la manière la plus violente , cette proposition , me reprochant ma présomption de Favoir faite. J'aurais fait une belle paix et je l'aurais maintenue; mais vos ministres ont toujours refusé d'en faire une à des conditions égales, et ensuite ils ont voulu persuader au monde que c'était moi qui avait violé le traité d'Amiens. »

La conversation roula ensuite sur les auteurs de la machine infernale. Il est certain , répliqua Napoléon , qu'ils étaient employés par le comte d'Artois , envoyés par Pitt sur des vaisseaux anglais et payés avec l'argent d'Angleterre. Quoique votre *** ne les eût pas subornés positivement , il savait ce qu'ils

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allaient faire et leur en fournissait les moyens. Je ne crois pas que Louis fût dans la confidence.

Je me suis hasardé de demandera Napoléon, s'il avait eu pour but l'empire du monde, a Non , a répondu Napoléon ; mes intentions étaient de rendre la France plus grande qu'aucune autre nation de la terre. Mais pour l'empire universel, je n'y pensais pas. Par exemple , ce n'était pas mon intention d'aller au-delà des Alpes. Je me proposais, si j'avais eu un second fds , ce que j'avais raison d'espérer, de le faire roi d'Italie , réunissant en un seul royaume toute l'Italie^ Naples et la Sicile , dont Rome aurait été la capitale, et j'aurais ôté Naples à Murât. » Je lui ai demandé s'il aurait donné un autre royaume à Murât. (( Oh ! a-l-il répondu , cela se serait arrangé facilement. Si, a-t-il continué , j'étais à la tête des affaires en Angleterre, j'aviserais à quelques moyens d'acquitter la dette nationale. J'approprierais, à cet effet , la totalité des revenus de l'église , hors un dixième, exceptant toujours de la réforme ceux dont les revenus seraient modérés , de manière que le plus haut revenu , parmi le clergé , n'excéderait pas huit cents à mille livres sterling par an. Qu'ont besoin , ces prêtres , de revenus si énormes. Ils devraient suivre les préceptes de Jésus-Christ, qui a ordonné qu'en leur qualité de pasteurs du peuple, ils donnassent l'exemple de la modération , de l'humanité, de la vertu et de la pauvreté, au .lieu de nager dans le luxe, dans les richesses, et de croupir

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dans l'oisiveté. A Cambrai , avant la révolution , les deux tiers des terres appartenaient à l'église ; et dans presque toutes les autres provinces de France, le clergé possédait le quart de toutes les terres. J'aurais approprié au même objet toutes les sinécures , excepté celles dont auraient joui des bommes qui eussent rendu des services très-éminens à l'état , et même ceux-là pourraient être récompensés en leur donnant quelqu'emploi , ce qui leur imposerait l'obligation de s'occuper. Si vous émancipiez les catboliques , ils paieraient volontiers une somme immense pour liquider les dettes de la nation. Je ne puis concevoir, a-t-il continué , pourquoi vos ministres ne les ont pas émancipés. Dans un temps où toutes les nations renoncent aux préjugés illibéraux et à l'intolérance , vous conservez vos odieuses lois, qui ne sont dignes que delà manière de penser qu'on avait il y a deux ou trois cents ans. Quand la question des catholiques a été sérieusement agitée pour la première fois , j'aurais donné cinquante millions pour être assuré qu'on n'accorderait pas l'émancipation ; car, par-là, vous auriez ruiné mes projets sur l'Irlande , attendu que si vous émancipiez les catholiques , ils deviendraient des sujets aussi loyaux que le sont les protestans. J'imposerais , a-t-il continué, une taxe de cinquante pour cent sur les absens, et peut-être diminuerais-je l'intérêt de la dette. »

Je lui fis quelques observations sur Tintolérance

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quo les catholiques avaient manifestée en quelques occasions.

((Si vous délivriez vos frères les catholiques, a-t-il répondu , de l'impossibilité où vous les avez mis de s'élever au-dessus d'un certain rang et de devenir membres du parlement, vous verriez qu'ils ne sont pas plus inlolérans ni plus fanatiques que vous. Le fanatisme est toujours produit par la persécution. Cette intolérance dont vous vous plaignez , est donc le résultat de vos lois oppressives. Faites-les disparaître, et, dans peu d'années, quand vous aurez mis les catholiques sur un même pied que les protestans , vous verrez que l'esprit d'intolérance est éteint ; faites comme j'ai fait avec les protestans en France.

)) J'ai remarqué dans un journal , il y a deux ou trois jours , un fait que je ne puis pas croire ; c'est, a-t-il continué, qu'il y a en France un projet de faire un marché avec quelques compagnies anglaises, pour fournir Paris de tuyaux en fer , et lui procurer de l'eau de cette manière ; on ajoute que le gouvernement français y a donné son approbation. Quelqu'imhécilles que soient les Bourbon, cela ne me paraît pas croyable , attendu qu'il y a eu France des milliers de manufacturiers qui pourraient les confectionner tout aussi bien qu'en Angleterre. 11 n'y a que des fous qui puissent former un projet si impopulaire et qui pourrait avoir des suites si nuisibles pour eux-mêmes. En effet , ce serait plus exciter la

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rage et la haine contre cette famille , que ne le pourrait faire un autre plan suggéré par leurs plus grands ennemis , pour provoquer leur ruine et leur expulsion , une troisième fois , de la France. Si ce plan s'exécute et n'est point suivi des plus terribles conséquences pour les Bourbon , dit Napoléon avec énergie , je suis un sot et n'ai jamais été qu'un sot. Il y a cinquante ans , cela eût excité une terrible commotion en France.

28. — Cipriani a été en ville acheter les objets de nécessité.

3o. — J'ai vu Napoléon dans la salle de billard ; après s'être exprimé pendant quelque temps sur l'hypocrisie du gouverneur , il m'a chargé de lui porter le message suivant : « Dites-lui qu'en conséquence de la conduite qu'il a tenue , en acceptant la médiation de l'amiral, et en hnissant par n'en rien faire, je le regarde comme un homme senza paro la e senza fede (sans parole et sans foi) , qu'il a rompu la parole qu'il m'avait donnée , rompu un arrangement que les voleurs et les Bédouins arabes regardent comme sacré , mais que les agens des ministres anglais ne respectent pas. Dites-lui que quand un homme manque de parole , il manque de tout ce qui distingue l'homme de l'animal , dites-lui qu'il s'est rendu indigne de ce caractère , et que je le place audessous du brigand des déserts. Indépendamment de sa conduite relativement à l'amiral , il a rompu sa parole concernant les limites. Il vous a chargé de

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me faire savoir qu'il nous était jieruiis d'aller à cheval par les anciennes limites , en spéciliant le sentier de miss Mason. Hé bien ! Gourgaud est allé il y a quelques jours faire la question au major de llut's- Gale , qui lui a dit qu'il ne pouvait le laisser passer et qu'il n'avait été fait aucun changement dans les ordres précédemment donnés par le gouverneur. »

J'ai ensuite fait part à l'empereur , « que depuis l'époque à laquelle il faisait allusion , sir Hudson avait donné des instructions pour lui permettre, à lui et à toute sa suite , de passer par la route qui conduit à la maison de miss Mason , mais que les personnes de sa suite ne pourraient passer que dans sa compagnie. » Napoléon a répondu : « Cet ordre est injuste , et il n'a pas le droit de le donner ; car d'après ce que ces généraux ont signé par ordre de son gouvernement, ils se sont engagés à se soumettre aux restrictions qu'on jugerait nécessaires de m'imposer personnellement et à rien de plus. Or ceci n'est pas une restriction qui me soit imposée , elle ne peut donc leur être infligée ; elle est illégale. »

Napoléon m'a chargé de dire, en outre, qu'il avait toujours prévu que le gouverneur n'avait eu en vue que de faire une misérable ruse pour gagner du temps , quand il avait accepté l'offre d'une médiation au moyen de l'amiral , et qu'il avait également eu en vue d'empêcher qu'on envoyât une plainte par la frégate ïOronte. Que par suite de ce que

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l'offre avait été acceptée par sir Hudson Lowe , le comte Bertrand s'était abstenu d'écrire une plainte qui devait être soumise au prince-régent et au gouvernement , que quand même cette plainte n'eut servi à rien et qu'on n'en eût obtenu aucun avantage , il aurait cependant été satisfaisant pour lui de savoir que le mauvais traitement actuel qu'il éprouvait, provenait de l'ordre et de l'autorisation du gouvernement et non du caprice d'un oflicier d'un grade inférieur. ))

Je me suis rendu en ville pour remettre ce message. A mon arrivée j'ai trouvé que sir Hudson Lowe avait quitté la ville.

Pensant que Napoléon pouvait changer d'avis , et trouvant que la Julia était arrivée , et avait apporté des nouvelles d'Angleterie , je ne me suis pas rendu à Plantation- House. J'ai recueilli quelques journaux, et je suis retourné à Long wood. J'ai trouvé Napoléon dans un bain chaud ; il avait les jambes enflées. Quand je lui ai recommandé l'exercice , il m'a dit qu'il avait quelqu^idée de prier l'amiral de sortir à cheval avec lui, mais qu'il craignait que cela ne le mît en démêlé avec Je gouverneur.

Dans un des journaux , on disait que la souveraineté de l'Amérique espagnole du Sud avait été offerte à Joseph, frère de Napoléon, (c Joseph , a-t-il dit , quoiqu'il ait beaucoup de talens et d'esprit , est trop bon et aime trop ses plaisirs et la littérature pour être roi. Cependant cela serait très-avantageux

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pour l'Angleterre, parce que vous auriez tout le commerce de l'Amérique espagnole. Joseph ne voudrait et ne pourrait pas entretenir de commerce ni avec la France ni avec l'Espagne , pour des raisons plausibles ; et l'Amérique du Sud ne peut se passer d'importer d'immenses quantités de marchandises européennes. M'ayant entre vos mains, vous pourriez toujouis obtenir des conditions avantageuses de Joseph , qui m'aime sincèrement et qui ferait tout pour moi.

3 ï . — J'ai été à P lanlalion-House , et j'ai fait part à sir Hudson Lowe ,' dans des termes aussi modérés que le permettaient les circonstances , du message dontj'étais chargé pour lui. Son excellence a répondu qu'il se souciait fort peu des plaintes que le général Bonaparte pouvait faire passer en Angleterre, et qu'il avait déjà expédié à son gouvernement ses observations sur les mesures qu'il avait prises. Qu'il n'avait aucune répugnance à recevoir l'amiral à ce sujet , mais qu'il espérait qu'il viendrait d'abord le trouver pour lui faire part de celte affaire. Je lui fis observer que sir Pulteney Malcolm ne se chargerait certainement pas de cette négociation sans y être autorisé , et je lui rappelai que lors de la première proposition qui avait été faite d'employer l'intervention de l'amiral , il avait été dit expressément que celui-ci serait autorisé par le gouverneur. Sir Hudson Lowe le nia. Je le priai de vouloir bien se reporter à la lettre que je lui avais écrite à ce sujet. Après en avoir

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pris de nouveau lecture , sir Hudson Lowe convint avec quelque mécontentement que j'avais raison. Je lui rappelai aussi que lorsque la proposition lui en avait été faite , il avait dit encore qu'il eu parlerait lui-même à l'amiral. Le gouverneur nia d'a- Lord ce fait , et après une longue discussion , il se décida à faire la réponse suivante : (C Le gouverneur s'occupe de répondre aux observations du conite Bertrand , ainsi qu'aux remarques de celui-ci sur sa réponse à la proposition faite de se servir de l'intermédiaire de l'amiral. 11 verra aussi jusqu'à quel point ses instructions lui permettront d'accéder aux désirs du général Bonaparte. Lorsqu'il aura terminé son travail , il l'enverra au comte Bertrand , et alors , si quelqu'arrangement est jugé nécessaire, le gouverneur n'aura plus aucune objection à faire pour autoriser la déraarclie de l'amiral ou de toute autre personne que le général Bonaparte jugera à propos de lui envoyer comme négociateur , bien que l'intervention de personne n'ait le pouvoir de l'engager à accorder plus ou moins qu'il ne le voudrait , de sa propre liberté et d'après son seul jugement. Ces motifs, et les changemens déjà apportés aux mesures restrictives, ainsi que la teneur générale des observations et remarques reçues de Longwood depuis que le gouverneur avait dit qu'il était disposé à employer lui intermédiaire , et l'attente d'un message venant d'Angleterre, avaient été la cause du délai apporté H autoriser l'amiral à se cbar£;er de cette affaire. )^

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Sir Hudson me pria de montrer cet écrit à Napoléon , et me donna aussi une copie de sa propre réponse à la proposition originale, et à l'une des remarques qu'avait faite Napoléon. Il me cLargea de lui faire entendre que tout cela semblait annoncer que le général Bonaparte avait eu l'intention de se refu-

ser a tout arrangement.

Je fis part alors à sir Hudson Lowe des observations faites par Napoléon sur l'illégalité de sa conduite relativement à la contrainte qu'on voulait imposer aux personnes de sa suite, et tout ce qu'il avait dit relativement au général Gourgaud. Sir Hudson répondit, «qu'en sa qualité de gouverneur, il pouvait accorder une faveur et la retirer lorsqu'il lui plaisait; que s'il faisait une concession au général Bonaparte , il ne s'ensuivait pas qu'il dût agir de même à l'égard des autres ; qu'ils étaient libres de partir lorsque bon leur semblerait, si la manière dont ils étaient traités leur déplaisait , etc. » Il me chargea aussi de dire que la défense de parler était un acte de politesse, ou une espèce d'avertissement amical. Je lui observai que je ne pensais pas que Napoléon voulût profiter de cette indulgence, à moins qu'elle ne s'étendît sur tous. Son excellence répondit, «qu'il ne pouvait permettre aux ofiiciers du général Bonaparte de parcourir le pays, disant par-tout des mensonges sur lui, comme Las-Cases et Montbolon l'avaient fait, en montrant des lettres à diverses personnes. Que le général Bo-

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naparte se trouverait beaucoup mieux s'il n'avait pas autour de lui des gens aussi menteurs que Montholon et un aussi misérable bavard fils de S***n que Bertrand. »

Je dis au gouverneur , que Napoléon avait également observé qu'il était impossible que toutes les mesures restrictives lui eussent été imposées en vertu des ordres des ministres, puisque, par sa seule volouté, le gouverneur les avait dégagés de quelquesunes, ce qu'il n'aurait pu faire dans ce cas, sans avoir obtenu leur sanction, et qu'il n'en aurait pas encore eu le temps. Son excellence parut être pris à l'improviste; elle répondit aussitôt : «Ces mesures n'ont pas été ordonnées par les ministres; je n'ai reçu aucun détail, ni moi ni sir Georges Cockburn. En effet, on s'en est rappoité à mon jugement, et je puis prendre telles mesures qui me paraîtront convenables, et faire en cela comme je voudrai. J'ai reçu l'ordre de prendre tous les soins imaginables, pour que Bonaparte n'écbappât pas, et pour prévenir toute correspondance avec lui, si ce n'est par mon intermédiaire. Tout le reste dépend de moi.»

L'amiral IMalcolm , son épouse et le capitaine Meynel ont eu une entrevue avec Napoléon à Longwood.

1 février. — J'ai fait part à Napoléon de ce que le gouverneur m'avait chargé de lui dire. Je lui ai montré la réponse de son excellence , à la proposition d'une intervention , et les remarques qu'il avait faites

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au dos. (( Je soutins , et je soulieiidrai, répondit Napoléon, que ses dernières défenses sont pires qu'aucune de celles en vigueur à Botany-Bay, parce qu'en cet endroit même on ne cherche pas à empêcher les gens de parler. Il est inutile qu'il s'efi'orce de vous persuader qu'il ne nous a pas mal traités. Nous ne sommes pas des sots, ni des gens ordinaires. Il n'est pas un homme qui soit né libre, dont les cheveux ne se dressassent d'iiorreur, en apprenant des procédés aussi atroces que ceux qui ont pour but de nous empêcher de parler. Il se moque de nous , en affirmant que c'était par politesse , et ajoute par-là l'ironie à l'insulte. Je sais que s'il voulait réellement faire quelques concessions, il en a plein - pouvoir, sans avoir besoin d'intermédiaire. Ce fut une preuve d'ineptie de sa part, que d'avoir accepté cette proposition, mais après l'avoir fait, il n'aurait pas du manquer à sa parole. Qualche volta lo credo un boja, ch" è venato per assassinarini y ma è piutosto un iwmo ÎTicapace , e senza cuore , che non capisce il suo impiego (i). ))

Il y a quelques jours que le comte Bertrand a envoyé au capitaine Poppleton une lettre cachetée, adressée à sir Thomas Reade. Comme le. capitaine Poppleton avait l'ordre de faire remettre toutes les

(1) Quelquefois je m'imagine que c'est un bourreau qui est venu pour m'assassiner ; mais c'est probablement un homme incapable et sans cœur , qui connaît mal son me'tier.

Février. ( Gj ) l8i^»

. lettres cachetées au gouverneur, il l'envoya à Plantation-House ^ où sir Hudson Lowe l'ouvrit, et trouva qu'elle contenait une lettre ouverte adressée au père du comte Bertrand , dans laquelle ce dernier lui annonçait raccouchement de la comtesse Bertrand, et une note pour sir Thomas Reade où on le priait de faire parvenir la lettre par le canal ordi-' iiaire. Dans cette lettre, se trouvaient les mots : Nous écriuons à 31. de la Touche , etc. Pour lui donner les autres renseignemens y etc. Sir Hudson LoAve crut que cela signitlait qu'on avait écrit, et sur-le-champ il envoya une lettre de réprimande au comte Bertrand, qui lui fut expédiée en toute hâte par un dragon d'ordonnance.

J'ai vu sir Hudson Lowe sur la hauteur, au-delà de Hut's-Gatc, et je lui ai fait part de la réponse de Napoléon. Son excellence m'a dit de nouveau, que la prohihition en question, dont on s'était tant plaint, n'était pas un ordre, mais plutôt une requête et une invitation polie de sa part, afin d'empêcher qu'on ne fut ohligé de faire intervenir un officier anglais, ce qu'il désirait éviter. Lui avezvous dit cela? m'a-t-il ajouté. J'ai répondu qu'oui. Eh hien, quelle réponse vous a-t-il faite? J'ai articulé la réponse de Napoléon , qui n'a pas paru faire plaisir à son excellence. J'ai en outre fait savoir à sir Hudson Lowe, que l'eau était si rare à Longwood, qu'il devenait par-là même impossible de s'en procurer assez, pour les bains de Napoléon, et que-* To:.i£ II. 5

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généralement , on éprouvait beaucoup de peine et de diilicultés à ce sujet.

Sir Hudson Lovv^e a répondu qu'il ignorait que le général Bonaparte eût besoin de se faire bouillir y j)cndant un si grand nombre d'heures , dans de Veau chaude 3 et de réitérer aussi souvent la même cérémoniej dans le temps où le 53*^ régiment avait hien de la peine à se procurer une quantité sullisante d'eau pour faire sa cuisine.

Napoléon est allé rendre une visjte au comte et à la comtesse Bertrand , et il y est resté prés de deux heures.

3. — J'ai YU Napoléon dans le bain. « Ce gouverneur, m'a-t-il dit, a envoyé, il y a deux ou trois jours, une lettre à Bertrand, qui me donna la conviction qu'il est un composé d'imbécillité, d'incapacité et d'un peu de ruse, mais qu'au total l'imbécillité domine.

)) Il a écrit à Bertrand , comme ou écrirait à un enfant de huit ou dix ans, et il le prie, dans le cas où il aurait envoyé des lettres en Europe , par un autre canal que le sien, de le lui faire savoir, et de lui dire par qui? Il ne sait pas le français. C'est une tournure fine de la langue française qu'il n'a pas saisie, qui consiste en ce que, quand on écrit dans le temps présent j'écris , cela veut dire que votre intention d'écrire est positive, mais que vous ne l'avez pas encore fait. C'est, dans ce cas, une manière de s'exprimer qui tient à l'élégance de la langue ,

Février. ( ^7 ) * 1817.

que d^cmployer le temps présent pour le futur; si Bertrand eût marqué j'rti écrit ^ alors il n'y a pas de doute que cela eût positivement signifié qu'il avait écrit; mais l'autre manière de s'exprimer ne signifie qu'une ferme résolution de faire ce que l'on n'a réellement pas encore fait. On pourrait l'excuser de ne pas connaître les tournures délicates d'une langue qui n'est pas la sienne, s'il ne voulait pas faire des commentaires sur de pareilles tournures. Dans sa situation, il devrait ressembler à un confesseur, et oublier la teneur des lettres après en avoir pris connaissance.

)) Quel autre motif que la rage d'écrire et de trouver à redire à tout contre raison , pourrait l'avoir engagé à adresser une telle épitre à Bertrand (i). On m'a dit qu'il y a ici un cuisinier qui l'a servi au-trefois, qui rapporte qu'il avait l'iiabitude d'aller dans la cuisine de Plantation-House et de dire au cuisinier : Vous couperez tant de cette viande et la ferez bouillir, tant de cette autre et vous la ferez rôtir, et de même à propos de chaque viande; enfin qu'il était dans la cuisine comme chez lui. Montholoa me dit, que quelque temps auparavant, lorsqu'on

(i) Le comte et la comtesse Bertrand m'ont raconte' que sir Thomas Reade avait offert ses services à la comtesse, et s'e'tait propose' de faire passer leurs lettres à leurs amis d'Europe par le canal de lord Batliurst , les assurant qu*en les lui envoyant , c'e'tait commti s'ils les remettaient directement au gouverneur.

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discutait les dépenses de la maison, il observa que nous salissions trop de chemises, et qu'à l'avenir nous ne devions pas en changer si souvent. »

J'ai eu un entretien avec Napoléon , relativement à l'essai qu'avait fait le gouverneur, de se disculper de la défense qu'il nous a faite de parler. « Je donnerais, a-t-il dit, deux millions, pour que ces restrictions fussent signées par le ministère anglais , afin de pouvoir montrer à l'Europe, de quels actes bas , tyranniques et déshonorans ce ministère est capable , et de quelle manière il remplit les promesses qu'il a faites de me bien traiter. D'après le bill , le gouverneur n'a pas le droit de m'imposer aucune restriction. Ce bill, tout illégal et inique qu'il est, dit que je serai assujetti aux restrictions que les ministres jugeront convenables et nécessaires ; mais il ne dit pas qu'ils auront le pou^ oir de déléguer cette autorité à aucunq autre personne. Ainsi , toute nouvelle mesure, qui a pour but de gêner ma liberté, devrait être sanctionnée , non-seulement par un ministre, mais même par tout le ministère réuni.

» Il est possible, continua Napoléon , qu'une partie de ses mauvais traitemens proviennent de son ineptie et de sa crainte, car c'est un homme qui n'a pas de moralité. C'est un poco di scaltrezza e molio imbecilità (i) C'est une injure faite à la nation , et une indignité et une insulte pour les empereurs

(i) Un peu <le ruse et heaucoup d« bêtise.

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d'Autriche et de Russie , ainsi que pour tous les souverains que j'ai vaincus , et avec lesquels j'ai fait des traités.

» J'ai dit à Milady, a continué l'empereur, que j'avais fait un grand éloge de votre nation , et que j'avais montré quelle haute idée j'avais de l'honneur des Anglais, en leur donnant la préférence, après tant d'années de guerre, sur mon beau-père et sur mon ancien ami. Je lui ai dit aussi que les Anglais eussent été mes meilleurs amis, si je fusse resté en France ; que, réunis, nous eussions conquis le monde. La confiance que j'ai eu dans les Anglais , prouve quelle idée je me faisais d'eux , et quelles démarches j'aurais faites pour gagner l'amitié d'une telle nation ; et j'y aurais réussi. Il n'est pas de sacrifices que je n'eusse faits pour me lier avec eux. C'était le seul peuple pour qui j'eusse de l'estime. Quant aux Autrichiens, aux Russes et aux autres, ajouta-t-il avec un ton de mépris, « je ne les estimais pas. » Je suis maintenant fâché de m'être trompé dans mon opinion , car si je me fusse remis entre les mains de l'empereur d'Autriche , quelle que soit sa manière de penser et quoiqu'elle puisse différer bien essentiellement de la mienne en politique, lors même qu'il eût jugé nécessaire de me détrôner, il m'aurait cependant fait l'accueil qu'on fait à un ami, et m'eût traité avec cordialité. C'est aussi ce que n'aurait pas manqué de faire» mon ancien ami , l'empereur de Russie. Voilà ce que j'ai dit à jîi*7(3^; j'ai ajouté

Février. ( 7^ ) iSi'y.

que le traitement que les Calabrois avaient fait éprouver à Murât était plein d'humanité, si on le comparait à celui qu'on me faisait subir, vu que les Calabrois eurent bientôt terminé les malheurs de Murât, tandis qu'ici on me tue à coups d'épingles.

)) Je pense que votre nation saura bien peu de gré à ce gouverneur de Fa voir ainsi déshonorée par une conduite qui sera consignée dans l'histoire. Vous êtes fiers , et vous avez l'honneur national plus à cœur même que l'argent. Témoin des millions que vos milords répandent tous les ans en France et dans d'autres parties du continent, pour soutenir et élever le nom anglais. Plusieurs de vos nobles et autres auraient volontiers donné des millions, pour éviter la tache d'infamie que cet imbécille imprime sur votre nation. »

4' — L^ rareté de l'eau, à Longwood, augmente tous les jours, et la plus grande partie de celle qu'on a apportée, était trouble et d'un goût très-désagréable , par la raison qu'elle a été amenée dans de vieux tonneaux de vin et de rhum, ce qui, nécessairement , lui a donné un goût aigre et insipide,

5. — Plainte faite officiellement par le capitaine Popph'ton , au colonel Wynyard , de la mauvaise qualité de l'eau. Cipriani a été en ville comme à l'ojdinaire.

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