I. — BONAPARTE GÉNÉRAL ET CONSUL
1 . — Mariage de Buonaparte, — Devant un prélat ventru et à allure bizarre, comme s'entendent à en dessiner les Anglais, d’un côte Joséphine, de l’autre Ronaparte, tous deux agenouillés sur un coussin, le premier Consul tenant sous son bras l’immense chapeau retroussé qui, pour les étrangers, doit personnifier de façon comique le régime républicain. De chaque côté les témoins, en costumes également grotesques. La physionomie de Bonaparte donne assez l’aspect du Corseaux cheveux plats : quant à Joséphine, la tête surmontée de deux immenses plumets, elle n’a aucune ressemblance. C’est tout bonnement une grosse commère dans la note de la caricature anglaise du jour.
Caricature postérieure de George Cruikshank, 1796 il).
2. — Vol des œuvres d’art italiennes. — « Comment Nap., célèbre par ses pillages, réclama 20 millions de livres, que le pape Pie VII paya sur sa demande, sans compter 16 millions qu’il lui fallut trouver dans l’espace de deux mois.
« Non content de ses rapines, nqjre héros continua ses exigences et demanda une centaine de tableaux. Selon son désir, il vit arriver cette moisson précieuse (c’était, en effet, un plan très rusé); les statues de Lorette plurent beaucoup à Boney et aux siens; ils emballèrent, tout de suite, la madone et envoyèrent ces reliques à Paris, où elles servirent à organiser une exposition, pour mieux montrer la superstition papale, soi-disant. »
La caricature représente Bonaparte, Je grand chapeau à plumes sur la tête, la main à l’épée, donnant des ordres pour rcnlcvement des objets d’art. Un soldat emporte des objets du culte, tandis qu'un affreux sans-culotte saisi! à bras-le-corps une belle Vénus dont la pudeur parait justement alarmée de tels attouchements.
Caricature postérieure de George Cruikshank , 1796.
fl) George Cruikshank naquit en 179-2 : les trois estampes placées, ici, en tête ne furent donc pas publiées par lui à cette date (quoique l’on possède de lui des esquisses datant de sa huitième année), mais elles parurent plus tard, destinées à servir d’illustrations pour la Vie de Napoléon (1814). Nous les avons fait figurer à la date des événements qu’elles représentent, pour que J’on puisse suivre Bonaparte, dès l’origine, à l’aide de l’image.
CARICATURES ANGLAISES. 6
3. — Würmser envoyant son aide de camp Klenau à Bonaparte, pour des propositions de paix. — Il s’agit du siège de Mantoue. Klenau est amené les yeux bandés, et Bonaparte, entouré de sa garde, prend une attitude mélodramatique, digne \l'un chef de pirates, sur un théâtre forain.
Caricature postérieure de George Cmitohank, 1797.
4. — L’épouvantail français terrifiant les souverains. — Bonaparte, dessin horrible et tout de fantaisie, est assis sur le dos d’un reptile qui veut, sans doute! représenter le diable etqui vomit des armées et des canons. — Il s’écrie : « Gourez donc. Messieurs les Princes!!! » Des deux souverains qui prennent la fuite, Frédéric, due d’York, dit à son compagnon : «Je voudrais bien être à York. Viens, Charles, suis-moi. » Fox, qui joue le rôle du chérubin planant dans les airs, s’écrie : « Courez Frédéric, courez Charles, Mack, Wurmser, Kell ; bravo d’Alonizi, maintenant Davidovitch. » Le pauvre pape est écrasé sous la bête, et crie : « Oh Dieu ! ce fils rebelle ne me rend aucun hommage, »
Caricature anonyme, 14 avril 1797.
3. — Préjugés, manières etmoyens, ou Bonaparte tel qu’il est. — Unebaraque à une foire de village. Un Pierrot en costume tricolore (Fox) montre à une réunion d’artisans un portrait imaginaire de Napoléon, avec une immense bouche, de grandes dents, des yeux qui louchent, le personnage étant chaussé d’énormes bottes à éperons : « On peut voir ici, vivant, le célèbre Honey Parte, d’Égypte. Ressemblance indiscutable. »
Caricature de Isaav Cruikshank, 13 août 1798.
G. — Le vaillant Nelson rapportant chez lui deux rares crocodiles français du Nil, comme présent au Roi. — Le héros conduit en laisse Fox el Shéridan, qui ont chacun la mâchoire fermée par un anneau: la bouche de Fox est, en outre, bouclée par un cadenas.
Ils pleurent tous deux abondamment, selon la légende attribuée aux crocodiles. Nelson dit : « Venez, bêtes hypocrites, vous dites que vous êtes fâchées de ce que vous avez fait, « mais je vais vous conduire à mon maître. >, John Bull, habillé en paysan, s’écrie : « Aie. « aïe, Horatio les a enfin pris; ce sont de vieux diables.
« Je pensais bien qu’il ne serait pas allé aussi loin pour rien. »
Caricature anonyme, 7 octobre 1798.
7- — Bonaparte en Égypte. — Un terrible Turc préparant une momie pour l’offrir, à la Grande Nation. — Un Turc, furieux, en effet, a pris Napoléon à la gorge et, l’épée à la main, se dispose à l’exécuter, disant : « Pour vous, chien sans religion ; « je vais vous sacrifier sur la tombe du prophète dont vous avez profané le nom par le « meurtre, la rapine et le pillage. » Napoléon, sans défense, est représenté le fourreau de son épée brisé, essayant de calmer la fureur du Turc : « Voyons, gentil sire, ne soyez « pas si féroce, croyez-vous que j’aie l’intention de vous égorger, de ravir vos femmes, et « de piller votre demeure? Non, par Mahomet, je ne le ferai point. — Sacré Dieu, je ne « le veux pas. — Ah ! diable, vous m’étrangleriez ! »
F ox, Erskine, Shéridan et le duc de Norfolk sont agenouillés, et demandent la grâce de Napoléon, pendant que le Turc s'écrie: « Vous vous entendez tous si bien, que j’ai grande « envie de régler à chacun son compte, » et il tient une corde d'arc pour les étrangler tous quatre.
Fox objecte : « Ne touchez pas à notre cher ami qui ne ferait de mal ni â un homme, ni à une femme, ni à un enfant. Il ne peut supporter la vue du sang : quant au pillage et à la fourberie, il est l’ennemi des deux; il l’est, nous sommes prêts à le jurer. » Shéridan et Erskine s’écrient ensemble avec le même enthousiasme : « Je le jurerais, je, je, je le jurerais!! »
Caricature de Ansell, 24 octobre 1798.
, *.I’’ox qui devait être accueilli avec distinction par le PremierConsul, en 1802, s’élait, dès l’origine, montré favorable àla Révolution et ne cessa de conseiller lapais avec la France. Erskine, orateur et jurisconsulte célèbre, avait publié en 1797 des Considérations sur les causes et les conséquences de la guerre actuelle mec la France qui, en une année, eurent quarante-trois éditions. Shéridan, le célèbre auteur dramatique, ami de Fox, se fit égalelement remarquer pour ses chauds plaidoyers en faveur de la Révolution. Quant à Charles Howard, duc de Norfolk, d’abord partisan de la paix avec la France, il devait seconder
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ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
le ministère une fuis la guerre commencée. Tes noms de ces personnages reviendront souvent dans les caricatures de Giilray, qui devait poursuivre de ses traits acérés tous les ministres ne se montrant pas assez « gaiiophobes ■>.
8. — Amusement pour John Bull, ou les républicains réduits à leurs dernières ressources. — John Bull ne peut retenir sa .joie à la vuede tous les navires qu'il a pris, tandis que les Français sont activement occupés à en construire de nouveaux, qu’ils cuisent au four, par fournées, dans un four hollandais (allusion à la construction de ces vaisseaux en Hollande}.
Un Français, traînant derrière lui une longue file de vaisseaux, s’écrie : « Sacré Dieu, « citoyens," dépêchez-vous de former une autre flotte, et nous vous montrerons ce que c’est « qu’une grande invasion. » Un Espagnol, un canon sur la tète, dit : « Comment! Nelson « avec un bras et un œil peut prendre nos vaisseaux par douzaines; que ferons-nous, alors. « contre les autres, avec deux bras etdeux yeux : ils en prendront deux douzaines d’un seul - coup. > Un Hollandais en cuit tout une fournée, murmurant à part lui : « .Maudite soit « cette fraternisation ; au lieu de fumer mes pipes et de dissiper mon or, ces frères de « France me font construire des vaisseaux pour que Maître John Bull ait le plaisir de « s’en emparer. » Ce à quoi un autre Français ajoute : <• Eh bien, vous pouvez parler, « mais dépêchez-vous, pendant que l’Anglais Nelson prend nos vaisseaux par douzaines. »
Et John Bull, railleur, un fouet à la main, est censé leur dire à tous : « Quoi! vous « n’avez pas découvert cela plus tôt, mais puisque vous avez commencé, vous allez con- «• tinuer. Ainsi, travaillez, ou bien Jack Tar deviendra vite paresseux », tandis qu’un marin, portant sur sa tète un plateau rempli de vaisseaux, s’écrie : « Allez toujours de « l’avant, je viendrai bientôt chercher une autre cargaison. Vive la vieille Angleterre! »
C'a rirature de liondandson, 12 novembre 1708.
U. — COMBAT POUR UN TAS DE PUMIER OU JACK TAR i JOHN BULL. BOXANT AVEC BUONAPARTE.
* Allusion à la lutte entre l'Angleterre et la France pour la possession de la puissance maritime en Europe. Sur la poitrine de Bonaparte le nom de Nelson enlonce, comme un clou, dans scs chairs.
[Caricature de James Giilray, *20 novembre 1708.]
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