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LA BALANCE DU GOUT ÏUBLIC

* Sur le plateau tic gauche, Walter Scott, avec les neuf volumes de sa Vie de Napoléon (Londres et Edimbourg, 1827); sur le plateau de droite, Thomas Moore (1780-1852), le poète romantique, qui dans son ouvrage, V Épicurien , paru également cette même année, avait voulu donner, sous la forme du roman, un tableau de la lutte du christianisme naissant contre le paganisme expirant. Or V Épicurien obtint, lors de son apparition, un succès considérable.

[ Caricature anonyme, d'après un original en couleurs.]

XAl'OEÉON EX IMAGES.

rieuses, malgré les violences que les écrivains britanniques sont, aujourd'hui, les premiers à flétrir, je la préfère encore aux humiliations légales dont les Anglais devaient abreuver le grand vaincu, prisonnier, celui qui avait cru pouvoir s'en remettre à la générosité de son plus implacable ennemi.

J’ai dit que la caricature désarma dès Sainte-Hélène, laissant aux preneurs de croquis, aux portraitistes d’occasion le soin de traduire à leur façon les traits de l’ex-Empereur, mais ce ne fut pas sans avoir donné, elle-même, une conclusion

de- dryje

* Caricature publiée à Londres, lors de la mort de Napoléon 1, dirigée contre tous les représentants de lu réaction et du la légitimité et due à un artiste bonapartiste appartenant à la seconde émigration.

rationnelle à ce grand combat par l'image, lin effet, quinze jours après rembarquement de Napoléon sur le Hellêrophon, une estampe anonyme paraissait avec la légende suivante mise dans la bouche de John Bull : «Eh bien, Monsieur Boney, vous devez être content cette fois : vous qui vouliez absolument une île, vous pourrez finir tranquillement vos jours dans un pays comme celui que vous aviez toujours convoité. Vous vouliez venir chez John Bull; vous y êtes, maintenant. »

Étrange destinée des choses humaines! Dans celte lutte à coups de crayon et à coups de mitraille, ce furent les crayons qui eurent le dessus; le puissant Empereur qui avait mis en déroute des armées entières et bouleversé des empires,

LES CARICATURES

ne put avoir raison de ces feuilles volantes , malicieuses et irrévérencieuses en diable, qui Unirent, toujours frondeuses, par lui faire le pied de nez, tout en lui souhaitant bon voyage comme à M. Dumollel. Et c’est ainsi que les plus grandes choses, comme les plus grands hommes, viennent se briser devant une flèche de papier, que ce soit le crayon ou la plume qui parlent.

Champlleury demandait une statue pour Gillray, à côté du monument de Waterloo, c'est mieux que cela qu’il faudrait ; une statue nouvelle de Napoléon, sur le piédestal de laquelle on écrirait :

« A Napoléon la caricature anglaise reconnaissante u.

Longtemps encore, il est vrai, Napoléon resta dans l'imagerie londonienne; longtemps encore les allégories, les scènes intimes, les sujets militaires se prêteront à des compositions nouvelles , mais tout esprit caricatural disparaîtra de ces estampes qui, souvent môme, seront ouvertement favorables à l'ennemi d’autrefois. Il semble que les artistes anglais aient tenu à faire oublier la conduite peu digne de leurs hommes politiques, au jour de la défaite. Quinze ans durant, c’est-à-dire de 1813 à 1830, tout sera à Napoléon [peinture, gravure, histoire, poésie, toutes les formes graphiques ou littéraires célébreront l’homme dans lequel, une fois disparu , plus personne ne se refusera à voir une des plus grandes figures du siècle.

Véritable engouement. Londres aura ses enthousiastes, ses fanatiques du Grand Homme; et la ville tout entière, cette même ville qui, peu auparavant, se bousculait pour mieux voir les caricatures contre « la peste Corse », sera atteinte de cette curiosité rétrospective, de cette espèce de fétichisme napoléonien.

N’est-ce pas Chateaubriand qui, visitant la Cité, sous la Restauration, constatait, non sans étonnement, cet attachement pour les souvenirs de Bonaparte, et écrivait : « On a passé du dénigrement à un enthousiasme bête. »

Un Français plus observateur, en séjour, à la même époque, sur les bords de la Tamise, mentionne nombre d’objets napoléoniens qui ornaient, alors, les demeures londoniennes. Toute la curiosité parisienne, bustes, pendules, thermomètres, porcelaines, flacons, grès, tabatières, couteaux, cachets, avait traversé la Manche, et Ton pouvait se demander, devant cette invasion d’un nouveau genre, si la capitale de l’Angleterre n’était point devenue une des bonnes villes de l’Empire français.

Or ces objets avaient été achetés par les Anglais eux-mêmes, à Paris, car, dès la première Restauration, comme après la paix d’Amiens, la France avait eu à subir, elle, l’invasion pacifique et curieuse des bandes britanniques faisant main basse sur tous les bibelots ornés des traits du grand homme. L’estampe caricaturale s’est amusée, plus d’une fois, à représenter, à ridiculiser les Anglais débarquant à Paris : une image typique et fort rare nous montre M. Semlor, — c’est ainsi qu’on se plaisait à qualifier les citoyens d’outre-Manche, — faisant ses achats dans un magasin à la mode, au moment où le marchand lui offre un petit chapeau tabatière, image vivante du régime déchu. Et M. Semlor donne à John tous les Boney qu’il peut trouver, en disant : « Il faut que « Bona parte » pour faire la [reversée. »

Voici mieux, et c'est encore l’auteur des Souvenirs de Londres qui va nous fournir ce renseignement intéressant, en une lettre datée du 14 juin 1816 :

« On se porte en foule à l’exposition de Piccadilly. C’est là que se trouve maintenant la voiture de campagne de Bonaparte, prise à Waterloo. Les armes, les bijoux, la vaisselle, les nécessaires, les vêtements qu’elle contenait sont renfermés dans des armoires vitrées comme des pièces d’histoire naturelle, qui certainement sont fort singulières. L’intérieur de la voiture est aussi complet qu’on puisse l’imaginer et disposé avec beaucoup d’art : il y a bureau, tiroirs, buffet, lit, bibliothèque, lanternes, etc., et les panneaux sont à l’épreuve de la balle.

« Tu ne peux te figurer quel est l’empressement des Anglais à examiner cette voiture; c’est une procession sans fin : hommes, femmes, enfants montent par une portière, posent un instant sur le siège du fond, et descendent par l’autre portière en se regardant alors avec un air de satisfaction. Le produit doit être immense, mais il semble bien extraordinaire que le gouvernement permette une spéculation de ce genre. N’est-ce pas là une étrange manière de montrer à une nation le butin qu’un hasard de guerre a mis au pouvoir de ses généraux? »

A ce récit il faut ajouter qu’une partie des entrées devait revenir à la caisse de secours des miliciens blessés à Waterloo, lit c’est ainsi que Napoléon contribua, sans s’en douter, à payer les contributions de guerre de John Bull. L’image, elle aussi, fut de la fête : je veux dire que l’on publia des « représentations exactes delà voiture de l’ex-Empereur, avec le détail des objets » (1), et que, à nouveau, des portraits vinrent s’ajouter à cette iconographie d’un genre imprévu. A Sainte-Hélène l’homme; à Londres la voiture, et comme l’on ne pouvait aller voir, nouvelle bête curieuse, celui que tant d’Anglais avaient espéré contempler un jour, dans la Tour, on se contentait de ce souvenir, de ces dépouilles. C’était toujours quelque chose du Grand Homme, de celui qui avait fait trembler et qui, subitement, devenait un objet de curiosité.

Mais, peu à peu, l’engouement napoléonien, lui aussi, se calma; et lorsque, en 1827, Walter Scott donna sa Vie de Napoléon , entreprise, dit-on, à l’instigation de Georges IV, remplie de bons et curieux documents officiels, cet ouvrage, quoique conçu dans un esprit très partial contre l’Empereur, ne rencontra qu’un succès assez médiocre. Les temps étaient passés où l’on pouvait facilement obtenir les bonnes grâces du public à l’aide d’écrits antinapoléoniens : si la haine avait été vivace, elle s’était vite émoussée.

Les temps n’étaient plus, également, où la fièvre napoléonienne avait amené la création de petits musées d’amateurs et de curieux. Seul le Musée Tussaud devait continuer, des années durant, à exposer, dans ses salles, la figure du César tombé.

Terre de liberté ou plutôt terre de refuge, l’Angleterre, durant cette période, fit assister l’Europe à un spectacle nouveau pour elle. Elle avait taillé les crayons des caricaturistes contre Napoléon, et voilà que, — juste retour des choses d’ici-bas, — elle servait de centre à une imagerie napoléonienne venue de France et provo-

(1) Mentionnons, entre autres, une estampe tle Rowiandson : Exhibition at Bullock's Muséum of Buonaparle’s Carnage, taken at Waterloo (10 janvier 1816). London, Ackcrmann.

LES CARICATURES

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quée par la mort do l’Empereur. Tout ce qui avait à redouter la censure de la Restauration passa par Londres; c’est de là que partirent ces lithographies imprégnées d’un napoléonisme ardent où les Jésuites et les représentants de 1 ancien régime furent, plus d’une fois, particulièrement malmenés.

L’Angleterre rachetait son passé : Londres préparait la voie au grand mouvement napoléonien qui devait se produire, en France même, deslavènement du régime libéral de 1830. John Bull avait redouté et combattu l'homme avec acharnement : le principe du régime impérial lui semblait moins antipathique, depuis qu’il assistait aux excès de la Restauration.

Du reste, pour avoir violemment caricaturé le grand Empereur, les artistes n’épargnèrent pas plus le Roi très Goutteux; dès la première Restauration, l'imagerie anglaise trouva un Louis XAT1I vu de dos, qui vint prendre place dans la famille des pachydermes et se fit remarquer par son esprit d’à-propos. Contre le premier elle avait dirigé les traits acerbes de la satire la plus violente; contrôle second, elle se contentait de faire appel au rire et à la bouffonnerie. La comédie après le drame: un entracte grotesque après la tragédie lyrique.

Fuite d'Égypte.

LISTE DES ARTISTES ANGLAIS AÜTEl'RS DE CARICATURES SUR NAPOLÉON.

ANSELL (Charles), dessinateur-graveur, l'auteur du Cabinet de toilette à l’anglaise et à la française (1789) et autres pièces connues. À produit *des caricatures de 1798 à 1809. (Voir pages 54, 64, 66, 07, 69, 70, 72, 75, 77, 80. 85, 87, 89, 92,93, 96, 99,101, 102, 105, 106, 107, 108. 125, 127, 132.)

ARGUS. — Pseudonyme (1805 . Voir pages 98 et 102 .)

BISSET (James) (1760-1832), auteur d'un alphabet en images, dit Alphabet Royaliste , dans lequel plusieurs lettres sont relatives à N apoléon.

13ROOKE (W.-H.) (1772-1860), peintre portraitiste d’une très réelle valeur’, élève de S. Drummond, et exposant de la Royal Acodemy. A publié quelques caricatures en 1813 sous le.

pseudonyme de W.-H. Ekoorb. (Voir page 130.)

CAWSE (John) (1779-1862). peintre-dessinateur qui exposa à la Royal- Acodemy en 1802. Caricatures en 1799. (Voir pages 58 et 66.)

CHARLES (prénom d'un nom inconnu), dessinateur-graveur. De 1803 à 1815. (Voir pages 83, 85, 178.)

CRUIKSHANK (Isaac) (1756-1811), dessinateurgraveur. A produit nombre de caricatures de 1794 à 1810. 11 dessinait surtout des portraits d'acteurs.

CRUIKSHANK (Geokge) (1792-1878), dessinateurgraveur, le plus justement célèbre des trois ar- , listes de ce nom, surnommé le Juvénal Geur- , <jien. Ses caricatures sont dans le style d’Isaac ! et de Robert, quelquefois mémo de Rowlandson. Elles parurent dans les journaux satiriques, The Scourge(\& Fouet) (1811-1816). Monthley Exposilor of Imposture and Folfy, et The Meleor monthley Censor (1813) (critique mensuelle). La plupart furent gravées par lui d’après les dessins originaux que lui remettaient des amateurs, d’où les noms et initiales que l’on voit figurer au bas : lui-même en a donné la liste, mais presque toutes les pièces napoléoniennes sont signées G. H., c’est-à-dire George Humphreys, son éditeur. (Voir Descriptive Catalogue of lhe Works of George Cruikshank , par M. G. W. Reid,’ conservateur des estampes an Brilisli Muséum, 3 vol. in-4°.)

CRUIKSHANK ''Robert) (1789-1856). Quelques caricatures, dont plusieurs sous la signature de son frère George.

ELMÈS (William), dessinaleur-graveur. Les pièces gravées par lui sont signées, tantôt de son nom, tantôt des initiales W. E. A produit à partir de 1813. (Voir pages 125, 126 , 132, 147.)

E1ELD (J.), dessinateur-graveur. Auteur du Chêne des alliés , une estampe symbolique donnant les profils des souverains allies.

GILLRAY (James) (1757-1815). Le nombre des pièces gravées par le célèbre artiste est considérable : personne ne prodigua comme lui les caricatures contre les Français; niais, chose caractéristique, il se ralentit au fur et à mesure que la lutte s’élargissait, c’est-à-dire dès que ce ne fut plus complètement la guerre entre la France et l’Angleterre. Sa première caricature est datée du 20 novembre 1798 et le 21 septembre 1808 il donnait Ja dernière. (Voir page

55 à page 116). Voir la liste dans l’ouvrage de Joseph Grego ; James Gillray the Caricaturisl. His Life, Works and Times (Londres, Chatto et Windus).

HEÀTII (William) (1790-1840), dessinateur-graveur. À signé plusieurs planches du nom hiéroglyphique de « Paul Pry ». (Voir pages 120 et 160.)

KNIGHT (S.). Un des éditeurs de G. Cruikshank. Deux pièces, à la date de 1806, sont signées de son nom. (Voir pages too et 156.)

LASH (Timothée). Pseudonyme comme Antony Pasquin. Une pièce à la date de 1814. (Voir page 150.)

MARKS (Lewis), dessinateur graveur et marchand d’estampes. Caricatures à la date de 1814-1815. (Voir pages 154, 155, 157, 163, 179,

RAYMOND, dessinateur graveur. Une pièce à la date de 1803. (Page 68.)

ROBERTS, dessinateur-graveur. Quelques caricatures de 1801 à 1803. (Voir pages 64, 70 et 82.)

ROWLANDSON (Thomas) (1756-1827), peintre portraitiste et paysagiste. Nombreuses caricatures. de 1798 à 1815. Voir la liste complète dans l’ouvrage de Joseph Grego ; Rowlandson theCaricaturist. A Sélection front his Works (Londres, Cbatloet Windus, 1880). Rowlandson a, à la fois, dessiné et gravé ses compositions et gravé les dessins des autres. Ses caricatures politiques sur Napoléon ne parurent qu'à certains intervalles, et notamment aux dates suivantes; 1805, 1808, 1809, 1810, 1811, 1813, 1814.

SlDEBOTHAM(l.). Pseudonyme pour Petit. A la fois graveur et marchand, copiait les caricatures lesplus goûtées de Rowlandson, Cruikshank et autres. Une pièce en 1814. (Voir page 155.)

SAULER FARNHAM (G.), dessinateur, auteur de caricatures contre Napoléon, à partir de 1806 , presque toujours gravées par Rowlandson. (Voir pages 101, 105, 109, 112, 114, 119.)

SMITH (John), dessinateur-graveur. Une pièce à la date de 1803. (Voir page 75.)

TAW (S. T.), dessinateur-graveur. Une pièce à la date de 1815. (Voir page 171.)

WEST (T.), né en 1750, dessinateur-graveur. A donné quelques caricatures en 1803 et 1804, certaines signéesJ. B. (Voirpages 69, 75, 77, 83, 89, 91, 92.)

WILLIAMS (C.) (1788-1853), dessinateur-graveur. Une pièce en 1810. (Voir page 122.)

WOODWAUD (Geokge Moutard) (1760-1809), peintre-dessinateur. A exécuté, de 1802 à 1808. des caricatures gravées par Rowlandson. (Voir pages 67, 70, 81, '85, 93, 95, 97, 104, 105, 109. 136.)

Editeurs des estampes des caricaturistes anglais .-Rodolphe Ackermann, 101 Slrand (pour Rowlandson). — S. Knight, Swcitings Alley, Royal Exchange (pour G. Cruikshank). — Thomas Tegg, Clïeapside (pour Woodward, Elmès et autres). — G. et II. Humphreys, St James Street (pour Gillray, puis G. Cruikshank). — W. Holland. — I. Sidebolham, 96 Strand (Rowlandson et autres).

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