LA BALANÇOIRE POLITIQUE
1 Ronapartc a le piccl sur le Valais, qui s’était séparé, en 1801, de la Confédération helvétique pour former une République sous la protection de la France. Dans le fond : Milan, alors capitale de la République cisalpine. Hodie miki , cras tibi. disent les deux personnages que le Premier Consul balance agréablement et qui personnifient le patriciat des vieilles cités et le jacobinisme à la nouvelle modo.
Spécimen de caricature avec légende, à la fois en anglais et en allemand.
[Caricature de James Giîlray, février 180-2.]
« lieuà beaucoup de suppositions et, à dire vrai, je suis inquiet de vos intentions. » La réponse de Bonaparte est simple : « Je ne compte pas vous donner le renseignement que « vous désirez, et que je signe ou non, cela a peu d’importance pour la République. Quant « à notre flotte, j’espère bien qu’elle ramassera quelque chose. .•>
Caricature de Anseli. 8 février 1802.
20. — Première entrevue de l’Institut national avec son président. — Bonaparte, assis sous une tente, dit à Shéridan, Fox, Bedford et Burdett : « .Messieurs, soyez les bienvenus, je vous invite à prendre part à la séance. »
Shéridan, à genoux, tient dans ses mains une Fiole et une boîte et prie le Premier Consul d’accepter un peu de teinture poétique et des pilules de Piggaro (allusion à une pièce de ce nom). Fox, qui a un sac d'argent sous son bras, dit : « J’ai apporté une livre et « demie de patriotisme pour votre Éminence. » Le duc de Bedford fait remarquer qu’il ne dédaignerait pas quelques biscuits de Bedford, et Burdett, avec ses cheveux qui lui tombent, comme d’ordinaire, sur les yeux, ajoute en parlant de son cadeau : « J’ai, pour lui, une « Fiole de baume génial de Bastille. ••
Caricature de Woodivard, mars 1802.
* Sir Francis Burdett, membre du Parlement et ami de Fox, devait protester, en 1811, contre le renversement de Napoléon et le retour des Bourbons.
80. — Une pipe conciliatrice, ou visite consulaire à John Bull. — Bonaparte et John Bull sont en conversation amicale, fumant et buvant de la bière. John Bull dit : « Voici « pour vous, Maître Ttoney-Party, tirez une bouffée, mon cher! » A cette aimable proposition, Bonaparte répond :«Je vous remercie, John Bull, je pense que je vais en tirer une autre ! >• M mc Bull est à l’ouvrage, raccommodant les culottes de John qui sont dans un triste état; elle dit en se pariant à elle-même : « Pendant la paix, si mon mari prend une goutte de trop, « je ne m’en inquiète pas, niais a la guerre il grogne toujours. Que ces vieilles culottes sont « pénibles à raccommoder, et il n’est point étonnant qu’il les abîme ainsi, car, pour une « raison ou pour une autre, il a toujours les mains dans ses poches. »
Caricature anonyme , 14 avril 1802.
31. — Un voyageà Paris, ou JohnBull et son épouse invités aux honneurs de la séance. — Bonaparte reçoit John Bull cl l’Irlande et, quand ils sont assis, leur dit : « En vérité, monsieur Bull, je suis enchanté de vous, il y a quelque chose de si poli et de si aisé dans vos manières. » John Bull réplique en faisant des jeux de mots sur M. Boney-Party.
Caricature de Anseli, 14 mai 1802.
32. — Le magasin consulaire, ou un grand homme cloué au comptoir. — Bonaparte tient une boutique et vend, entre autres choses, confitures de promesses, pickles de piété, de Borne, huile de Lodé, huile de Marengo, terrine de boulets. « Avis gratis : une pilule est la dose contre le mal du pays, à la Martinique, Sainte-Lucie, etc. » John Bull en a acheté deux qu’il a payées comptant et prend avec lui. Sous un bras il emporte File de l’Impunité (Ceylan) et, sous l’autre, File de la Sécurité (Trinité).
Ça n’a point l’air d’être un marché avantageux pour lui, car il dit : « Elles sont bien lé- « gères, mais vous n’oublierez pas de continuer le petit commerce avec l’ancien magasin ; « si vousne le faites pas, vous savez, un prêté pour un rendu, ce sera tout. » Bonaparte, cependant, le rassure en lui répondant : « Ne parlons pas de cela à présent, monsieur Bull , « ce que vous aurez à faire, c’est de prendre soin de vos îles, j’espère que vous ne les « casserez pas avant d’arriverchez vous. Elles sont très fragiles, mais de bonne qualité. »
Caricature de Cawse , 20 mai 1802.
33 . — Le magicien corse précipitant lesmisères sur l’Europe- — Bonaparte, avec un chapeau immense, aux bords outrageusement retroussés, et vêtu d’une grande robe, tenue par le diable qui l’encourage en lui donnant ce bon petit conseil : « C’est bien, mon « compagnon, si vous ne soulevez pas la poussière du inonde, ne vous Fiez plus jamais « à moi. »
Bonaparte brandit une baguette au-dessus d’une chaudière dans laquelle se trouvent des serpents, un diable, et d’où sortent des vapeurs sur lesquelles on lit : « anarchie, meurtre, « guerre, pillage, revanche, massacres, cruautés, usurpation, haine, envie, blasphème, <' force, trahison, terreur. »
Caricature anonyme, 1802.
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
•34. — Patriotes anglais se prosternant devant l’autel du despotisme. — Les
patriotes sont Fox, Erskine et Combe, le brasseur, qui était alors Lord-Maire. Ils se prosternent si bas que Fox a fait craquer ses pantalons, et d’une voix unanime, ils assurent le Premier Consul qu’ils sont ses serviteurs les plus obséquieusement dévoués.
Bonaparte, qui trône comme un souverain, se moque d’eux agréablement :
'< Les amis d'O’ Connorl — Fox, quel âge avez-vous? — Un brasseur, Lord-Maire, quel ■< honneur! — M. Brief, la brièveté, la concision : ali ! un grand homme de loi doit bien « parler. Vous pouvez vous retirer, Messieurs.
Caricature de Ansell, 8 novembre 1802.
36. — Entrée du citoy en Volpone (Fox) et de sa suite, à Paris. — Bonaparte, coiffé, d'un immense chapeau à plumes, et en culottes, repose sur une sorte de trône dont les bras sont formés de globes allégoriques. Derrière lui, raide et le cimeterre on main, se tient Rustan le Mameluck. On dirait la représentation réelle d'une audience et non une œuvre de fiction.
Le Premier Consul, d'après un témoin, ressentit une vive émotion lorsque l’ambassadeur d’Angleterre, après lui avoir présenté plusieurs notables anglais, annonça M. Fox. Il dit rapidement : « Monsieur Fox, j’ai appris avec plaisir votre arrivée, j’ai long- > temps admiré en vous un grand orateur, ami de son peuple et prêchant toujours la paix, « parlant dans l’intérêt, de l’Europe et de l’humanité entière. Les deux grandes nations de «• l’Europe demandent la paix, elles n’ont rien à craindre l’une de l’autre, et doivent se com- « prendre et s’apprécier mutuellement. »
M. Fox ne répondit rien ou presque rien; quand on lui adressait un compliment il éprouvait toujours une grande répugnance à répondre.
Quelques questions et. réponses sur son voyage terminèrent l'entretien.
Caricature de James Gillray , 16 novembre 1802.
86. — Le morcellement de John Bull, conception étrange. — Bonaparte tient des compas, avec lesquels il mesure John Bull, tout en se félicitant de la jolie addition qu'il fera ainsi à ses départements.
Il y a le département des perruques, le département de la tète, le département des bras, le département du corps, le départemeni du gousset, le département des culottes; sans compter les divisions de la jambe gauche et de la jambe droite.
Mais John Bull interrompt son ami, sur un ton peu aimable :
« Vous avez oublié le département des poings et, si vous ne retirez pas vos compas, je ■i vous en donnerai {des coups de poings'; faconnez-moi à votre gré, mais je combattrai i- jusqu’au bout, alors même que mes mains seraient attachées derrière le dos. »
Caricature anonyme, novembre 1802.
37. — Fox, se prosternant humblement devant le Premier Consul. — Bonaparte est couronné d'une léte de mort, avec os en croix , épées , pistolets , et regarde d’un air hautain le ministre anglais.
Caricature anonyme, novembre 1802.
3S. — Un coup d’œil au lion supposé être en exhibition. — Une baraque sur le bord de laquelle Pitt invite l’Europe à entrer : « Mesdames et Messieurs, entrez pour voir < le célèbre lion. Quoique j’aie quelque intérêt dans l’affaire, ce n’est pas à moi de le « présenter, je ne suis pas son gardien; le lion que j’avais l’habitude de montrer était très « féroce, celui-ci est tranquille et pacifique. > A l’intérieur, le lion est couché, un œil ouvert, et Bonaparte lui caresse la tète en disant : « Pauvre ami, quel bel animal, .< comme il dort profondément! » Mais le chancelier, lord Etdon, lui dit de prendre garde : « Ne sovez pas trop familier avec lui, de crainte d’accident. Il dort d un œil, mais « l’autre veille. »
Cark-ature de Woodward, 20 décembre 1802.
* John Scott, comte d’Eldon, lord chancelier de 1801 à 1827, un des membres les plus ardents et les plus obstinés du parti tory.
30. — Le coq et le taureau. — Bonaparte, en coq gaulois, chante de ce coté du détroit tandis que, de l’autre côté. John Bull repose paisiblement au milieu de ses pâturages.
Caricature anonyme . 1803.
A'APOLE'iN EN [MAC, i:s.
[îno;*