‹ Napoléon en imagesChapitre 19 sur 59 · BUONÀPARTE 48 HEURES APRÈS SON DÉBARQUEMENT · texte numérisé non relu

BUONÀPARTE 48 HEURES APRÈS SON DÉBARQUEMENT

Ceci a pour but d’informer chacun (les aventuriers Jacobins peuvent on faire leur profit !) que des bureaux de police sont, dès maintenant, ouverts à Lloyd.

Toute personne qui, dans l’un de ces bureaux, déposera une guinée, en recevra cent, si, 48 heures après avoir débarqué sur la côte anglaise, le meurtrier corse est encore vivant.

A droite de la tête de Bonaparte qu’un des volontaires ruraux tient sur une fourche on lit :

« Ah ! mon petit Boney, que penses-tu maintenant de John Bull? Ah ! toi qui voulais piller la vieille Angleterre, faire de nous des esclaves français; toi qui pensais ravir nos remmes et nos filles, quelle ridicule illusion tu te créais ! O Seigneur! pouvais-tu croire que John Bull supporterait jamais que ces joues décharnées deviennent roi d’Angleterre, du Roastbeef et du Plum-pudding. »

Sur le chapeau du personnage représentant John Bull on lit : « Le coup du Brite (vieux Breton) ».

[Caricature de James Gillray , 23 juillet -1803.]

Il n’est pas inutile de faire remarquer que cette estampe est copiée sur les pièces, bien connues, de la Révolution qui représentaient les tctes des aristocrates, celle de Louis XVI lui-même, portées sur une pique.

84. — Une enjambée monstrueuse. — Bonaparte brandit son épée. Il a un pied sur Ja Turquie et la Pologne et essaie de mettre l’autre sur la Grande-Bretagne, mais il s'arrête net en p’résence de la flotte gardant les côtes d’Angleterre.

Au-dessous, on lit :

« Il va mettre son pied dedans, » — c'est à-dire, il va tomber dans l’eau.

Caricature de Isaac Cruiksank , 25 juillet 1803.

85. — Comment on arrête un envahisseur. — Bonaparte et son armée ont débarqué et ils demandent: a Quel est le chemin qui conduit à Londres? » — Un paysan, enfonçant sa fourche dans la poitrine du Consul, répond : « En passant au tra- « vers de mon corps, mais commençons d’abord par enfoncer cet instrument au travers « de votre poignet. »

Pendant ce temps, la femme dudit paysan lui verse dessus le contenu d’un ustensile domestique. Des bull-dogs sont mis en liberté, et achèvent la déroute de l’ennemi, secondés dans leur besogne par des boxeurs et des charretiers.

Caricature de Isaac Cruikshank,\ 28 juillet 1803.

86. — Se préparant à l’Invasion. — Bonaparte se verse une rasade et sc parlant à lui-même : « il me faut prendre un peu de courage hollandais, car je suis sûr que je « ne la tenterai pas de sang-froid. Lorsque John Bull m’a défié, je puis affirmer qu’il « était animé par l’ivresse. Diable, si je recule, tous mes soldats me traiteront de fanfa- « ron et de lâche, et si je pars, je risque fort d’être jeté dans la Tour (c’est-à-dire dans « la Tour de Londres) comme une bête féroce. »

Caricature de Isaac Cruikshank, 28 juillet 1803.

87. — Conséquence de l’Invasion ou la récompense du héros. — Le brave mérite seul d’être beau. — Première tentative de la cavalerie des hallebardiers du roi. — Un gros hallebardier, qui se donne des airs, tire son cpée et porte une pique au bout de laquelle se trouve la tête de NapoléoD : en dessous, if saisit quinze ou vingt tètes de Français, ruisselantes de sang.

La légende porte : « Vous voilà, vous voilà, coquins! Vingt de plus ! tuez encore, tuez tou- « jours ! J’ai détruit la moitié de l’armée avec cette seule épée. » Les femmes accourent de

toutes parts pour l’embrasser et le serrer dans leurs bras. « Béni soit le guerrier qui « a sauvé notre virginité, » s’écrient-elles. « Ah ! béni soit-il, il nous a sauvées de la mort et « des mauvais traitements. »

Caricature de Jnscll, i cr août 1803.

88. — John Bull offrant au petit Boney un agréable divertissement. — On

voit les côtes fortifiées du détroit, avec John Bull en matelot, la poitrine nue, prêt à l’action. Il va, à gué, jusqu’au milieu, pour défier son ennemi. « Arrivez donc, soyez « damné si vous voulez faire invasion chez nous! Pourquoi prendre cette route? petit « Boney, pourquoi ne sortez-vous pas? »

Pendant ce temps, Bonaparte, en sécurité derrière sa forteresse, et sa flotte à l’abri sur la côte, regarde par-dessus le parapet et s’écrie : « J’arrive, j’arrive. »

[ Caricature de Gillray, 2 août 1883.

89. — John Bull en lutte avec Boney. — C’est l’anéantissement complet de la flotte française; John Bull, au moyen d’une corde passée autour du cou, attire Bona-

ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES

parte jusqu’à une potence, laquelle est entourée d’une quantité de personnes qui agitent leur chapeau en signe de joie.

Bonaparte, ce qui n’a rien d’étonnant, essaie de se reculer: «Ali! miséricorde, « miséricorde! Jean Bool, Jean Bool, la potence n’est pas faite pour les Français. » — Mais John continue à tirer avec vigueur, s’écriant : « Je n’ai pas besoin de mesurer la « corde, je sais qu’elle est assez longue pour une douzaine de vos semblables! »

Caricature de Isaac Cruihskank , 7 août 1803.

00. — Résolutions à. prendre en cas d’invasion. — Estampe divisée en six parties, et montrant Bonaparte livré aux projets barbares de ses ennemis.

Un tailleur, ciseaux en main, dit : — « Je vais couper les pans de son habit. » — Un barbier : « Je vais lui savonner les moustaches. » — Un pharmacien, tenant un pilon et un mortier: «Je le pilerai. » — Un savetier: « Je donnerai des coups de tire-bottes à sa jaquette. » — Un cabaretier : « Je rafraîchirai son courage dans un pot de bière brune. » — Un épicurien : « Je le mangerai. »

Caricature de West, 8 août 1803.

01. — Une tentation téméraire et une triste chute. — Bonaparte se jetant sur la couronne britannique. « Mais quand il monta pour saisir la couronne », porte la légende, « elle le renversa avec le sceptre, il tomba dans le golfe profond, entraîné dans « un éternel tourbillon, à la grande joie de tous les démons. »

L’Angleterre est représentée, debout sur une falaise, la couronne dans sa main gauche, et le sceptre dans sa droite.

Caricature anonyme , 12 août 1803.

02. — En observation sur des écbasses. — Bonaparte est monté sur une énorme paire d’écbasses. Il regarde l’Angleterre, au travers d’un télescope, et dit : « Comme « tout me parait petit du haut de cette élévation! Quel est ce petit homme, sur l’île, de « l’autre côté du fossé? Il semble observer mes mouvements. » John Bull, celui dont il est question, se sert, lui aussi, d’un télescope, et à la vue d’un tel personnage, il manifeste bien haut son étonnement : « Comment! cela ne peut être Boney, perché de cette façon. « Gare! S’il met une de ses perches par ici, je ne tarderai pas à lui alléger les membres. »

Caricature anonyme , 12 août 1803.

03. — Invasion d’Arlequin. — Bonaparte en Arlequin montre avec son épée de bois, « Invincible », la Grande-Bretagne entourée de bons vaisseaux de guerre. Pantalon, le pape, personnifiant l’Italie, est étendu mort, et la Hollande, en Pierrot, n’approuve pas les ordres de son maître, qui lui dit : « Puisque Pantalon n'existe plus, je veux que vous « vous joigniez à moi pour envahir cette petite île. »

La pauvre Hollande réplique : « Que je sois maudite si je le fais, Maître, car je n’aime « pas l’apparence de leurs petits vaisseaux; — ne pouvez- vous me laisser en repos, au lieu « de me faire aller de droite et de gauche? »

Suit une longue farce populaire, en vers, s’ouvrant par le boniment que voici :

« Mesdames et Messieurs, nous jouons, aujourd’hui, avec des scènes adoptées pour la circonstance, une grande pantomime nouvelle, intitulée V Invasion d’Arlequin.

« Aucune pantomime comique n’a encore eu, jusqu’à présent, destrucsaussi surprenants, le héros fait des bonds inouïs sur l’Europe, mais, chut, le volcan se lève!

« Au premier coup d’œil , une petite île, où dort paisiblement un Fils de paysan. Cette petite île est la Corse, ce fils de paysan est Bonaparte. »

Suivent ainsi vingt-huit couplets, relatant avec force clowneries, les exploits du Premier Consul, « héros comme n’en avaient pas encore vu païens et chrétiens, Turcs et juifs, héros dépassant Cromwell, Caligula, Néron, » et se terminant par une lettre ouverte de Bob Rousem à M. Bonypart. Colombine, Sagrado et même une singulière personne dont le nom est Anarchie, apparaissent au cours du récit qui nous montre les vaillantes légions, détruites par un ouragan, — ce qui mit fin à l’invasion d’Arlequin.

Cette même ballade, alors fort populaire de l’autre côté du détroit, se trouve illustrée par une caricature de Woodward, représentant Napoléon coiffe et botté comme d’habitude, et John Bull crevant dans sa rotondité.

Caricature de West, 12 août 1803.

Page 1