IL',. LA PESTE CORSE OU BELZÉBUTH SE PRÉPARANT A DINER
>■ Bonaparte, disenl-ils, ait! hélas: arrivera jusqu’iei à la nage, avec scs levions, cl, comme des requins allâmes. celte nuit même, dans l'obscurité, ils viendront e-lïraser uns rem mes el nos enfants.
« Pendant. que ces puants de Gaulois soupirent apres nous, le vieux Neptune Se monlre avec allégresse : il prépare la saumure el les pickles pour les envoyer à Satan, repas somptueux fourni par le Dieu delà mer.
«■ Belzélnith se réjouit d’un souper aussi lin ; ii le partage avec ses démons ; et il embroche au bout d’une fourche le petit mouceat niu.iecr : le consul en chef Bonapautk !
« Et. comme un Lord-Maire, dans son fauteuil d’ébène, il festoie avidement a\ec les gourmands qui se joignent à lui ; ii plaisante avec ses convives, et, pour donner plus de piquanl. il crie : « Presto : » e! s’oublie sur sa chaise.
* Alors chaque démon, se bouchant le nez à la dérobée, se retire pour éviter l'odeur , criant : « Par le •: Slxx! jamais pareille puanteur n’est entrée dans le royaume de l’Enfer. ?
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
" Bonaparte était corrompu jusqu’aux moelles; la corruption française qui, de la tête aux pieds, débordait en lui, déséquilibra son cerveau!
« Son haleine empestée, plus venimeuse que la salive du chien enragé, a mis à mal des millions d'hommes. il était plus dangereux, tous les royaumes sont d’accord sur ce point, que le terrible Bohanl'pas de Java !
* Par la faveur du ciel , il a été donné à notre monarque de pouvoir détourner un aussi terrible mal : ses sujets sont prêts, tous loyaux et braves, à envoyer cet être malfaisant au Diable!
[ Caricature de James Gillray, 6 octobre 1803.]
11H. — La balance du pouvoir, ou L'issue du débat. — La main de la Providence tient la balance, et John Buli qui a toutes les qualités, la justice , l’honneur, l’honnètctc, la fermeté, l'héroïsme, la vertu, les aptitudes commerciales même, l’emporte sans peine, — un petit chérubin qui plane au-dessus prend, du reste, soin de son sort, — tandis que le pauvre Bonaparte, maigre la lourde charge quil a sur son dos, — la Honte, la Cruauté, le Meurtre, le Pillage, l’Hypocrisie, — tombe à terre, et des flammes, vomies par l’enfer, sortent du sol pour le consumer.
Caricature anonyme , i l octobre 1803.
117. — Réflexions sur l’invasion, des deux côtés de l’eau. — La cote anglaise est défendue par des volontaires. — John Bull, riant, est assis sur un siège, au-dessous duquel une corne d’abondance laisse échapper le blé, le vin, la viande et toutes sortes de provisions. Le vieillard ne peut s’empêcher de rire à la pensée de l'Invasion; mais « comme il faut s’attendre à tout d‘un fou », il veut avoir ses côtes bien défendues, et il pense que 80.000 hommes comme lui, capables de manger tous les coquins Boney de France, sont suffisants, sans parler du spécimen des bombes envoyées à Calais, sur la côte française. Boney, coiffé d’un bonnet de papier tricolore, dit : « Je voudrais bien « n’avoir jamais parlé d’invasion chez ce terrible John Bull; mais comment reculer, a.u- « jourd’lmi, sans manquer à l’honneur? Ce bombardement de Calais me donne « les pa- « pillons noirs ». Derrière lui un papillon noir lui souffle : « Il faut marcher, Boney, aussi « sur que je vous tiendrai à la fin. »
Caricature de Charles, M octobre 1803.
118. — Talleyrand désapprouvant le projet d’envahir l’Angleterre. — Pièce rappelant certains incidents du voyage de Gulliver et composée d’un long dialogue entre Bonaparte et Talleyrand.
Caricature anonyme , 18 octobre 1803.
110. — La petite princesse et Gulliver. — Gulliver ( Bonaparte ), la princesse Brobdingnagian ( Charlotte de Galles). — Bonaparte ayant voulu prendre la couronne de sou grand-père, la princesse le plonge dans une fontaine, en lui disant que son insolence a soulevé la colère et l’indignation de chaque fille du royaume.
Caricature de Anse II, 21 octobre 1803.
120. — La sentinelle à son poste, ou Un coup d’œil de Boney sur le château de Walmer (forteresse construite par Henri VIII, et résidence du lord-gardien des Cinq-Ports). — Bonaparte, dans un bateau chargé de troupes, arrive sur la côte anglaise, mais il est déconcerté par la sentinelle, Pitt, qui cric : « Qui vive ! » — Avec un air de frayeur que partage sa suite, le Consul s’exclame : « Ah ! mendiant, cet homme est encore vivant ! « — Retournez, citoyens, car il n’y a rien à faire, je connais ses ruses depuis longtemps. »
Caricature de Ansdl } 22 octobre 1803.
121. — John Bull gardant un magasin de jouets. — Dans une vitrine remplie de jouets on voit la Maison Indienne, Saint-James, la Banque, la Douane, la Tour, le Trésor. Le petit Boney, son mouchoir sur les yeux, pleure et crie :
« Je vous en prie, monsieur Bull, laissez-moi prendre seulement ce petit jouet dans le « coin [la Banque). > Mais John Bull, en uniforme, armé de son fusil, répond assez vertement : « Je vous défends d’en toucher aucun; cessez de pleurer et aller vous faire pendre ailleurs. »
Caricature signée J. B ., 29 octobre 1803.
122. — Boney attaquant les ruches anglaises, ou Le Corse pris enfin dans l’île. — Au premier plan, toute une série de ruches; le chef a une couronne royale et porte le nom de « Ruche royale de Londres ».
Bonaparte se prépare à les attaquer, l’épée à la main ; mais Georges III, debout, derrière
les ruclies, lui demande pourquoi il veut dérober leur miel aux abeilles industrieuses. Sur le conseil du roi. celles-ci se répandent en nuages autour de Bonaparte qui, sous la piqûre de leurs aiguillons, ne tarde pas à implorer grâce : *< Je vous en supplie, bon maître <' des abeilles, rappelez-lcs auprès de vous, et je jure sur mes trois dieux, Mahomet, l’infi- « dèle et le chrétien, que je ne troublerai plus jamais vos ouvrières. »
Caricature signée des initiales A. M., novembre 1803,
123. — Boney arrivant à temps pour la procession du Lord-Maire. — Il
est introduit par un marin, enchaîné, et un collier autour du cou. Le marin raconte l’avoir trouvé sur la côte de Suftblk. et lui avoir dit qu’il arriverait à temps pour la procession du Lord-Maire. Celui- ci, le verre en main, lui parle en ces termes : « Ah! vous « voyez comme nous vivons au bout de la ville, mais il n’y a pas de roastbeefpour vous, « maître Bonev. — pm’on lui donne, tant qu’il en voudra, de la soupe maigre, et, dans la u soirée, on le conduira à la salle de bal, pour amuser les dames. »
Caricature signée des initiales J. JE, 5 novembre 1803.
* La procession du Lord-Maire est, on le sait, une sorte de mascarade archaïque durant laquelle le peuple s’ en donne à cœur joie. Il était donc tout naturel que les caricaturistes missent à profil la circonstance pour ridiculiser Bonaparte devenu leur tète de Turc.
124. - DESTRUCTION DES CANONNIÈRES FRANÇAISES, OU 1E PETIT BONEY ET SON AMI TALIEY ÉPROUVANT UNE GRANDE JOIE-
Voici cc que dit Bonaparte porté sur les épaules de Tallcyrand et regardant ce spectacle au travers du < Plan pour l’invasion de ia Grande-Bretagne ».
• O mon cher Taliev, quel beau coup d’œil! — Nous avons mis John Bull dans une belle colère. — 'i Ma bonne fortune ne me quitte jamais. — .le vais maintenant me débarrasser d’une centaine de mille « de ces cruels Français que je redoutais tant, 0 mon cher Talley! »
[Caricature de GiUray , 12 novembre 1803.]
* Encore une estampe où, cachant sa peur d’un débarquement français sous de nobles sentiments, le dessinateur anglais se complaît à représenter Bonaparte en tyran, en ogre.
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
Si la tentative n’a pas réussi contre l'Angleterre, elle ne sera pas sans résultat pour Bonaparte. Du moins, c'est ce que cherche à établir la légende de Gillray.
i*2o. — Voyage de Boney à Londres, ou La raison pour laquelle il met tant de temps à arriver, parce qu’il voyage comme un escargot, avec sa maison sur son dos. — 11 est dans une maison de bois, tirée par des soldats, que l’on fait marcher avec une arme en forme de knout. S'adressant à l’officier qui administre la correction, il leur dit : « Vagabonds , dépêchez-vous, sans cela je n’arriverai pas à Londres pour « la Noël , vous n’ètes pas dignes de la Liberté. »
Caricature de Ansell, 23 novembre 1803.
* Apres la procession du Lord-Maire, les fêtes de Noël. Autres mascarades, autre occasion pour s’amuser aux dépens de Boney, ce « pauvre Corse » qui voudrait !ant goûter au roastbeefe t au plum-pudcling de John liull.
120. — Plus qu’on ne comptait, ou C’en est trop pour Boney. — Boney est représenté en âne portant sur son dos John Bull, la Russie, la Prusse et l’Allemagne. — Les puissances sont, toutes, sous les ordres de John Bull, qui est chargé d’éperonner l’animal.
Caricature anonyme , décembre 1803.
127. — Le veilleur de Brobdingnac empêchant le débarquement de Gulliver. — Georges III, en veilleur, dirige la lumière de la Lanterne constitutionnelle sur Bonaparte et ses compagnons qui veulent essayer d’aborder. Cela seul suffit à mettre l’ennemi en fuite.
Caricature de West , décembre 1803.
128. — M. et M me Bull donnant à Bonaparte une réception pour Noël. —
Bonaparte est attaché à un poteau, d’où il peut voir la fête, mais sans y prendre part. John Bull lui montre le bœuf et le pudding dont il n’aura pas, et M me Bull boit à sa santé, lui souhaitant un joyeux Noël.
Caricature de West , décembre 1803.
129. — Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, ou Dépecer le taureau avant de l’avoir abattu. — Un taureau repose tranquillement sur la côte anglaise, tandis que, de l’autre côté, sur la terre française, on voit Bonaparte, Talleyrand, et plusieurs généraux.
Bonaparte, montrant le taureau, dit : « Je prendrai le milieu du corps parce qu’il contient « le cœur et les parties essentielles à la vie; Tallev, vous garderez la tète, parce quevous êtes « habitué à prendre le taureau par les cornes ». Mais l’Angleterre, debout derrière le taureau, se dispose à donner l’éveil à un « poste d'alarme » sur la sonnette duquel on peut lire : « Courage britannique ». ■ — « Quand ces messieurs auront arrêté leurs plans, penset-elle en elle-même, je réveillerai le taureau, et nous verrons, alors, qui sera mis en « pièce le premier. »
Caricature d'Isaac Cruikshajik, 21 décembre 1803.
130. — Embarcation hollandaise. — Bonaparte, l’épée tirée, conduit de gros et solides Hollandais, chacun dans une canonnière à peu près large comme une coquille de noix. L’un dit : « Maudite soit la liberté et maudite soit une pareille flotte. Nous se- « rions aussi bien dans des coquilles de noix. » Mais Bonaparte réplique : « Venez tou- <■ jours, ne faites pas de réflexions, embarquez-vous pour détruire la Carthage moderne, » n’appréciez-vous donc pas la liberté dont vous jouissez, et n’admirez-vous pas la grande " flotte qui va vous transporter? »
Caricature anonyme, janvier 1804.
131. — L’expédition funèbre ou L’invincible Armada de Boney. — La flotte est formée de canonnières qui ont la forme de cercueils, tout l'équipement naval et militaire est revêtu de linceuls, et, à la pointe de chaque niât, on voit un crâne surmonté du bonnet rouge.
Caricature de Ansell, 6 janvier 1804.
102. — LE PREMIER BAISER DEPUIS DIX ANS OU L’ENTREVUE ENTRE L’ANGLETERRE ET LE CITOYEN FRANÇAIS.
< — Madame, pcrmettez-moi de vous assurer de ma profonde estime pour votre séduisante personne et I- de sceller sur vos levres divines mou éternel attachement.
— Monsieur, vous êtes certainement un gentlemen fort bien élevé, et ([unique vous me fassiez rougir, votre baiser cependant est si doux que je ne puis pas vous refuser: mais, malgré cela, je suis persuadée que vous me tromperez à nouveau.
Pans le fond, les portraits des deux chefs de l’État, le consul Bonaparte et le roi Georges tn.
iCaricalurc de James Gillray , 1 er janvier 1801.]
; I.'nc'des nombreuses estampes publiées de 180-2 à 1801 pour célébrer la réconciliation de la France et de l’Angleterre scellée par le traité d'Amiens (-27 mars l.suéj.
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
133. — LE ROI DE BROBDINGNAC ET GULLIVER. — GULLIVER FAIT MANŒUVRER SON BATEAU DANS UN BASSIN EMPLI D’EAU-
« J’avais l’liabilude deramorpourmon propre divertissement, ainsi que pour celui de la reine et de ses « suivantes, qui s'amusaient beaucoup de mon adresse et de mon agilité. De temps en temps, je poussais « la voile et je montrais mon talent en na\iguant à tribord ou à bâbord. Cependant, aujourd’hui, toutes » ces tentatives n’ont fait que soulever des rires bruyants que tout le respect dû à Sa Majesté n’a pas pu « étouffer. — Cela m'a fait rétléchir et j’ai compris combien il était difficile pour un homme de s'illustrer « au milieu de gens qui n’ont avec lui aucun point de commun. »
[Caricature de James Gillray, 10 février 180'*.] Allusion aux manœuvres de la flotte française à Boulogne.
134 — xJn alarmiste français, ou John Bull regardant la Grande Flotte.
— John Bull est sur la côte, accompagné de son bull-dog, armé d’une épée et regardant au travers d'un télescope. — Derrière lui, un Français dit : « Ah! ah! Monsieur, vous « voyez notre grande flotte, les grandes canonnières, vous les voyez s’embarquer pour la « grande attaque de votre nation, voici les bouches et les canons, vous voyez le grand Con- « sul en personne, à la tète de scs légions. » Ce à quoi John Bull répond : « Monsieur, de tout « cela, je ne vois rien, car rien n’est en vue. »
Caricature de West, mars 1804.