II. — NAPOLÉON EMPEREUR
I3o. — Un grand homme sur son cheval de bataille, projet d’une statue sur la place de la Liberté, à. Paris. — Napoléon monte le cheval du pouvoir, qui se cabre sur un globe. — Estampe se rapportant à la proclamation de l’Empire.
Caricature attribuée à Rowlandson , mai 1804.
136. — Une nouvelle Fantasmagorie française. — John Bull ne peut pas croire à la réalité de Napoléon devenant empereur et il le regarde avec impudence au travers d’une énorme paire de lunettes. — Il se demande ce qu’il a sur la tête et si ce n’est pas un nouveau caprice de sa part. — Bonaparte, en costume d’empereur, avec la couronne et le sceptre, étend la main et dit :
« Quoi! mon vieil ami, monsieur Bull, ne me reconnaissez-vous pas? »
Caricature de Rowlandson, mai 1804; gravée en 1805.
137 . — L a grenouille et le bœuf, ou l'Empereur des Gaules dans son accoutrement usurpé. — Napoléon, très petit, est représenté en costume impérial, avec une énorme couronne faite de monnaies, de poignards, et d’une coupe de poison; son sceptre est surmonté d’une guillotine.
George III le regarde au travers de ses lunettes. — Napoléon lui prédit qu’il sera bientôt aussi puissant que lui, mais le poids de sa couronne lui fait mal. Il rêve une entrevue comme celle de Henri VIII et de François I er ; le roi Georges lui répond : « Quoi ! c’est de <r quelques dollars volés que vous avez fait une couronne, et vous voulez nous la faire « passer pour authentique, cela ne prendra pas! » — Derrière le roi est un taureau; derrière Napoléon, une grenouille, qui essaie de se faire aussi grosse que le bœuf; John Bull remarque en riant : « On dirait quelle va éclater et, quoi qu’il arrive, elle ne « sera jamais aussi grosse qu’un de nos taureaux! »
Caricature de Ansell, 28 mai 1804.
138. — Injection de sang royal ou phlébotomie à Saint-Cloud. — Napoléon, à qui l’on vient d’infuser dans les veines le sang d’un tigre royal, dit : « Quelle opération « délicieuse! je sens la roture s’en aller par le bout de mes doigts.
<( Donnez-en largement à toute ma famille, portez-en un plein seau à l’Impératrice! »
Caricature anonyme et sans date.
139. — Le vrai possesseur. — Louis XVIII apparaît à Napoléon et, lui montrant sa couronne, lui dit : « Elle m’appartient. »
Napoléon, qui est assis sur le trône, armé d’épées, de pistolets, de poignards, recule de colère, en s’écriant :
« Les anges et les ministres de la grâce me protègent! »
Caricature d’îsaac Cruikshank , juin 1804.
140. — L’assassinat du duc d’Enghien, ou Le meurtrier de sang-froid. — Le
duc est attaché à un arbre, un soldat de chaque côté tenant une torche, tandis que Napoléon lui enfonce son épée dans le cœur. D’Enghien s’écrie : « Assassin, il n’était pas néces- « saire de me bander les yeux; je ne crains pas la mort, mais la vue d’un visage innocent « pourrait peut-être troubler votre âme avide de sang. » — Napoléon répond : « Le « monde entier connaîtra le courage du Grand Consul, qui peut tuer ses ennemis de nuit « comme de jour, dans l'obscurité comme eh pleine lumière. » — Un bruit semble l’effrayer, mais c’est le vent : il faut oser, il deviendra peut-être Empereur des Gaules!
Des démons se réjouissent de cet exploit et lui apportent une couronne. Ils disent : « Ce « glorieux fait mérite bien une couronne, ainsi satisfaisons sa sauvage ambition, jusqu’à « ce qu’une main vengeresse l’amène en notre puissance. »
Caricature de Ansell, 2juin 1804.
1804] ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES. 93
14!. — Une proposition du nouvel Empereur. — Il va au-devant de John Bull et lui dit : « Cher cousin Bull, j’ai une demande à vous faire : le bon peuple que je gou- « verne a été si prodigue de ses faveurs envers moi qu’il ne m’a refusé aucun titre dans « mon empire, je voudrais que vous me fissiez, en plus, chevalier de Malte! » — John Bull réplique : « J’aime mieux vous voir damné, vous savez que je vous l'ai déjà dit. »
Caricature de Ansell, 9 juillet 1804.
142. — Couronnement impérial. — Napoléon est couronné par le Pape, qui prononce les paroles suivantes : Peu de temps vous le verrez et dans peu de temps vous ne le verrez plus, et il laisse tomber sur lui, avec fracas, la couronne suspendue à un gibet.
Le poids écrase Napoléon, sur la plate-forme où il était assis, et il s’écrie : « Talleyrand, « sauve-inoi, mon trône chancelle, je crois que ses fondements sont pourris et demandent « de grandes réparations. »
Talleyrand répond : « Oh! maître, maître, la couronne est trop pesante pour vous! »
Caricature de Rowlandson, 31 Juillet 1804.
143. — Le dernier saut d’Arlequin. — Bonaparte, en costume d’Arlequin, avec un énorme chapeau retroussé, des bottes, le visage noirci. Son épée est brisée, et il lève au ciel des mains suppliantes, s’écriant: « Sacré Dieu, John Bull est bien le vrai Diable ! » — John Bull lui fait remarquer qu’il a souvent changé de rôles, mais que le saut de l’invasion sera le dernier, « car nous nous tenons tous étroitement, et c’est bien le diable si vous en sor- « tez. — Votre épée de conjuré a perdu son pouvoir, vous avez tellement menti que votre « visage en est devenu noir, et, désormais, vous porterez partout la marque de John Bull, h comme il convient à tout fanfaron. »
Caricature de Isaac Cruikshank , 23 août 1804.
1 44. — Dessin d’une couronne impériale pour servir au couronnement du nouvel Empereur. — Couronne formée d'unetête de mort, du masque de l’hypocrisie, d’épées comme instrument de persuasion, du turban, de la mitre, d’une bouteille de poison, entourée des serpents du mensonge et des chaînes qui ont étouffé la liberté gauloise; ayant, en plus, comme symbole du pouvoir, des canons et des obus et reposant sur le coussin de l'Usurpation.
Caricature de J. B. West, septembre 1 804.
* Très nombreuses furent les allégories satiriques publiées dans cet esprit, genre alors fort goûté : on vit, sous toutes les formes, des couronnes et des armoiries impériales en attendant les têtes et les bustes hiéroglyphiques, les cartes géographiques à découpages physionomiques. Les caricaturistes se creusaient l’imagination pour trouver des combinaisons et des attributs comiques. On se complaisait dans l’arrangement de pièces compliquées et on se perdait en explications qui prenaient place au-dessous du sujet graphique.
143. — Des Anglais remorquant la flotte de l’envahisseur. — Des Anglais sont assis sur le dos de Français et de Hollandais qu’ils guident pour traverser la mer, dans la direction de l’Angleterre. Un marin, à cheval sur Boney, lui tire le nez.
Caricature anonyme, 2b septembre 1804.
146. — Inquisition de Boney, autre spécimen de son humanité envers Madame Toussaint. — M mB Louverture est représentée presque nue, liée à un poteau, pendant que trois Français déchirent sa poitrine avec des pinces rougies au feu. Un autre lui arrache les ongles. Elle s’écrie : « Oh justice! oh humanité! oh quel scélérat! c’est en a vain que vous avez essayé de flétrir le rôle des Anglais, mais leur courage a dompté votre « lâcheté. » — Un des bourreaux lui dit : « Pourquoi n’avouez-vous pas? »
Napoléon, sur son trône, regarde la scène avec satisfaction, en se disant à lui-même :
« Ceci, c’est de la luxure ! Jaffa, Acre, Toulon et le duc d’Enghien n’étaient rien auprès « de cela! Ces pinces ne sont pas assez rouges, gardez ses ongles pour les mettre dans « mon coffret, et si elle meurt, nous ferons sa confession. »
Caricature de Ansell, 23 octobre 1804.
* Allusion aux mauvais traitements exercés sur la veuve de Toussaint-Louverture.
CARICATURES AXCLAISE6.