LE GÉNIE DE LA FRANCE ÉLEVANT SON FAVORI
Dans le haut, on lit : « C'est un petit roi qui aura un grelot et une couronne. — Que tes cinq sens soient bénis, mon enfant, et n’arrivent pas à te détréner. »
Voici la traduction des vers qui figurent au-dessous de la légende : * Cœur faux, oreille inconstante,
1804; ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES. 95
main sanglante. Il tient du renard pour le vol et du loup pour la voracité ; il est, comme le chien, sujet ;i la rage et. comme le lion, n’épargne pas sa proie. — Que tes cinq sens soient bénis!!! »
* Ballade qui rappelle celle du Roi Lear.
[Caricature de James Gillray, 26 novembre 180'*.]
148. — La mort de a Madame République ». — La République est étendue sur son lit de mort, tandis que Sievcs dorlote le nouvel Empereur.
John Bull, ses lunettes sur Je nez, s’informe de ce qui lui est arrivé : « Je vous en prie, « monsieur l'abbé Sieyès, quelle est la cause de la mort de cette pauvre dame? Elle sem- « blait être, il y a quelque temps encore, en pleine santé? — Sieyès répond : « Elle est « morte, monsieur Bull, en donnant le jour à ce petit Empereur. »
Caricature Rowlantlson , 14 décembre 1804.
149. — Une nouvelle Fantasmagorie pour John Bull. — Une lanterne magique au travers de laquelle on voit Napoléon traversant le détroit pour faire visite à John Bull, le drapeau tricolore d’une main, tandis que, de l'autre, il conduit Joséphine dont la robe est parsemée d’abeilles.
L’ours russe est sur un rocher, et John Bull sur un autre, l’épée hors du fourreau.
Joséphine annonce qu’elle vient avec le pavillon de la paix, mais John Bull lui dit : « Soyez damnée, vous et votre paix, je ne ferai rien sans consulter frère Bruino (la Russie) « et je l’entends qui grogne au large. <>
Caricature de Woodward , 1 er février 18015.
130. — LE PLUM-PUDDING EN DANGER OU L’ÉPICURIEN DE L’ÉTAT FAISANT UN * PETIT SOUPER * .
Au-dessous, on lit : « l.e grand globe et tout ce qu’il renferme n'est pas suffisant pour satisfaire leurs appétits insatiables. »
* Le personnage qui aide ainsi Bonaparte à dépecer le pudding géographique est Pitt. Tandis que Bonaparte se découpe, avec une voracité non déguisée, ia Hollande, la France, l’Espagne, l’Italie, le ministre anglais plonge dans l’Océan sa fourchette, en guise de trident.
[Caricature de James Gillray , 26 février 1803.]
1 31. — Ci-devant occupations, ou M mc Tallien et l’impératrice Joséphine dansant nues, devant Barras, durant l’hiver de 1 TO’7 (sic). — Barras, assis dans son fauteuil directorial que surmonte un petit Bacchus coiffé du bonnet phrygien, regarde les danses lascives de ses deux maîtresses, M rae Tallien et Joséphine. Comme légende, on lit : « Barras, alors puissant et fatigué de Joséphine, promet à Bonaparte de l'avancement, s’il « parvient à l’en débarrasser. »
Placé derrière un paravent, le général en chef de l’armée d’Italie soulève un rideau pour mieux jouir du spectacle. Le dessinateur a donné libre cours à sa verve en semant ledit paravent de dessins amusants, notamment l’Amour monté sur un crocodile.
Caricature de James Gillray, 20 février 1803.
152. — Saint Georges et le Dragon. — Napoléon (un féroce dragon) a saisi la pauvre Angleterre qui laisse échapper sa lance et son bouclier; elle a les cheveux et les vêtements en désordre, les bras levés, et se débat pour échapper à son sort. Saint Georges (Georges III) à cheval, vient pour la délivrer et, frappant le dragon, fend sa couronne.
Caricature anonyme , 2 août 1803.
133. — Tom Pouce aux abois, ou Apparition des souverains de la Forêt. —
L’empereur lilliputien, qui a jeté son sceptre et sa couronne, est poursuivi par un aigle à deux tètes, un ours et un sanglier; il va tomber entre les griffes d'un lion féroce.
« Comment m’échapper? Si j'évite l’ours et l’aigle, je suis pris par le lion. »
La Hollande, l’Espagne, l’Italie, ont, toutes, des chaînes au cou; mais, voyant la situation de Bonaparte, la Hollande enlève la sienne et la dépose sur le sol. L’Espagnol étonné s’écrie : « Ouoi, vous enlevez votre chaîne. » Et l'Italien qui se préparait à en taire autant dit : «Je crois que le Hollandais a raison, et que le moment est venu d’enlever les nôtres. »
Caricature de Ansell, octobre 1803.
154. — Le départ de la côte ou La fin delà farce de l’invasion. — Napoléon, monté sur un âne, retourne tristement chez lui.
La couronne de fer chancelle sur sa tête ; son coursier est chargé de l’armée d’Angleterre, du campement de Boulogne et d’excuses pour l’inexécution de ses projets.
Le lion britannique, couché sur scs falaises, avance la patte pour lui faire ses adieux.
Napoléon s’écrie : « Quelle averse! Je serai transpercé avant d’atteindre le Rhin! »
Caricature de Rowlandson , 1 er octobre 1805.
l,ïi. — LA CAPITULATION D’ULM. OU BONAPARTE ET LE GÉNÉRAL MACK ARRIVANT A UN COMPROMIS OUI POUR. SAIT SERVIR DE SPECIMEN POUR LES VICTOIRES FRANÇAISES : CONQUÉRIR SANS VERSER UNE GOUTTE DE SANG.
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
Sur le papier qui est à terre on lit : « Articles devant être livrés : i feld-maréchal, 8 généraux en chef, 7 lieutenants généraux, 36.000 soldais, 80 pièces de canon, etc., etc. »
Bonaparte est censé dire : « Voilà le prix de votre capitulation : dix millions, vingt! J’estime que ce n’est pas seulement dans mon armée que réside le moyen de conquérir; je hais la victoire obtenue par l’effusion du sang. »
Et le général Mack lui répond : « C’est bien mon avis. A quoi bon faire battre des milliers d’hommes lorsqu’il est si facile d’arriver à une entente par des moyens pacifiques? » Aux côtés de Bonaparte des grenadiers tenant des sacs sur lesquels on lit : 20 millions de livres.
* Charles, baron de Mack, commandant de l’armée autrichienne du Danube, subit trois ans de captivité au Spielberg pour s’être rendu à discrétion.
[ Caricature de James Gillray, 6 novembre 1803.]
156. — Nap. Buonaparte malade pour avoir appris par « la Gazette Extraordinaire d (1) la victoire de Nelson sur les flottes alliées. — Napoléon est malade à la suite des nouvelles qu’il vient de lire, et le journal annonçant le terrible événement « dix-neuf vaisseaux pris par lord Nelson » tombe de ses mains* tremblantes.
Quatre docteurs sont en consultation pour examiner le cas, dont il a ressenti les premiers symptômes lorsqu'il a dit au général Mack qu’il lui fallait « des vaisseaux, des colonies et du commerce ».
Caricature de Uowlandson, 13 novembre 1805.
157. — Boney battant Mack et Nelson lui donnant une volée de coups, ou Ees matelots anglais donnante Boney ce que son cœur désire: vaisseaux, colonies, commerce. — Mack. est agenouillé en suppliant devant Bonaparte, qui frappe sur son épée captive et dit : « Je ne désire ni vos forts, ni vos villes, ni vos territoires, je veux « seulement vos vaisseaux, vos colonies et votre commerce. »
Pendant cette péroraison militaire, des messagers arrivent. L’un dit : « Puisse Votre « Majesté Impériale être satisfaite, ce damné Nelson prend tous vos vaisseaux (2), vingt « d’un seul coup, et si vous ne venez pas tout de suite, il n’en restera plus un seul pour « refaire la traversée. »
Caricature de Isaac Cruikshank, 19 novembre 1805.
158. — John Bull échangeant des nouvelles avec le continent. — Napoléon euncrieur de journaux sont sur un rocher portant cette inscription : « Mensonge». Le Jour nal de V Empire dit que l’Archiduc Charles est mort de fatigue; le Journal des Spectacles annonce que l’Angleterre est envahie; la Gazette de Fiance proclame la dispersion de la flotte anglaise et la Publicité ajoute que les flottes alliées sont envoyées à sa poursuite.
Des fausses nouvelles sont répandues partout, mais elles produisent peu d’effet sur John Bull qui, en crieur de journaux, se tient sur le rocher de la Vérité et brandit un journal, Extraordinaire Gazette , Trafalgar London, tout en criant dans un cornet : « Défaite « complète des flottes alliées de France et d’Espagne, » — et, à l’arrière-plan, on aperçoit, en effet, la reproduction vivante de cet événement.
Caricature de Woodward, H décembre 1805.
* Assurément les bulletins officiels et les articles rédiges sur les ordres du cabinet desïuileries n’étaient pas toujours de la plus stricte exactitude. Souvent la vérité y était quelque peu altérée, mais de là à n’ètre qu’un tissu de mensonges, comme l’affirmaient les Anglais et leurs alliés, il y a loin ; car toutes les victoires du premier Empire eussent été, alors, des défaites.
Quoi qu’il en soit, cette prétention à la vérité, à l’exactitude du récit, qui se fait jour dans toutes les estampes comme dans tous les pamphlets de l’époque, se perpétuera indéfiniment et sera encore revendiquée, de nos jours, par les nations étrangères contre la France toujours accusée de transformer les événements à sa guise.
(1) Titre d’un journal anglais, sur le modèle des feuilles d'actualité, publiées par la suite, qui donnait les nouvelles de la guerre.
(2) Allusion à la bataille de Trafalgar livrée le 21 octobre 1803, dans laquelle le vainqueur, l’amiral Nelson, trouva la mort, et dont les détails avaient été publiés le f> novembre par les journaux anglais avec force éloges dithyrambiques du vainqueur, avec pocsies de circonstance et chants de triomphe.
t.’ü). — TIDDY-DQLL, LE GRAND FABRICANT DE PAIN D’ÉPICE FRANÇAIS, PRÉPARANT UNE NOUVELLE FOURNÉE DE ROIS.
Bonaparte introduit dans lr nouveau lotir impérial français, sous ta l'orme de trois figures de pain d’épice, les rois de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg, tandis que le balai corse pousse dans le foyer, pour alimenter le feu : les vieux sceptres, les vieux pouvoirs de l’Europe, les jacobins français et tes cantons suisses, tout comme ritoiic, l'Espagne, l’Autriche, la Hollande. En costume mi-ecclésiastique, rnwliplomalique, Talleyramt, facilement reconnaissable à son pied-bot, lait le mitron, pétrissant dans son pétrin politique, la Turquie, la Hongrie, la Pologne; dans le coin, l'aigle de Prusse qui sc jette avidement sur les morceaux de pâte ayant l’inscription : Hanovre. Sur la commode, dont les tiroirs portent les étiquettes : rois cl reines, sceptres et couronnes, lunes et soleils, se trouve une série de petits bonshommes moulés, ainsi qualifiés :Pâte< de vice-rois, à cuire pour la prochaine fournée. Au premier plan, mus corbeille emplie d'autres personnages; ce sont les rois cl les princes corses à U usage de l'intérieur et pour l'exportation. A côté, des pains d’epiee prêts à entrer dans le sac, sur lequel on lit : * Pains d'épice tout chauds gui vont entrer dans mon sac à bonnes foidunes. »
[Caricature de James Gülrojj , 23 janvier IHOti.]
160. — Boney et le grand secrétaire. — Napoléon, petit, disparaissant sous un énorme chapeau à plumes devant Fox (dont le portrait est ici fort ressemblant) taillé comme un colosse et lui montrant le poing.
Napoléon cherche à être aimable : a Comment allez-vous, maître Charley? vous êtes si a beau que c’est à peine si je vous reconnaissais; ne vous souvenez-vous pas de moi, du « petit Corse Boney, que vous ôtes venu voir à Paris, ctqui fut si gentil envers vous?
u Si vous venez de mou côté, je serais très heureux de vous voir, ma femme également, « ainsi que toute ma famille. Vous les trouverez, comme vous, un peu changés dans « leurs costumes. Nous serons charmés de prendre avec vous le repas de la « Paix », si « vous y êtes disposé. » — Mais Fox s'écrie : « Quoi ! vous, petit reptile corse, commentosez- « vous approcher de l’Honorable C. J. F., l’un des principaux secrétaires du conseil de « S. M., membre du P. C.! Moi, aller vous voir! Petit homme impertinent, monsieur Boney, u si vous ne disparaissez pas à l’instant, je briserai vos os, afin de vous apprendre à « vous conduire d'une manière plus convenable, et à ne pas mettre le pied sur cette terre « bienheureuse, sans ma permission. »
Caricature de Argus, février 1806.
16t. — John Bull tourmenté par des insectes de toutes les parties du inonde. — Il
est dans sa petite île, bien ferme, assis sur un tonneau de brandy. Dans une main il tient
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
un pistolet et, de l'autre, brandit un coutelas, tandis que d’autres armes sont encore à sa portée. Il défie les insectes, qui arrivent en nuées. Ce sont des mites de "NVestphalic, des frelons d’Amérique, des mouches bleues de Hollande, des papillons d’Italie, des guêpes de Turquie, des cousins de Danemarck et, le pire de tous, la demoiselle de France, sous les traits de Napoléon. John Bull dit : « Allez toujours, mes amis, mais laissez- " moi au large, je n’ai besoin d’aucun de vous. Toutes vos attaques ne me font pas plus <.« d’effet qu’un cousin sur un éléphant, ou une mouche sur M. Lambert, de Leicester. »
Caricature anonyme , avril 1806.
162. — Roastbeef et potage français. Le mouton anglais et le tigre français destiné au repas de Daniel Lambert. — Daniel, à l’âge de trente-six ans, pesait 50 stones (chaque stone équivaut à IL livres) et il avait 3 yards 4 pouces de thorax, 1 yard et 1 pouce de tour de jambe, 5 pieds 1 1 pouces de hauteur.
Cet homme si volumineux est assis, découpant un quartier de bœuf à côté duquel se trouve un grand pot de moutarde, un énorme pain et un pot de bière écurnante.
Napoléon, de l'autre côté de la table, prend un potage (nourriture peu commune chez les Anglais) et regarde avec stupéfaction le repas de son voisin.
Caricature de Ansclh avril 1806.
* Daniel Lambert, un de ces « paquets de graisse » dont les faits divers des gazettes relataient soigneusement les exploits, permit aux caricaturistes du jou r de présenter sous une forme nouvelle leur vieux thème des gras et des maigres, tout en faisant place à Tactualilé londonienne, ce qui avait le don de captiver les regards. Plus de quarante estampes popularisèrent ainsi les exploits de Daniel Lambert aux côtés du pygmée Napoléon.
63. - PROPOSITIONS DE PAIX OU LA PUITE DE SAINT-CLOUD. RÉPÉTITION AU DELA DU DÉTROIT D’UNE NOUVELLE