‹ Napoléon en imagesChapitre 25 sur 59 · ŒUVRE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

ŒUVRE DRAMATIQUE

A gauche, sur la loge royale, ou lit : « Georges III toujours protégé par Dieu ».

Sur le grand papier que déroule et lient Taileyrand, et que montre Bonaparte, il est écrit : « Conditions

de la pai v : — Reconnaissez- moi comme empereur, démontez voire (lotie , dispersez \olro armée, abandonnez Malle et Gibraltar, renoncez à tout rapport avec le continent, cédez-moi vos colonies pour un prix déterminé, engagez-vous à payer pendant sept ans «à la < Grande talion » un certain nombre de millions de livres sterling et aceordez-moi, comme étage, la main de la princesse Charlotte de Galles avec dix dignitaires que je choisirai. »

Ce à quoi Georges Ut. qui lit avec une lorgnette, répond : = Ce sont vraiment des conditions amusantes et qui pourraient convenir aux nouveaux rois en pain d’épices; mais nous n'avons pas l'habitude d’abandonner vaisseaux, commerce et colonies, uniquement parce que le petit Iîoney se fâche pour les avoir. «

Sur la banderole que déroule le personnage situé derrière Jionaparte on lit : « Mon ami, rappelez-vous votre déclaration; nos politiques sont les mêmes. * — Devant les musiciens une l'ouïe d’attributions grotesques.

[C^rio'l'irc de James Gillray, o avril lxOG.]

164. — En chair et en os (I ou Un John Bull de condition modeste. Napoléon regarde ce phénomène et dit : «Jecontemple cette merveille du mondeetje regrette qu’avec tous 5 mes domaines conquis, je ne puisse p 2 s rivaliser aveu cet homme : « Dites, Monsieur, « n’èles-vous pas un descendant du grand J o-s*, de Chine? »

Lambert réplique :

-.< Je suis un vrai Anglais, du comté do Leicester. Une conscience tranquille, et une u bonne constitution alimentée par l’air pur de la Grande-Bretagne, voilà la source de la “ prospérité de tout Anglais. ■:

Caricature gravée par Knigld, lu avril 1800.

•ÎOG. — LE BIEN-ÊTRE SUR UN LIT DE ROSES. — EXPLICATION PAR CHARLEY (FOX) DU DISCOURS DE LORD C-STL-R-GH’S (2). SCÈNE NOCTURNE AUPRÈS DU CANON DE CLEVELAND.

Le canon duquel s'élance Bonaparte porte la mention : « Pour subjuguer le monde » et sur le drapeau français on lit : « Horreurs de l’invasion ». La légende placée au fond du lit doit se traduire ainsi : « Ré-

(1) Bone et Flcsh; de nombreux jeux de mots seront également faits sur le Bone-part.

(2) Lord-Casllercagh, chef du ministère tory en t80i>.

1806] ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES. 101

veille-toi, lève-toi, ou tu es à jamais perdu. » John Bull, en chien fidèle, se précipite pour dévorer Bonaparte tandis Que, de dessous le lit, sort la Mort, son sablier en main, annonçant au ministre que c’est la punition de son intempérance et de sa vie dissolue.

* Celte caricature fut publiée à propos d’un discours de lord Castlereagh dans lequel l’homme d’État anglais félicitait le ministère Fox de se trouver sur un lit de roses, ce à quoi Fox avait répondu qu’il y avait plus d’épines que de roses, f.e couvre-pieds, comme on peut le voir, est, en elîet, parsemé de plus d épines que de roses : il y a la rose indienne, la rose française, la rose de V émancipation , la rose de la coalition et la rose des volontaires. Le sommeil de Fox est très agité ; le bonnet rouge, allusion à ses opinions politiques, qui lui sert de bonnet de coton, est tombé : il est empoigne au col, d un côté par le spectre de Pitt (ce ministre était mort en janvier 1806), de l’autre par Bonaparte, tandis quel aigle prussien se prépare, lui aussi, à le saisir dans ses serres.

[Caricature de James Gillray, 21 avril -1806.]

106. — Deux merveilles du monde, ou Spécimen d’une nouvelle troupe de chevaux légers du Leicestershire. — Le fameux cheval Monarque, le plus grand du monde, dépasse 7 pieds et n’a quesix ans.

Lambert est monté sur ce quadrupède extraordinaire, et, l’épée à la main, il se dirige sur le pauvre petit Bonev qui s’écrie avec épouvante : « Parbleu, si c’est un spéci- « men des chevau-légers, que seront alors les lourds? Oh! je remettrai l’invasion à une a autre fois. »

Caricature de Ansell , mai 1806.

Le ministre Fox, qui venait de remplacer Pitt, s’exprime ainsi : « Ah! maraudeur prussien, je vous « ai donc enfin pris! Quoi, vous me regardiez comme ayant deux visages, comme un Tallevrand faux . et dissimulé! Vous croyiez que je vous ressemblais, vous qui paraissez aller d’un côté et vous dirigez « de l’autre! Parce que je prononçais des discours loyaux vous m’avez pris pour une girouette, renégat! « Ah ! vilain francisé, je vous apprendrai qu’on ne dupe ni n’insulte pas ainsi mon très cher maître , je « vous prouverai que l’on ne s'associe pas impunément avec des coquins comme Boney et O’Connor! » Le personnage à genoux répond : « Vraiment! vraiment! vraiment! je n'ai pu empêcher ce qui est ar- « rivé. » Derrière, Napoléon en train de lire sur le papier que tient le ministre anglais : « Fiat de la « nation. »

CARICATURES ANGLAISES. 1-

* Le personnage à genoux est IJaugwitz redevenu ministre en 180<>. C’est sous son administration que la Prusse, mise en possession du Hanovre, fut l'orcée de prendre parti contre l'Angleterre. Il s'excuse devant Fox.

[Caricature de James Gillray , 2 mai 180G.]

108. — Jupiter-Boney accordant un roi aux grenouilles de Hollande. — Les

grenouilles ont envoyé une députation à Jupiter pour avoir un roi. 11 leur a expédié une cigogne qui les mange, comme dans la fable d’Ésope. Les Hollandais, mécontents, demandent pour chef suprême de leur République le prince Louis.

Napoléon, en Jupiter, assis sur un aigle (qui ressemble autant que possible à un diable), dit : «J’accède à votre désir et je proclame le prince Louis, roi de Hollande. Vous, Prince, « régnez sur ce peuple. «

Talleyrand, en Ganymède, demande à Jupiter une consolation pour les mécontents.

Caricature de Knight, 26 juin 1806.

169. — Expériences à Douvres, ou La lanterne magique de maître Charley (Fox). — Fox est assis au bord de la uier, faisant des projections sur la rive opposée. Il fait passer successivement dans la lanterne : Le Messager de Boulogne, — le Messager pour Paris, — Encore des dépêches, — et il montre ensuite Napoléon, en crieur de journaux, publiant avec son cor : « Les préliminaires de la Paix ». — Le dernier tableau représente un homme agitant son chapeau et criant : Hourrah!

Fox dit : « Vous voyez, monsieur Bull, que j’avais raison de dire que je vous ferais « une surprise : Préliminaires de Paix, — Hourrah! »

John Bull croit qu’on lui cache quelque chose et n’est pas satisfait. « Oui, ce serait « très beau, si c’était vrai, mais je ne peux pas oublier ces damnées inscriptions pour les « emprunts de l’État, et, d’une façon comme de l’autre, il y a toujours des contradic- « lions.

« Je vais te dire, Charley, depuis que tu es devenu un grand homme, je pense quel- « quefois au fond de mon cœur que tu conspires. »

Caricature de Rowlandson, 21 juillet 1806.

170. — Jeu des messagers, instructif et amusant, ou Divertissement d’été pour John Bull. — Cette estampe représente la Manche, sur les deux rives de laquelle on joue un jeu animé, avec des raquettes qui lancent en l’air, entre les deux pays, des volants ayant la forme de messagers. Les messagers sont : « la Paix, l’Espérance, le Désespoir, pas de paix, des passeports, dépêches, lapais assurée, des créances. »

Du côté français, Napoléon et Talleyrand tienuent le jeu en activité. « Attention, Talley, « c’est très amusant, continuez aussi longtemps que vous pourrez, afin que nous puissions « préparer nos projets. » Shéridan, Fox et autres jouent sur la rive anglaise.

John Bull, simple spectateur, ne s’amusant pas beaucoup, sort de sa poche un journal sur lequel on lit : « Être très prudent pour la Banque du Commerce. »

Shéridan s’écrie : « Vous avez raison, mes amis, maltraitez-les. »

Fox demande à John Bull si ce n’est pas un joli jeu. Johnny répond : « Oui, cer- « tainement, ils volent monstrueusement vite, mais vous ne tirerez pas plus d’argent de « ma poche pour cela. »

Caricature de Ansell, août 1806.

171. — Le barbier du continent. — Boney bat Jemmy Wright, qui rase cependant comme tout le monde, mais pas tout à fait aussi bien. En sa qualité de barbier, il va raser le Grand Turc, et brandissant un rasoir en acier corse, il lui saisit la barbe. Naturellement le Turc résiste, en disant : « Par le saint prophète, je ne puis me séparer « de ma barbe, ou le peuple à Constantinople ne me reconnaîtrait plus pour son <c grand maître. » Talleyrand, en aide, savonne le visage du Turc, et le persuadant : « Ne « faites pas tant d’embarras, il faut toujours que mon maître coupe, quand il a attrapé un « client dans sa boutique. » Boneycrie : « Savonnez, Talley, savonnez. Je l’allégerai bien- « tôt de ce qu’il a de trop, pour le faire ressembler à mes clients chrétiens. »

Caricature de Argus, septembre 1806.

* Encore une célébrité iondonnienne et une particularité anglaise, les femmes rasant : un rapprochement déplus entre les Anglais et les Bretons, comme le faisait remarquer, sous la Restauration, un voyageur observateur.

’ pvir^it^ùir-caj. C'i/<£u^'af $tuÂior< ’^i/. . ’ —T te ii. ■J^’illai

l“2. — NOUVELLES DE LA CALABRE • PRISE DE BUENOS-AÏRES ! L’AGRÉMENT D’UN DÉJEUNER A SAINT-CLOUD.

Tallcyrand, porteur de mauvaises nouvelles, entre autres de la prise de Buénos-Ayrcs par les Anglais, eslvivemcnt secoué par Napoléon qui, dans sa fureur, renverse son déjeuner et lui crie : « Allez-vousen, oiseau de mauvaise augure; vous n’apportez que des nouvelles de mort. »

Derrière Tallevrand on voit apparaître les représentants de toutes les nations malmenées par Napoléon et, sur les placets que chacun d’eux vient présenter, on lit : » Toute l’Allemagne levée et armée en masse. » — « La Hollande épuisée, mùrc pour la révolte. » — « L’Espagne désespérée de la perte de ses colonies. i — « Saint-Pétersbourg refusant de ratifier les traités français. » — « La Suède se défiant, Charles XII redivivus(iï. » — «La Prusse s’éveillant des transes delà mort. » — « L'Italie secouant ses chaînes. » — «La Sicile en feu comme l’Etna (2). » — « Les Suisses maudissant le joug français, o — « Le Portugal fidèle jusqu'au dernier soupir. » — « Le Danemark attendant une occasion. » — Derrière Napoléon, Joséphine, les princes cl les sœurs de Napoléon toujours représentés de la même façon.

iCaricatui'e de James Gillray , 18 septembre 1806.]

173. — Quadrille politique. — Deux campsjouentauxcartes, l’nn estconiposé de Georges III, la Russie, l’Espagne et la Prusse; l’autre de Napoléon, l’Italie, la Hollande et l’Autriche. Georges III dit : « Je n’ai jamais eu de chance avec le neuf de carreau (ma- « lédiction de l’Ëcosse) en main; j’en ai maintenant toute une suite, mais sans le valet (coquin). » L’Espagne dit • « J’ai élé obligée de jouer, mais c’était une spadilîe forcée.» La Prusse remarque » : Si je joue, je serai capot; si je ne joue pas, ils m’appelleront gâteau prussien . »

Dans l’autre camp, Napoléon observe : « Je crois que je puis commencer à jouer seul. Non, je puis appeler un roi, si j’en ai besoin, j’ai beaucoup de cartes de la même couleur. » L’Autrichien passe, l’Italien croit que le pauvre ponte sera bientôt nettoyé. La Hollande

(1) Le roi de Suède était alors Gustave IV Adolphe, ennemi acharné de Napoléon, qui devait être détrône en 1809. Gustave III avait été assassiné en 1792, au moment où il projetait de se mettre à la tète de la coalition contre la Révolution française. C’est donc une allusion à son esprit qui semblait vouloir triompher à nouveau.

(2) La Sicile venait de passer sous la domination de Joseph Bonaparte, qui avait alors fort à faire avec les conspirations bourboniennes.

fait ia réflexion qu’elle a eu un roi sans le demander, « mais », ajoute-t-elle, « je n’ai « pas d’atout et j’ai peur de perdre tout mon poisson ».

Caricature de Ansell , octobre 1806.

174. — Matelots causant avec Boney sur le blocus de la vieille Angleterre.

— Napoléon faille fanfaron derrière des fortifications, brandissant son épée sur laquelle on lit ia Terreur du. continent, et disant: « Par mon décret impérial, l’Angleterre est en état de siège. » Deux marins anglais sont dans un petit bateau appelé le « Nelson » et l'un crie à l’Empereur : «■ Quoi 1 que voulez-vous? boire tout? Tom Pipes et moi, dans ce petit bateau, « nous vous bloquerons de manière à ce que vous ne puissiez pas découvrir un seul ruisseau. « Oui, bloqué; vous êtes bien un compagnon à parler de faire un blocus. » Son ami ajoute : « Je suis étonné, Jack, que vous perdiez un temps précieux à parler à un tel paresseux. » John Bull, sa pipe à la main, est debout sur les falaises d’Albion, se tordant de rire, en présence des prétentions de Napoléon.

Caricature de Ansell , décembre 1806.

175. — Bonaparte bloquant John Bull. — Boney et son armée traversent la Manche, disparaissant sous leurs chapeaux retroussés. Napoléon présente son épée et son pistolet à John Bull en lui disant : « Je vais vous bloquer, coquin d’Anglais, vous entravez <( tous mes projets; c’est vous, et vous seulement, qui osez résister à ma volonté. Plus un « seul de vos vaisseaux ne pourra bouger. »

John Bull, pris d’un accès de fou rire, lui réplique : « Àh! vous voulez mettre en pièces u mes constructions. Ah! ah! ah! Master Boney, vous avez Pair de Neptune traversant la (( ligne équinoxiale (Equateur). Je suppose que la prochaine fois vous ferez le blocus de « la lune. »

Caricature de Sauter, décembre 1806.

170. — L’entrée en Pologne, ou Une bonne bouche pour Boney. — Les magnats polonais sont à genoux ets’écrient : « Quel beaujourpour la Pologne! » Le premier embrasse lespiedsde Napoléon, qui lui dit : « Relève-toi libre et indépendant; les Polonais auront « un roi et je serai son vice-roi, au-dessus de lui. » Derrière, un porte-étendard, avec un drapeau sur lequel figurent une paire de menottes, une guillotine, deux épées croisées, et la légende : « Secours pour les Polonais. » A côté de lui, un autre soldat français vide un sac de chaînes.

Caricature anonyme, janvier 1807.

* Les dessinateurs anglais profitèrent des avances de Napoléon aux Polonais pour représenter à nouveau l’Empereur comme le pire ennemi de la Liberté.

177. — Le géant du Commerce écrasant le blocus de Pygmée. — Le commerce est représenté par un personnage symbolique.

Son chapeau est en marchandise de Wedgwood, son visage est en produit du Staffordshire, ses yeux sont en porcelaine de Derby, sa bouche en porcelaine de Worcester, son corps en laine, ses bras en calicot imprimé ; ses mains étant enfermées dans des gants de Woodstock. Il porte un châle de Norwège, etc...

Il est occupé à lancer des traits à Napoléon qui s'abrite derrière ses fortifications.

Ses armes agressives consistent dans les articles suivants : acier de Birmingham, un morceau de fer, des ciseaux, des fourchettes, des couteaux, du sucre, des boutons de Birmingham, et... un tonneau de porto anglais, ainsi que d’autres spiritueux.

Napoléon dit : « Je vous en prie, monsieur le Commerce , ne m’écrasez pas, et je lèverai (c le blocus de la vieille Angleterre ».

Caricature de Woodward, 27 janvier 1807.

* De tout temps l’Angleterre fut fière de son industrie et de l’esprit commercial de ses enfants; de tout temps, je veux dire depuis le dix-septième siècle, elle s’est plu aux allégories vivantes, dans le genre de celles qui figurent ici, et qui rappellent absolument les estampes françaises des Bonnart, ces représentations emblématiques des métiers qui obtenaient tant de succès sous Louis XIV. Avec Bonaparte, et plus encore sous l’Empire, elle opposa ainsi l’Esprit commercial, l’industrie, qui représentait pour elle les idées de paix, de travail et de progrès, à l’esprit diabolique, infernal, delà guerre, de la conquête et du rapt incarné en Napoléon. Et, naturellement, le commerce anglais prit les allures d’un géant devant Bonaparte-Pygmée.

JâS^E.Yaji.-l'kis AlHlTY mWlVTEB HTA R 1 TE. R 2 .

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