‹ Napoléon en imagesChapitre 26 sur 59 · BONEY ET SON ARMÉE DANS LEURS QUARTIERS D’HIVER · texte numérisé non relu

BONEY ET SON ARMÉE DANS LEURS QUARTIERS D’HIVER

A l'arrière-plan est une prison (l’État pour prisonniers de guerre. Sur le devant, l’ours russe étreignant le pauvre Boney et s'apprêtant à le jeter dans la rivière.

Boney supplie Tallcyrand de ne pas révéler sa situation à ses fidèles sujets.

Tallevrand, un pied dans la Vistulc et l’autre sur terre ferme, répond : « Laisscz-moi le soin d’une publication », et il applique scs lèvres à l'embouchure d'une trompette d'où sort un vrai et un faux rapport.

Le vrai : 4.000 prisonniers, 3.000 noyés, 12 aigles prises, 12.000 hommes tués, s’évanouit en fumée, tandis qu’on peut lire, dans tous ses détails, le « Grand Bulletin pour Paris » par lequel l'auguste Empereur informe la nation, ses fidèles et chers sujets, qu’ayant opéré des merveilles en Russie, il termine sa campagne pour cette saison, et se retire dans ses quartiers d’hiver.

[Caricature de Ansell, mars 4807.]

179. — Politique triomphante (ou politique à. cheval). — Le coursier blanc de Napoléon butte contre une pierre sur laquelle est écrit : « Insatiable ambition ».

Benningsen (1) esta sa poursuite. Il saisit les rênes et jette Napoléon à terre. Dans sa chute, celui-ci perd son épée « Oppression » et crie plaintivement : « Arrête, arrête, bon « Benningsen, ne tuez pas un pauvre diable! L’armistice, l’armistice, j’ai des proposi- « lions de paix à vous faire ».

Le Russe, sans pitié, se prépare à lui passer l’épée au travers du corps. « Coquin, «meurtrier, incendiaire, violateur! Vous pensiez, avec votre couronne de fer, régner sur le «Nord comme sur le Midi; mais apprenez, tyran, que les fils du Nord vous sont supé- « rieurs ».

John Bull l’encourage, en criant: « Bravo! bravo, braves Russes! Encore un coup, et « adieu Maître Boney. »

Caricature de Sauler, 10 mars 1807.

* Le Nord contre le Midi, cette idée se trouvera souvent développée sur les compositions graphiques du jour.

(t) Théophile, comte de Benningsen (1743-4826), général de l’armée russe, qui venait de perdre la bataille d'Eylau.

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iw. - LA NOUVELLE DYNASTIE OU LE PETIT JARDINIER CORSE PLANTANT UN- POMMIER ROYAL-

L’arbre que l’on est en train <rabaUre est le chêne royal anglais dans le haut duquel se trouve, en effet, une couronne. Sur des glands, on lit : Intégrité des Lords. — Foi protestante. — Indépendance des Communes. — Liberté de la Presse. (Allusions aux partis dont la hache sape dans ses fondements, la monarchie traditionnelle.)

Dans le pommier que plante Napoléon et qui a, à sa racine, le nom de « Guillaume, le Conquérant normand », chaque fruit porte une inseripiion : « Henry de la Pôle, décapité, 1538. — Duchesse de Ciarence, condamnée à mort. U33. — Henri Planiagcnet, décapité, 1 415. — Edmond, quatrième fils de Henri II, décapité. » Ce sont les fastes de ta royauté anglaise pour avertir Napoléon du sort qui l’attend.

Dans le fond, tous les pommiers plantés par le Corse, c’est-à-dire toutes les monarchies créées ou renouvelées par lui. Sur le devant, dans un panier, les boutures qui doivent servir à de nouvelles plantations. Les têtes représentent sir Françis Burdett., Cobbett, borne Tonke (1).

J.e jardinier qui aide Bonaparte à planter son pommier est Talleyrand. Sur le sabre de Bonaparte on lit : « Le greffoir Corse ».

[Caricature de James GiUray, 21! juin 1807.]

1 81 . — Boney étreignant l'empereur de Russie d’une manière exagérée : « Mon cher frère, recevez cette accolade fraternelle, en dehors de toute affection sincère ». — (Caricature sur l’entrevue de Tilsitt. — Le Russe trouvant que le radeau oscille terriblement et n’aimant pas ce genre d’effusion, s’écrie : « Frère, vous allez m’étouffer, et le radeau, ce me semble, enfonce bien rapidement », — Le pauvre roi de Prusse se débat dans l’eau et sa couronne nage loin de lui : «Ah! j’ai eu bien tort de l’écoutcr, je crains de ne jamais pouvoir la rattraper ». Quant à la couronne de l’empereur de Russie, elle tombe sous le coup de l’étreinte « cordiale » que lui donne Napoléon.

Caricature de Ansdl, juillet 1807.

182. — La bonne bouche Impériale ou Le repas de Tilsitt. — Napoléon, entouré de ses gardes, est assis d’un côté de la table, l’Empereur de Russie lui faisant vis-à-vis. Ce dernier a une assiette vide, et devant lui, du poivre de Cayenne, tandis que Napoléon a la bouche remplie de tranches de Continent, sans compter des biscuits d’Austerlitz, du pâté

(1) Sir Francis Burdett, ami de Fox, dont il a été déjà question plus haut; sir William Cobbett qui, en 1815, devait défendre Napoléon contre Casllereagh ; John Horne TooJce, également partisan de la Révolution française, qui, dans plusieurs circonstances, fit l’éloge de Bonaparte.

ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES

de Friedland, et du flan d’Eylau qu’il se prépare à découper. 11 dit à son Empereur : « Mon cher frère, vous ne mangez pas, qu’avez-vous? regardez quel bon repas est en « train de faire notre cher frère et cousin, avec les miettes qui tombent de la table » (le roi de Prusse, à genou*, ramasse, en effet, quelques fragments d’un gâteau prussien). — L’empereur de Russie, son couteau et sa fourchette en Tair, regarde avec confusion son voisin et répond : « Comment pourrais-je manger, lorsque vous gardez tout pour vous? »

Caricature de Ansell , juillet 1 807.

1 83. — Honneurs réciproques à. Tilsitt, ou Le Singe, l’Ours et l’Aigle. — Napoléon est représenté en singe, assis sur un tambour, et portant sur sa poitrine une plaque « Ordre de Saint-André à notre fidèle, etc... mensonge. »

L’ours est décoré de la Légion d'honneur : « A notre cher cousin... mensonge. »

Le pauvre ours a un bonnet d’âne et des grelots, il est muselé, et son cou est enserré dans un collier qui porte l’inscription ironique : Collier d’ Indépendance. Napoléon lui dit : « Vous n’avez jamais été aussi beau de votre vie, vous ne pouvez pas vous figurer combien « la médaille, le bonnet, les grelots, vous vont bien ».

Mais l’ours rumine avec chagrin : « Je serais vraiment honteux- de retourner pareille- « ment affublé dans ma confrérie; que dirait mon vieil ami le lion? »

L’aigle prussien est également décoré de la Légion d’honneur, mais il est dans un état pitoyable, une de ses tètes est tranchée, et la couronne .de l’autre à moitié brisée. Ses ailes sont coupées et il ne cache point qu’il se trouvait bien mieux auparavant.

Caricature de Ansell, août 1807.

184. — L’Angleterre déplorant la perte de ses alliés et demandant conseil

à, John Bull. — Napoléon est assis sur sou trône, tous les souverains d’Europe rampent à ses pieds. Au premier plan l’Angleterre disant à John Bull : « Donnez-moi votre « avis : que dois-je faire? tous mes alliés m’ont abandonné et sont aux pieds de l’usur- « pateur; la Russie même les a rejoints ».

John Bull, une grosse baguette de chêne en main, répond : « Ce que vous devez faire, « vous appuyer sur moi, votre vieil et fidèle allié, qui ne vous abandonnera jamais » .

Caricature de Ansell, août 1807.

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