‹ Napoléon en imagesChapitre 27 sur 59 · L’ATLAS MODERNE DEMANDANT UNE EAVEUR A JOHN BULL · texte numérisé non relu

L’ATLAS MODERNE DEMANDANT UNE EAVEUR A JOHN BULL

j08 ■ NAPOLÉON EN IMAGES. [1807

* Napoléon le monde sur ses épaules, — ce continent qu'il voudrait posséder tout entier, — arrive chez John Bull et lui tient le langage suivant: -Vous n’ignorez pas, monsieur Bull, que je suis parti avec l’intention de conquérir le monde ; j’ai réussi eu partie, mais il y a tellement de fentes et de crevasses qui demandent à être remplies, qu’il me serait impossible d’accomplir mon projet à moins que vous ne vouliez bien me donner accès dans votre cabinet réservé. Et alors, Johnny, nous serions ensemble dans les meilleurs termes. »

A cesavances, John Bull, qui fume paisiblement sa pipe, se contente de répondre suivant son habitude : « J’aimerais mieux vous voir damné. » Sur le coffre-fort dont les bonnes munitions font cligner de l’œil à Napoléon, on lit : « Grande-Bretagne, Irlande, Écosse, Empire des mers, cap de Bonne-Espérance, Gibraltar, Indes orientales, Indes occidentales, Malte, Flotte danoise » , c’est-à-dire toutes les richesses, tous les trésors enviés.

[Caricature anonyme, septembre 1807.]

1 86. — Le pâté glacé ou Les résultats de la paix de Tilsitt. — L’empereur de Russie et Napoléon découpant un énorme pâté. Le souverain russe remarque que jamais pâté ne lui parut aussi bon. Arrive la pauvre Prusse qui observe humblement:

<( Vous m’aviez promis, autrefois, de ne pas y toucher; maintenant vous m’avez réduite « à la pauvreté, j’ai une jambe de bois, et vous ne m’en donnez môme pas une bouchée,

« c’est vraiment bien cruel! » . .

Napoléon se tourne vers son frère, l’empereur, et lui dit: « Donnons-lui un petit mor- « ceau de croûte, juste pour l’empècher de se plaindre! »

Caricature anonyme , 10 septembre 1807.

187 , — Gulliver remorquant la flotte vers Lilliput. — L’amiral Gambier nageant vers l’Angleterre, et remorquant les vaisseaux capturés. George III, du haut d’une tour, regarde la scène au travers de son télescope. Sur le continent, Napoléon est furieux, et les peuples qui sont sous sa domination prennent des attitudes de désespoir.

Napoléon s’écrie : « Que cet individu soit maudit; arrêtez-le, Talley; mais enfin, est-ce « que personne ne l’arrêtera? Nous n’envahirons jamais l’Angleterre, tous nos projets « sont déjoués. »

Sur la côte de Zélande, un matelot explique à un indigène : « Tenez votre langue, vous « saviez comment vous y prendre pour piller nos ancêtres, et vous vouliez aider ce singe (< français à faire la môme chose, mais cela ne prend pas. 7 )

Caricature de Isaac Cruiksfianlî, 16 octobre 1807.

188. — Coups d'œil d’envie sur John Bull et ses satellites, ou Un nouveau système planétaire. — Au centre est assis John Bull, fumant gaiement, et buvant un broc de bon ale d'octobre (la bicre d’octobre et la bière de mars sont, on le sait, les plus appréciées). Il est entouré de la marine anglaise, et d’une auréole de gloire.

Une comète corse francisée se dirige vers lui, ayant à ses côtés un ours à deux têtes, enchaîné. Uue souris danoise, un lévrier d’Italie, un fromage suisse, une grenouille hollandaise et d’autres constellations , plus petites, sont groupées tout autour avec des airs envieux.

Caricature de Ansell, 21 octobre 1807.

189. — Blocus contre Blocus, ou John Bull matchant avec Boney. — John

Bull, entouré de toutes sortes de victuailles, dit : « Eh bien! maître Boney, nous allons voir « lequel résistera le mieux, mon mur ou le vôtre. Ah! ah! je puis regarder jusqu à vous, « j’ai laissé une fente, je crois que vous serez bien aise de changer bientôt votre soupe « maigre contre mon roastbeef. » ... ...

Napoléon, une assiette de soupe devant lui, a l’air très déconfit. « Qui aurait pu croire « qu’il construirait une pareille muraille? j’aurais mieux fait de le laisser seul. D une ma- « nière comme de l’autre, je n’aime pas beaucoup cette nourriture. »

Caricature de Ansell, novembre 1807.

* Encore une allusion à la nourriture maigre des Français, à propos du décret de Hambourg établissant le blocus de l’Angleterre.

190. — Dans le port et hors du port. — Napoléon est assis sur un tonneau de vieux porto. John Bull fume, ayant à ses côtés un pot de bière et un énorme sac de guinées, murmurant son éternel : « Qu’il soit damné, lui et son port. »

Caricature de Woodward , 10 novembre 1807.

1807] ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES

191. — John Bull observant la comète. — La tète de George III, en soleil, jette ses rayons au delà du détroit et éclaire la flotte anglaise qui sillonne les eaux. La tète de Bonaparte, coiffée d’un chapeau retroussé, à plumes, représente une comète qui fait de vains efforts pour se mettre en travers de l’astre du jour.

John Bull a planté son télescope sur les côtes du détroit et son œil suit la course du météore.

« Ah! ah! maître comète, vous pouvez atteindre votre périhélie, mais, croyez-moi, vous « n’arriverez jamais jusqu’au soleil. »

Caricature signée : Woodward del., Romlandson sculp., 10 novembre 1807.

192. — L’arsenal maritime du continent. — Une misérable construction intitulée: « Magasin gaulois pour vaisseaux anglais », quoique ne contenant, en fait, aucun navire de cette nationalité. Les vaisseaux qu'on y voit sont, en effet, intitulés : le Yaw Mynheer, le Bon Diego, le Suédois, le Danois et le Napoléon auquel travaillent un grand nombre de constructeurs sous la direction de Napoléon, l’épée en main.

Celui-ci dit au maître charpentier :

« Veillez au grain; travaillez comme le diable, car il nous faut anéantir John Bull.» — Le contre maître répond : « Vraiment, mon Grand Empereur, nous n’y pouvons rien, il « s'en empare aussi rapidement que nous les construisons. » On voit, en effet, dans le magasin de réserve de John Bull, une grande quantité de vaisseaux capturés à l’amirauté française, Portobello, Camperdown, Saint-Vincent, Ml, Trafalgar. John Bull et un groupe de marins anglais se réjouissent à cette vue. Il leur dit : « Je vois, mes amis, que si cela conte tinue ainsi, nous serons encombrés. » Et un marin remarque : « Il y a vraiment des gens « qui se donnent bien du mal pour rien! »

Caricature de Woodward, 27 novembre 1807.

193. — L’Ours, le Singe, le Dindon et le Taureau, ou La véritable cause de la guerre de Russie. — Napoléon, en singe français, conduit en laisse l'ours russe et lui parle ainsi : « Si vous voulez faire la guerre contre cet énorme taureau, vous aurez « une tranche de ce lin dindon, et, en plus, l'étoile de l’Orient. » Le dindon a l’air de se dire en lui-même : « Je voudrais bien être en dehors de leurs griffes, mais j'ai peur d’être «pris, àja fin. » L’étoile d’Orient apparaît à l’horizon et représente les Indes. Un taureau, sur la côte oposée, dans une pose menaçante, mugit : « Vous feriez bien de prendre « garde; rappelez-vous le vieux proverbe : (juand on joue avec un taureau, il faut se « méfier de ses cornes ».

Caricature de Isaac Cruikshank, 20 décembre 1807.

194. — John Bull rafraîchissant la mémoire de l’Ours. — John Bull ouvrant un énorme volume, son journal, s’adresse à un ours couronné qui porte un collier, avec l'inscription : « Cet ours appartient à Napoléon », et qui regarde le livre au travers d’une gigantesque paire de lunettes :

« Ainsi, vous dites, maître Bruin, que ma visite en Danemark n’a pas son égale dans « l’histoire; soyez donc assez bon pour diriger vos lunettes vers cette page et pour ra- « fraîchir votre mémoire. » Et il indique une page de son journal, sur laquelle est écrit : « La grande, la magnanime Catherine de Russie, s’empara d’un tiers environ du royaume « de Pologne, et le garda pour elle. Les Danois, pacifiques, ont pris la ville de Ham- « bourg. »

Caricature de Isaac Cruikshank, 20 décembre 1807.

* Cette caricature fait allusion au bombardement de Copenhague par les Anglais, en 1807 ; — on sait que le même événement s’était déjà produit en 1801, — qui fut vivement blâmé par la Russie. Le Danemark payait cher son alliance avec la France.

195. — Boney tout à fait fou, ou encore Des bateaux, des colonies et du commerce! — On voit la flotte surle Tage, et l’amiral anglais (sirSidney Smith) criant, dans son porte-voix : « Bonjour, Monsieur; si vous aviez envie de taire un voyage au Brésil,

« je vous y conduirais avec grand plaisir; peut-être désireriez-vous, en chemin, vous ar- « rêter à Madère? » Ceci s’adresse à Talleyrand sur lequel Bonaparte déverse sa rage, lui donnant des coups de pied et lui arrachant sa perruque, en disant : « Arrêtez, arrè- « tez! meurtre, incendie! — Pourquoi ne vous êtes-vous pas plus dépêché, coquin? Main- « tenant, toutes mes espérances sont évanouies, ma revanche est impossible; monstre,

« vagabond, coquin!! »

CARICATURES ANGLAISES

HO

* L’explication de cette caricature est que, lorsque l’armée française marchait surLisbonne, la famille royale de Portugal s’embarqua pour le Brésil* le 29 novembre, sous l’escorte de l’escadre anglaise. C’est donc avec une intention narquoise qu'on demande à Talieyrand s’il a envie d’en faire autant.

Remarquons également, à ce propos, que l'Angleterre était sans cesse hantée de l’idée que Napoléon jalousait sa marine, ses colonies et son commerce, ce qui était à moitié vrai, en ce sens que Napoléon avait prévu et cherché ce qu’on appellera, par la suite, « l’expansion coloniale ».

Caricature de Isaac Cruikshank, 1 er janvier 1808.

Page 1