IA VALLÉE DE L'OMBRE DE LA MORT
XapolOon opère bravement sa descente aux enfers, maigri' les monstres et les spectres qui se précipilenl de toutes parts sur lui. U est pris enfre rours russe encore enchaîné, le terrier de la Sicile et le lion britanni(|ue qui rugit furieusement. Sur les côtés, le loup portugais: la Mort, coiffée d’un chapeau à plumes, enfourchant, l'âne espagnol, au lieu du cheval pale de l’Apocalypse, f.eroi Joseph se noie dans le Styx. Au premier plan, dans les eaux du I. cilié, la cou fédération germanique <îes rats affamés rampant sur le limon, les grenouilles hollandaises, le serpent à sonnettes américain , l’aigle prussien. Pans le fond, les ombres de .Tunot (tombé en disgrâce, mi le sait, pour avnir signé, en 1808. la con- ' en lion de Cintra avec les Anglais ) , et de Dupont (condamne on 1812 a la dégradation et a la détention dans une prison d'Élat, pour avoir signé la capitulation de haylen;. Au ciel, le météore romain lançant les foudres du Vatican, la nouvelle lune «l’Orient se le\ant. sanglante, partagée entre l’influence française dans l'ombre et l’iniluence anglaise dans le quartier lumineux : l'ombre de Charles XII et l'aigle impérial allemand émergent des nuages.
r Cü ri'.’o.lv.ri: de James (ïi>lyn y. 24 septembre 1808 .]
il; Cormoran, au figuré, veut dire « ogre, glouton ».
1808] ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES. 117
214. — Napoléon et son associé Joé (Joseph, roi d'Espagne). — • Quelques Espagnols et Portugais réunis poussent les deux frères dans la gueule d’un monstre mystérieux vomissant des flammes.
Caricature de Romkmdson, 29 septembre 1808.
m p Ir
ll'lrdll
2i3. — LE GÉNÉRAL' NAP. DEVENU PRÉDICATEUR MÉTHODISTE.
(Une nouvelle tentative pour duper les crédules, dédiée à M. Whilhead.)
Napoléon, en robe noire, occupe la chaire, il a dans sa main un fusil à baïonnette sur lequel est un moulin à vent: dans sa perruque, se trouvent plantés une croix, le drapeau tricolore surmonté du bonnet de la liberté et un croissant. Dans la sacristie sont accrocncs un uniforme, une mitre épiscopale, une chasuble , un costume turc, une bouteille d’arsenic pour les pauvres malades de Jaffa, un mousquet comme épouvantail et un poignard ensanglanté.
t général remplit les fonctions d’assistant, les tuyaux d’orgue sont des canons, et l’assistance est assise sur des tambours. Au-dessous, un texte imprimé donnant le sermon du nouveau prédioa-
Cliers et bicn-aimés frères! Honneur, patrie, liberté, tel est l’ordre du jour; loin de nous toute idée « de conquête, de guerre et de sang. La religion et la vraie philosophie doivent toujours nous servir « de maximes; la liberté, une constitution libre, pas d’impôts, tel est notre programme. Point de a commerce d’esclaves, l'humanité frissonne à ce seul mol; les braves, les excellents Anglais le dé- « testent. Nous serons tous heureux. — Le commerce, l’abondance seront notre partage. Bons Jaeo- « bins, levez-vous et usez de vos droits. Et vous, braves soldais, honneur de la France, le pillage et « le meurtre seront, encore une lois, votre ambition. — Vous serez tous généraux, membres de la Légion « d’honneur. — Les aigles domineront le monde. — Le moment est venu de détruire la Grande- Bre- • tagne, cette nation traîtresse qui a toujours cherche notre ruine. L’honneur et la victoire nous condui- « ront. Chers compatriotes, sans foi il n’y a pas de lien dans le monde. Chers Jacobins, nous ne recon- « naissons aucun Dieu. — Qu’on allume les autels et que les orgues jouent la Marseillaise, cet air
CARICATURES ANGLAISES. 1
■ sacré qui enflamme le cœur de tout Français! Je jure, par cette croix sainte que je tiens en mes « mains, et dans ce lieu saint, que vous êtes tous libres., que mes intentions sont pures , que je « ne désire que la Paix, le Pillage, et la Liberté! Amen ! ! »
{Caricature anonyme, octobre 1808.]
216. — Napoléon et ses amis dans leur gloire. — Napoléon, son frère Joseph, la Mort et le Diable festoient ensemble. Napoléon se lève pour porter un toast : « Venez ici, « amis, il y a de la danse pour le pillage et le massacre. » Les Espagnols n’ont pas voulu se soumettre, mais il retournera à la charge, bien décidé à les battre.
La Mort déclare qu’elle a trouvé dans Boney un ami sincère, et que le Diable se joindra volontiers à eux.
Le Diable approuve et promet qu’aussitôt les Espagnols écrasés, Joseph sera nommé roi.
Mais Don Joé (Joseph), qui les a déjà vus, ne les aime point. — « Ils chérissent trop la <> Liberté, dont ils ont fait leur guide, déclare-t-il, et du Diable si je deviens jamais leur « roi. »
Caricature de Rowlandson, 1 er octobre 1808.
217. — Apollyon, le généralissime du Diable, haranguant ses légions. —
Napoléon aux pieds fourchus, tenant en main un drapeau sur lequel la Mort à double tète remplace les aigles, harangue ainsi des troupes qui ont l’allure de vrais bandits :
« Légions de la Mort! Après avoir volé, tué, pillé, sur les rives du Danube et de la Vis- « tule, je vais vous faire traverser la France, sans prendre un instant de repos. — J'ai « des occasions pour yous, la redoutable présence de la Religion et de la Loyauté souillant « le continent espagnol et portugais. — Que votre présence les en chasse, et portons nos « aigles victorieuses jusqu’aux portes du Ciel : car, là aussi, nous avons à nous venger « d’une injure. Vous avez surpassé tous les meurtriers modernes; vous pouvez marcher « de pair avec les plus féroces cannibales. Guerre éternelle, vol et pillage seront la récom- « pense de vos efforts; je ne jouirai pas du repos avant d’avoir vu la mer couverte de « votre sang. » — L’armée entière se livre à la joie en criant ; « Du sang, encore du << sang! ! ! »
Caricature de Isaac Cruikshank, 1 octobre 1808.
218. — Charlatans politiques, ou La co-association d’Erfurt commençant ses affaires. — Napoléon est en empirique sur un tréteau, ayant, à ses côtés, un ours muselé qui distribue des annonces et prononce le petit boniment suivant :
« Mesdames et Messieurs, je suis fier de le dire, autant que ma muselière me le permet, « j’ai une grande part dans l’affaire. »
Derrière Napoléon sont assis les différents patients, tandis que la Mort, regardant à travers un rideau, s'écrie : « Tuez ou guérissez. »
Napoléon a dans la main une de ses fameuses pilules dites boulet de canon , dont chacune représente une dose; plusieurs, répandues à terre, portent les noms de : Égypte, Lodi, les Alpes, la Suisse :
« Messieurs et Mesdames, observez les patients rangés derrière moi. A ma droite, un Prussien, qui était affligé de différentes maladies jusqu’à ce que je l’aie guéri en lui administrant quelques bolus plombés; à côté de lui, un Autrichien entièrement guéri par ma potion d’Austerlitz, ensuite un Espagnol, dont le cas est douteux, aussi je n’en parlerai pas. Laissez-moi attirer particulièrement votre attention sur le grand ours russe, qui fut une fois un vaillant animal, mais muet comme tous ceux de son espèce : apres avoir pris une simple dose de mes pilules de Friedland et une application de ma poudre de Tilsitt, il peut parler comme tout autre. »
Talleyrand, lui aussi en scène, s’écrie en s’adressant à l’Angleterre : « Ah! maître Bull, « êtes-vous au milieu de la foule? Vous et votre ami Suédois feriezbien mieux d’entrer dans « la baraque, et de prendre deux des pilules de mon maître. » — Mais John Bull décline l’invitation , en répondant suivant son habitude :
« Nous voulons d’abord, vous et votre maître, vous voir damnés tous les deux. »
Caricature anonyme, novembre 1808.
* Cette caricature vise l’entrevue de Napoléon et d’Alexandre à Erfurt, en présence des rois de Prusse, de Saxe, de Bavière, de Wurtemberg et de Westpbalie, des princes d’Anhalt-Cobourg, Saxe-Weimar, Darmstadt, Bade, Nassau et Mecklembourg.
219. — Les progrès de l’Empereur Napoléon. — Il est représenté par un paysan corse déguenillé; ensuite, étudiant le mal à l’Académie royale de Paris, — modeste
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
enseigne dansles troupes républicaines, — recherchant une place dans l’armée anglaise. — Ensuite général républicain, athée, ordonnant à ses hommes de tirer sur les Parisiens. — Plus tard : Turc au Caire, — fuyard d’Égypte, — catholique dévot, — et, finalement, » Empereur sur un trône d'iniquités » où se lisent les inscriptions suivantes : « Meurtrier, — duc d’Enghien, — Prisonniers de Jaffa, - — Palm, — Pichegru , — Cahon, — Toussaint, — Innombrables brigandages. »>
Caricature de Woodward et Roivlandson, 19 novembre 1808.
* Ce sont, comme on le voit, toujours les mêmes accusations, toujours les mêmes reproches.
220. — Le pont de Boney détruit (1 ) . — Un général âgé, le chapeau retroussé à la main, s’adresse à Napoléon : « Avec tout le respect que je dois à Votre petite Majesté, ce « sont les bateaux incendiaires autrichiens qui ont détruit le pont. » Napoléon se retourne avec fureur de son côté et, montrant le pont détruit, s’écrie : « Ah ! qui ose me contredire, « j’ai dit que c’étaient des bois flottants et la crue du fleuve qui avaient causé ce déplorable « accident. » L’armée autrichienne, sur la rive opposée, chante une paraphrase de la chanson: « Le pont de Londres est abattu. »
Caricature de Rowlandson, 12 juin 1809.
* Ansell a donné une autre version de ce même événement. On voit l’archiduc d’Autriche, la pioche en main, ayant détruit le pont et chantant, tandis que Napoléon, de l’autre côté, s’écrie : « Coquin, comment avez-vous osé abattre mon pont? si je pouvais traverser, « mon bras invincible vous ferait repentir de votre témérité. » Dans le lointain, un officier s’adresse à l’armée : « Invincible armée, retire-toi, le pont est abattu, et nous ne saurions pas « comment nous enfuir. »
221. — Le soleil levant ou une vue du Continent. — Le soleil levant « Espagne « et Portugal » donne de vives inquiétudes à Napoléon qui dit : « Le soleil levant m’a « mis sur des épines (2). » Il est occupé à balancer un berceau, dans lequel repose paisiblement l’Ours russe, muselé avec « les promesses de Boney ».
Derrière, la Suède brandissant son épée et criant : « Réveille-toi, paresseux, avant que « le coup fatal soit frappé , et que toi et ton exécrable allié vous disparaissiez dans un « éternel oubli. »
La Hollande est endormie profondément, appuyée contre Napoléon. La Pologne est figurée par une ombre, et le Danemark porte un énorme éteignoir sur la tète. La Turquie est étendue à terre, mais l'Autriche entre en jeu, disant : « Tyran, je te défie, toi et ton (c armée maudite. »
La Prusse est représentée par un fou, avec des pailles dans les cheveux, portant un habit très étroit et qui, regardant dans le vide, chante : « Fiddie diddle dee, fiddle, diddle, « dee. La souris s’est mariée avec l’humble abeille, et moi je suis empereur de la Lune. »
Caricature de G. Saulcr-Farnham, gravée par Rowlandson, août 1809.
222. — Bonaparte excommunié. — Le pape et ses légats ont passé chez l’Empereur, avec cierge et clochette pour produire plus d’effet. Le chef de l’Église est appuyé sur des béquilles françaises et sa triple couronne est brisée.
« Il a fendu ma couronne, renversé mes dignités temporelles, mais je suis si entravé « par ces béquilles que je ne puis pas le suivre comme je voudrais; cependant, mes chers « cardinaux, lisez-lui l’excommunication, cela le fera trembler sur son trône. »
Les cardinaux procèdent à ]a lecture de la bulle d’excommunication. L'Empereur, qui tient à la main un « Essai sur l’Église de Rome », parmi d’autres papiers de rebut, se retourne sans aucune émotion : « Miséricorde, je n’ai jamais rien entendu d’aussi terrible. Lorsque « vous aurez fini avec ce papier. Messieurs, je me ferai un plaisir de vous remercier. »
Caricature de Rowlandson, 3 septembre 1809.
(1) Allusion aux ponts jetés sur le Danube durant la campagne de 1809.
(2) Le Portugal, enlevé à la maison de Bragance, le 27 octobre 1807. par le traité de Fontainebleau, s'était soulevé contre roccupation française, dés le mois de juin 1808, et s’était ligué avec l’Espagne, soutenue, dans sa tentative, par l’Angleterre.
223. — LA PARTIE CHARNUE (l'Angleterre). LA PARTIE OSSEUSE (Napuléonj.
[Caricature îiar IV'. Ileaf, ■> avril 1810.]
* Ces estampes comparatives qui fournissent un nouveau chapitre pour l’histoire des gras et des maigres, obtenaient, s’il faut en croire le récit de voyageurs de l'époque, un succès considérable auprès du public anglais, persuadé que si Napoléon et tous les soldats de la Révolution apparaissaient aussi maigres et efflanqués, c’était parce que leur nourriture laissait à désirer, comme quantité tout au moins. Ici la chair; là les os; ici, la ménagère aux graisses débordantes; là, le Bonaparte de l’année d’Italie, car on sait que Napoléon avait pris du ventre et que les pommettes saillantes du jeune général étaient venues se fondre dans un visage parfaitement rond. Mais la masse était censée ne point connaître ce détail, et, du reste, peu importait, pourvu que la maigreur de l’ennemi de John Bull put s’étaler partout.
224. — Trois semaines après le mariage, ou le grand petit Empereur lançant des regards furtifs. — Cette caricature représente les relations conjugales supposées exister entre Napoléon et l’Impératrice. Celle-ci est dans uneviolente colère, et ayant renversé à terre Talleyrand, lui frappe la tète avec son sceptre ; lui, pendant ce temps, gémit : <c Gare, elle nous donnera à tous le coup final. Je ne me relèverai plus. »
Elle a arraché sa couronne et va la jeter sur l’Empereur, qui se retire furtivement derrière un fauteuil en criant : « Oh! Tally, Tally, lève-toi et viens à mon secours. »
Elle déclare fièrement : « Je jure, par la tète de Jupiter, que je le hais plus que la fa- <> mine ou la maladie. Que sa famille périsse; qu’une haine invétérée s’élève dès à pre- « sent entre nos familles, et que, à chaque rencontre, il y ait du sang versé. » Quelqu’un, probablement un des maréchaux, s’est retiré derrière un rideau pour plus de sûreté, et s’écrie : « Morbleu, quelle impériale commère! »
Caricature de Iiov:landson, J b mai 1810.
* Caricature publiée peu après le mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise. Cet événement, dont les résultats pouvaient être désastreux pour la politique anglaise, avait mis en émoi tous les burins londoniens. D’où une quantité d’estampes visant à ridiculiser, à traîner dans la boue le nouveau ménage Impérial.
CONGRATULATION a U FRANÇOIS
2i'i. — COMPLIMENTS A LA FRANÇAISE.
Les corps de l’État venant complimenter l’Empereur et l’Impératrice à propos de la venue prochaine du roi de Rome. Napoléon leur répond : « Mon brave et loyal peuple, voyez ce que j’ai fait pour vous. Et si ce n’avait etc Joséphine, la France aurait depuis longtemps un héritier du trône. » Sur l’adresse à l’Empereur on lit : « Votre Impériale et Royale Majesté a rempli nos cœurs de la plus vive émotion, ■ la France avu s’accomplir le vœu qu’elle formait; elle est heureuse de contempler la brillante étoile « de Napoléon éclairant le berceau qu’entourent les lauriers de la Gloire et les palmes de la Vertu.
« Combien de fois, Sire, n’avons-nous pas songé d’avance au plaisir de vantervos exploits dans le champ « de Vénus comme dans le champ de Mars. Notre vœu se réalise.... »
[Caricature anonyme , décembre 1810.]
* Tour la première fois Napoléon apparaît, ici, autrement qu’en Bonaparte général de la Révolution française. Le fait doit être noté, car il ne s’est pas souvent reproduit, les Anglais n’ayant jamais pu se faire à l’idée d’un Empereur et Roi, autre que le souverain de droit divin. Cette estampe a été conçue, du reste, avec la même pensée caricaturale que la précédente. Napoléon n’est plus féroce, il est béat, tandis que Joséphine étale sur le trône des charmes démesurément roturiers. Par l’attitude générale des personnages, par le soin qu’on a eu de chercher à ridiculiser, à rendre grotesque ceux qui en imposaient, si ce n’est d’eux-mèmes, du moins par les côtés extérieurs d’une Cour solennelle, on peut dire que cette composition serait digne de prendre place dans une Histoire tintamaresque de Touchatout. Après Joséphine et Bonaparte, Marie-Louise et Napoléon; le ménage impérial ne devait pas être mieux traité que le ménage consulaire.
I.’ arsenal satirique des caricaturistes anglais employait, on le sait, toutes les armes contre la France et Napoléon. Si ce dernier était un tyran, un « tigre altéré de sang », le peuple français était, sans cesse, représenté comme « un peuple d’esclaves baisant les pieds du Maître». Les monarchistes anglais, les sujets respectueux des souverains de l'Europe se faisaient ainsi un malin plaisir de reprocher aux bers républicains de 1 <92 leur asservissement et leur aplatissement devant un conquérant « sans foi, ni loi ». alors qu’ils avaient brisé, quelques années auparavant, les liens traditionnels qui les attachaient à la famille royaie de France. On cherchait, de la sorte, non seulement a rendre Napoléon odieux", mais encore à « ouvrir les yeux du peuple français », — ce sont les propres termes d’un pamphlet anglais, — sur son inconséquence et sur les suites de sa soumission aveugle aux volontés et aux moindres désirs de « l’ogre Corse ».
UI^IiyiFSRjSÆb ’MVWBEWSM ®T-]Dô^S&Tïï<ü]HlJŒ?ŒINtE&$ or tht^Fra./c? y ncd Oyramt
2-2(1. — 1E MEURTRIER UNIVERSEL DU BONHEUR DOMESTIQUE OU LE TYRAN FRATERNEL.
Voici ce que dit le messager de l'Empereur envoyé auprès de Lucien Bonaparte : « Votre serviteur, monsieur Lucien!!! Votre impérial Frère est résolu à vous faire grand et heureux: voici les conditions; » et. il lui présenté nue missive sur laquelle on lit : - Lucien, chassez votre femme et vos enfants; je vous ferai épouser une princesse, vous deviendrez roi de Rome. Accommodez-vous de cela, ou vous aurez à redouter la vengeance tic votre frère Napoléon. »
La femme de Lucien, qui s'appuie sur son épaule, s'éei ie : « Ali ! mou cher Lucien ! voici la lin de notre bonheur domestique. » — Du groupe des enfants s’échappent deux banderoles dont voici la traduction : *. Allons en Angleterre, père, car c’est le seul pays ou l’honneur et ia vertu trouvent dos partisans, » et « Ma sceur, est-ce un ami de mon oncle? »
* Lucien Bonaparte fut, on le sait, marié deux fois : 1" avec Christine Boyer dont il eut deux enfants; 2" avec Alexandrine Laurence de Bleschamp, veuve de l’agent de change Jouberfiion, dont il devait avoir neuf enfants. En 1810, date de la présente caricature, quatre étaient déjà nés; son premier mariage n’ayant pas été autorisé par Napoléou r r , la princesse Charlotte, premier enfant, fut exclue de la famille Impériale. Son second mariage déplut également à l’Empereur, qui lui avait fait offrir la couronne d’Espagne au prix d’un divorce.
[ Caricature attribuée soit ci Anscll, soit, à Williams , 18 décembre 181m]
* Cette caricature, faisant allusion aux propositions de l’Empereur, était donc destinée à montrer que Napoléon était « cruel et sans principes », à l’égard des siens comme avec les étrangers, ainsi que le déclaraient tous les jours, bien haut, les pamphlets et les gazettes de Londres, vantant, en même temps, l’honneur et la vertu britanniques.
Personnellement, Lucien Bonaparte, grâce à son caractère indépendant, fut peu en butte aux attaques des crayons anglais, mais cela ne devait pas empêcher le gouvernement britannique, en cette même année 1810, alors qu’il partait pour les États-Unis, do le capturer en mer, et de lui assigner, dans le Nouveau Monde, la résidence de Ludlow comme séjour. Du reste, les tiraillements domestiques, les luttes intestinesétaient un sujet particulièrement cher aux pamphlétaires et aux caricaturistes d'outre-Manche. Toutes les discussions, avec Louis, Joseph, Lucien, avec la mère et les sœurs de l’Empereur, donnèrent heu à des estampes particulièrement acerbes, quelquefois même parfaitement inconvenantes : malgré le hant national, il fallait ridiculiser, tuer le « tyran » sous toutes les formes, faire contre lui flèche de tout bois. Aux libelles, aux livres orduriers sur la Cour et les mœurs intimes du nouveau César, se joignait ainsi l’illustration de ses faits et gestes.
BGjYEV 7-JiE SECOND or. tue. LUTTLE. l.tâBOQN creatzb to jis'CQ'Jîl IKE3TCK J.ldlfKlilS .
*27. — BONEY H (LE ROI DE ROME) OU LE PETIT BABOUIN CRÉÉ POUR DÉVORER LES SINGES FRANÇAIS.
(Sur le berceau, on lit : « Le bien-aimé du Diable ». )
Explication des légendes. — A gauche : « Réjouissez-vous, ô Français, car j'ai donné le jour à une image de moi-même. Au nom de l’amour que je porte à mon pays, je transmettrai à mon noble rejeton les mêmes principes de mensonge, de tromperie, de meurtre et de pillage, ainsi que tous les autres actes de folie pour lesquels je suis, aujourd’hui, admiré et encensé. »
A droite : « Le hibou, de mauvais augure, pousse des cris perçants à ta naissance, la corneille de nuit prédit des temps de malheur, les chiens hurlent, d'effroyables tempêtes secouent les arbres; les pies babillardes crient en désaccord. »
A côté du lit sur lequel repose, convalescente, l’Impératrice Marie-Louise, la légende suivante: « Oh!
malheureuse que je suis! d’avoir vu ce que j’ai vu et ce que je vois! »
Napoléon est en train de sécher les langes de son enfant bien-aimé aux flammes d’un feu sur lequel cuit une marmite de sang français. Celui-ci est destine à être verse dans la saucière qui porte l’inscriplion : « Coupe amère «. Dans le fond, la chaise perccc du jeune Bonev.
iCaricature de Iiowlandson, 9 avril 1811.]
228. — Élevant le rejeton d’un tyran. — Marie-Louise tient sur ses genoux son fils, un horrible moutard, la figure mauvaise, la bouche prête à mordre qui la menace d’un poignard, tandis que l’autre main tient le globe impérial. De la bouche de l'Impératrice sortent les imprécations suivantes : « II n’y existe sûrement pas de position « plus horrible que la mienne. Jour et nuit, dorloter un pareil monstre! — cet enfant de « génie grogne même en mangeant! — voyez comme le sang afflue à son horrible visage; <( quelle méchanceté sur ce front! La colère et la vengeance brillent sur ses joues, por- « trait vivant de son père. Maintenant que je le regarde mieux, c’est l’image frappante de « son grand-père, le Diable! »
Napoléon, à moitié caché derrière un rideau, parait écouler ce discours avec plus ou moins de plaisir.
Caricature de Rowlandson, 14 avril 1811.
229. — Les députés du Corps législatif rendant hommage au roi de Rome, dans la nursery de Saint-Cloud. — Sa gouvernante, M mc de Montesquiou , le présente aux députés, qui s’agenouillent et l’embrassent, disant :
« Madame la gouvernante, ce n’est pas sans le plus vif intérêt que chacun de nous
« contemple cet auguste enfant, sur lequel reposent tant de destinées, et dont l’âge et « les qualités charmantes inspirent les plus tendres sentiments à la nation française et v aux peuples environnants. »
La dame répond : — « Messieurs, je yoüs remercie des éloges que vous m’adressez, je « vous remercie au nom du jeune Prince, dont les charmes sont infinis, et je regrette « qu'il ne puisse joindre son impression personnelle aux sentiments que j’exprime, en ce « moment, au Corps legislatif.» — Dans une autre partie de l’estampe on aperçoit le linge souillé de l’impérial rejeton qui a été lavé et pendu pour mieux sécher.
Caricature anonyme, 20 août 1811.
cmtonÿ th&BTiü& r s?i$ or {fàfyrwy g&ttinginto
230. — LE PREMIER GLORIEUX EXPLOIT DE L’INVINCIBLE FLOTTILLE DE BOULOGNE. — LE DIABLE AU MILIEU DES BATEAUX PLATS, OU BONEY ENTRANT DANS L’EAU CHAUDE-
Une prame, ayant sa carcasse et ses voiles criblées cl des cadavres à bord, occupe la droite de l’estampe. De la bouche de l’officier qui tient son chapeau à la main et qui commande le bâtiment s’échappent ces paroles : « Eh bien, mon Empereur, vous nous aviez dit que ces Jacks anglais étaient des hommes: mais, pardieu, nous trouvons que ce sont des diables ».
A la gauche, une chaloupe où sc trouve l’Empereur, le sabre à la main, accompagné d'un officier général (qui paraît cire le maréchal Ney) et d’un officier de marine qui lient le gouvernail. Ce dernier dit : « Très \ rai. monsieur Ney, ces diables de Jacks Bulls vendent l’eau chaude dans toutes les parties du monde. »
L'officier général placé entre l’Empereur et l'officier de marine parle ainsi : « Ma foi, prenez garde, Votre Majesté: va se trouver dans l’eau chaude jusqu’au menton. »
L’Empereur furieux crie au commandant de la prame ; « Coquin! comment, vous osez prendre la fuite lorsque vous êtes 27 contre »? je vais donner l’ordre aux batteries de vous coûter bas, tous, tant que vous êtes. *
Une tête ayant un collet blanc et un col noir (uniforme de la marine anglaise) traîne après elle une longue queue de comètes d’où partent des foudres au milieu desquels on lit : Souvenez-vous de Nelson.
Sur le deuxième plan, à droite, la frégate La Nayade abordant la prame et une autre prame fuyant toutes voiles déployées.
[ Caricature anonyme, 20 septembre 1811.]
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES