MÉDICATION BREVETÉE DE JOHN BULL
Napoléon. — Docteur, cet air ne peut pas convenir à ma constitution.
Le Docteur. — Ce n’est pas étonnant, Iionev; le remède de Wellington vous remettra bientôt sur pied.
* Napoléon a mal au cœur et rend ses couronnes (2). Sur sou lit les remèdes qui doivent le guérir : mixture Wellington, huile russe , emplâtre cosaque , pilules prussiennes.
iCaricalure anonyme, 28 août 1813.]
* John Bull, médecin, est une des nombreuses incarnations du personnage qui représente habituellementPAngleterre. Le D r John Bull a, sur certaines estampes, un cabinet très achalandé, c’est le grand praticien de l’Europe, et si Boney avait voulu suivre plus tôt ses conseils, il se serait évité bien des chutes et des rechutes.
d) Whitehall, palais où les Anglais accrochent les trophées et drapeaux pris sur l’ennemi.
(2) Allusion aux royaumes perdus par lui à la suite des campagnes d'Espagne, de Russie et d’Allemagne ; Wellington venait, à ce moment, de reprendre l’offensive en Espagne.
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257. — L’APOTBÊOSE ANTICIPÉE DE NAPOLÉON, OU LES SAVANTS DE LEIPZIG ENVOYANT BONEY AU CIEL AVANT QUE SON HEURE NE SOIT VENUE-
Au-dessous, l’explication suivante : . , .
« L'Université de Leipzig, a décrété que la constellation appelée « Ceinture d’Orion » porterait a I avenir le nom de Napoléon en riiunncur du héros; on demande si les sages de Leipzig ont eu l’intention de
1813] ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES. 1 37
l’honorer ou bien de faire une allusion à son esprit turbulent, la constellation d’Orion étant généralement accompagnée de tempêtes, raison pour laquelle Orioncst représenté une épée à la main. »
Orion tire à lui l’Empereur à l'aide de la ceinture qu’il lui a passée au cou. Napoléon proteste en disant :
« Qu’allez-vous faire? je vous dis que j’aime mieux rester là où j'étais. »
Le premier, personnage à droite, porte à la main un papier sur lequel est écrit : « Résolution des savants de Leipzig ». — Le deuxième pense : « Orion parait le recevoir mieux que je ne l’attendais. »
— Le troisième : « Ce fut une sublime idée. » — Le quatrième, observant avec une lunette : « Je crois que nous nous sommes immortalisés. * — Le cinquième lorgnant : » II monte d’une belle manière. >
— Quant au septième personnage, il est muet et se contente de faire la moue.
[ Caricature de Woodward , 15 septembre 1813.]
* Caricature dirigée contre les sympathies napoléoniennes des Allemands. Les promoteurs de cette proposition étaient les professeurs Hindenburg et ltùdiger. (Voir, à ce sujet, la très rare plaquette : Das Jahr 1807.)
258. — Tom Pouce et le géant, ou Marche forcée vers Francfort. Les rois sont ses sentinelles {vide le discours de Shèridan). — Une lettre de Stralsund relaie que Napoléon, en route pour Paris, envoya un courrier au roi de Wurtemberg, avec l’ordre de gagner Francfort-sur-le-Mein, où il irait le rejoindre : c’est ce que montre la caricature. Tom Pouce-Napoléon, à cheval, dit au roi de Wurtemberg d’aller l’attendre à Francfort, et le pauvre et énorme souverain, tout en sueur, s’écrie piteusement :
« Je vais aussi vite que possible. — Quelle besogne pour un homme de mon importance (c’est-à-dire de ma grosseur) ! « Est-ce pour me faire faire un pareil métier que vous avez mis une couronne sur ma tête? »
Caricature anonyme, octobre 1813.
259 . — . Divertissements cosaques, ou La chasse de Platoff, à cor et à, cri, après le gibier français. — A l’arrière-plan, on voit Leipzig et le fleuve l’Elster dans lequel plongent les Cosaques, courant après le renard corse. L'hetmann Platoff leur crie: « En avant, mes garçons, en avant, il est en vue. Le voilà, Tally ho! »
Sa fille (promise en mariage à celui qui lui apporterait la tète de Napoléon) est au milieu du courant, fouettant son cheval et criant : « Hi ! ho! Tally ho! — Pour un mari! » Une armée de grenouilles françaises essaie, en vain, d’arrêter les Cosaques, mais elle est mise en déroute et prend la fuite.
Caricature anonyme , 9 novembre 1813.
* L'hetmann Platoff s’était fait tout particulièrement remarquer par son acharnement. De nombreuses images popularisèrent ses traits et lui décernèrent les qualificatifs les plus enthousiastes. Il devint, pour les Anglais, un héros de la délivrance. Vers ce moment, du reste, les magasins d’estampes se remplirent de gravures grossièrement enluminées représentant des gros de cosaques, brisant et arrachant les étendards français, poursuivant, au pas de charge, les débris de la Grande Armée.
200. — Pourvoyeurs. Boney accommodé. Une bonne bouche pour l’Europe.
— Les souverains de l’Europe sont assis autour d’une table, au centre de laquelle se trouve Napoléon, sur un énorme plat, entouré de ses maréchaux, assis les mains attachées derrière le dos. Les différents monarques émettent, à tour de rôle, leur opinion sur le plat qui leur est servi. La Russie dit : « Je pense, frère d’Autriche, que ce plat sera recherché par « toute l’Europe. » — « Et je pense, frère de Russie, que l’on admirera la garniture. » « Laissez le Wurtemberg prendre place dans le plat! Et la Bavière, s’il, vous plaît! La Pologne dit: « C’est trop assaisonné pour mon goût, mais c’est français! » — Les Suisses affirment que Guillaume Tell n’inventa jamais meilleur plat, et ils espèrent venir en goûter. — L’Italie jure par le Dieu de l’Amour que c’est préférable aux macaronis.
Avec des larmes dans les yeux, un malheureux monarque se lamente : « J’espère qu’ils « n’accommoderont pas ainsi le pauvre roi de Saxe. »
La Prusse fait remarquer à l’Angleterre qu’il faudrait diminuer la quantité des condiments, avant de pouvoir le vanter comme un mets accompli.
« Qu’en dites-vous, maître d’hôtel? » Et le cuisinier, qui n’est autre que l’Angleterre, répond : « Je suis de l’avis de Votre Eminence, John Bull préfère la modération. »
Caricature anonyme, 10 novembre 1813.
261. — Le Geai dépouillé de ses plumes d’emprunt. — Des oiseaux de toutes sortes, des aigles principalement, dépouillant le pauvre geai. Napoléon.
L'aigle à deux tètes (Russie) le dépouille, avec un bec, de la Légion d’honneur, et, de
l’autre lui enlève sa couronne. L'Autriche, la Prusse, la Suède lui arrachent violemment ses plumes d'emprunt, tandis que l’Espagne, la Pologne et la Bohême voltigent à l’entour. A l’arrière-plan, un Cosaque embroche sur sa lance des fuyards français.
Caricature anonyme, 10 novembre 1813.
262. — La fête du taureau à Norwich, ou Gloire et gloutonnerie. — Le succès obtenu par les armées alliées sur Napoléon et ses troupes, ainsi que la succession des désastres français, donnèrent lieu à de nombreuses réjouissances dans tout le Royaume- Uni, pour célébrer la chute supposée de l'Empereur corse, l'ennemi traditionnel de l’Angleterre, comme le peuple avait été habitué à le considérer.
D’après la gravure, Nonvich fut le théâtre de réjouissauccs désordonnées : un jeune et énorme taureau est rôti sur la place du marché et débité dans toutes les rues, la foule en délire s’en arrache les morceaux; en même temps, un baril de bière et un fût de liqueur sont distribues gratuitement, de là tumulte général ; dans la soirée, illuminations et feux d’artifice.
L’effigie de Napoléon fut promenée dans les rues, puis on la pendit et on la brûla au milieu d’un feu de joie; sur des drapeaux, on pouvait lire : « Chute du Tyran, Paix et Abondance. »
Caricature de lioiclandson, 22 novembre 1813.
263. — Un long tirage, un fort tirage et tous réunis pour le tirage. — On
voit les vaisseaux alliés flottant librement sur l’Océan, le soleil de la tyrannie se couchant à l’horizon. Les alliés emploient toutes leurs forces pour faire sortir du Texel les vaisseaux que les Hollandais les aident à lancer.
Napoléon et son frère Joseph sont en arrière, le premier sautant avec frénésie et criant : « Oh! frère Joseph! je suis sur le gril. Ma passion me dévore. Des malheurs inattendus « tombent sur moi et déjouent tous mes artifices, je ne puis plus le supporter.
« Mes oreilles bourdonnent, mes yeux voient trouble, un tremblement nerveux agite « tous mes membres. »
Joseph, dont la couronne est tombée, dit : « Oh frère Nap., il ne nous restera pas à « chacun une demi-couronne. »
Caricature de Rowlandson, 23 novembre 1813.
264. — Exécution de deux célèbres ennemis de la vieille Angleterre et leurs dernières volontés. — Représentation d’un « Feu de joie » à Thorpe Hall, près de Louth (Lincolnshire), 3 nov. 1813, donnée par le Rév. W. G. à un garçon du séminaire de Louth, à l’occasion de la nouvelle de la défaite décisive de Nap. Bonaparte et de ses alliés, à 11 heures un quart; les cloches de Louth sonnèrent toute la nuit.
Guy Faux, habillé comme un ancien veilleur de nuit, est accroché à une potence, et Napoléon, dans son costume traditionnel, se balance, lui aussi, à une autre potence audessous de laquelle brûle un « feu de joie ».
Hommes, femmes et enfants se réjouissent tout à l’entour.
Dernier speech de Guy Faux : «Moi! Guy Faux, méditant la ruine de mon pays, par les « moyens diaboliques et clandestins de la conspiration des Poudres, je fus heureusement « découvert, et appelé à être puni par la Vieille Angleterre; ici, je déplore mon sort. »
Dernier speech de Napoléon Buonaparte : « Moi! Napoléon Buonaparle, traité d’invincible « par toute la nation française, j’ai cruellement, et comme un enfant, tenté de soumettre « le monde. J’ai perdu mes flottes, j’ai perdu les plus grandes et les plus belles armées « dont on eût jamais entendu parler et je suis devenu un sujet d’indignation pour le «monde entier, un sujet de moquerie et de raillerie pour les garçons. Si je il' avais pas « dédaigné la sagesse de l’honorable M. Pitt, j’aurais pu assurer une paix honorable, et « gouverner la plus grande des Nations; mais hélas! mon ambition m’a perdu, et les pro- « jets de Pitt ont achevé ma ruine. »
Caricature de Rowkmdson, dessinée le 3 nov. et publiée le 27 nov. 1813.
* Très souvent la caricature anglaise avait eu recours, à propos de Napoléon, à des comparaisons prises dans l’histoire de la Grande-Bretagne. On a pu voir, plus haut, deux estampes conçues dans cet esprit. La même tendance se reproduisit à propos des processions patriotiques et feux de joie dont les défaites de 1813 donnèrent partout le signal. Napoléon fut même souvent transformé en une sorte de Cromwell, d’un genre particulier.
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
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