LE CHEF DE LA GRANDE NATION DANS UNE TRISTE POSITION
Comme la précédente caricature de Cruikshank, Cour martiale assemblée pour juger un déserteur de la Grande Armée, cette gravure parut avec texte anglais et avec texte français, mais M. Joliü Asbton commet une erreur quand il dit, dans son volume : English Caricature on Napoléon the first , qu’elle a été copiée d'après une pièce française. L’original est bien de Cruikshank : ce qui est possible, c’est que l’édition française ait été publiée antérieurement. Du reste, elle existe en français, avec d’autreslégendes, et améme été vendue, en France, sous le titre de : l’Èteignoir des Alliés.
La baguette magique de Napoléon s’est, ainsi qu’on peut le voir, brisée, et il est au pouvoir de ses ennemis. Celui qui dirige sur lui une énorme cspingolc est Wellington. L’Autriche, la Prusse, la Russie visent la tète, chacune avec un pistolet. L’Espagne, à cheval sur un canon, se prépare à lui lancer toutes ses oranges.
iCaricalure de George Cruikshank, décembre 1813.]
270. — Gasconnade. — L'Empereur déserteur dupant le Sénat. — Napoléon couronné et en grande tenue (en français dans l’original), devant le Sénat, montre les trophées rapportés par ses soldats et s’exprime en ces termes :
« Sénateurs, les glorieux succès de nos armes m’ont forcé de quitter le champ d’hon- « neur, pour avoir la satisfaction de venir vous présenter les glorieux trophées de nos « victoires. — Sénateurs, vos ennemis envieux seront anéantis dans la poussière, c’est « la volonté de votre Empereur. — Cette confédération arrogante sera punie de sa témé- « rité, et nos braves soldats reposeront en paix. Sénateurs, pour atteindre ce but, je de- « mande la petite somme de 250 millions, que l’état prospère de nos finances pourra me « fournir aisément, et, pour combler les vides de mon armée, 500.000 hommes pris sur « les conscriptions de quatre années à venir. Français, voilà ce que réclame votre Em- <c pereur, et la gloire de la Grande Nation. »
Le diable, jetant un coup d’œil derrière le trône, approuve ce que vient de dire le monarque. . .
« Tout cela est juste, mon garçon. Dupez-les encore d’une nouvelle conscription qui me reviendra, jusqu’à ce que ce soit votre propre tour. »
Un sénateur répond à Napoléon, au nom de l’auguste assemblée : « Grand Empereur k de la Grande Nation, le Sénat met à votre service les vies et les biens du peuple. »
CARICATURES ANGL VISES
— Mais cette opinion ne semble pas être partagée par tous les sénateurs, car l’un d’eux murmure: « C’est un peu trop, cela! » Et un autre demande timidement : •< Qu’a-t-il fait « de la dernière armée, pour avoir, à nouveau, besoin d'autant d’hommes? »
Quelqu’un répond : a Ils ont été voir ce que font leurs amis, les Russes. » — En autre, doutant de l’authenticité des trophées, s’écrie : « Quoi! ces trophées appartiennent aux « alliés! c’est drôte, cela! » (En français dans l’original.)
Caricature anonyme , l" décembre 1813.
271. — Le pont de Bonaparte, sur l’air de « Voici la maison que Jack bâtit ». — Dessiné, dit l’estampe, par la nourrice du roi de Home, en huit parties.
Voici le pont que l’on fit sauter en l’air.
Voici les mineurs chargés de miner le pont que l’on devait faire sauter.
Voici le caporal, robuste et intrépide, qui mit le feu à la mine, avec une mèche si longue faite par les mineurs, etc...
Voici le colonel d’infanterie qui commanda au caporal, robuste et intrépide, de mettre le feu à lamine, etc...
Voici le maréchal, qui chuchota au colonel d’infanterie de commander au caporal, etc...
Voici l'Empereur qui décampa et qui laissa le maréchal chuchoter au colonel, etc...
Voici des milliers de gens qui maudissent le jour qui fit Empereur celui qui décampa.
Voici les monarques, généreux et braves, qui renversèrent le Tyran et donnèrent la liberté à des milliers et des milliers d’hommes qui maudissaient le jour, etc...
Caricature anonyme, 1 e1 ' décembre 1813.
272. — Toutes ses possessions sont perdues. Atlas furieux, ou La punition d’une ambition sans égale. — Atlas est à genoux, se préparant à laisser tomber le monde sur Napoléon. Ce dernier, touchant les parties de la terre qui sont en sa possession, se vante ainsi : « La France est à moi ! La Hollande est à moi ! L’ftalie est à moi ! L’Espagne « et la Pologne sont à moi! La Russie, la Prusse, la Turquie, le monde entier m’appar- « tiendra!!! » Atlas, le toisant d’un regard terrible, lui répond : « Quand les amis de la « Liberté et de la Paix seront parvenus à vous empêcher de secouer le monde sur mes « épaules, alors je le porterai. Jusqu’à ce moment, maître Boney, vous pouvez le porter « vous-même. » La Russie et la Prusse s’enfuient épouvantées. L’une dit : « C’est juste, il est « tombé sur votre tète, votre serviteur; nous ne nous arrêtons pas, pour ne pas être « écrasées avec vous. »
Caricature anonyme, 1 er décembre 1813.
273. — Le Corse « fumé ». — Toutes les tètes couronnées d’Europe fument la pipe avec acharnement et se réunissent pour empoisonner Napoléon de toutes leurs fumées réunies. « Le petit Corse », sur un tonneau de « vrai genièvre de Hollande », se trémousse avec colère et leur crie : « Vils traîtres et déserteurs, onze cent mille bourgeois de Paris « feront rôtir chacun de vous, dès qu’ils pourront vous prendre. »
Dans son irritation, il a brisé le couvercle du tonneau et va, avant peu, disparaître dedans. « La mouche qui déguste à petits traits se trouve souvent prise au piège. »
Caricature de Rou landson, 6 décembre 1813.
274. — Le faux phénix!!! ou Vaine tentative pour ressusciter. — Napoléon est dans une fournaise alimentée par la Russie et la Hollande. Malgré les efforts des chauffeurs, on aperçoit toujours la figure de l’Empereur, très petite, mais intacte. Sa couronne est en flammes; le globe et le sceptre lui sont arrachés par des esprits diaboliques.
Des serpents sortent de l’ouverture du four; des diables, des dragons et toutes sortes de monstres voltigent dans la fumée, faisant des démonstrations hostiles au conquérant qui va tomber.
Caricature de Rowlandson, 10 décembre 1813.
273. — Amis et ennemis. Il monte. Le Münchhausen Corse à Saint-Cloud. —
L’Empereur est abandonné sans protection aux mains de ses ennemis qui le font sauter en l’air. Souffrant encore plus que Sancho Pansa, dans la même situation, il a été dépouillé de sa couronne, de son sceptre et de son épée.
« O Miséricorde! » s’écrie-t-il, en s’envolant, secoué vers les nuages.
John Bull, qui a mis bas chapeau et perruque, le Hollandais, l’Espagnol, opèrent des merveilles, de leur côté, en secouant la couverture ; ensuite viennent le Cosaque, le Pape,
ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES
le Polonais, le prince Impérial d’Autriche, les Empereurs de Russie et d’Autriche, les rois de Prusse, de Hanovre et de Wurtemberg qui prêtent tous la main dès l’instant qu’il s’agit de tourmenter le Corse.
Caricature de R ovjlandson, 12 décembre 1813.
276. — Saignée d’eau bouillante, ou Les docteurs alliés ramenant Boneyà la vie. — La tète rasée, et enserdré ans une jaquette étroite d’allié, dont une manche est tenue par la Russie et l’autre par ia Pologne, Napoléon est assis sur la chaise du « repentir », dans un baquet d’eau chaude, « merde troubles », chauffée par les flammes de Moscou.
H est entouré de tous les souverains de l’Europe, comme docteurs, chacun prescrivant un remède.
La Russie dit qu’une application constante du knout opérerait des miracles.
John Bull lui donne un terrible bolus« Invasion de la France », disant en môme temps :
« Travaillez, mes maîtres, je vous paierai vos honoraires. Ah! ah! tempêtez et emportez- « vous, maître Boney, mais le diable (Bone) vous désossera à la fin. » La Hollande essaie de voir quel sera l’effet des « gouttes hollandaises » en faisant sortir d’un énorme canon une légion de Hollandais en armes qui se précipitent sur sa tête rasée.
La Pologne le saigne à l’aide d’une lance, et la Prusse reçoit le sang dans un « bol de la couronne », se félicitant elle-même du résultat : « Je crois que les rasoirs de ma cou - (c ronne ont rasé de très près sa couronne. »
Quant à l’Espagne, elle applique sur son dos un vésicatoire de mouches espagnoles (cantharides).
Le pauvre Boney, qui a une jambe dans l’eau bouillante et qui a résisté à ce traitement aussi longtemps que possible, finit par s’écrier: « Tous vos remèdes vont me rendre « enragé. Maudites soient vos gouttes hollandaises, votre vésicatoire de Leipzig et vos « mouches espagnoles; voilà à quoi ils m’ont réduit. Maudites vos lances cosaques qui « ont extrait le sang de mes veines, et m’ont rendu vulnérable. Oh! comme je suis tombé,
« mais je veux lutter, je veux encore être grand ! Des myriades de Français soutiendront « la gloire de mon nom, la grandeur de mon trône, et graveront ma disgrâce dans le «. cœur de ces misérables créatures de l’or anglais. »
Caricature de George Cruikshank , 12 décembre 1813.
277. — Chimistes politiques etretortes (cornues) germaniques, ouDissolution de la Confédération du Rhin. — John Bull fournit le charbon destiné à alimenter un poêle allemand et le Hollandais souffle le feu avec une paire de soufflets. — Tous les souverains de l’Europe sont autour, se réjouissant de la défaite de Napoléon.
C'est en vain que l’Empereur leur dit : « Épargnez-moi jusqu’à ce que le roi de Rome « soit mur pour les malheurs à venir »; on va le mettre dans un récipient. — Bernadotte verse dedans une bouteille de sulfate de fer suédois et le Pape arrive , précipitamment, avec de la poudre fulminante et une fiole de courroux.
Les produits de cette distillation impériale sont : l’ambition, la folie, le mensonge, l’incendie, le meurtre, le pillage, etc. Un Espagnol pile le tout dans un mortier sur lequel est écrit « Saragosse ».
Caricature de Roiohtndson, 14 décembre 1813.
278. — Vente àl’enchère supposée, ou Boney vendant des marchandises volées. — On annonce que les treize cantons suisses vont être vendus prochainement, et que, parmi les objets à vendre, il y a la tiare papale, plusieurs couronnes, un lot d’aigles inutiles, le royaume de Bavière, 20 drapeaux appartenant à l’Empire, les royaumes de Prusse, de Saxe, de Westphalie, et les Provinces- Unies. — Dans l’assistance on remarque quelques officiers français et les tètes couronnées de l’Europe.
La couronne d’Espagne est à vendre, et est mise en évidence. L’Espagne s’écrie ironiquement: « Cela, une couronne? Cela ne vaut pas la moitié d’une couronne. »
Napoléon, ne voyant aucune chance de trouver acquéreur, dit alors :
« Comment! point d’acheteur pour la couronne d’Espagne. Prenez les autres , et faites « du tout un seul lot. »
Marie-Louise porte dans ses bras le roi de Rome qui ressemble à un petit singe et qui s’écrie : « Je suppose que petit père nous mettra aussi dausla vente. »
Caricature de Rowlandson , 23 décembre 1813.
279. — Napoléon le Grand. — Inventée par Dubois; Alex. Tardieu effigiem del. Déposé à la Biblioth. Impériale.
■ ti NAPOLÉON EN IMAGES.
Caricature de la gravure française représentant l’apothéose de Napoléon.
\«itre brillant, immense, il éclaire, il féconde Et seul fait, a son gré, tous les destins du monde.
La tète de Napoléon apparaît au centre de la constellation « Étoile polaire » piquée comme celle d’un traître, au bout d'une perche entourée de serpents entrelacés et sifflants.
An-dessus l’image du Satan, portant une couronne de « damnation ». . .
La perche est posée sur le globe, à chaque coin un aigle; au-dessus, les insignes impériaux niaues, haches, étendards « fabriqués pour l'Impératrice ».
L’éclatV la constellation Napoléon est appelé à subir une éclipsé par 1 apparition soudaine d’une comète hollandaise : - un philosophe hollandais, asi sis a soUUtire
baril de skiedam, en verse ignominieusement le contenu sur la tete de letoile sohtane du firmament. - Les rayons d’or avec lesquels l’astre éclairé 1 univers P r «“ n ®"î source dans l’habituelle série des assassinats reproches au souverain et a __ <- on « 1 “ s , “P ' d ® la -ravure est : « Pour tous ces exploits, je vais cire envoyé, la tete la première, au diable. >
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