LE GÉNIE DE LA FRANCE EXPOSANT SES LOIS AU PEUPLE SUBLIME
Sur le papier que déploie le singe, personniüeation pour les Anglais du peuple français, on lit :
« Code des lois françaises. »
« Vous serez orgueilleux, inconstants et sots.
« Vous tuerez votre roi, un jour, pour couronner le lendemain un de ses parents. — Vous en serez fatigués, au bout de quelques semaines, et vous ferez revenir un tyran qui fera saigner l’humanité par tous ses pores; parce que ce sera vraiment nouveau. — Kn dernier lieu, vous abolirez toute société vertueuse et vous adorerez le Diable.
« Quant à l’Europe et à cette malpropre petite nation, l'Angleterre, qu’elles soient damnées! La France, la Grande Nation, avant le monde entier. »
* Dans le fond, un moulin tournant à tous vents, qui représente les Français criant, dans leur amour du changement, jusqu’à : ■ Vive le Diable *.
[Caricature de George Cruikshank , V avril 181 *i.]
33G. — L’enfer se déchaîne, ou Les John Bulls devenus des ânes. — A la nouvelle du débarquement de Napoléon, Louis XVIII et tous les Anglais résidant à Paris prennent la fuite précipitamment. — L’un dit : « Comme l’on rira de nous, à la maison, avec notre « passion de dépenser notre argent, en pays étranger! » Un autre se lamente : « Oh! mon « cher, j’ai laissé toutes mes valeurs à Paris. Je voudrais bien n’avoir jamais apporté ma ■< fortune en France. »
Le goutteux Louis XVIII est conduit dans un petit chariot.
Trois hommes sont montes sur une vache; de tous côtés on réquisitionne les quadrupèdes et les véhicules pour aller au-devant du grand Empereur.
Napoléon, à la tète de son armée, dit : « Ah! ah! je prendrai enfin quelques John Bulls; « je leur ferai dépenser leur argent et passer leur temps en France. »
Caricature de George Cruikshank , 20 mars 1813.
337. — Le Congrès dissous avant que le gâteau ne soit coupé. — Les souverains sont assis autour d’un énorme gâteau personnifiant l’Europe, qu’ils allaientcouper et se partager, lorsqu’ils sont terrifiés par la soudaine apparition de Napoléon, qui, l’épée en main, fait irruption au milieu d’eux, piétinant les décisions du Congrès, le compte rendu de la délivrance de l’Europe et le plan tracé pour sa sécurité.
Le Hollandais tombe de sa chaise et répand le contenu de sa bouteille de genièvre, en s’écriant : « Oh ! tonnerre et éclair; ma Hollande est toute partie. » — La Russie se lève en sursaut, disant : « Qui diable vous attendait ici? cela tombe mal à propos! »
La Prusse rappelle à l’Angleterre qu’elle avait promis de le garder. — L’Autriche, terrifiée, appelle quelqu’un pour le prendre. — Le pape se lamente : « Oh! qu’adviendra-t-il « de moi? » — Bernadotte s’écrie avec violence : « Saisissez-le, tuez-le! » Mais la Pologne, les bras croisés, objecte : « Qui va commencer? voilà la difficulté! »
Seul, Wellington se précipite au-devant de lui, en tirant son épée.
Caricature de. George Cruikshank , 6 avril 1813.
338. — Vive le Roi, vive l’Empereur, vive le Diable! (en français, dansl’original). Fidélité française. Intégrité française. — Un soldat français, lé* mousquet en main, une tabatière dans l'autre, ayant à son chapeau trois nœuds de rubans aux couleurs différentes : un rouge, vive le Diable, — ■ un blanc, Vive le Roi , — un tricolore, Vive l'Empereur.
Un moulin à vent symbolise la stabilité française, tandis qu’un singe et un chat, s’embrassant, représentent Tunion entre la garde nationale et les troupes de ligne.
Caricature attribuée à Rowlandson, avril 1813.
* Les étrangers et les Anglais, tout spécialement, devaient mettre à profit l’instabilité des institutions et des convictions françaises, en ces jours néfastes, pour jeter tout le ridicule possible sur Ja « Grande Nation ». Nombre de caricatures londoniennes se plurent, alors, aux comparaisons avec les moulins à vent, avec la girouette, et l’on est en droit de se demander si la plupart des estampes françaises, publiées à Paris dans cet esprit, n’étaientpas, plus ou moins, inspirées par les graveurs de l’étranger. Certes, l 'Ordre de la Girouette , le Dictionnaire des Girouettes , Y Almanach des Girouettes sont œuvres essentiellement françaises, mais soit qu’ils aient inauguré, soit qu’ils aient copié ccs estampes et ces pamphlets, les Anglais montrèrent une acrimonie toute particulière. Bans leurs pièces gravées on sent, avant tout, le plaisir de dire du mal et le désir de perdre la France dans l’opinion publique : je n’en veux pour preuve que les légendes memes de cette caricature : « Vive le Diable! Fidélité française. Intégrité française! » — Le sarcasme et la satire sont suffisamment accentués, pour qu'il soit inutile' d’insister.
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