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LA FUITE DE BONAPARTE DE LA BAIE DE L’ENFER

Le Diable sur son trône , dans ses domaines, entouré de ses serviteurs, s'amusant à lançer des bulles de savon. Sur l’une d’elles, il a placé Napoléon qui monte ainsi dans les airs, fa\ crise par le vent que lui insufllent des serpents ailés.

*A observer, lait peut-être unique, que cette légcude ne porte pas « Buonaparte ».

[Caricatura de Rowlandson, 7 a\ril 181'».]

340. — LES LIMIERS DE L’ENFER SE RALLIANT AUTOUR DE L’IDOLE DE LA FRANCE.

Au-dessus de la tête de Napoléon les diables lui apportant une couronne enflammée. La légende porte : ,< H mérite une couronne de résine. » Lucifer monté sur un bouc sonne lui-même de la trompe. Dans le fond, des soldats anglais avec la légende quelque peu singulière : « Bonté anglaise, » si l’on n’avait déjà eu occasion de voir, à mainte reprise, combien facilement les gens d'outre-.Manciic s’accordaient toutes les vertus.

« Les satyres qui dansent autour de Napoléon une ronde effrénée portent les noms des généraux français : Savary, Vandamme, bavoust, Caulaincourt, Ncy, Lefebvre. Ou y voit également figurer Fouché, et celui-ci s’en plaignit. A force d’intrigue, quoique le gouvernement de Louis XVIII n’eûl pas encore à ce moment accepté ses services, il parvint, il faut le croire, à obtenir que son nom fût gratté, car l’on rencontre des épreuves sur lesquelles ne se lit point : « Fouché. »

[Caricature de Ilowlandson , S avril 1815.]

* Plusieurs caricatures de l’époque traiteront ainsi les généraux de la Grande Armée, en termes tout à fait irrévérencieux. «Suppôts de l'enfer, bandits, tigres altérés de sang, » seront presque des qualificatifs aimables. Pour cette campagne suprême, John Bull s’était saigné à blanc et l’estampe n’avait cessé d’enregistrer ses sacrifices (voir à ce propos, plus loin, le n° 34ü); les injures qu’il adressait aux lieutenants de Napoléon, auteurs de ses maux, lui apparaissaient comme un soulagement.

Celte caricature sera ànouveau publiéeaprès les Cenl-Jours, avec quelques changements, et avec légendes françaises. Si l’on en croit les papiers secrets d’un contemporain, elle devait être suivie de plusieurs autres conçues dans le même esprit, cette publication, faite avec l’appui ou, tout au moins, avec l’agrément de Louis XVIII, étant destinée à perdre à jamais Napoléon, dont on redoutait encore, sans qu’on osât toutefois l'avouer, l’influence prestigieuse sur les populations françaises. Plus l’on avancera, plus l’idée de cadavre s’attachera à Napoléon. Rowlandson l’avait représenté assis sur des pyramides d’os et de crânes; dès lors, on fera son portrait avec des accumulations de cadavres; la colonne Vendôme elle-même sera dessinée en cadavres. Ailleurs, ce sera le Tigre revêtu de la couronne impériale déchirant un enfant avec ses griffes, ou encore, un monument commémoratif élevé en son honneur, ayant pour base des personnages accroupis, pour socle des crânes, avec cette légende significative : Regard dans le passé et vers V avenir, au commencement de 1814. Des cartes d’Europe seront dessinées avec des squelettes et, dans un monceau de cadavres, il faudra s’amuser à « chercher Napoléon ».

ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES

341. — SCÈNE D’UNE NOUVELLE PANTOMIME DESTINÉE A ÊTRE REPRÉSENTÉE AU THÉÂTRE ROYAL DE PARIS (avec nouvelle musique, nouvelles danses, nouveaux décors, costumes et machinerie inédits).

« Les principaux rôles seront tenus par plusieurs des grands potentats de l’Europe : Arlequin par M. Napoléon, Clown par le roi de Wurtemberg, Pantalon, l’empereur d’Autriche. Pour terminer, une chanson comique, dite par le Pape, et un grand chœur entonné par toutes les télés couronnées. > — Vivant Rc..c et Regina.

* Napoléon, en Arlequin, un poignard dans chaque main, saute dans l’inconnu en passant au travers du portrait du très goutteux « Louis le Bien-Aimé ». Il est poursuivi par toutes les puissances de l’Europe. Clown décharge sur lui deux pistolets, mais sans succès, et il bouscule l'Espagne, qui vient de tirer son épée.

La Russie cherche à l’enfourcher avec sa lance de cosaque.

La Hollande et la Prusse font feu sur lui, taudis que quelqu’un décroche du mur le portrait de l'Impératrice Marie-Louise déguisée en Colombinc.

[Caricature attribuée à Rowlandson, 12 avril 181‘>.]

* La légende Vivant Rex et Regina qui s’applique, — point n’est besoin de le dire, — au roi et à la reine d’Angleterre, montre bien dans quel esprit patriotique la plupart de ces estampes étaient gravées.

Arlequin , Clown et Pantalon, ont joué un grand rôle, comme on a pu le voir, dans les caricatures anglaises de la période impériale. Un écrivain contemporain explique la raison de l’emploi constant de ces personnages classiques du théâtre, en disant : « Il y avait de la comédie, et même plus, dans les événements dont la France était alors le théâtre. » D’où la quantité de phamphlels, de pièces comiques, de pantomimes écrites ou dessinées, que l’on vit apparaître.

Jamais ces pièces ne furent aussi nombreuses qu’après le retour de l’île d’Elbe : les événements du jour prêtèrent à de multiples parodies, dans tous les pays et dans toutes les langues. La Grande farce , Les grands sauteurs. Le premier èquüibriste du monde, M. Volcan et le Tonneau, Arlequin Empereur et Polichinel Roi , Le Sauteur des iles (allusion à la Corse et à l’île d’Elbe) plus agile que Grimaldi (1), sont des titres signilicatifs qui caractérisent bien l’esprit delà littérature satirique contemporaine.

(1) Une caricature de Cruiskhauk datée de 1813 (voir plus haut, page 128) avait déjà, consigné le nom de ce clown. A partir de 1813 nombre de journaux et de pamphlets créeront pour Napoléon l’appcüa. tion Grimaldi-Boncy.

CARICATURES ANGLAISES

3 ta. — LE CORSE ET SES LIMIERS REGARDANT PARIS DEPUIS LE BALCON DES TUILERIES.

* Le diable étreint Ney et Napoléon, tandis que la Mort m cm ire, avec un air sardonique, les rues de Paris où l’on aperçoit la foule habituelle aux jours d’emeute. promenant des têtes sur des piques. Sur le balcon on lit : * Encore plus d’horreurs, de morts et de ruines. »

[Caricature de Rowlandso n, (i avril 1815. ]

34.1. — Le phénix de l’île d’Elbe ressuscité par trahison. — Line magicienne, dont les mains sont tachées de sang, préside à la résurrection. « Éveillez-vous, esprit « qui n’avez jamais de repos, douce àme avide de sang! Rejeton de la trahison, venez! » Obéissant à ses exorcismes, Je phénix (Napoléon) sort d’une chaudière en s’écriant : Veni, Vidi, Viri Autour dansent les maréchaux, en chantant: « Ah! ah! nous allons recommencer notre œuvre sanglante ». Dans les cieux un génie tenant d’une main un sceptre et une couronne, et de l’autre une guillotine, crie au souverain : « Lève-toi, lèvetoi, enfant favori du destin; la mort ou un nouveau diadème seront ta récompense! »

Caricature de George Crutkshank, 1 er mai 1815.

344. — Les candidats à, la couronne, ou Une modeste requête poliment refusée. — Louis XV1IT, Napoléon et le roi de Rome sont assis à table. Le premier dit avec l’espoir d’un arrangement : « Sire, lorsque vous en aurez fini avec l’Empire, je « vous serai reconnaissant de me le laisser. » Napoléon répond : « Je regrette, Sire, mais « il est promis à ce jeune homme. » Le roi de Rome tient une carte déchirée, qu’il essaye de raccommoder, disant : « Je crois que je serai capable de les réunir. » (Allusion aux partis en présence, et particulièrement aux impérialistes et aux républicains.)

Caricature de S. T, Taxe, mai 1815.

* Une adaptation française de cette estampe parut sous le litre de : La lecture des Journaux, Louis XVIII debout, s’adressant à Napoléon en train de lire 1 e Journal de l’Empire lui dit : « L’Empire après vous, s’il vous plaît? » Celui-ci lui répond en montrant le roi de Rome : « Je ne puis, cet enfant l’a retenu après moi. »

343. — Préparatifs de guerre. — Au centre, un bûcher, avec la pancarte : >< Sacrifiés à la cause des Bourbons et consacrés à la ruine de la tyrannie illégitime. » Au haut un taureau, paré pour le sacrifice, et entouré d’un drap sur lequel on lit : « Taxe personnelle, impôt des biens-fonds, impôts sur les fenêtres, chiens, maisons, serviteurs, voitures, chevaux, poudre à cheveux, revenus, armoiries, etc. » Le pauvre John Bull dit : « Hélas! ai-je pendant si longtemps versé mon sang, pour que vous me preniez la vie? »

Napoléon conduit par le diable faisant une enjambée prodigieuse depuis l’ile d'Elbe pour atteindre, à nouveau, au trône et au pouvoir souverain.

[Caricature anonyme , 1(» avril 1815.]

Un représentant de la chambre des Communes l’assure qu’il vaut mieux mourir que d’assister au triomphe de la cause que l’on hait : « Prenons les armes, commençons « une guerre acharnée; pas de grâce pour l’Usurpateur. Si votre destinée est de mourir « sur l’autel, Johnny, touteeque jedemande, c’est de dire votre oraison funèbre. »

Un représentant de la chambre des Lords va lui donner le coup de grâce avec une hache d'armes sur laquelle on lit : <c Nouveaux impôts de guerre, » tout en lui disant : « Ne « murmurez pas, Johnny, votre sacrifice est digne de la cause que vous défendez. »

A gauche , le prince régent, appuyé négligemment sur le trône, et peu disposé à voir les choses en noir : « Quoi! ori dirait la guerre! Ordonnez une brillante fête, envoyez une « myriade de cuisiniers et de marmitons; parlez-moi de maîtresses lascives et de folles « orgies! » À l’arrière-plan, entourés de soldats, Wellington et Blücher aiguisant leurs épées.

Le pauvre goutteux Louis, couvert de son armure, est monté sur Talîeyrand en guise de coursier. 11 est escorté d’une armée de deux hommes, armés de bouteilles d’eau médicinale , et son artillerie est composée de rouleaux de flanelle.

A l’extrême droite, Napoléon donnant des ordres « pour déchaîner les chiens de la guerre». Un de ses maréchaux lui répond avec enthousiasme : «Voici une meute glorieuse, « prête pour le carnage, qui déjà flaire le sang humain.

Caricature de George Cruikskank , 1 er juin 1815.

347. — Compliments de singes : plus de coups de pied que de pudding.

— Farce représentée avec éclat au Théâtre National, dans les Pays-Bas.

— Napoléon, les mains liées derrière le dos, recevant les « compliments de singes » de tous les potentats et souverains de l'Europe : Wellington, Blücher, l’Autriche, la Prusse, la Hollande, la Russie, la Suède, et même le goutteux Louis XVIII.

Caricature anonyme, juin ISio.

348. — UNE ÉRUPTION DU MONT VÉSUVE, OU LES CONSÉQUENCES PROBABLES DE L’ORAGE QUI APPROCHE-

Au-dessus, des vers dont voici la traduction :

« Le ciel devient sombre, l’air chargé de nuages annonce un terrible choc; le pillage triomphe et le Désespoir, du haut de son aride rocher, fait entendre un rire sauvage. Mais bientôt la paix, sortant des ténèbres, sourira à notre île glorieuse et arrachera la France à un joug odieux. »

[ Caricature de George Cruikshank. 17 juin 181 s.]

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