‹ Napoléon en imagesChapitre 7 sur 59 · I.ES CARICATURES · texte numérisé non relu

I.ES CARICATURES

notre hôtel, nous aperçûmes une grande foule, devant une boutique, dans le Strand. La réunion était bruyante, l'agitation des bras indiquait même l’exercice des boxeurs. Nous apprîmes bientôt qu’une caricature nouvelle causait tout le tumulte. Quel triomphe pour l’artiste 1 Comme on prête beaucoup de finesse et d'esprit mordant aux caricatures anglaises, nous devînmes curieux à notre tour, etc... » J’ajoute qu’il s'agissait de la caricature représentant Napoléon en renard cherchant à se soustraire à une meute de chiens, — les généraux des armées alliées, — lancés à sa poursuite. Ainsi tout le Londres grouillant et inquiet, badauds et bons bourgeois, allait voir les caricatures du jour comme si c’était là le véritable bulletin des opérations militaires. On se renseignait d’après un Gillray, d’après un Cruikshank, d’après un Rowlandson.

Peu importent, après cela, les discussions plus ou moins puériles sur la somme de talent, considérable ou moindre, que présentaient les estampes de ces artistes. Assurément Gillray est maître avec sa pointe au trait si sûr, si net, avec son esprit aristophanesque, avec ses qualités de dessin et de composition, dignes souvent d’un peintre d’histoire, là où Rowlandson, ce grand évocateur du Rire bruyant, ce grand metteur en scène des mœurs intimes, est quelquefois inférieur; ce qu’il faut retenir, c'est la portée considérable de l’œuvre prise dans son ensemble, c’est l’influence qu’elle exerça sur tout un peuple. Napoléon mort, tous ces artistes durent éprouver ce que George Cruikshank, l’auteur des illustrations du Life of Napoléon (F, écrivait dans une sorte de nécrologie consacrée à l’Empereur : « Je l’ai suivi à travers la neige et le feu, par des inondations et à travers toutes sortes de calamités, en l’insultant, en le dégradant partout et toujours, et en le vouant à des morts des plus humiliantes. Et pendant ce temps, il arrivait aux Pyramides, il traversait les Alpes et il jetait par lerre une quantité de couronnes de souverains d’Europe : ma gratitude pour cet agitateur est profonde, très profonde même (2). » Faut-il ajouter que ce sentiment si naturel de reconnaissance, du caricaturiste envers le caricaturé, est absolument vrai et s’est, de tout temps, manifesté. De nos jours, le Berlinois Wilhelm Scholz, dessinateur du Kladderadatsch, ne cachera point son dépit de la mort de Napoléon III et de la retraite de Bismarck, les deux personnages qui avaient fourni à son crayon les satires les plus mordantes.

Une question se pose ici : ces caricatures d’une violence extrême purent-elles toujours paraître librement, furent-elles toujours uniquement l’œuvre des artistes anglais? Je réponds.

A plusieurs reprises, je veux dire durant les périodes de calme, le gouvernement impérial intervint, envoya notes sur notes, somma même le cabinet de Saint-James d'avoir à mettre un frein à ce Ilot de caricatures et de pamphlets « au nom de l'amitié qui existait entre la France et le roi anglais ». Dans une note du ministre de lit police générale revêtue en marge des observations et

(1) The Life of Napoléon. A Hudibrastic Poem in jifteen Cantos , bv Doctor Srntax. London, T. Tegg, 1814 [Vie de Xapolcon. poème en sli/le d'Iludiltrass, et en quinze chants). Le frontispice decel album, dont le texte est l'œuvre du poète William Combe, représente l’entrée de Louis XV1I1 à Paris. L'éditeur, William Tegg. a publié une nouvelle édilion de l’ouvrage, en 1867, sous le titre de Life of Bonaparte.

('!) Article publié par Cruikshank dans son journal: Omnibus jlS'iL.

de la signature de Napoléon, note dont j'ai eu communication, on lit cette étrange déclaration : « Ces images détestables sont, avant tout, l’œuvre d’artistes sans conscience au service et à la solde des émigrés », subterfuge qui, très certainement, ne dut tromper personne. Quoi qu’il en soit, le gouvernement anglais eut l’air d’accéder au désir du tout-puissant souverain, des poursuites furent exercées contre quelques obscurs crayonneurs et de non moins obscurs pamphlétaires, et les choses en restèrent là.

Assurément, toutes les caricatures lancées depuis Londres sur le continent

n’étaient pas exclusivement dues aux artistes anglais, mais la part des émigrés dans ces satires graphiques fut assez peu considérable et surtout d’un intérêt très secondaire (1). Là où les Anglais avaient fait montre d’un sentiment artistique élevé, ils n’arrivèrent à produire que des compositions d’une banalité désespérante, au trait lourd et pénible, au métier incertain, aux légendes nulles. Ce qui avait beaucoup contribué au succès des estampes anglaises, c’était l’abondance des légendes se croisant en tous sens, s’échappant de la bouche des principaux personnages, de façon à donner à la planche l'aspect d’un véritable paysage lypographique.

Les burins français se refusèrent à graver ces interminables explications, ces causeries entre personnages ; ils se contentèrent d’un mot, au plus d’une phrase, et il en résulta ceci, que leurs gravures parurent vides, froides, absolument dépourvues de caractère. Mais ce que, pour plusieurs raisons, les émigrés étaient impuissants à exécuter, les Anglais le firent. Et c’est ainsi que, aux approches de la période de déclin, grand nombre des caricatures publiées à Londres par des artistes nationaux furent mises en vente avec texte (2) en deux langues, anglais et français, simultanément ou séparément. John Bull continuait à remplir son rôle; après avoir bombardé l’ennemi de caricatures, il se mettait à introduire lui-même sa « marchandise ».

Caricature publiée à Londres, en J814. et due à un artiste au service des émigrés.

(1) M. Joseph Grego, le savant historien et iconophile anglais, a émis une opinion absolument conforme à la mienne.

(2) On verra, plus loin, plusieurs de ces caricatures reproduites par nous dans toute l'intégrité de leurs légendes.

THE FIRST and LÀST, b y the Wrath of Ileaven Emperor of thc Jacobins, Protcctor of the Confédération of Rogues, . Methator of the Hellish League, Grand Cross of the Légion of Horrotg Commander in Chief of the Légions of Skeletons ieft at Moseow, Smolemk, Leipzig, Sec. Head Runner of Runaways, Moek High-Priest of the Sanhcdrim, Mock Prophet of Mussulmen, Mock Piliar of the Christian Faith, Inventor»of the Syrian Method of disposing of his own Sick by sleeping Draughts, or of captured Enemies by thc Bayonet ; First Grave-Digger for burying alive ; Chief Gaoler of thc Floly Father and of the King of Spain, Destroyer of Crowns, and Manufacturer of Counts, Dukes, Princes, and Kings ; Chief Douanier of the Continental System, Head Butcherof the Parisiari and Toulonese Massacres, Murdcrcrof Hoffcr, Palm, Wright, nay, of his own Prince, the noble and virtuous Duke of Enghien, and of a thousand others ; Kidnapper of Ambassadors, High Admirai of the Invasion Praams, Cnp-Bearer of the Jaffa Poison, Arch-Chancellor of Waste- Paper Treaties, Arch-Treasurer of tlie Plunder of the World, the sanguinary Coxcomb, Assassin, and ïncendiary to

MAKE PEAGE WITHü!

This Hieroglyjihic Portrait of tlic DESTROYER is laithfullv copied f'rom a German Print, with the Parody of his assumed Titles. The H,n of the Destroyer rej) rois il s a discotnfited P’rench Eagle, maimed ami crouching, after his Confl:ct with thc Eaglr.s of the Nortl). Mis Vlm^t is composed of the Carcases of the Victims of his Follv and Ambition, who perished on the Plains of Russia and Saxony. Mis Throat is encircled with thc Red -Sea, in Allusion to his drowned Hosts. Mis Epaulette is a lland, Icading the Rhenish Confédération, under the flimsv Symbol of a Cubucb. Lie Spider :< rm Emb'em of the Vigilance uf the Allies, who hâve inflicted on that Hand a deadlv Siing!

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