‹ Napoléon en imagesChapitre 8 sur 59 · PL'BLISHED AT U. ACKER.MANN'S, 101, STRANL), LONDON · texte numérisé non relu

PL'BLISHED AT U. ACKER.MANN'S, 101, STRANL), LONDON

CARICATURES ANGLAISES

* Voici la traduction du placard ci-contre, qui, on le verra, résume toutes les accusations lancées depuis l’origine par les pamphlets étrangers à l’adresse de Napoléon. Comme toutes les feuilles volantes de cette espèce, il obtint un succès considérable auprès des masses, surtout à cause de la façon dont il parodiait, en termes calembourdiers, les titres officiels des créations de l’Empereur.

Napoléon le premier et le dernier, par le courroux du Ciel, empereur des Jacobins , protecteur de la confédération des Coquins, médiateur de la Ligue infernale, grand-croix de la légion d’horreur, commandant en chef des légions de squelettes laissés à Moscou, Smolensk, Leipzig, etc... Le premier en tête des fuyards, grand prêtre supposé du Sanhédrin, Prophète supposé des Musulmans, pilier supposé de la foi chrétienne, inventeur de ia méthode syrienne pour se défaire des malades par les potions narcotiques, ou des prisonniers par la baïonnette; premier fossoyeur pour enterrer vivant; geôlier en chef du Saint-Père et du roi d’Espagne, destructeur de couronnes, manufacturier de ducs, comtes, princes et rois; douanier en chef du système continental, maître boucher, pour les massacres de Paris et de Toulouse; meurtrier de Iloffer. Palm, Wright, du noble et vertueux duc d’Enghien et d’un millier d’autres ; voleur d’ambassadeurs, grand amiral de l'invasion Praams , échanson pour verser le poison de Jaffa, archichancelier des traites de rebut, arclulrésorier pour le pillage du monde, le sanguinaire, fat, assassin, et incendiaire... Pour

FAIRE LA PAIX AVEC ! il (jamais).

« Ce portrait hiéroglyphique du destrccteok (le mot anglais signifie également assassin) est copié fidèlement d’après une planche allemande, avec la parodie des titres qu’il s’était attribués. Son chapeau est représenté par la moitié d’un aigle français, mutilé et asservi , après son conflit avec les aigles du Nord- Son visage est formé des corps dos victimes de sa folie et de son ambition, qui périrent dans les plaines de la Russie et de la Saxe. — Son cou est entouré de la mer Rouge, par allusion à ses soldais noyés. Son épaulette est formée d’une main conduisant la Confédération du Rhin, sous le faible symbole d’une toile d’araignée. — L’araignée est l’emblème de la vigilance des alliés, qui ont faità cette main une piqûre mortelle.

* L'explication du ■■ portrait hiéroglyphique* variait suivant les cas : elle est différente, ainsi qu’on peut s’en rendre compte, sur le placard reproduit plus haut (voir page 1").

Le Times de 1814, en une de ces petites annonces microscopiques dont il eut, do tout temps, la spécialité, demandait de « courageux citoyens pour faire parvenir en France les caricatures contre M. Buonaparte se disant empereur ».

J’ai mentionné brièvement, dans le précédent chapitre, les portraits qui, à partir de 1813 , se vendirent en nombre , servant d’image à un texte quelconque sur l’Empereur et la famille impériale. Mais ces « canards » déjà si à la mode, déjà si recherchés des foules, n’avaient pas seulement pour but de fournir des renseignements sur la généalogie du souverain, ils se complaisaient aussi dans la charge, contribuant en une large mesure à vulgariser l’esprit satirique. Ici donc, texte et portrait, tout visait à la caricature, à la parodie, comme on pourra le voir par les documents reproduits; et les feuilles volantes, pleines de gros sel, prenaient place dans les intérieurs populaires, à côté des placards où s’étalaient en longues colonnes la généalogie impériale, la Cour, les officiers du Palais, les pompes et tout le cérémonial du régime.

Il faut conclure.

Je ne le ferai pas sans constater que la caricature anglaise, qui aurait bien dû porterie deuil de Napoléon, c’est-à-dire de celui qui, si longtemps durant, fut son principal fournisseur, se montra relativement modérée lorsque le héros tomba. Contrairement aux partis politiques français, elle ne traîna pas dans la boue celui qui lui avait valu de si chaudes alarmes , elle désarma : l’ennemi ayant disparu , l’ennemi étant en son pouvoir, elle estima avec raison qu’il n’y aurait pour elle

LES CARICATURES

ni gloire ni profit à le cribler de traits devenus inutiles. Preuve nouvelle, preuve certaine du but essentiellement national poursuivi par elle. C’était bien pour la défense d’une idée et de l’intégrité de son sol, que, de toutes parts, elle avait fourbi ses armes; c’était bien Napoléon, conquérant et anglophobe, qu'elle avait voulu viser. Et tout considéré, malgré ses injustices, malgré ses légendes souvent inju-

Page 1