‹ Napoléon en ItalieChapitre 101 sur 423 · AIT. Etr., Naples, n" 127, f · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Naples, n" 127, f

héréditaire. Il semble que toutes les avances à cette occasion vinrent du gouvernement espagnol, peut-être à Tinstigalion du gouvernement français. La nouvelle princesse des Asturies, agréable, bien élevée, avait « plus de caractère qu'il n'en fallait pour maîtriser le faible enfant qu'elle allait épouser ». Au contraire la nouvelle princesse de Naples était si jeune qu'elle serait sans doiile ce que sa belle-mère voudrait qu'elle fût*. La reine Marie- Caroline espéra-t-elle ainsi gouverner à la fois la cour de Madrid et celle de Naples? Quoi qu'il en soit, elle envoya de Vienne son gracieux consentement.

ï^s mariages eurent lieu dans le temps convenu; le prince de Naples et sa sœur se rendirent à Barcelone où les fêtes commenci^ront; le roi Ferdinand IV n'accompagna pas ses enfants, il promit de se rendre à Madrid aux premières couches de sa tille. La reine fut obligée de rester encore quelque temps à Vienne. Acton s'en réjouissait ; il redoutait une rencontre de Marie-Caroline avec sa belle-sœur la reine d'Espagne et le prince de la Paix, disant en termes formels à Alquier lui-même « qu'il n'y avait rien de bon à attendre de ces trois mauvaises têtes' ».

Les mariages espagnols s'accomplirent donc sans incident immédiat. Le Premier Consul y avait pris un grand intérêt, il en témoigna une vive satisfaction. On échangea de Naples à Paris à cotte occasion cadeaux et compliments ^ Il convenait à Bonaparte, qui entretenait avec la cour de Madrid les plus cordiales relations, qui venait de donner à une infante espagnole le trône d'Etrurie, d'étendre par là son influence aussi sur la cour de Naples, de façon à assurer sa domination sur la Méditerranée occidentale et à se donner plus de moyens pour la réalisation de ses entreprises sur rOrient. C'était une première forme de sa conception de l'union des États latins que de grouper autour de lui les Bourbons d'Espagne et d'Italie. Il espéra quelque temps s'en pouvoir contenter, et tout prouve, notamment les mariages espagnols, qu'à ce moment, il ne voulait que fortifier les gouvernements de Naples el de Madrid, pour fortifier son propre système politique.

11 ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était difficile de faire vivre

l* Aff. Etr., Naples, n» 121, f 276 : Alquier à Talleyrand.

2. AtT. Etr., Naples, n" itly f» 203. — Gh. Auriol, op. cit., I, 38.

a, AtT. Etr., Naples, n' 127, f» 285. — Ch. Auriol, I, 51.

d accord ces deux familles si étroitement unies par les liens du sang, que le roi Ferdinand n'avait que de la haine pour son frère le roi Charles, que la reine Marie-Caroline était foncièrement jalouse de sa belle-sœur la reine Marie-Louise d'Espagne, qu'il y avait une sorte de haine atavique des Habsbourg aux Bourbons, que les mariages ne devaient être qu'un nouveau prétexte à de plus violentes querelles. Qui pourrait dire à quel moment ces déchirements scandaleux entre les Bourbons ont fait naître dans son esprit la première pensée de les remplacer?

Car, si le nouveau mariage du prince de Naples fut assez heureux pour n'avoir point d'histoire, il n'en fut pas de même du mariage du prince des Âsturies avec Marie-AntoiDette de Naples. Alquier eut la chance d'en recevoir la piquante confidence de la bouche de la reine elle-même.

La reine revint ^i^^ Naples dans le temps même des fêtes de Barcelone, en septembre 1802. Alquier la vit aussitôt et l'observa avec curiosité. Il eut la chance de lui plaire, par sa conversation étincelante de verve, par les caprices aimables de son esprit*. « Je vois assez fréquemment la reine, écrivait-il quelque temps après; c'est le matin, chez elle et toujours en tête à tête, qu'ont lieu les entretiens qu'elle veut bien m'accorder. Je n'en sors jamais sans être émerveillé de ce que dans le cours d'une heure cette femme extraordinaire peut dire d'aimable et de bizarre, d'ingénieux et d'absurde et de choses qui toutes étonnent par leur sagesse ou leur folie. »

Elle aimait d'ailleurs à s'entretenir avec l'ambassadeur de France, à se plaindre à lui d'être tenue désormais par Acton loin des affaires, à se renseigner au mieux sur les intentions et le caractère du Premier Consul dont la puissance et l'ambition lui inspiraient une sorte de respect : « Il me serait sans doute pardonnable de ne pas l'aimer, disait-elle un jour; eh bien! je ferais volontiers 200 postes seulement pour le voir. — Je suis convaincu, lui dit Alquier, que la chose du monde la plus intéressante serait une conversation entre Votre Majesté et le Premier ConsuL — Cela peut être, et si j'osais me comparer à ce grand homme-là, je dirais que j'ai un sentiment en commun avec

J. Lcfebvre, II, 41-43. — Ch. Auriol, I, 200-201.

Driault. — Italie. 11

lui, c'est rameur de la gloire. Mais il a poursuivi son objet en grand et dans le monde entier et il l'a obtenu, au lieu que j'ai cherché la gloire dans des buissons et que je ne suis parvenue qu'à me piquer le bout des doigts... Lorsque vous écrirez, faites bien mes compliments au Premier Consul, présentez-lui tous mes hommages et dites-lui surtout que je ne me lasse pas d'admirer l'adresse avec laquelle il a su profiter d'un temps où, Catherine et Frédéric n'existant plus, il n'y a plus sur tous les trônes de l'Europe que des hommes très méprisables. — Je. supplie la reine, s'écria Alquier, de vouloir bien me dire si elle exige que j'obéisse ponctuellement et si je dois exécuter l'ordre tout entier. — Oui, oui, reprit-elle en riant, absolument tout entier; je ne veux pas que vous en retranchiez un seul mot; je l'exigé*. »

Une autre fois elle disait encore : < Le Premier Consul ne sait peut-être pas jusqu'à quel point sa renommée a subjugué l'Empereur. Je vais vous raconter un fait qui s'est passé pendant mon dernier voyage en Allemagne et qui vous en fera juger. Nous déjeunions un jour en famille, l'Empereur, l'Impératrice, mes trois autres filles et moi; c'était à Schœnbrilnn. On parla beaucoup du Consul, et je ne fus pas de l'avis de tout le monde. François me répondit : « Quoi que vous en disiez, ma mère, si Bonaparte me demandait ma fille en mariage, je la lui donnerais. — Quoi! vous le feriez? — Assurément oui, ajouta-t-il du ton le plus affirmatif, et si demain il me faisait cette proposition, je l'accepterais indubitablement ^ » C'est sans doute le premier mot qui ail été dit du mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise.

On voit déjà la nature des conversations échangées entre la reine de Naples et l'ambassadeur de France ; on en conclura qu'il put la bien connaître et on attribuera de la valeur au portrait qu'un jour il écrivit :

« Au vrai elle n'est ni bonne ni méchante. Née avec infiniment d'esprit et de grâces n^aturelles, et devant à l'éducation que lui donna l'Impératrice plus d'instruction que n'en ont communément les femmes, elle eut la prétention assez raisonnable de gouverner lorsque en arrivant à Naples elle trouva sur le trône un homme incapable de régner. Le goût le plus vif pour le plaisir se joignit

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