‹ Napoléon en ItalieChapitre 102 sur 423 · AfT. Etr., Naples, n» 129, f 281, 28 mars · texte numérisé non relu

AfT. Etr., Naples, n» 129, f 281, 28 mars

à la passion de dominer : de là les doubles intrigues des affaires et de la galanterie, de là aussi ce nombre inQni de contrariétés qoi ont irrité Tesprit le plus irritable qui fut jamais. La vie de la reine n'est qu'une longue crise de vapeurs, et c'est par Peffet de cette mobilité d'organisation qu'elle a été successivement amie tendre ou ennemie implacable, adorable ou vindicative, dévote et galante, maîtresse sans frein et femme jalouse à Texcès, et que dans le même jour elle s'occupait d'intriguer à Vienne, à Londres, à Pétersbourg, et de savoir ce qui se passait dans le ménage d'une bourgeoise de Naples. Elle eût été une reine parfaite si elle se fût bornée à être épouse et mère; mais la nature en a ordonné autrement et les prestiges du rang suprême ont encore ajouté à l'impulsion de la nature. A l'exemple de sa mère, elle a bien élevé ses filles avec lesquelles elle vit dans une familiarité douce et touchante. Elle dédaigne son fils aîné qui dès l'enfance a rebuté ses soins par une nullité absolue de dispositions et qui l'humilie par des goûts ignobles et puérils. On a exalté sa générosité; en effet elle donne beaucoup, mais sans choix comme sans mesure, et cette prodigalité n'a pas peu contribué à la ruine de l'État.

« C'est surtout l'étendue et la force de son esprit qu'on a ▼antées : c'est une erreur. Cet esprit-là, déplacé dans la sphère des femmes et tourmenté de la prétention de diriger la politique, a dégénéré dans une habitude de tracasserie qui a toujours été funeste à la reine et au royaume et quelquefois peut-être à l'Europe.

(c La reine nous hait assurément; mais peut-elle ne pas nous haïr? Et la légitimité de nos ressentiments ne la justifle-t-elle pas trop bien de l'animosité qu'elle nous témoigne? Le besoin d'intriguer et d'agiter la tourmente encore et ne s'éteindra jamais. Elle passe les jours dans son cabinet et à son bureau, et nul ministre n'écrit autant de lettres que la reine de Naples. Mais l'éloignement des affaires dans lequel Ta placée le chevalier Acton, a bien affaibli importance de cette activité, et, ne pouvant plus avoir de rapports avec les cours, elle s'occupe au moins de l'espionnage des cafés.

« Un autre goût qui a marqué dans sa vie, celui du plaisir, ne l'a pas abandonnée, et le commandeur Ruffo, que vous avez vu ambassadeur à Paris, est obligé d'y subvenir et de vivre auprès

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de ce débris célèbre de tant de grâce et de galanteries. Enfin cette femme, dont on parle depuis si longtemps et si diversement en Europe, est à peu près tout ce qu'elle pouvait être : placée dans une condition privée, elle aurait offert les mêmes résultats; elle . eût fait les délices de quelques hommes, mais elle aurait été le tourment de son mari et l'effroi du voisinage*. »

On conçoit aisément que, lorsque cette femme extraordinaire était avec Alquier sur le chapitre du mariage d'Espagne, elle était capable de donner à la conversation un tour assez pittoresque : il faut écouter un moment ces discours étranges, ils achèvent de faire connaître, en même temps que la cour de Madrid, le caractère de la reine de Naples.

Dès la première entrevue à Barcelone, le prince et la princesse de Naples n'avaient pas pu cacher Tétonnement que leur causaient la stupidité du prince des Asluries et la tournure grotesque de l'infante Isabelle. Leur répugnance fut si vive que la princesse fondit en larmes et que son frère se serait peut-être rembarqué dès le lendemain, si les personnes de sa suite ne lui avaient pas représenté tous les dangers d'une pareille résolution. Le premier médecin, frappé de l'embonpoint excessif du prince des Asluries et de la délicatesse de sa voix, « annonçait dès lors des pronostics fâcheux pour la ligne de succession* ».

Les mariages pourtant eurent lieu, et les pronostics des médecins napolitains parurent se véritier. « La reine de Naples, dit Alquier, éclairée sur ce fait par la princesse elle-même, en parle avec sa véhémence ordinaire, et sur ce point délicat comme sur tous les autres, elle dit tout à tout le monde. La princesse Guerrazzi lui présentait dernièrement la duchesse de Gassano sa fille pour la prier de trouver bon que cette jeune femme qui déteste son mari obtint contre lui la déclaration judiciaire d'une impuissance relative : c'est une tournure officieuse et commode que la législation napolitaine permet aux époux qui ne s'aiment pas. Le jugement doit être sanctionné par le souverain pontife et la cour de Rome ne se refuse jamais à cette mesure de concilia-

i. AIT. Etr., Naples, n* 128, f 103 et s. — Voir un autre portrait de Marie- CaroUne et de son mari dans les Mémoires du comte Fedor Golovkine, La cour et le règne de Paul /", p. 255-263.

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