‹ Napoléon en ItalieChapitre 104 sur 423 · Aff. Etr., Naples, n» 128, f · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Naples, n» 128, f

Espagnols disent à propos de cela une bien grande soltise : ils assurent que leur prince sent, au fond de son cœur, tout Tavantage de posséder une princesse aussi accomplie que ma fille et qu'il a pour elle l'amour le plus délicat. Je respecte beaucoup la tendresse, mais on ne me fera pas croire qu'un jeune homme de dix-huit ans, qui couche toutes les nuits dans les mêmes draps avec une femme de son âge gracieuse et jolie, puisse, sans être un sot et un être fort nul, ne faire autre chose que de s'occuper de beaux sentiments. » Alquier répondit qu'il conservait « assez de souvenir des formes extérieures du prince pour n'être pas étonné que quelques dispositions naturelles sommeillassent encore chez lui. — Qu'appelez-vous sommeiller? s'écria la reine. Je vous assure que ces dispositions-là sont dans un tel assoupissement qu'elles ne se réveilleront jamais. Ma fille est désolée et quelque jour elle éclatera*. »

Il parait d'ailleurs que le prince des Âsturies était plus impétueux dans ses volontés que dans ses amours. La princesse voulait un jour après son dîner retourner chez elle; le prince voulait qu'elle restât chez lui : elle refusait. 11 la prit violemment par le bras et la maltraita en lui disant : « Je suis le maître chez moi et vous devez m'obéir; si cela ne vous convient pas, retournez dans votre pays, j'en serai fort aise. » Et la princesse écrivait à sa mère en forme de moralité : « Si je l'avais aimé, ce procédé-là m'aurait fait mourir de douleur; mais je trouve ma consolation dans le mépris que j'ai pour sa personne. »

Avec le temps il y eut pourtant du changement ; après avoir souffert d'être négligée, la princesse des Asturies en vint à se plaindre à sa mère que les empressements de son mari étaient excessifs et nuisaient à sa santé. Rassurée sur quelques-unes des qualités du prince, mais bien convaincue qu'il n'aurait jamais celles qui rendent capable de gouverner, elle s'occupait désormais d'acquérir les connaissances nécessaires pour tenir un jour les rênes de Tautorité dont elle prétendait bien s'emparer. Elle écrivait alors à sa mère : c Je sais que vous avez dit à celles de mes sœurs qui ont été appelées à régner que, sous peine d'être malheureuses, elles devaient ne jamais se mêler des affaires

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