Aff. Etr., Naples, n« 128, f
d'État. Mais je me trouye dans une position toute particulière. Vous savez que mon mari est tout à fait incapable ; il faudra donc bien que je me charge de gouverner. D'ailleurs l'Espagne est accoutumée à être dirigée par des femmes. Je vous demande vos conseils. » Et la reine, après avoir fait lire cela à Alquier, ajoutait : c Vous ne savez pas encore combien mon Antoinette a d'esprit. Je vous certifie que c'est une diablesse et qu elle tiendra parole. Je lui ai cependant répondu par de grandes leçons et par une lettre de Maman; mais vous imaginez bien que je ne lui ai pas donné le conseil de retirer cet imbécile de sa nullité ^ »
La jeune princesse voulait régner. Elle était instruite par sa mère à se défier de. sa belle-mère et du prince de la Paix qu'elle appelait « l'homme du vice ». Marie-Caroline un jour demanda à Alquier si le prince de la Paix avait du talent; il répondit méchamment <c qu'il avait fait trop peu de séjour en Espagne pour découvrir si le prince de la Paix justifiait par son mérite la confiance du roi, mais qu'il avait des titres aux bontés de la reine ». La reine de Naples et la princesse des Asturies craignaient surtout que le prince des Asturies ne se laissât déposséder de ses droits, qu'à la mort du roi par exemple le prince de la Paix ne voulût faire passer la couronne au plus jeune des infants, « ce qui serait doublement affreux, disait la reine à Alquier, car ce n'est pas à vous qu'il faut apprendre l'histoire de cet enfant ». Et elle demandait des conseils à l'ambassadeur : que fallait-il faire pour empêcher on pareil crime, le prince étant tout à fait incapable de s'y opposer? Et Alquier vivement pressé oublia la réserve imposée à sa fonction : « A défaut du prince des Asturies, Madame, la jeune reine, à qui vous avez si bien appris l'histoire et surtout celle de votre maison, saurait que les reines montent quelquefois à cheval, et elle trouverait dans la vie de votre auguste mère des exemples de courage et de fermeté qu'il lui serait alors aussi glorieux qu'utile d'imiter *. »
Si la jeune princesse des Asturies avait assez vécu pour voir les événements de 1808 et si elle était alors montée à cheval pour défendre la couronne de son mari, Alquier se serait-il félicité hautement de lui en avoir donné le conseil?
1. Air. Etr., Naples, n» 129, r- 22-23. t Aff. Etr., Naples, n» 128, T 103.
Cependant les mariages espagnols de 1802, au lieu d'être entre Madrid et Naples le moyen de rapprochement que Bonaparte avait imaginé, n'étaient qu'un « brandon de discorde » entre les deux branches de la famille des Bourbons \ 11 lui fut donc bien impossible de compter sur le gouvernement espagnol pour lier le gouvernement napolitain à son système politique. 11 chercha, et les circonstances lui inspirèrent d'autres combinaisons.
La rupture de la paix d'Amiens ouvrit devant Bonaparte, bientôt Empereur, l'ère des guerres et des conquêtes, des plus vastes entreprises politiques. Elle remit aux prises l'Angleterre et la France; l'acharnement croissant de cette lutte donna à Napoléon toutes les occasions d'augmenter sa puissance et lui inspira des ambitions toujours renouvelées.
Ce n'est point ici le lieu de rechercher les origines de cette rupture; elles ne sont pas seulement en Italie. Il est utile néanmoins de préciser les points où fut intéressé le gouvernement napolitain.
Le traité d'Amiens obligeait la France à évacuer les ports qu'elle avait occupés dans le royaume de Naples; le Premier Consul donna ses ordres de bonne heure pour l'exécution de cet article. L'Angleterre de son côté devait rendre Malte et Gozzo aux chevaliers de Saint-Jean, et une garnison napolitaine de 2000 hommes devait y être envoyée, à titre de garantie de Tindépendance de Tordre.
Aussitôt Bonaparte envoya le général Vial comme ministre à Malte, pour veiller aux opérations de l'évacuation, et invita le roi de Naples à y faire transporter 2000 hommes *. En effet le roi de Naples annonça le prochain départ de cette garnison sous le commandement du prince de Pantellaria. A cette occasion, Acton demanda la reconnaissance des droits de souveraineté de Naples sur Tîle de Malte, et rappela l'hommage séculaire du faucon dont les grands-maîtres de l'Ordre de Saint-Jean avaient toujours été