Air. Etr., Rome, 933, f
Bonaparte de très bonne heure avait compris la grande aulorilé de TÉglise et quel profit il pouvait espérer de son accord avec elle. Dès 1796, il avait refusé de se prêter aux desseins belliqueux du Directoire contre Rome; déjà il se ménageait par là des ressources*. Après Marengo, maître du pouvoir, il ne rêvait plus que de se l'assurer définitivement, et il en attendait la consécration de l'action du clergé sur les consciences. La République était depuis plusieurs années sous le régime de la séparation des Églises et de TÉtat; justement ainsi, les Églises étaient indépendantes de TÉlat : elles se désintéressaient de lui et ne lui apportaient ni secours ni obstacle, comme elles ne recevaient de lui ni subsides ni protection. Cependant le clergé catholique reprenait peu à peu la plupart des positions qu'il avait perdues, les églises longtemps fermées au culte, faisait reculer devant lui les cultes républicains, le culte décadaire ou la théophilanthropie, même Téglise constitutionnelle, quoiqu'elle fût encore puissante.
Or, sous le régime de la séparation, les catholiques fervents demeuraient royalistes et n'attendaient que de la restauration de la royauté la restauration définitive de leur foi. Ils étaient toujours dangereux à l'autorité du Premier Consul; ils reprenaient les armes dans les départements de l'Ouest; le Saint-Siège commençait à nommer des vicaires apostoliques aux évèchés vacants et menaçait de s'emparer du gouvernement direct des diocèses de France*. L'ordre ne paraissait pas pouvoir être définitivement rétabli sans un accord avec l'Église. Bonaparte résolut d'arracher à la royauté cette alliance et de la prendre à son service.
Il conquit à ses desseins l'abbé Bernier, qui avait été à côté des chefs militaires le principal agitateur de la Vendée et dont la réconciliation avec le gouvernement consulaire acheva de désarmer les haines politiques et religieuses dans ces régions. La soumission de la Vendée, cette indomptable forteresse de l'Église, fut le premier épisode de la soumission de l'Église elle-même, dont Tabbé Bernier allait être l'un des principaux instruments.
Les circonstances étaient éminemment favorables à cette politique du Premier Consul; elles la rendaient nécessaire à son ambition; hors de Tinfluence de KÉglise, son autorité lui parais-