‹ Napoléon en ItalieChapitre 120 sur 423 · AIT. Elr., Rome, 930, pièce · texte numérisé non relu

AIT. Elr., Rome, 930, pièce

OU instituer ses évéques? Le vrai gallicanisme eût consisté à traiter avec les évoques de France, constitutionnels ou autres, réunis en concile : c'eût été peut-être le moyen de fonder définitivement en France une «Ëglise catholique nationale. Le jour où le Premier Consul prononça la dissolution du dernier concile des évèques constitutionnels, il se priva lui-même du seul moyen qu'il eût de contenir la papauté.

En vérité, un concordat ne pouvait être, alors surtout, qu'une victoire ultramontaine : en demandant au pape la reconstitution de TÉglise de France, on lui donnait sur elle une autorité qu'il n'avait jamais eue : il en devenait en quelque manière le fondateur autant et plus que le Premier Consul qui ne pouvait avoir aucune autorité spirituelle. On tuait la tradition gallicane qui depuis les origines de l'Église assurait aux évêques de France une réelle indépendance, parce que leur première institution s'était faite en dehors de Rome; on fondait réellement en France une Église nouvelle, province de l'Église ultramontaine.

Bonaparte ne vit tout cela à peu près clairement que plus tard. Dans le moment il se crut de force à tirer tout le profit de cette réconciliation avec l'Église, sans rien abandonner d'essentiel au Saint-Siège; il était prêt d'ailleurs à employer la violence et la ruse.

Pour hâter la signature du Concordat dans les termes dabord convenus entre Spina et Bernier, il envoya Cacault à Rome, sans titre officiel, avec la mission de presser les hésitations du Saint'^ Siège et d'écarter toutes les prétentions dangereuses*. Cacault connaissait bien Rome; il y avait été employé jadis dans l'ambas'^ sade du cardinal de Bernis; il avait signé le traité de Tolentino, il était un partisan résolu de la réconciliation entre Rome et la France.

Talleyrand lui donna des instructions qui tentaient d'enfermer exactement le Concordat dans des limites où il pouvait n'être pas dangereux. « Citoyen, vous êtes chargé par le gouvernement de la République d'accomplir le rapprochement déjà heureusement négocié entre la France et la cour de Rome et de rétablir Tan* cienne harmonie qui existait entre les deux États. Le choix que le

Page 1