‹ Napoléon en ItalieChapitre 121 sur 423 · Corr. de Nap., VII · texte numérisé non relu

Corr. de Nap., VII

Premier Consul a fait de vous pour remplir celle mission est tout à la fois pour vous un témoignage d'estime et une preuve de sa confiance.

<c La France a dû renoncer à l'idée d'ériger Rome en République; présumer que la populace romaine pourrait devenir un peuple romain, se persuader qu'une multitude ignorante, fanatique, emportée, et que la superstition seule et une autorité absolue peuvent dompter, serait capable de se donner des lois, de choisir ses magistrats et de leur obéir, était une opinion dont l'expérience de deux années de troubles et de crimes avait trop démontré la folie pour que le gouvernement actuel de la République n'en laissât pas le blâme à ceux qui l'avaient conçue et qui malgré tous les obstacles s'étaient obstinés à la faire adopter. Il a dû référer sur ce point au vœu de l'Italie, aux regrets des principales puissances de l'Europe. 11 a dû consentir au rétablissement des souverains pontifes, et, par les mêmes motifs qui lui fairsaient une règle de prudence et de justice de se prêter à leur rétablissement, il a dû s'occuper du soin de rétablir entre eux et la France des rapports d'une utilité réciproque pour les deux États. »

Après avoir rappelé le besoin que la papauté avait de la protection de la France contre ses ennemis et contre l'ambition de la maison d'Autriche, les services qu'elle pouvait rendre à la France par son influence sur « les perturbateurs », Talleyrand donnait comme premier objet à la mission de Cacault le soin d'obtenir la ratification du projet de Concordat : « Si l'amour de la liberté a sans doute abusé de ses forces, disait-il, l'amour mal éclairé de la religion n'a pas moins abusé des siennes. Le gouvernement veut rendre à la religion les droits qu'elle a perdus, mais il ne veut ni ne peut consacrer des prétentions abusives. 11 ne veut ni ne peut laisser à d'anciennes usurpations dont le temps et les événements ont fait justice, la faculté de restreindre l'usage légitime de la liberté politique. Il veut enfin que la religion en France soit une faculté, un droit social et non pas une puissance... Il faut que le culte catholique doté désormais d'une existence sociale serve au maintien de la concorde sociale.

« P.-S. — En vous parlant du rétablissement de la puissance temporelle du souverain pontife, je ne vous ai rien dit de la circonscription de ses États. Elle dépendra des circonstances et

d'une foule de combinaisons qui ne sont pas arrêtées et dont les événements vous instruiront. En attendant vous éluderez toute espèce de discussion sur cet o{)jet*. »

Au moment de s'accorder, le pape et le Premier Consul prenaient toutes précautions l'un contre l'autre.

Cacault fut reçu par Pie VU le 9 avril 1801 ; il vit dans toute sa personne c de la bonté de cœur, de la droiture d'esprit et de caractère ». — « Il descend, dit-il, d'une famille française anciennement transplantée en Italie ; il me parait aimer notre nation et sentir combien l'acte que nous lui demandons illustrera son pontificat*. » D'après ces rapports et ceux d'Alquier, Bonaparte put croire qne Pie VII n'était pas de taille à lutter contre lui, et qu'il serait toujours facile de lui en imposer, au besoin par les menaces.

C'était une erreur. Non seulement Pie VII était de moins bonne composition; mais il avait autour de lui des cardinaux très pénétrés des droits de TÉglise, comme Anlonelli, Pacca, Di Pielro, sans compter Consalvi, des chefs de congrégations, un grand nombre de conseillers qui représentaient avec lui les traditions séculaires du gouvernement pontifical. Il avait derrière lui l'Église elle-même dans toute la rigidité de son dogme et la constance de sa politique; c'est elle qui lui donna la force de tenir tête à son redoutable adversaire.

Ce ne fut pas seulement le pape, ce fut l'Église elle-même qui examina le projet de Concordat envoyé de Paris. Il fut soumis à l'examen d'une congrégation de cardinaux; Cacault n'y vit que l'effet des lenteurs ordinaires de la diplomatie du Saint-Siège et de la foi scrupuleuse des conseillers du Saint-Siège : < On est croyant plus véritablement ici qu'on ne l'imagine en France, et les vieux cardinaux qui ont passé leur vie dans les plaisirs n'en ont pas moins nourri dans leur âme la foi dont ils se consolent à la un de la carrière... 11 n'y a de la part de cette cour aucun désir de traîner en longueur; on est gauche, lent par nature et de plus théologien de métier*. »

Il ne faut pas se contenter de ces apparences; ces lenteurs

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