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AIT. Etr., Rome, 931, pièces

LE CONCORDAT lei

serait penl-êlre compromise à jamais. Il prit sur lui de chercher à arranger l'affaire.

Il s'entretint de la sorte avec son secrétaire de légation, M. Artaud, dont il connaissait les sentiments. « Il est bien établi que le chef de TÉtat veut un Concordat; il veut cela de longue épo€[ue; avant Tolentino il se disait le meilleur ami de Rome; il veut donc un concordat, c'est pour cela qu'il m'a envoyé. Il pense que moi aussi je veux un concordat; mais ses ministres n'en veulent peut-être pas; ses ministres sont près de lui, et le caractère le plus facile à irriter et à tromper, c'est celui d'un homme de guerre qui ne connaît pas encore la politique et qui en revient toujours au commandement et à Tépée.

€ Nous retirerons-nous niaisement, comme le porte la dépêche? Alors la France est menacée, pour un temps, d'une sorte d'irréligiosisme, mot aussi barbare que la chose, d'un catholicisme bâtard, ou de cette doctrine métisse qui conseille de s'en tenir à un patriarche; alors, qui sait? les destinées probables du Premier Consul ne s'accompliraient peut-être pas...

« Ëcoutez-moi : je ne veux pas den^ander un concordat signé en trois jours; j'obéis au reste de la dépêche, je pars; je vais à Florence, j'envoie Consalvi à Paris, et je vous ordonne de rester à Rome pour conserver un fil de relation avec le Saint-Siège. Je TOUS préviens qu'en restant à Rome sur ma seule parole, vous vous compromettez peut-être à tout jamais; mais il n'est que ce moyen d'arrêter l'intervention militaire : j'en ai vu des effets terribles dans cette Rome où je vous parle *. »

En effet Cacault demanda au pape d'envoyer Consalvi à Paris; ce serait une preuve décisive qu'il voulait un concordat, ce serait le moyen de détourner du Premier Consul les conseils contraires, d'achever cette œuvre précieuse à la gloire et aux intérêts de l'Église. Le pape entendit ces avis d'un homme dévoué, le voyage de Consalvi à Paris fut décidé après approbation des cardinaux.

Le départ s'arrangea le mieux du monde, de façon à éviter toute émotion dans la population romaine. Cacault et Consalvi s'en allèrent ensemble, dans la même voilure : « Nous avons ainsi, écrit Cacault, prévenu et dissipé à la fois les frayeurs mor-

1. Artaud, Vie de Pie Vil, I, 120-130. — D'Haussonville, 1, 403-406.

telles et les espérances téméraires ». Il y eut bien quelques bruits de rupture et de guerre entre la France et Rome, quelques craintes d'une nouvelle invasion française dans TÉtat romain. Le roi de Sardaigne, qui vivait à Rome, se retira pour quelque temps à Naples\

Maïs il n*y eut pas d'autres incidents fâcheux. Pendant que Cotisai vi poursuivait son voyage vers Paris, Cacault restait à Florence, auprès de Mural, dont il contribua sans doute à contenir les disposition» belliqueuses. Pour mieux établir que tout était bien à la paix, il organisa une parlie de plaisir; Mme Murât ne connaissait pas Veniso, Cacault lui proposa de lui en faire les honneurs ; ils parlirenl tous deux, incognito, Caroline se faisant passer pour la fille de Cacault; escapade charmante; ils virent Venise à leur aise; dans sa joie d'enfant, Mme Murât eut des imprudences de langage. Leur incognito fut découvert. Cacault reçut de Paris une vcrie réprimande, même du Premier Consuls Ce fut un agrément de plus à la récréation qu'il s'était offerte.

Cependant Consahi avait beaucoup moins de plaisir à Paris. Dès le lendemain de son arrivée, 21 juin, avant d'avoir eu le temps de se concerÈer avec Spina et Caselli, il fut reçu aux Tuileries, au moment d'une parade, parmi les panaches et les grands sabres. Le Preniier Consul lui dit aussitôt : « Je sais le motif de votre voyage en France. Je veux que Ton ouvre immédiatement les conférences. Je vous laisse cinq jours de temps, et je vous préviens que si, à lexpi ration du cinquième jour, les négociations ne sont pas terminées, vous devrez retourner à Rome, attendu que, quant à moi, j'ai pris mon parti pour une telle hypothèse »'.

Les conférences entre Dernier et Consaivi furent tout de môme plus longues, A ce moment le concile des évêques constitutionnels durait encore, et Consaivi put craindre que, par coup de lûlc ou par orgueil de sa force, le Premier Consul n'en vînt à s'entendre avec eux. Il se montra plus conciliant qu'à Rome.

Il consentit que la religion catholique fût proclamée, non pas religion d'Étal, mais seulement religion de la grande majorité

i. AIT, Elr., Borna, 931, pièces 21, 34. — D'HaussonviUe, I, 88-92.

2. Aiï. Etr.. Rame, 93i, pièce 96. — Corr., VII, 5662. — • F. Masson, Napoléon et sa familie, il, 48.

3, D'UaussouviUe, I, 97.

des Français. Il concentra sa résistance sur la question de Texercice public du culte catholique, à laquelle il tenait essentiellement, comme étant Taffirmation éclatante de la restauration de TÉglise. Le débat fut long, le Premier Consul fit enfin cette concession, et on se mit d'accord pour signer la convention le 13 juillet au soir; Bonaparte réserva cet honneur à son frère Joseph et se réjouit de pouvoir annoncer publiquement la grande nouvelle au diner officiel donné le 14 en Thonneur de Tanniversaire de la prise de la Bastille. Le moment venu de signer, Dernier apporta une copie toute différente de celle qui avait été convenue, et pensa surprendre la signature de Consaivi; celui-ci s'en aperçut, fit voir une émotion très naturelle, refusa de signer. Joseph, qui était de bonne foi, le supplia de ne pas faire de scandale, de ne pas compromettre une si belle œuvre au moment de son achèvement. On se remit à discuter; la nuit y passa, la matinée du 14 jusqu^à midi. On ne put finir avant le grand dîner, où le cardinal avait sa place.

II y vint « dans les angoisses de la mort »..Le Premier Consul Imterpella vivement, lui parla de changer la religion de la France et de presque toute l'Europe : « Je n'ai pas besoin de Rome. Je n'ai pas besoin du pape... Vous avez voulu rompre : eh bien ! soit. Quand partez-vous? — Après diner, général », répondit Consaivi.

Le comte de Cobenzl, ambassadeur d'Autriche, ému des menaces du Premier Consul, intervint auprès de Consaivi pour qu'il se prêtât à finir cette entreprise si nécessaire à la grandeur de l'Église ; il vil d'autre part Joseph ; il les amena à une nouvelle entrevue le 15 à midi. Consaivi consentit à négocier une dernière fois, mais seulement sur la copie qui avait été arrêtée avant le 13.

Bernier admit, sur ordre de Bonaparte, que le culte catholique fût public, mais « en se conformant aux règlements de police ». Consaivi s'inquiéta de ces règlements qui ne devaient être rédigés que plus lard, et qui pouvaient modifier grandement le caractère de cette concession; il pressentit les articles organiques : il demanda qu'il fût spécifié qu'il ne s'agissait que des règlements nécessaires à assurer la tranquillité publique. Le Premier Consul protesta encore, se fâcha ou fit semblant, céda enfin, et, le 16 juillet 1801, le Concordat fut signé. Les ratifications furent échangées quelques semaines après, sans incident.

DnuuLT. — Italie. i3

194 MAHEN60 (lSO0-i802)

La joie fut grande à Rome, en proportion de l'anxiété des derniers jours. Le Premier Consul accompagna habilement le grand acte de la menue monnaie des petits soins : Consalvi, Spina et Caselli eurent les présents d'usage; conformément à ce qui avait lieu pour les grandes cours de l'Europe, on envoya pour les bureaux 500 louis, et Cacault fut prié d'indiquer tous ceux dont il convenait de reconnaître le zèle \

Le règlement de la question de Bénévent et de Ponte-Corvo, pendante entre Rome et Naples, fut hâté au bénéfice du Saint- Siège, par une intervention énergique du gouvernement français*. Le pays romain fut évacué par les troupes françaises, sauf Ancône qui ne le fut qu'un peu plus tard : car Bonaparte avait encore une armée d'occupation dans le royaume de Naples'. Une division française s'était établie à Montefeltro et au fort Saint-Leo dans le duché d'Urbin, malgré une clause formelle du traité de Tolentino; elle en fut retirée à la première observation de la cour de Rome*.

Les Barbaresques infestaient les côtes des États pontificaux, car depuis la chute de Venise ils étaient les maîtres de l'Adriatique et tenaient toute la péninsule sous la terreur. Bonaparte offrit au pape des troupes qui furent refusées, deux bricks qui furent acceptés avec reconnaissance. Leur arrivée à l'embouchure du Tibre fut l'occasion de manifestations touchantes; leurs officiers furent reçus à Rome et choyés par le Saint-Père, ils entendirent l'office à Saint-Pierre. Les Romains pleurèrent de joie de retrouver les Français aussi bons catholiques, et Cacault fut gagné, lui aussi, par cette émotion : « Les sujets du pape les voient avec acclamations reprendre leur rang de fils aînés de l'Église. Ils se tiennent maintenant assurés de la vie douce, tranquille et molle qu'ils aiment à mener sous la protection de la foi des Français et de l'épée du Premier Consul. Nos matelots ont reçu avec un respect et une joie pieuse chacun un bracelet de la part du pape. Les

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