Aff. Etr., Rome, 933,, f
ils sont tous venus, sans exception, et c'est autour de moi qu'ils se sont assis afin de marquer qu'ils venaient rendre honneur à la France... Ces cardinaux sont les mêmes vieillards qui ont été si longtemps en butte aux orages de la révolution romaine, à la perséculion, à l'exil, îhi\ coiifiscalions, et séquestrés de leurs biens. II est beau pour nous de les avoir ramenés aujourd'hui à rendre hommage a la France et au génie de Bonaparte à qui ils devront de mourir ea paix sur leurs chaires curules \ » Emporté par son enthousiasme , Cacaull faisait des prophéties imprudentes.
Le pape manlra son contentement de toules manières. Il envoya au Premier Consul une penduïe, cl une cheminée pour mettre dessous. Mme Bona parle reçut un beau chapelet f< de la même qualité que ceux que le pape donne aux grandes princesses. Les grains sont de lapia-lazuli, la Vierge est un camée entouré de petits diamants : c'est tout ce qu'on pouvait faire de mieux dans ce gcnre^* ►*
Le cardinal Maury, évéque de Monteliasconei devenu Tagent diplomatique du comte de Provence en lulie, excitait l'irritation du Premier Consul : il fut éloigné de Rome, renvoyé même après un éclat, et prié de se tenir dans son diocèse. Le temps n'était p[is loin où le cardinal Maury abandonnerait à sou tour la cause royale.
La cour de Rome tit tout pour être agréable aïi gouvernement français; elle s'empressa pour Téleclion d'un grand-maître, à Malte, atln d'obliger TAuglelerre à abandonner Tîle. Bonaparte demanda d'un seul coup cinq chapeaux de cardinaux pour la France qui n'avait plus dans le Sacré Collège une importance égale à son rang parmi les puissances catholiques. Eu cas de refus, comme il n'oubliait pas ses allures militaij'es, il déclara qu'il renoncerait a toute présentation de cardinaux, trouvant « préférable pour la France de ne tenir par aucun rapport au Sacré Collège que d'y être moins bien traitée que les autres puissaiRM*s ». Menaces superflues : il eut aussitôt ce qu'il demandait; le chapeau fut donné à rarchevéque de Paris de Relloy^ a Fesch de Lyon, à Boisgelin
i. AIT. Elr., Rome, 'J'M, pit-ce 125; — 032, pièises K H. — Boulay (de la a. Alt* ElT., Rome, 932. pièce 33; — «34, f ns.
de Tours, à Cambacérès de Rouen, el à Mgr de Bayanne; auditeur de rote pour la France auprès du Saint-Siège *.
En vérité il faut admettre que si le Concordat plaisait à Bonaparte, il ne faisait pas moins les affaires de la papauté. A Texamen .des articles du Concordat, il semble que les avantages y aient été partagés comme il convenait. Le Premier Consul et la République obtinrent le droit aux prières dans toutes les églises catholiques où l'on dut réciter à la fin de l'office la formule : « Domine, salvam fac Rempublicam; Domine, salvos fac consules » (art. 8). La nouvelle circonscription des évêchés et des paroisses acheva heureusement Tœuvre de l'unification administrative. L'ordre fut assuré contre les « perturbateurs » et la cause de Louis XVIII abandonnée par la plupart de ceux qui y étaient restés jusque-là fîdèles. La propriété des acquéreurs de biens nationaux fut garantie à jamais (art. 13). Par son droit de nomination des évoques et le serment qui leur était imposé, le gouvernement exerça d'abord une action considérable sur les catholiques, c'està-dire sur la plus grande partie de la population, et il tint en effet pendant quelque temps l'Église dans une étroite sujétion; plus tard il fit lire au prône les Bulletins de la Grande Armée, un peu belliqueux pourtant pour les temples de la prière; il surveilla minutieusement les mandements et les fit imprimer à l'imprimerie de la préfecture et à ses frais; il tint le clergé sous la police de sa gendarmerie, et lui fit connaître parfois ses prisons d'Étal. Il régenta rudement l'Église et en fit un instrument de son autorité ^
Bonaparte se fit attribuer auprès de Sa Sainteté les droits et prérogatives dont jouissait l'ancien gouvernement. Aux yeux de rÉglise, il fut semblable aux rois. Mieux même, il en fut encouragé dans ses rêves d'empire universel. « Je vois ce que c'est, disait La Fayette à Bonaparte au moment du Concordat, vous voulez vous faire casser la petite fiole sur la tête. « Et Bonaparte déjà ne disait pas non, et s'en allait en répétant : « Nous verrons! Nous verrons! »
Le grand service qu'il rendait à la papauté valait bien l'onction sainte.
1. AIT. Etr., 933, r 376, 401 ; 934, f 211. — Corr., VII, 6173, 6174. — D'Haussonville, I, 255-256.