D*Haussonville
198 MâRCNGO (l800-i802)
Certains articles du Concordat étaient en effet très précieux à TÉglise. Le préambule notait la profession particulière que les consuls de la République faisaient de la religion catholique, et en faisait en réalité une condition expresse de Taccord lui-même, puisque l'article 17 et dernier spécifiait que si le chef du gouvernement français n'était pas catholique, le Concordat devrait être remplacé par une nouvelle convention. C'était aflirmer que le gouvernement de la République ne pouvait être confié qu'à un catholique. L'Ëglise catholique était rétablie en France dans la plupart de ses privilèges d'autrefois; elle reprenait les édifices du culte; les prêtres et les évêques devaient recevoir un traitement convenable; ils avaient le droit de recevoir des fondations en leur faveur et le Concordat n'interdisait pas les fondations immobilières (art. 15); il permettait donc la reconstitution de la propriété ecclésiastique.
Les évêques français, « pour le bien de la paix et de l'unité » devaient faire à sa Sainteté « toute espèce de sacrifices, même celui de leur siège » (art. 3). C'est l'article essentiel du Concordat en ce qui concerne les avantages assurés à la papauté. Le droit de destituer les évêques sans motifs canoniques détruisait une des garanties essentielles de Tépiscopat contre l'omnipotence disciplinaire du Saint-Siège; c'était l'abandon du principe même de la doctrine gallicane qui proclame l'indépendance des évêques et même la supériorité de leurs conciles en face de la cour de Rome, c'était la consécration première du pouvoir monarchique du pape sur l'Église de France.
Quelques évêques en effet, surtout des réfractaires, refusèrent de démissionner pour faciliter la reconstitution de l'Église. Le pape les destitua, par un coup d'État jusque-là inouï dans l'histoire de l'Église de France. Celle destitution fut valable grâce à l'intervention du gouvernement français, et il apparut désormais que le pape avait le droit de faire et de défaire les évêques. Le gallicanisme ne pouvait plus être qu'un vain mot; l'Église de France, indépendante depuis son origine, était dès lors soumise au Saint- Siège. Ainsi le Concordai ne fut pas seulement une restauration de l'ancien régime ecclésiastique au profil de Ronaparte, ce fut . surtout la destruction des libertés gallicanes au profit de la papauté.
Combien Pie VII pouvait se féliciter de tels résultats! Depuis deux siècles passés, la papauté était tombée dans une décadence qui paraissait définitive; elle n'avait pris part aux traités de Westphalie que pour y voir proclamer, malgré ses anathèmes, le principe de la liberté de conscience en Allemagne ; elle avait vu en 1682 TÉglise gallicane affirmer plus fermement que jamais les principes de sa constitution particulière, et depuis il n'était plus guère question de la papauté; qui s'intéresse à elle au xviii" siècle? Le catholique empereur Joseph II, fils de la pieuse Marie-Thérèse, porte à TÉglise des coups redoutables; le roi d'Espagne se dégage autant qu'il peut des. liens qui l'unissent à Rome; le roi de Naples refuse Thommage de la haquenée; on chasse de partout les Jésuites, les fondateurs de la monarchie pontificale. Sans efforts, le Directoire supprime le pouvoir temporel de la papauté, et proclame la République romaine. Car, comme disait Cacault, « la papauté est un édifice ruiné dans ses fondements... Il n'y a pas de fétiche qui ait été aussi battu par son nègre que le Saint-Siège, le pape et le Sacré-Collège l'ont été depuis dix ans par les fidèles catholiques K »
Voilà la ruine d'où le Concordat a tiré la papauté. Ce fut une résurrection. Par quelle étrange fortune le Premier Consul, si jaloux de toute autorité, refit-il une autorité plus durable que la sienne? — Car, ce qui est précieux ici pour le Saint-Siège, ce n'est pas tel ou tel article, c'est le Concordat lui-même, qui met en ses mains le gouvernement de la seule Église catholique qui lui avait jusque-là échappé, et la plus puissante de toutes les Églises catholiques. Quelle succès inattendu! Quelle grandeur il permet de rêver! On comprend la joie du Saint-Père.
En novembre suivant, le pape annonçait pour les fêtes de Noël l'intention de célébrer solennellement le possesso, c'est-à-dire sa prise de possession de la papauté, cérémonie traditionnelle qui devait avoir lieu à Saint- Jean de Latran. Elle avait été retardée jusque-là par le fait que le territoire pontifical était encore occupé en partie par des troupes étrangères et surtout parce que l'État t'iait appauvri au point de ne pouvoir faire cette dépense extraordinaire '.