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Sorel, Bonaparte et Hoche en i797, p

ao col du Sœmmering, à 25 lieues de Vienne. Hoche passait alors le Rhin par de brillantes victoires et paraissait devant Francfort. Bonaparte avait trop peu de troupes pour risquer une ' attaque sur Vienne; il lui restait 25 000 hommes et ses communilions avec l'Italie pouvaient être coupées par le soulèvement du pays vénitien. II fut content que le gouvernement autrichien se prêtât à des négociations, qui aboutirent le 18 avril aux préliminaires de Léoben. La veille avait eu lieu le massacre des Pâques Véronaises.

Les préliminaires comprennent des articles patents et des arli* des secrets.

Les premiers proclament qu'il y aura amitié et bonne intelligence entre Sa Majesté l'Empereur et Roi et la République Française, et que les hostilités entre les deux puissances cesseront à partir du jour même. Ces stipulations sont communes à l'Empire germanique : im congrès se réunira pour une paix définitive en ce qui le concerne, sur la base de son intégrité territoriale, ce qui paraissait en contradiction avec les frontières naturelles de la France. Mais, d'autre part, l'Empereur renonce à la Belgique et « reconnaît les limites de la France décrétées par les lois de la République Française » ; à la paix générale, il recevra pour la Belgique un dédommagement équitable. Les armées françaises évacueront les autres territoires de l'Empereur et d'abord la Styrie, laCarinthie, le Tyrol, la Carniole et le Frioul.

Les articles secrets sont beaucoup plus clairs. L'Autriche abandonne le pays compris à l'ouest de l'Oglio et au nord du Pô, c'està-dire surtout la Lombardie. Venise cède d'abord le pays compris entre l'Adda et l'Oglio, qui avec la Lombardie formera une République indépendante. En compensation de la Belgique et de la Lombardie, l'Empereur aura toute la Terre-Ferme vénitienne comprise entre l'Oglio, le Pô et l'Adriatique. Le duc de Modène aura son indemnité lors de la paix générale *. Pour toutes les pertes qu'on lui inflige, Venise, réduite à ses lagunes, à l'Istrie et à la Dalmatie, recevra les trois Légations. Elle était la victime, victime de sa foiblesse, victime de la situation qui en faisait l'appoint nécessaire aux convoitises des forts.

!. Corr., U, 1743, 1144, 1745.

Sans doute elle avait fourni des prétextes au vainqueur; elle n'avait pas dissimulé ses sympathies pour les Autrichiens, par haine du « jacobinisme démocratique » venu de France. Elle pouvait du moins compter que les Autrichiens ne la récompenseraient pas en prenant ses dépouilles, en la prenant ensuite elle-même. François II eut-il des remords comme sa grand'mère Marie- Thérèse?

Le nœud de la question, de la paix définitive entre la France et rAutriche, ^^lait en effet à Venise, puisque le Directoire et Bonaparte voulaient garder la Lombardie, en même temps que la rive gauche du Rhin. Et les préliminaires de Léoben indiquaient suffisamment qu*après avoir trouvé à Venise une compensation pour la Bi^lgique et la Lombardie, on y trouverait aussi, quand on le voudrait, une compensation pour la rive gauche du Rhin.

De bonne heure pendant la campagne de 1796 les populations de Bergame et de Brescia, sous l'occupation française, s'étaient révoltées contre le gouvernement aristocratique de Venise. Bonaparte y avait institué une administration provisoire dont il disposait. Puis il s'élait plaint que les Vénitiens eussent « accablé de soins Tarmée d'Alvinzi », caria neutralité de Venise fut violée par les Autrichiens au m'oins autant que par les Français. Mais surtout, quand il se fut engagé dans les défilés des Alpes, il eut de sérieuses inquiétudes sur ses communications. Il y avait une insurreclion presque générale des paysans vénitiens; il fut obligé d*y laisser une partie de son armée sous les généraux Kilmaine et Baraguay d'Hilliers. Il envoya au citoyen Lallement, ministre de France à Venise, des instructions énergiques; il y rappela qu'une frégate française venait d'être maltraitée par un vaisseau de guerre vénitien, que de tous côtes on n'entendait que le cri de : Mort aux Français! que les prédicateurs faisaient partout retentir des cris de fureur contre la République Française, et il conclut que dans le fait nous étions en état de guerre avec la République de Venise*. « Le gouvernement de Venise, écrivait-il encore au Directoire, est le plus absurde et le plus tyrannique des gouvernements; il est d'ailleurs hors de doute qu'il voulait profiter du moment oii nous étions dans le cœur de l'Allemagne pour nous

1, Gorr., il, 1320, 1714, 1717.

assassiner. Notre République n'a pas d'ennemis plus acharnés, comme les émigrés et Louis XVIII d'amis qui leur soient véritablement plus dévoués'. »

Lorsqu'il traita avec les Autrichiens il ne connaissait pas encore les Pâques Véronaises ; mais d'après tout cela on peut croire que les préliminaires de Léoben ne furent qu'une première épreuve de la ruine de Venise. Ce fut le premier partage de la Pologne.

La un n'était pas loin. Car les Autrichiens convoitaient Venise elle-même et les Légations ; ils voulaient exercer quelque influence sur Rome et barrer le chemin à l'influence française en Italie. Et Bonaparte voulait garder, avec la Lombardie, les Légations : il ne voulait pas permettre aux Autrichiens d'agir sur Rome et il tenait à la route d'Ancône vers TOrient. Mais on pouvait partager : à TAutriche Venise, à la France les Légations.

11 y avait encore, dans l'héritage déjà ouvert de Venise, Tlstrie et la Dalmatie d'une part, les lies Ioniennes de l'autre. L'Autriche était contente de la perspective de l'Istrie et de la Dalmatie pour prendre à revers l'empire turc, le grand marché futur des partages. C'était l'idée favorite de Thugut, son chancelier, car il avait été longtemps internonce à Constanlinople. Et la France par les lies Ioniennes pouvait brider ces ambitions autrichiennes et se réserver une part du butm de l'Orient. Mais on pouvait partager : llstrie et la Dalmatie à l'Autriche, les Iles Ioniennes à la France, et leur rivalité, dénouée pour un temps en Italie, serait transportée dans les Balkans ^

II fallut quelque temps pour trouver cette conciliation provisoire. Bonaparte consacra l'été de 1797 à l'organisation de ses conquêtes en Italie.

De Léoben, il revint à Milan le 6 mai; près de la ville, il s'installa le 20 mai au beau château de Mombello et y passa la plus grande partie de l'été. Joséphine l'avait rejoint; ils y tinrent une sorte de cour déjà, au milieu des hommages populaires ou princiers de l'Italie. Ils y célébrèrent dans de grandes fêtes le mariage de Pauline Bonaparte avec le général Leclerc.

Surtout Bonaparte régla les destinées de l'Italie du Nord. 11 en fat le libérateur pour lui-même bien plus que pour elle. Tout y

\. Corr., II, 1746.

2. Sorel, Bonaparte et Hoche en 4797, it, 23, 35, 55, 177-178.

fut établi dâos les intérêts de son ambition, et il n'y a sans doute pas lieu de s'en étonner.

Il avait été question, quelques jours avant Léoben, d'une convention d'alliance avec le roi de Sardaigne. Cette alliance devait être offensive et défensive, le roi devait fournir un contingent de troupes pour la guerre contre l'Empereur; il s'engageait à céder à la France TUe et royaume de Sardaigne « en échange d'un accroissement de territoire à sa convenance sur le continent de l'Italie, capable de le dédommager entièrement de la cession de l'île de Sardaigne et de lui procurer un titre équivalent à celui de roi de Sardaigne * ». On avait peut-être l'idée en France de joindre la Lombardie au Piémont et de réaliser ainsi pour le roi de Sardaigne cette suprématie de l'Italie à laquelle on pensait déjà en décembre. Mais ce ne furent que des velléités; la Lombardie fut réservée à d'autres combinaisons; la convention militaire avec le roi de Sardaigne n'eut pas même un commencement d'exécution puisque les préliminaires de la paix furent à ce moment signés avec l'Autriche.

Le Piémont demeura troublé par l'action révolutionnaire des pays voisins; une petite émeute républicaine éclata à Asti en juillet 1797; il fallut des troupes pour la réprimer. Cet îlot monarchique du Piémont enveloppé de tous côlés par le débordement de la conquête révolutionnaire ne devait pas tarder à y sombrer.

Venise était encore plus menacée, car elle fournissait contre elle de nombreuï et graves prétextes. A la nouvelle des Pâques Véronaises, Bonaparte entra dans une grande colère, qui sans doute ne fut pas simulée, mais dont ensuite il prolongea politiquement la satisfaction. L'ordre fut vite rétabli à Vérone et la ville fut soumise à une lourde contribution. Mais Bonaparte releva contre Venise même toute une série de griefs; il les énuméra dans un manifeste qu'il fit publier et répandre; il dit les excitations criminelles des prêtres dans les chaires, trois Français assassinés à Padoue ; plus de 200 Français assassinés sur les grandes routes de Mantoue à Legnago, de Cassano à Vérone; des combats soutenus entre des troupes détachées et des bataillons de l'armée vénitienne ;

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