Melzi, I
les idées pratiques, ni les coutumes, ni ce sentiment national qui est le premier élément de la force et de la grandeur d'une nation; désormais des sentiments communs sont nés; les magistrats issus d'une même autorité, représentants d'un même peuple, ont une grande influence morale à exercer et contribueront puissamment à la fondation de Tunité nationale. Mais il y a beaucoup à faire pour achever cette œuvre ; c'est tout un nouvel ordre de choses à créer; il a fallu déjà à ces besoins extraordinaires des ressources extraordinaires; il y a d'autres institutions nécessaires auxquelles il faudra pourvoir; les progrès accomplis autorisent d'autres espérances; la tutelle de Bonaparte aidera à les réaliser; il y a lieu déjà de remercier l'armée française de son exemplaire et généreuse conduite dans la paix. »
Il y a dans cet exposé de la situation une grande part de vérité. Le gouvernement de Bonaparte assurait dans toute la République l'ordre le plus parfait et une réelle prospérité matérielle. Mais les messages officiels ne sont pas faits pour dire toute la vérité; le Corps législatif était d'ailleurs assez mal disposé pour que le viceprésident ne donnât point lui-même matière à son esprit d'opposition, et les rapports confidentiels que M«lzi adressait au Premier Consul, par l'intermédiaire de Marescalchi, étaient d'un tel ton que celui-ci les retenait souvent et n'en communiquait à Bonaparte que le résumé. C'était assez pour que Bonaparte n'en fût pas content et il écrivait à Meizi : « Dans votre correspondance secrète, il n'y a pas un mot qui ait du sens *. » On n'est pas obligé d'être de cet avis : il faut étudier le vrai sens de ces dépêches : ce sera le revers de la médaille.
On observe dans les relations de Bonaparte avec les Italiens, après la Consulte de Lyon, de continuels malaises ; ils lui témoignent extérieurement, officiellement, de la reconnaissance; il demeure pour eux le bienfaiteur, sinon le libérateur; mais parfois des plaintes leur échappent; ils sentent le bien qu'il leur a fait, mais