Melzi, II, 157. — Corr., VIII
tout ému de cet appel à son amitié et coup sur coup il adressa à Bonaparte les expressions de la plus humble reconnaissance : c Je n'ai pas d'expression pour vous rendre tout ce que votre bonté m'inspire. Elle est trop grande pour l'atteindre. Je ne puis que vous garantir que je le veux bien de tout mon cœur et de toutes mes forces. De tout le passé je ne sens plus que le chagrin de celui que j'ai dû vous causer bien malgré moi. » Et encore, quelques jours après : « Voire âme est aussi bonne que grande. Daignez agréer ma reconnaissance profonde, ma haute admiration. C'est pour y répondre de mon mieux que je me conforme avec dévouement à votre désir en reprenant ma tâche *. »
Tout aussitôt, dès sa première sortie, il se rendit chez le général en chef et sollicita l'honneur de tenir son enfant sur les fonts baptismaux. Mural, qui avait reçu des instruclions en conséquence*, en témoigna, une grande joie. L'enfant, un beau garçon très bien portant, naquit le 13 mai suivant '; il fut baptisé à la fin de juin et reçut les noms de Lucien-Napoléon-Charles-François, ce dernier en l'honneur de son parrain. Bientôt Melzi demanda le pardon du Premier Consul en faveur de Teulié et de Cicognara : le 29 septembre Teulié fut autorisé à servir dans le corps italien appelé au camp de Saint-Omer; le 18 avril 1804, -Cicognara put retourner chez lui et rentrer au service de la République^. Et ainsi il ne resta presque rien de l'affaire Ceroni; ce qui prouve suffisamment qu'elle n'avait pas un caractère bien sérieux. Elle avait été la manifestation d'un état d'opinion qui n'était que la conséquence du développement même de la puissance de Bonaparte en Italie ; elle avait donné au Premier Consul l'occasion de paraître plus que jamais l'arbitre impartial entre tous les partis, le bienfaiteur impeccable de la République, seul capable de lui assurer l'ordre et de garantir son avenir.