Corr., VIII
D*ailleurs il n'eût point été prudent de dégarnir tout à fait la République Italienne, en l'absence de la plupart des troupes françaises; il fallait prendre des précautions, expliquait Melzi luimême, « pour le cas où les parties soufrées de l'Italie s'allumeraient ». Il y avait bien la légion italique, jadi? composée des réfugiés italiens en France avant Marengo, et depuis en grande partie dispersée; à la nouvelle des mouvements militaires nécessités par la rupture de la paix, elle se reconstitua, et, en juillet 1803, Melzi espérait la porter à 1 500 ou 1 800 habitants ; mais les éléments qui la composaient étaient comme autrefois particulièrement turbulents : elle était de nouveau comme le refuge de tous les Jacobins de l'Italie, et ainsi d'un emploi dangereux. Il fut convenu avec Bonaparte qu'on l'enverrait à l'île d'Elbe et en Corse; c'était une manière d'isoler ce foyer incendiaire, dont ces précautions prouvent suffisamment l'existence *.
N'est-ce pas aussi par prudence que les meilleurs bataillons de l'armée italienne furent alors appelés en France? Le général Pino fut chargé de l'organisation spéciale de cette division destinée à prendre garnison à Saint-Omer. Melzi s'en montra très honoré pour son pays. « Nos conscrits deviendront par là rapidement de bons soldats. » * Et Bonaparte disait lui-mèoie l'extraordinaire valeur de ce nouveau bienfait : « Si j'ai voulu avoir un corps italien au camp de Saint-Omer, vous sentez facilement que ce n'est point pour avoir 5 ou 6000 hommes de plus, mais j'y suis porté par deux principaux motifs. Le premier est d'apprendre à TAngleterre à connaître l'existence de la République Italienne; le second est de donner de l'orgueil et de la fierté nationale à la jeunesse italienne, ce qui lui manque pour battre un égal nombre d'Autrichiens » . Et ailleurs : c Ce sera avec grand plaisir que je verrai cet hiver le drapeau italien flotter sur les rives de l'Océan. Cela ne sera pas, à ce que je me souvienne, arrivé depuis les Romains* ».
II est évident que la formation d'une armée italienne devait être le principal instrument de l'éducation du sentiment national italien; la réunion des jeunes gens des diverses provinces de la République sous le même drapeau ne pouvait manquer d'avoir
\. Melzi, II, 174-184. — Gorr., VIII, 7050.