‹ Napoléon en ItalieChapitre 147 sur 423 · Corr., VIll, 7075; IX · texte numérisé non relu

Corr., VIll, 7075; IX

les meilleures conséquences au point de vue de Tunité désirable et encore imparfaite des aspirations du pays*. Elle pouvait même devenir le foyer des espérances de toute Tltalie. Mais Bonaparte n était pas pressé d'obtenir ce résultat : il voulait bien que l'armée italienne fût forte, mais à son service; que la nation italienne fût vivace et grande, mais sous sa tutelle; que le drapeau italien flottât sur les rives de l'Océan, mais à l'ombre du drapeau français, arbuste frêle dans l'épaisse forêt des drapeaux de la Grande Armée.

Cependant les troupes françaises de l'Italie ou les troupes italiennes elles-mêmes éparses de Saint-Omer à Tarente, en passant par nie d'Elbe et la Ck)rse, la République Italienne était ellemême assez mal gardée. Il fallut donc s'occuper de la conscription régulière de la jeunesse italienne. Dans la pensée de Melzi, c'était un progrès important dans la voie de l'indépendance, la promesse que bientôt la République suffirait à sa propre défense, Tespérance que la France pourrait lui retirer sa protection un peu encombrante. Et il se donna à cette organisation militaire avec un Trai zèle.

Il y rencontra quelques difflcultés. Les généraux et officiers fipançais destinés à être les premiers cadres de cette conscription y mirent peu de bonne volonté ; ils n'avaient pas beaucoup d'estime pour cette population italienne qu'on les avait habitués à traiter en sujette; ils n'aimaient point trop qu'on apprit à se passer d'eux, et ils raisonnaient tout à fait à l'inverse de Melzi. D'autre part les Italiens ne se pliaient pas volontiers à la conscription; les plus ardents s^enrôlaient avec enthousiasme dans la légion italique, mais les autres reculaient devant l'impôt du sang qui pouvait pardtre lourd en effet sous un maître comme Bonaparte ; on eut de la peine à les réunir, puis à les retenir. Pourtant on réussit à former en quelques mois une petite armée de 8 000 hommes. L'événement avait de l'importance : ce fut le noyau d'une armée qui rendit plus tard des services à Napoléon ; elle fut surtout le premier groupement italien, une école d'éducation nationale. Parmi les expériences patriotiques à la fois cultivées et contenues par Bonaparte, elle fut une première satisfaction positive.

Page 1