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Melzi, II

Oriault. — Italie. 15

d'espérance à Meizi, pour lui faire croire peut-être que le duché serait !a recompense de la bonne conduite de ses concitoyens, il en ru un dt^partement français. Dès Tantiquité romaine, Plaisance (Placenlia) commandait le passage essentiel du Pô; de là Bonaparte surveillait les défilés de l'Apennin vers la Toscane et pouvait couper le long du fleuve les deux parties de la République Italienne. En vérité de Plaisance il demeurait le maître de toutesles routes de l'Italie péninsulaire; il ne l'abandonna jamais; elle fut une de ses forteresses impériales.

Aussi les Italiens sentaient-ils plus lourdement le joug. Ils é'en prenaient au gouvernement, à Melzi, à la France ; ils s'agitaîeiil contre le régime qui avait trompé leurs espérances nationales, qui n^ faisait que sauver les apparences de la domination étrangère. Il est difficile de saisir toutes les manifestations de rirri talion populaire; elles sont dissimulées ou exagérées, selon les cas, par les papiers officiels; elles échappent par nature à robservation exacte, et Ton s'expose, en voulant trop préciser en cette malicre, à donner de l'importance à des détails qui n'en ont pas. Cependant, lorsqu'on constate à travers tout un pays des faits isolés, mais très nombreux, concourant à un même résultat, on est en droit d'en tirer des conclusions à peu près fermes sur l'état général de l'opinion. Or, sous le bénéfice de ces réserves, il faut admettre que toute l'Italie, en 1803 ou au commencement de 1804, après environ deux ans du gouvernement régulier institué par la Consulte de Lyon, témoignait peu d'attachement à ce régime, el se trouvait tout entière dans une effervescence quasi révohiiionnaire.

Aldini était depuis 1796 même un des personnages les plus remarquables de la Cisalpine; il l'avait longtemps représentée à Paris auprès du Premier Consul, avec Marescalchi et Melzi, et Bonaparte à Lyon l'avait nommé membre du Conseil législatif. Fut-il jaloux de Melzi, insuffisamment satisfait de ses fonctions, orgueilleux de se faire remarquer? Il affecta bientôt du mépris pour le gouvernement de Milan et mena contre lui la guerre d'intrigues et de moqueries. Il s'absenta pendant deux mois sans permission; il ne parut plus aux réunions du Conseil législatif; il garda chez lui sans les vouloir remettre les projets de lois qu'il avait à étudier et qu'il était ainsi impossible de faire aboutir. 11

appela le Ck)nseil législatif « un tripot de chiens », il entretint des relations fréquentes avec l'ancien membre du gouveraement provisoire, Sommariva, devenu, de Paris à Milan et à Florence, un agent de secrète opposition et peut-être d'entreprises d*insurrection jacobine.

Après une longue patience, Melzi se décida à agir; il prit un décret suspendant Aldini de ses fonctions. Aldini ne croyait pas qu'on se permettrait cette audace; il répondit au Vice-Président par une lettre insolente, qu'il porta chez de nombreux amis à travers Milan, et où il annonça qu'il ne redoutait pas les colères de Melzi, qu'il était sûr d'être soutenu par le Premier Consul, et que le Vice-Président ne tarderait pas à être désavoué. Melzi pria Bonaparte d'approuver sa conduite. L'approbation du Premier Consul se fit attendre un peu; mais Aldini fut sans doute de bonne heure fixé sur les intentions de Bonaparte; il se tut; il se montra même inquiet, quelque peu repentant ; il eut peur pour sa liberté, et lorsque, enfin, le décret de Melzi eut reçu l'approbation complète du Premier Consul, l'incident fut clos sans plus de gravité. Il n'est qu'un des nombreux traits de l'opposition à Milan même *.

Dès le premier jour Bologne et la Romagne avaient montré la plus grande répugnance à l'union avec les autres parties de la Cisalpine. C'était une des manifestations ordinaires de l'esprit de clocher, de ces jalousies qui à travers les siècles n'avaient pas cessé de séparer toutes les villes de la région du Pô et qui n'ont disparu que dans le grand mouvement unitaire du xix* siècle. On y fut irrité dès la fin de 1801 de la suppression de la garde nationale par Murât; on se rappelle que le général en chef avait cru devoir prendre cette mesure de précaution au moment des élections delà Consulte de Lyon. La colère populaire put être contenue par des mesures rigoureuses de Tadministration nouvelle; mais les passions ne se calmèrent pas. Un soir le secrétaire général de la préfecture. De Sanctis, fut frappé d'un coup de couteau en rentrant chez lui et fut grièvement blessé ^. L'assassin ne fut pas découvert. La situation de Bologne fut pendant quelque temps troublée; des bruits alarmants circulèrent dans tout le pays; une société secrète, les Amis du peuple, jeta à travers la ville des

t. Arch. nation., AF, IV, 1707-1708.

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