Arch. nation., AF, IV
d'après tout ce qui précède, que Melzi n'était pas un homme de gouvernement. Avec les meilleures intentions du monde, il n'était pas de taille à dominer les détails de l'administration ni surtout à écarter de Milan la jalouse autorité du Premier Consul. Il ne fut que rutile et docile instrument d'un moment de la pensée politique de Bonaparte.
Jacob constatait encore que la Consulte avait peu de considération à Milan, qu'il conviendrait sans doute de réformer, peut-être de supprimer le Conseil législatif, de calmer les tètes chaudes du Corps législatif, que la tranquillité était à peu près générale, que beaucoup d'incidents avaient été exagérés par le zèle de quelques préfets, que presque personne d'ailleurs ne portait intérêt à la chose publique. Et il disait fort judicieusement : « Il y a un esprit départemental qu'il sera bien difficile de détruire et qui est un résultat inévitable de la manière dont la République a été composée. Les divers pays, jadis ennemis les uns des autres, qui se trouvent maintenant réunis sous un seul gouvernement, sont bien loin encore de se regarder comme formant une seule et même nation. Chacun d'eux ne considère que son propre intérêt et ne voit en quelque sorte dans les autres que des rivaux dont la prospérité l'affligerait. On reproche surtout aux Milanais et peutêtre avec quelque raison de vouloir concentrer la République dans leurs murs. Mais on pourrait dire aussi aux habitants des autres pays qu'ils devraient mieux comprendre qu'on ne peut éviter d'avoir une ville centrale et savoir mieux céder à cette nécessité. »
Ainsi Melzi n'avait pas assez de caractère et les Italiens pas assez d'esprit national pour contenir l'impériale ambition de Bonaparte; il en profila.