‹ Napoléon en ItalieChapitre 160 sur 423 · AfT. Etr., Naples, n« 129, f · texte numérisé non relu

AfT. Etr., Naples, n« 129, f

guerre est invité à donner des ordres pour ce cas*. » Et, en effet, à travers toute Tllalie, les généraux français reçurent des ordres pressants de confectionner du biscuit, de vérifier les munitions, de se tenir prêts.

C'était déjà le branle-bas de combat; le gouvernement napolitain en était impatient sans doute; mais ses alliés n'étaient pas encore d'accord; il dut attendre.

Alquier en profita; il sollicita et obtint du Premier Consul Tautorisation d'exiger Téloignement du chevalier Aclon. Le 9 mai 1804 il se rendit chez le ministre. Il venait d'obtenir Tarrestatioa d'embaucheurs anglais qu'il avait fait prendre en flagrant délit, et il demanda la communication des papiers saisis sur eux; Acton refusa avee une extrême vivacité : « Je sais ce que je dois faire, tout ceci regarde la cour de Naples et non pas la France... Vous n'avez pas le droit de vous en mêler. Il est vrai que les Anglais enlèvent beaucoup d'hommes au Roi, mais il est faux qu'ils recrutent. — Pourtant, dit Alquier, ils forment à Naples des régiments entiers de déserteurs napolitains. — Je n'eD sais rien, je ne le crois pas. Au reste vous le prendrez, Monsieur l'Ambassadeur, comme vous voudrez, j» Et comme Alquier le rappelait à la modération, il s'emporta en de nouvelles violences de langage. Alquier se retira et écrivit immédiatement au roi de Naples pour l'informer qu'il ne voulait plus avoir de rapports avec le chevalier Acton et le prier de désigner le ministre avec lequel il faudrait désormais traiter des affaires de France*.

La reine intervint. Alquier ne céda point. Le roi nomma Directeur des affaires étrangères le chevalier de Micheroux, celui-là môme avec qui Alquier avait jadis négocié le traité de Florence. « Il est évident, écrit Alquier, que cet homme, le plus flexible, le plus irrésolu, le plus insignifiant que j'aie connu, ne sera que le commis très dépendant du chevalier Acton. » Cependant, peut-être parce que la reine fut heureuse de reprendre une plus grande autorité, et aussi parce qu'après cette rupture on pouvait s'attendre à quelque sommation du Premier Consul, le gouvernement napo-

\. AfT. Etr., Naples, n" 129, r* 308. — Gorr., IX, 7700. — Cf. Ch. Auriol, J, 488, 494, 643.

2. AfT. Etr., Naples, n'» 429, f 331. — Hugh Elliot fit de celte rupture un récit un peu dilTérent et moins exact. Cf. Gh. Auriol, I, 613.

lîtain se résolut à éloigner le chevalier Acton de Naples; la reine en fit part à Tambassadeur, en exprimant le souhait que le Premier Consul fût satisfait. Gela ne Tempêcha point d*affirmer la complète liberté d'action de la cour de Naples : « Nous ne sommes pas sans doute assez forts pour attaquer la France, mais nous pourrions être une allumette. — Je ne le crois pas, répondit Alquier, et j*ose vous rappeler, Madame, que le sort des allumettes est d'être réduites en cendres avant que Tincendie soit commencé \ »

Acton se retira en Sicile accompagné de sa femme et de ses enfants, emmenant sa maison et emportant tousses effets. La reine le vit longuement avant son départ, pour retirer les lettres particulières qu'il possédait. Il partit, après une domination absolue de vingt-sept ans, chargé de l'exécration publique, dit Alquier, mais comblé des bienfaits de son maître : 110 000 francs de traitement comme conseiller d'État et capitaine général des armées de terre et dé mer, le duché de Modica, de 200 000 francs de revenu, en propriété transmissible à ses descendants. II garda la direction des affaires importantes, et les secrétaires d'État eurent ordre de lui rendre compte de toutes celles de leurs départements, et par conséquent son départ n'apporta aucun changement aux résolutions du gouvernement de Naples '.

Pourtant ce fut la fin de sa carrière politique. Sa chute annonçait celle de ses souverains.

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