CHAPITRE X
L — DifûcuUés,entre Bonaparte et le pape. — La question des évêques constitutionnels.
IL — Les articles organiques et la loi du 18 germinal an X. — La tradition gallicane, de Philippe le Bel à Louis XIV. — Opposition de la politique de Bonaparte et de celle de la papauté.
III. — La situation de TÉglise catholique en Allemagne : un projet de Concordat bavarois. — Les troupes françaises à Ancône. — Le roi de Sardaigne éloigné de Rome. — La réduction du nombre des évéchés piémontais. — Le Concordat italien et son décret organique. — Opposition de la papauté à l'institution d'un ministre du culte à Milan.
IV. — Rappel de Cacault — Le cardinal Fesch et Chateaubriand à Rome. — Les instructions du cardinal Fesch.
L'exécution du Concordat ne larda pas à fournir au pape et à Bonaparte de nombreuses occasions de discorde; car chacun d'eux en voulait tirer des avantages que Tautre prétendait retenir pour lui-même. Le légat Caprara, qui s'établit à Paris au mois de septembre 1801, eut, malgré ses excellentes dispositions et son admiration pour le Premier Consul, de terribles moments à traverser.
Pendant la négociation du Concordat, Consaivi avait cherché à obtenir qu'aucun des évêques constitutionnels ne fût admis dans la nouvelle Église, à moins d'une complète rétractation de ses « erreurs » et d'une humble soumission aux volontés du Saint- Siège. Dès que le Concordat fut signé, Bonaparte au contraire fil
déclarer à Gonsalvi que son intention était de maintenir dans lenrs fonctions épiscopales quelques évèques constitutionnels ^ Le pape en fut très ému. Ils étaient pour lui comme des excommunies, car il avait promulgué contre la Constitution civile des brefs solennels; ils ne tenaient leurs pouvoirs que de l'élection des fidèles, et ils n'avaient adressé au Saint-Siège que la lettre de communion : ils n'avaient reçu de lui aucune investiture canonique. Il les appelait des « intrus ». L'Église constitutionnelle était comme une forme aggravée de l'Église gallicane. C'est pourquoi le Premier Consul lui conservait quelque faveur : il se déflait de ses sentiments républicains, et il prononça le 16 août 4801 la dissolution du dernier concile national qu'elle ait tenu; mais il aimait son indépendance à l'égard de Rome; il y voyait à juste titre la promesse d'une plus grande docilité au pouvoir civil.
Pendant tout l'hiver, pendant le long travail de la réorganisation des sièges épiscopaux, de la démission des anciens évèques, qui ne fut pas toujours facilement obtenue, et de la préparation des nouvelles bulles d'investiture, Bonaparte fit encore espérer au cardinal Caprara qu'il ne nommerait point d'évêque constitutionnel; car il avait besoin de toute l'autorité du Saint-Siège pour obtenir la soumission des réfractaires et l'achèvement de 4a « table rase ». Si puissant qu'il fût, il n'était pas capable de défaire des évèques, et c'était la première condition de la restauration de l'Église de France.
Lorsque tout le passé fut aboli et que le temps fut venu d'instituer les nouveaux évèques, ce qui coïncida à peu près avec la signature de la paix d'Amiens, Bonaparte déclara tout à coup à Caprara son intention de nommer douze constitutionnels, dont deux archevêques et dix évèques; le cardinal était informé que conformément aux bulles spéciales qu'il avait dû recevoir à cet effet du Saint-Siège, il aurait à leur donner prochainement l'investiture spirituelle.
Le légat déclara que les évèques constitutionnels désignés par le gouvernement français devaient d'abord faire acte de contrition et demander l'absolution de leur hérésie schismatique. Ils s'y