‹ Napoléon en ItalieChapitre 170 sur 423 · AIT. Etr., Rome, 943, f*" 493 et suiv · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Rome, 943, f*" 493 et suiv

tien ou surveillance de la puissance civile dans les affaires de TÉglise. 11 refusait même comme injurieuse la protection de l'État impliquée dans cette formule de la loi organique, que * la Constitulion protège la religion catholique, apostolique et romaine* *>. Celte polémique prouve suffisamment que les concessions faites en France par le Saint-Siège avaient été le produit de circonstances spéciales, des ruines faites par la Révolution, de Tétat des esprits ; mais là o\\ il n'y avait pas de ces considérations, là oii il n'y avait pas de fortes traditions nationales pour contenir Tinfluence de TÉglise, le pape maintenait tous ses anciens droits et refusait d'admettre la suprématie de l'État, en quelque matière que ce fût. Il était en cela fidèle à la politique séculaire du gouvernement pontifical. Napoléon lui-même devait le constater bientôt avec plus d'évidence encore.

Toutes ces difficultés nouvelles entre la France et le Saint- Siège, la plupart de caractère religieux, réclamaient la présence à Rome d'un agent diplomatique nouveau, d'un ecclésiastique. Cacault avait accompli sa mission qui avait été essentiellement de refaire l'accord avec la papauté ; il pouvait se donner le mérite d'y avoir joué un rôle actif, et d'avoir couronné sa carrière par un grand acte : il ne demandait qu'à se retirer.

Le Premier Consul informa le pape du rappel de son ministre. « Le motif qui m'a guidé n'a sa source dans aucune raison de mécontentement; sa conduite, pendant toute la durée de ses fonctions, a mérité au contraire mon entière approbation. Mais le désir de le remplacer auprès de Votre Sainteté par un personnage revêtu d'un caractère éminent et de donner à Votre Sainteté une preuve plus manifeste de mon attachement et de mon respect filial est la seule raison qui a pu me déterminer à ordonner son rappel*. »

Cacault était déjà prévenu de son prochain remplacement, et Talleyrand lui avait offert une autre légation en Italie ou une

1 AfT. Etr., Rome, 943, r» 459-509, 510-521, 2. Corr., VIII, 6769, 6170.

place de sénateur. Cacault se réjouit aussitôt de sa retraite à cause de son âge et de quelques incommodités qui le mettaient au régime du lait*.

Il exprima sa joie de la nomination du cardinal Fesch, désigné pour le remplacer; sans doute la nomination d'un grand dignitaire de rÉglise causerait au Saint-Siège la plus vive satisfaction : cette ambassade rappellerait celle du cardinal de Bernis^ dans laquelle Cacault avait commencé de connaître Rome; elle achèverait de renouer la chaîne des temps.

Cacault fut moins content de la nomination de Chateaubriand comme secrétaire de la légation, et il le dit assez vivement à Talleyrand : <( M. de Chateaubriand est un grand auteur et un homme excellent; cependant c'est gâter le bon effet que doit produire à Rome la légation de M. le Cardinal Fesch de le faire /arriver avec un secrétaire de légation auteur célèbre, dans les livres duquel on ira chercher quelle est la doctrine et la théologie du cardinal ministre. Il naît déjà à cette occasion des idées troubles et inquiètes. Tâchez de placer mieux M. de Chateaubriand...

« M. le Cardinal Fesch est excellent; mais si sa mission est gâtée par des alentours mal combinés, il n'aura pas tous les agréments qu'il mérite. Il faudra bien cependant que la chose marche et qu'il s'en trouve content; mais considérez que Rome a besoin d'un soutien sur lequel le pape s'appuie avec confiance. Si les choses ne s'établissaient pas de cette manière, M. Fesch se tirerait d'affaire, mais le Saint-Siège s'écroulerait ^ »

L'argumentation est assez confuse : Chateaubriand avait publié le Génie du christianisme au moment même de la publication du Concordat. Sans doute Cacault avait entendu exprimer à Rome quelques réserves sur l'orthodoxie catholique de la poésie du Génie, sur cette religion plus éloquente que pieuse, où l'ultramontanisme ne trouvait pas tout son compte.

D'ailleurs Cacault éprouva des sentiments différents lorsque Chateaubriand fut arrivé à Rome. < Le citoyen Chateaubriand m'a paru un digne homme, très intéressant, incapable de faire ici le dogmatiseur. Je l'ai reçu et logé chez moi; tout ira bien. Je suis fâché à présent de m'étrc prévenu et alarmé en vous écrivant,

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