Afr. Etr., Rome, 936, f
faire soupçonner l'existence d'un pareil projet; il en écrirait à son gouvernement pour faire confirmer sa manière de voir. Mais aussi il se fâcha contre ces difficultés, ces chicanes sans cesse soulevées; et tout à coup, le 22 août, il demanda une acceptation ou un refus formel, « une réponse courte, catégorique et sans aucune explication »; il menaça de rompre la négociation. Le 25 août il eut une audience du pape, et lui déclara qu'il ne le reverrait plus avant que cette contestation fut finie. Le Saint-Père fut ému et inquiet. Gonsalvi exprima sa satisfaction de la déclaration de l'ambassadeur que les cérémonies du sacre et du couronnement étaient regardées par lui comme inséparables; les malentendus les plus graves se trouvaient par là dissipés, et l'entente définitive était sans doute prochaine.
Enfin, le 2 septembre 1804, Gonsalvi annonça officiellement au cardinal Fesch la résolution du Saint-Père de faire le voyage de Paris pour sacrer et couronner l'Empereur; il rappela le premier désir de Sa Sainteté que la lettre d'invitation impériale exprimât essentiellement celte idée que ce voyage devait être utile aux grands intérêts de la religion *.
Il ne fallait plus que fixer la date de la cérémonie. De bonne heure Napoléon avait proposé le 18 brumaire : « L'époque où Sa Majesté l'Empereur désire que Sa Sainteté vienne en France est celle à laquelle se lient les plus grands souvenirs et que toute l'Europe aime le mieux à se rappeler, parce que le 18 brumaire commença pour la France un système d'ordre et de repos et pour les autres nations un état de sécurité. Cette époque tombe d'ailleurs dans une saison avancée où le voyage de Sa Sainteté aura pour elle moins de fatigue et où Elle aura moins â craindre un déplacement*. » Il eût plu à Napoléon de faire consacrer par la religion le succès de son coup d'État.
Mais le pape avait d'autres desseins. Il proposait que Ton plaçât au 18 brumaire la cérémonie civile, comme la prestation
i. A(T. Etr., Rome, 936, f** 346, 349, 357, 376, 381. 2. A(T. Etr., Rome, 936, f 313 : Talleyrand à Fesch.
du serment qui lui était si désagréable, et que la cérémonie du sacre et du couronnement fût fixée au jour de Noël, « si propre à une telle solennité autant à cause de la fête en elle-même que parce que c'est à pareil jour qu*a été couronné par le souverain pontife Charlemagne que l'Empereur Napoléon s'est proposé pour modèle* ».
Fesch répondit que ce n'était pas possible, que tout avait été préparé dès longtemps pour l'époque du 18 brumaire, que les autorités constituées dans les départements les plus éloignés de Paris avaient pris leurs mesures et qu'il était désirable que la cérémonie eût lieu le plus près possible de cette date. Quant à accomplir la cérémonie en deux fois, il n'y fallait pas songer : comment faire faire aux fonctionnaires invités un double voyage? Comment redoubler les frais d'une manifestation aussi exceptionnelle? Comment répéter deux fois les précautions de police nécessaires à la sécurité dans un pareil concours de population? Le Saint-Père fut pressé de se mettre en route au plus tôt pour être à Paris dans le courant de novembre. Il est certain que Napoléon aurait pu, s'il l'avait voulu, fixer la cérémonie au jour de Noël; mais il avait ses raisons pour ne pas le vouloir; sans doute il ne lui plaisait pas qu'elle prit un caractère trop religieux; à ce point de vue il ne tenait pas' à ressembler trop à Charlemagne; il commençait d'avoir quelque défiance en ce point.
Cependant, Napoléon, qui voyageait alors dans les pays rhénans par Aix-la-Chapelle et Mayence, écrivait de Cologne le 15 septembre la lettre d'invitation qu'attendait le pape. Elle ne fut pas confiée à deux évêques comme le Saint-Père l'avait demandé, songeant aux deux prélats que jadis Pépin le Bref avait envoyés au pape Zacharie pour se faire autoriser à prendre la couronne; elle fut portée à Rome par un aide de camp de l'Empereur, le général Caffarelli. Et Talleyrand, à la pensée du grand spectacle qui se préparait, était pris d'émotion : « Ce sera aux yeux de l'Europe un rapprochement remarquable de voir revenir de l'ancienne résidence de Charlemagne le plus illustre de ses successeurs, tandis que le chef du monde chrétien va quitter l'Italie et s'avancer à sa rencontre, pour consacrer, au milieu du plus